‹ Journal d'un voyage aux mers polaires exécuté a la rechereche de Sir John Franklin, en 1851 et 1852Chapitre 7 sur 31 · XXXVI JOSEPII-RENE BELLOT · texte numérisé non relu

XXXVI JOSEPII-RENE BELLOT

écrit a sa famille le même jour 10 mai 1851 ? « Je vous recommande le courage plus que la résignation. » 11 est tout entier dans cette simple ligne.

Dans une autre lettre, écrite six semaines après, en mer, le 28 juin, je trouve un admirable commentaire de ce passage ; il craint que sa famille ne soit encore trop facilement accessible a l'inquiétude, et il lui adresse cette admirable page :

« Je commence a pouvoir respirer, mes bons amis, et j'en profite pour venir causer un peu avec vous ; car, croyez-le bien, vous êtes ma pensée constante, et le bonheur que je me promets lors du revoir est une des espérances qui me soutiendront et me donneront un immense courage dans nos petites difticultés II ne faut rien s'exagérer, du reste, et bien penser que ce que je fais en ce moment, des milliers d'hommes l'ont fait et le font encore, non pas, il est vrai, dans le même but, mais enfin ayant a vaincre et a surmonter les mêmes obstacles. Tous les ans, un grand nombre de baleiniers fréquentent les mers où nous nous trouvons; l'appât du gain leur fait même courir, a la poursuite des baleines, des dangers bien autres que ceux que nous aurons a affronter. Eh bien . le sentiment de l'honneur, de quelque gloire a acquérir, ne me donnera-t-ilpas la même force qu'à eux? Est-ce (jue travailler pour ceux qu'on aime, tout en se rappelant que plus on les aime, plus on se doit d'être prudent et sage en même temps que courageux, est-ce que ce n'est pas le plus sûr des sauf-conduits? Croyez-vous que Dieu m'ait arraché déjà a des circonstances autrement périlleuses pour me laisser succomber dans celle-ci? Avec la foi et la croyance dont je suis pénétré, je crois qu'il n'est rien d'impossible, et comme je veux revenir parmi vous honoré et heureux, avec la grâce de Dieu, je reviendrai. Je voudrais pouvoir faire passer dans vos esprits la vérité, a savoir qu'il n'y auiail

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aiicnn foiulonieul (riiicjuiodide sérieuse, tlussiez-vous resler

deux ans sans nouvelles de moi » Puis, après quelques

(lélails sur les ressources (|ue peuvent olTrir les contrées arctiques, il ajoute : « J'insiste beaucoup, car je vous assure que sur le hrillant horizon de cette campagne, il n'est (pi'un point noir, c'est la pensée que vous serez inquiets. Si je vous disais, cependant, qu'un des hommes les plus remar- (piables de la marine anglaise, sir John Ross, qui est la, a soixante-dix-huit ans; qu il a été retenu dans ces contrées de 1829 a 1835. VAi bien! s'il y avait d'immenses périls, croyez-vous que l'aventure n'eut pas été laite pour le rebuter »

Qu'on ne me reproche pas d'avoir tant insisté sur des détails intimes, d'avoir multiplié les citations de lettres lamilières et d'avoir un peu négligé les faits relatifs a Toflicier intrépide, laborieux et savant. D'autres biographes, M. Chassériau, dans son article du Moniteur du 16 octobre 1855. M. de la Roquette, dans une très-remarquable notice, lue a la séance générale de la Société de géographie de Paris du 25 décembre suivant, ont dignement apprécié le marin, le voyageur, le studieux géographe: moi, j'ai tenu surtout k étudier, a faire connaître l'homme, et, pour cela, je n'ai eu souvent qu'a le laisser parler lui-même. On ne s'étonnera donc pas de me voir passer rapidement sur cette époque importante de sa vie, sa première expédition aux mers polaires, sur la goélette le Prince-Albert. Lisez attentivement son Journal de voijage, et vous verrez que l'action et la pensée, pendant ces dix-sept mois, n'ont pas un instant démenti son noble caractère.

Faut-il raconter maintenant son retour en Angleterre et l'accueil enthousiaste qui lui fut fait a son passage? Laissons parler M. de la Roquette :

« Le 7 octobre 1852, dit-il. le Prince Albert-enirsi dans le

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[lort (rAbcrdeen. Le capitaine Kennedy, ainsi que tous les marins du Prince- Albert, parlaient avec tant d'admiration des services rendus jjar Ik'llot et de sa conduite exemplaire pendant la durée de rex])édition, qu'on l'accueillit partout en Angleterre avec un véritable enthousiasme. Le gouvernement britannique fil connaître ofliciellement au gouvernement IVancais combien il était satisfait du concours plein de dévouement et dlnlelligence du jeune officier et lady Franklin lui exprima personnellement sa gratitude dans les termes les plus touchants. De son coté, la Société géographique de Londres, corps illustre qui a déjà rendu tant de services a la science, lui conha le titre de membre corresponilant étranger, faveur qui acquit encore plus de prix a ses veux par les paroles llatteuses du président, sir Roderick Murchison, et par la présence et l'approbation des personnages les ])lus distingués de l'Angleterre. « (îrande fut ma (( surprise, m'écrivait a cette occasion, de Woohvich, le mo- « deste Rellol. car je n'avais d'autre droit que celui de me <( trouver le [)iemier Français ayant passé l'hiver et fait une <( exploration dans cette partie des mers polaires. »

« Le o février 1852, c'est-a-dire pendant qu'il parcourait les régions arctiques, llellol, qui n'était qu'enseigne au moment de son départ, et dont le mérite avait frappé singulièrement M. Ducos, ministre de la marine, fut nommé lieutenant de vaisseau. Ce ministre, ayant pris connaissance du rapport (pie lui adressa l^ellot dès soji retour en Angleterre. <lécida que, alin de lui donner les moyens de mettre en ordre ses notes et de compléter s<ni travail, il serait considéré i'onnne appelé en mission h Paris, U dater de son retour en France, et (pie tout le lem|)S qu'il avait ])assé sur le Prhice- Albcrl lui serait comi>t(' comme service de mer. » C'est ])endant ce séjour a Paris que j'eus occasion de faire

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connaissance avec lîellot, (|ul n\o lut prrscnlé par un ami commun. M. hnpré. a tiliiî de conipatriolL'. En me i'a|)pelanl les circonslances. les détails de noire première entrevue, j'ai bie>n compris, depuis, les succès (pi'il a obtenus partout où iis'est présenté. les bons souvenirs qu'ont gardés de lui tous ceux qui l'ont connu. Bellot était une de ces natures Tranches <'t aimables qui commandent tout d'abord la sympathie.

C'était vers la lin d'octobre 1852; nous dînâmes ensemble, avec l'ami qui nous avait présentés l'im a l'autre, et le diner l'ut suivi d'une promenade qui se prolongea assez avant dans la nuit. Longtemps après que notre ami nous eut quittés, nous arpentions, Hellot et moi, le trottoir de la rue de Rivoli, qui longe la terrasse des Tuileries. Comme le prince des Mille et une Nuits, j'en aurais passé bien d'autres encore a entendre ces récits de voyages au milieu des glaces, d'excursions dans ces neiges perpétuelles de la terre de Somerset, où le passage d'un ours blanc, le vol d'un oiseau, la piste d'un renard, sont des incidents d'une grande importance. Tout cela était conté avec tant de grâce, d'esprit, de charme, et avec si peu de prétention, qu'on aurait pu penser qu'il s'agissait du récit de la plus simple partie de plaisir. Et pendant qu'il contait ainsi, je me rappelle que je considérais attentivement, a la clarté d'une pleine lune, cette nuit-la fort ra- <lieuse, la taille courte, mais bien prise, de ce brave et résolu navigateur; que je me plaisais a chercher et a trouver dans sa démarche lière et Tranche, dans ses traits énergiipiemenl accusés, les caractères de l'intrépidité entreprenante, de la volonté dédaigneuse du péril et de la souffrance. Oui, il y avait (pielque chose «pii signalait l'homme d'élite dans ce front toujours levé, qui faisait songer aux vers d'Ovide :

Os homini sublime detlit, cœluniquc tucii Jussit, et «M'ectos ad siclera tollere vultiisî

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