‹ Journal d'un voyage aux mers polaires [microforme]Chapitre 14 sur 53 · EST ERS · texte numérisé non relu

EST ERS

M. Bellot

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Élève d

JOSEPH-RENÉ BELLOT. LH l'école de Brest. il s'était distingué par son avide désir d’instruction ; enseigne de vaisseau, il avait gagné la croix à Madagascar par une action d'éclat. En station dans la Plata, 1l emplovait les loisirs de sa vie de bord à d'utiles travaux. Par ses propres eflorts, sans le secours d'aucun maitre, déjà il en était venu à parler perfaitement l'espagnol et l'anglais : il se proposait d'apprendre de la même façon l'allemand. En même temps 11 se livrait à de sérieuses études de géographie et d'hydrographie. 11 levait des plans, 1l dessinait des cartes, il m'en à laissé une qui est un modèle de netteté et de précision. Dans la perpétuelle activité de son intelligence, il ne se reposait d'u travail que par un autre travail. Ses heures de lecture éta‘ent ses heures de joie. I fouillait avec un transport de bonheur dans la collection d'ouvrages que j'avais recuellie chemin faisant depuis Québec jusqu'à Buenc:-Avres, etchaque livre qu'il üisait donnait un nouvel élan à sa pensée et devenait pour nous le sujet d'un nouvel entretien dans les longues soirées que nous passions ensemble, nonchalamment assis sur la dunette, au souffle des brises attiédies sous le ciel de l'équateur. Je me disais, en l'observant dans ce contact perpétuel, qu'il se préparait un brillant avenir, qu'il honorerait un jour notre marine.

QI devait bientôt payer cet honneur de sa mort.

« Nous nous quittämes à Rochefort en nous disant un cordial adieu, en échangeant quelques derniers souvenirs d'amité. Trois mois après, il accourait à Paris, radieux de la résolution qu'il venait de prendre.

«Condamné par les usages de la marire à rester peut-être longtemps inactif à Rochefort avant de pouvoir obtenir un nouvel embarquement, il avait écrit à lady Franklin pour lui offrir ses services ; il avait obtenu du ministre l'autorisation de partir sur le bâtiment que cette noble femme armait à ses

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LA JOSEPI-RENÉ BELLOT

frais pour chercher encore son époux. Il partait avec l'allégresse d'un soldat qu'un généreux enthousiasme anime, qui va dans la mêlée, au péril de sa vie, conquérir ses éperons. Nul calcul vulgaire n'entachait sa détermination. Il avait relusé le traitement que lady Franklin lui offrait en lui contiant l'emploi de second sur le Prince-Albert. Au milicu des Anglais, 1l voulait représenter dignement son pays par son désintéressement comme par son courage.

« En me parlant gaiement de sa perspective de voyage, il me la rendait séduisante. Quoique je connusse le danger des explorations dans les mers polaires pour m'y être aussi quelque peu hasardé, je le regardais partir avec confiance, je le voyais revenir dans un ou deux ans avec la joie d'avoir accompli une tâche imposante. Je ne devais plus le revoir !.… »

Ai-je besoin de rappeler ici tous les témoignages de douloureuse sympathie que sa famille à reçus depuis qu'elle à perdu eet enfant aimé qui faisait sa gloire et devait être sa fortune. comme il a été, comme il serait resté l'honneur de la marine francaise? Mais, qu'on le sache bien surtout, ce n'est pas seulement le marin intrépide, le savant officier, qu'on doit pleurer en lui: on doit pleurer aussi et surtout l'homme de cœur, aussi généreux, aussi désintéressé, aussi

bon qu'il était instruit, intelligent et courageux. Voulez-vous savoir en quels termes lady Franklin a écrit l’oraison funèbre de cet homme d'élite ?

« Ce brave et généreux jeune homme, que j'aimais comme

un fils, à qui je dois tant, qui représentait si noblement l'honneur et la chevalerie de la France, qui fut aimé et res-

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I est mort comme il a vécu, en héros et en chrétien. » Bellot n'a pas été pleuré seulement en Franec'et en Angleterre. Les Esquimaux, en apprenant, lors du passage du

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JOSEPIH-RENÉ BELLOT. iv

l'allé- capitaine Inglefield à son retour, la mort du jeune Francais, e. qui s'écriaient : «Pauvre Bellot! pauvre Bellot! » et ils pleuraient! ons. Voulez-vous savoir ce qui leur avait fait aimer Bellot” Penait re- dant le voyage du Prince-Albert, le jeune oflicier, ayant vu nfian un Esquimau qui avait une jambe cassée se trainer péniblees An- ment sur la neige, avait dessiné €! fait tailler par le charpenn dés- tier du navire une jambe de bois pour ce malheureux infirme.

La population n'a point perdu le souvenir de cette action age, Ù UN bien simple. il est vrai, mais dont l'inspiration ne pouvait rer des

naitre que dans un cœur d'élite.

1 quel- Son esprit, aussi élevé que son cœur, dont il semblaic du reste émaner directement, avait appris de bonne heure à

juger sainement des choses humaines; il savait à propos

, je le oir ac- : lever et baisser Les veux, regarder au-dessus et au-dessous e dou- ‘elle à ître Sa

de lui: au-dessus, pour inspirer et féconder sa noble et légime ambition; au-dessous, pour plaindre ses semblables, déshérités des jouissances du corps et des bienfatts de l'édu-

eur de cation, etse considérer comme un des heureux de ce monde. ut, ce I'admirait les forts et les habiles sans les envier. savait être fficier. digne sans fierté déplacée avec les riches, bon et humain urtout sans ostentation avec les plus pauvres. Ces qualités étaient

, AUSSI complétées et relevées par une modestie pleine de naturel ; Lil n'avait pas même cet orgueil si légitime de s'être fait luimême ce qu'il était ; il ne cachait ni n'étalait son origine .

“Et pourtant il était, il se sentait capable de se mettre de ni-

Z-VOUS inèbre

omme Mveau avec toutes les positions, toutes les gloires, toutes Les ment fortunes.

tres- | lus.

“) Cette franchisé de manières sans rudesse, cette facilité De caractère sans faiblesse et sans légèreté, cet aimable et Ù Shaturel abandon sans familiarité. cette bonté extrême sans n Ange du

analité de cœur, cette générosité. ee désintéressement , ce Courage sans forfanterie, séduisirent tout d'abord les Anglais,

NT JOSEPH-RENE BELLOT

qui en vinrent bientôt à aimer très-réellement le Français qui avait commencé par leur plaire ; aussi peut-on affirmer que ce n’est point seulement sa pensée, mais celle de toute l'Amirauté, que dis-je ? de tous les marins anglais, aussi bien que l'opinion de tous ceux qui ont connu Bellot, que M. le colonel Sabine, l'illusire nhysicien anglais, a formulée dans #4 cette phrase qu'il écrivait à M. de la Roquette en déplorant "4 là perte du jeune lieutenant de vaisseau: «En vérité, j'ai rarement trouvé son égal, jamais son supérieur. »

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