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VOYAGE AUX MERS POLATRES. 13 les plus petits sont gros comme plusieurs fois le navire. Ce qui rendait notre manœuvre plus difficile, c’est une brume épaisse qui ne nous laisse voir notre ennemi que lorsque nous sommes dessus. On se sent étouffé sous cette épaisse enveloppe. Vers quatre heures, de sourdes détonations, semblables à un coup de canoi, nous avertissent que quelque ive-berg n'est pas loin de nous. J'accours aux cris de nos hommes, et je reconnais qu'en effet nous sommes à peine à deux encäâblures d'un ice-berg deux fois haut comme le navire. La mer est jonchée de débris, et les profondes crevasses qui le sillonnent nous font redouter ce voisinage, d'autant plus que si un nouvel éboulement avait lieu, nous pourrions bien recevoir quelques débris à bord ; or, ces petits morceaux sont gros comme des barriques : et si le sommet de ce pain de sucre juge à propes de se séparer de la base, malheur à nous! Nous rencontrons plusieurs pièces de glace d’eau douce. plus dangereuses que celles d'eau salée, à cause de leur dureté, bien qu'elles se présentent sous un très-petit volume, la plus grosse que j'aie vue étant à peu près de quatre mètres cubes.
Quand on à vu une fois cette glace, il est impossible de la
confondre désormais avec d’autres, à cause de la différence de
couleur et de forme ; celle d’eau douce ayant la couleur et la
| transparence d'énormes morceaux de cristal, tandis que l’autre | est d'une blancheur éclatante Il est minuit, et je puis écrire ceci dans ma cabine, sans le secours d'aucune lumière artificielle.
9 JUILLET. — Depuis quatre jours nous n'avons pu avoir d'observations, mais nous avons passé le cercle polaire arctique. Nous sommes donc complétement dans notre terrain chez nous.
Il se faisait jadis à ce passage une cérémonie semblable à
«telle du tropique et de la ligne ; elle est tombée en désuitude, Mes baleiniers n'ayant pas trop de temps à eux, comme les ma-
2rins du sud, pour songer à leurs plaisirs. Ce matin nous avons “complété notre armement par la mise en place du crow's à à
nest. Le crow’s nest répond à peu près à la définition du mot
hune donnée dans le dictionnaire de l’Académie, dans notre pays où les cermes maritimes sont si peu compris ; c'est une sorte de guérite placée au haut du mât pour surveiller les mouvements de la glace. La forme en varie suivant le navire, mais se rapproche plus ou moins de la nôtre, son but étant le même : abriter l’homme de vigie, dont la position, sans cela, ne serait guère tolérable à cette hauteur, s'il était exposé au vent et à la neige. Chez nous, on a placé une sorte de barrique de cinq pieds de haut, au fond de laquelle est une trappe s'ouvrant de bas en haut, comme le clapet d'un piston : on y arrive par des échelons ou enfléchures placées au travers des haubans. Cette échelle, gravie par des gaillards qui ne vont pas toujours au ciel cependant, s'appelle échelle de Jacob à bord des baleiniers. Quant à l’étymologie du nom nid de pie, je pense qu'il ne peut y en avoir d'autre que la suivante, dans ce langage maritime si pittoresque et si plein d'images dans toutes les nations. Ce lieu est le poste de l'ice-master, qui, à chaque instant, prévient en bas de *& qu'il aperçoit, ou commande la manœuvre. Ce babillage a lieu à chaque instant, et queique bel esprit de gaillarl d'avant, ennuyé de ces ordres perpétuels, s’en sera vengé par ce surnom. L'étymologie n’est peut être pas celle du dictionnaire mais au moins elle répond à quelque chose. — Vers une heure de l'après-midi, nous passons près d’un ice-berg de quelques vingtaines de pieds seulement au-dessus de Peau, mais d’un È demi-mille de long. M. Leask dit que c’est un des plus large qu'il ait vus. Je cherche dans l'examen de ces différents glaçons quelque analogie de structure, quelque loi de formation, mai B c’est en vain; la variété des formes défie la comparaison, kB groupement. Tantôt c'est une table régulière, ou un pain de st cre, tantôt une ile véritable avec ses anses, ses baies, ses pri montoires. Une autre fois c’est une immense tente de laquelle 8 semble qu’on s’attende à voir un habitant qui vous souhaite la Diet B venue, ou l'entrée d’un souterrain ouvert par de vastes galeries B ou bien encore une caverne précédée de splendides travaux d'art
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Les contes de notre enfance, les souvenirs des Mille et une Nuits, accourent sans notre appel, et le Sésame, ouvre-toi! cherche à pénétrer les sombres profondeurs où se prépare un mystérieux travail. Ce sont de perpendiculaires falaises, des roches à pie, aux cavités profondes où la vague se roule et se tord en mugissant, ou des blocs informes aux flancs déchirés que la mer remplit d'écume. Qui vit jamais plus belle scène que celle qui se présente à nous ? Nous ne sommes point encore assez entourés et protégés par une barrière de glace pour que la mer soit brisée comme par une digue, et, lorsque le navire s’avance rapidement et d'une marche tortueuse au milieu de ces écueils dont chacun le menace , lorsque le brouillard, la mer, la glace, sont autant de périls, il est heureusement averti du danger par le bruit de la lutte que l'onde engage avec ce produit de ses entrailles : lutte incessante dont la trêve n’est jamais de longue durée. Plus la brise est forte, et plus la lame s'élève sur son ennemi, sur lequel elle s'étend comme uae langue de feu; elle retombe comme fatiguée, et revient à la charge avec une fureur sans relâche, qui augmente jusqu'à ce qu’une sorte d'épuisement rende l'armistice nécessaire. L'enfant orgueilleux et comme insensible résiste sans sourciller : soutenu par son imposante masse, il semble qu’il brave les efforts impuissants d'une mère en Courroux ; à peine ébranlé par tant de chocs successifs, on le voit quelquefois osciller comme un homme ivre, suivre la pente du courant; mais comme ces ivrognes d'habitude auxquels un besoin familier a donné l’instinct de l'équilibre, il reprend toujours son centre de gravité. Une décomposition interne amène seule la dissolution de ces énormes masses, et alors ce sont les stream-ice, ou de pauvres petits glaçons qui payent pour
La nourriture des Esquimaux de la côte ouest du Groënland consiste principalement en phoques, ceux des îles ont de plus la ressource des oiseaux et de leurs œufs. Mais quelquefois le froid
aussi bien que des Indiens, les décime cruellement. Avons-nous bien d’ailleurs le droit de leur en faire un reproche? Quand je dis décimer, c’est dévorer qu'il faudrait dire. M. Leask a vu au cap York un camp de quatorze personnes mortes de faim ; le dernier survivant sans doute était un homme très-fort et robuste par sa structure; son corps était conservé, mais les ossements parfaitement dépouillés de chair autour de lui indiquaient comment il avait vécu dans les derniers temps jusqu’à ce que cette ressource même lui manquât. M. Kennedy a vu sur la côte du Labrador un vieillard qui, dans l'hiver, avait été forcé de manger sa femme et ses deux enfants, n'ayant plus rien autre chose. De sombres pensées le poursuivaient, et alors qu'ému par ses malheurs, on lui présentait des provisions, ce souvenir faisait couler de grosses larmes sur ses joues, il relevait la tête et montrait a plus violente douleur. O races déshéritées! qu’avez-vous donc fait au ciel, et quelle vengeance est poursuivie sur vos têtes?
Dans la soirée, calme, brouillard; de nombreux oiseaux de mer viennent nager autour du navire et saisir quelques débris des repas de l'équipage ; ils s’enhardissent voyant qu’on ne leur fait aucun mal, et viennent nous faire admirer leur nage rapide; ce n’est que lorsqu'on leur jette un morceau de bois un peu lourd qu’ils plongent pour reparaître un peu plus loin. J'ai compté quarante-deux secondes pendant que l’un d'eux plongeait. M. Goodsir les désigne sous Le nom d’alca alla ; quant à h forme, et autant que je l'ai pu voir du bord, ils ressemblent beaucoup à une sarcelle; ils ont la tête, le cou, les ailes et le dos noir, et la poitrine ainsi que le ventre blancs ; plongeant de temps en temps leur petite tête dans l'eau, ils semblaient prendre plaisir à tourner autour de nous. Un phoque est venu montrer la partie supérieure de ses nageoires, plusieurs fusils se sont dirigés sur lui, mais il a disparu aussitôt.
4 suzer. —- Ce matin on a mis les canots en dehors, C'est l'athlète qui retrousse ses manches. Le Gntta-Percha fait de l'eau,
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