‹ Journal d'un voyage aux mers polaires [microforme]Chapitre 27 sur 53 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

TEST TARGET (MT

sions (mesures anglaises) : du nez au haut du front, un pied sept pouces (longueur du museau); du nez à la croupe, huit pieds six pouces ; longueur de la queue, sept pouces ; circonférence au milieu du corps, six pieds quatre pouces; pattes de derrière, largeur, huit pouces, longueur un pied deux pouces ; pattes de devant, largeur, dix pouces, longueur, onze pouces. Il a, sur le devant, deux énormes crocs, un de chaque côté, aux deux mächoires ; ces crocs sont longs de deux pouces et demi au-dessus de la gencive.—Nos chiens ont une curée, un vrai treat (régal), dont ils semblent bien joyeux, mais dont leur gloutonnerie nous fait craindre les conséquences pour eux.—Notre ours n'avait que de l’eau dans l'estomac ; cependant il est fort gras, et on estime chaque quartier à deux cents livres. C’est la saison dans laquelle ces animaux sont en rut ; les femelles mettent bas dans le mois d'avril et se retirent à terre pour cela ; dans la baie d'Hudson on en tue beaucoup à cette époque. — Nous varlons du mépris qu'ont les prétendus sauvages de ce dernier pays pour l’homme civilisé. M. Kennedy me raconte qu’un officier de la Compagnie ayant, pour plaisanter, demandé sérieusement à un chef indien de lui donner sa fille en mariage, velui-ci, qui lui témoignait des égards en tant que marchand, haussa les épaules en lui disant : « Ma fille? à toi? tu ne sais seulement pas chasser! » Un autre jour que M. Kennedy avait été très-heureux à la chasse, un Indien lui demande qui avait tué ce grand nombre de daims: «Moi! — Ah! dit l'Indien, se retournant vers un de ses compagnons; c’est véritable nent un homme! »

9 serremBre. — Les vents toujours au nord-ouest. Jolie brise à filer cinq nœuds. — A quatre heures, nous entrons dans des glaces très-épaisses, que nous supposons détachées de la terre par les vents de nord-ouest; mais quelques minutes après, ki terre se montrant à bonne distance, il devient évident que c’est la glace du détroit de Barrow qui a été amenée ici depuis notre passage par le courant de l'ouest à l’est et les vents d'est. -— Les

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heures me paraissent bien longues pendant notre louvoyage. — Le thermomètre a descendu un peu, ce qui, j'espère, présage la continuation des vents d'ouest. — Le navire franchit une ligue de glace à travers laquelle il se fraye lui-même sa route, heurtant un glaçon par-ci, par-là, en brisant d'autres ; enfin nous sommes dans un courant d’eau claire, et au moins nous allons approcher du port si nous n’y entrons pas tout à fait; d’ailleurs, je viens de relire nos ouvrages, et je vois que Parry s’est coupé un canal pour prendre ses quartiers d'hiver. A quatre heures, M. Kennedy me dit qu'il lui semble que le port est barré. bien que les abords soient dégagés ; après tout. ajoute-t-il, j'ai brûlé mes vaisseaux comme Cortez, et il y a trop de glace derrière nous pour songer à reculer. Il se rend à terre dans un canot, avec des fusées, lanternes, ete. — A sept heures et demie, nous sommes à-peine à un demi-mille de terre; une baleine noire passe entre nous et la terre majestueusement et sans inquiétude, comme si elle savait que nous navons point de harpon à lui lancer. Cette sorte de baleine se prenä souvent loin de la glace. A huit heures, fatigué par la nuit précédente passée sans sommeil, je me jette sur mon lit à moitié déshabillé, en priant M. Hcpburn et le docteur de m’appeler dès qu'il y aura quelque chose de nouveau. — A huit: heures un quart, le docteur me dit qu'on appelle tout le monde sur le pont; je monte rapidement ; M. Leask me dit d'aller dans la mâture, et de voir l’état de la glace. Le vent est passé

de nord-ouest et nord-nord-ouest au nord; la glace, qui à cinq

heures laissait un libre passage et à six heures joignait la

pointe sud du cap Suppings, est maintenant jointe à la terre au

sud de cette pointe ; je ne vois point le canot. En descendant,

M. Leask me demande mon opinion sur ce qu'il y a à faire.

M. Hepburn et moi nous nous sommes communiqué la même

pensée, qui est aussi celle de M. Grate, le maître d'équipage, et

de tous nos hommes, excepté M. Smith et le doctenr, c'est de

descendre environ deux milles plus au sud, où la glace nous

laisse une ouverture, et de nous tenir alors sur le bord extérieur. — Nous sommes à environ un demi-mille de la terre; la glace est à un quart de mille de l’autre côté, et elle tend à se rapprocher de la terre, sur laquelle elle presserait le navire : c’est ce qui nous force à nous éloigner de l'endroit où nous nous tronvons ; sice n'était que le danger d'être dans le pack, il n'v aurait pas grand mal; mais une des grandes causes de mon anxiété, c'est de savoir si le canot à atteint l'endroit où sont les provisions, et quand il pourra nous rejoindre. Enfin, le voilà arrivé, ce grand moment, et j'espère que Dieu nous aidera! Ne pensant plus au succès, c’est au salut seulement de nos compagnons que je réduis mes vœux! Pauvres parents, chers amis! que votre souvenir me soutienne et me préserve des tentations auxquelles je puis succomber, car, le cas échéant, T'irai aussi loin que possible, et, après cela, si je me trompe, si je perds la confiance que j'ai inspirée, adieu à la vie! Malgré mes observations, on consulte les matelots après les officiers, et vers neuf heures M. Leask demande que chacun signe une dé: claration de son opinion. Je n’oppose à ce qu'on donne de l'eau-de-vie aux hommes, malgré la fatigue de cette nuit.

Si le danger du canot eût été plus imminent, j'aurais conseillé de risquer le navire; car lady Franklin nous a dit, à M. Kennedy et à moi, de ne pas hésiter en pareil cas; mais je ne crois point du tout la situation désespérée. — Aussi, comme nous étions sûrs de perdre le navire sans utilité, il valait mieux ne pas tout risquer. C’est à huit heures et demie que nous avons laissé

porter.

10 serremere. — Ne m'étant pas couché, je prends le quart à minuit, allumant toutes les demi-heures un feu de signal. De dix heures et demie à minuit on lance plusieurs fusées, auxquelles MM. Hepburn et Leask vuient des réponses à terre. — 11 nous semble reconnaitre, dans l'obscurité de la nuit qui s’est faite à neuf heures, le part Lénpold, et nous voyons la glace qui s'a-

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VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 129 vance très-près au sud. Nous nous félicitons de cette heureuse délivrance; mais quelle est notre douleur, à sept heures et demie, quand nous nous apercevons que nous sommes fort au sud de la position que nous pensions oceuper ! Au lieu d'avancer nous avons reculé pas à pas devant la glace poussée par la brise du nord et sans doute aussi par un courant nord; car cette baleine d'hier remontait la côte vers le nord, et on dit que ces animaux se dirigent toujours contre la marée. M. Leask m'appelle, et, les larmes aux veux, il me montre que la côte au nord est entourée d'un pack épais. précédé de bancs de glace épaisse, qui gagnent, gagnent toujours au sud. À cinq ou six milles de nous, au nord-est vrai, est une baie que M. Leask prend pour la baie Batty, mais que je suppose être plutôt la baie Elwin, à canse de la distance. Il y a un petit passage contournant un bane qui s'avance au sud de la baie ; pris par la glace qui nous entraînera dans le sud, nous ne pourrons être d'aucun secours à nos compagnons séparés de nous. Nous sommes forcés de nous laisser entrainer par la glace dans le fond du passage. M. Leask me demande ce qu'il faut faire. Mon opinion est que le mieux est de chercher à rentrer dans cette baie, et je l'appuie sur les raisons que j'ai dites tout à l'heure. Je descends prévenir le docteur,

M. Hepburn, et M. Smith, dont le frère est dans le canot, et les prie d'examiner par eux-mêmes l'état des choses. — A peine suis-je remonté que M. Leask me rappelle. L'ouverture que j’avais vue conduisant dans la baie Elwin s’est rétrécie de la même façon que celle du port Léopold hier au soir; elle s’étend loin

au sud et se rapproche de plus en plus de la terre: le vent est droit nord ; la chance sur laquelle je comptais nous est donc

elle-même enlevée. « Que faire? me demande M. Leask de nou veau, quel est votre avis? » — Mon avis concorde avec le sien :

Si nous sommes entourés de glaces, qui n’offrent d'issue que

dans le sud, l’est paraissant pris, les mêmes considérations

que ci-dessus m’engagent à chercher au plus vite la baie Batty,

bien que cette route nous éloigne de quarante milles de nos pau-

vres amis. — « Allez en bas, me dit M. Leask, ct informez l'équipage. » Je somme les hommes de monter dans la mâture, ettous, méme le pauvre M. Smith. que son amour de frère rend plus tenace que les autres, viennent à la même conclusion que nous. Quelle épreuve! Peut-être avoir décidé de la vie ou de la mort de cinq hommes ; mais cela d’une manière fatale! Aussi, je me réserve de tenter une expédition par terre ou en canot pour les chercher. — Voici mon espérance : ils auront pu gagner le port Léopold, où sont de nombreuses provisions et des vêtements, et à, M. Kennedy aura immédiatement formé le projet d'hiverner. La direction de leur fusée étant presque au nord, il était difficile de juger leur distance de nous. Nous avons souvent parlé de Fury-Beach ; les pensées du capitaine se seront tournées dans ce sens ; ses hommes auront vu les mouvements du navire, ou, S'ils ne les ont pas vus, ils les auront devinés par le vent, par l'état de la glace qui ne nous permettait pas de rester à l’est. M. Kennedy aura pensé que nous n’irions pas de nouveau au port Bowen. — M. Leask voulait qu’on se dirigeit sur la baie Batty, le seul port sûr connu sur cette côte; mais je lui ai représenté que la rivière de la baie Creswell et la baie de Brent fort offrent des abris suffisants, et je suis décidé à tout faire, même à entrer dans le pack plutôt que d’aller hiverner sur la côte est où nous ne pourrions songer à rien faire pour nos chers compagnons.

A huit heures ct demie la baie Batty est heureusement dégarnie de glace, et nous y mouillons; le vent souffle très-fort du nord. Par bouheur pour eux, toute la nuit le thermomètre n’a pas été plus bas que 25°, car ils n’ont pas de tente, pas d'aliments dans le canot. Je veux demander à M. Leask un canot et cinq hommes. Je ne sais ce qui adviendra de moi, il y a quarante heures que je n’ai dormi. Ce sont peut-être les dernières lignes que j'écrirai, et j'ai la tête brisée.

A midi et demi, le capitaine Leask m’ayant laissé toute liberté d'action, après avoir délibéré avec les officiers, j'en viens

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à l'idée d’une expédition par terre, composée de quatre hommes et moi ; les raisons qui rendent ce moyen préférable sont que : l° il vente coup de vent de nord, et un canot n'arriverait pas: 2 la baleinière, seul canot que nous ayons à prendre, est une embarcation en bois d’acajou, lourde, pesante, que nous pourrions difficilement manœuvrer, que nous ne pourrions transporter sur la glace quand nous l’aurions rencontrée au sud de la baie Elwin ; dans l'état avancé de la saison le canot peut être pris par le boy ice, et mis ainsi dans l'impossibilité de faire quoi que ce soit. Si nos amis sont sur la glace, comme le pack est déjà devant le port, deux heures après notre mouillage ils dériveront au sud et seront surveillés du bord.

Mais nous considérons comme probable qu’ils ont atteint les

provisions du port Léopold, et que l'important est de leur faire savoir où nous sommes.

Je compte que dans trois fois vingt-quatre heures nous pouvons être au port Léopold.

Un pavillon doit être hissé sur un des pics du nord de la baie. Le docteur demande à m’accompagner, mais je suis obligé de le lui refuser, considérant que ses soins peuvent être bien plus précieux à bord, dans le cas où ils reviendraient par mer, car alors ils seraient exténués et mourants de faim, tandis que s'ils reviennent par terre nous les aurions trouvés au port Léopold.

Je fais prendre à nos hommes douze livres de pemmican chacun, comptant une livre par jour, pour le cas où nous les trouverions en route. — Dieu bénisse nos eflorts! — A deux heures nous devons nous estimer bien heureux d’avoir atteint la baie Batty, car déjà l'entrée en est barrée par de très-épais glatons. — J'aurais bien voulu partir aujourd’hui, mais les hommes sont harassés par les fatigues de la journée et .ie la nuit d'hier. ILest convenu que, pendant la nuit, la goëlette aura un fanal hissé,

J'avais pensé d'abord à prendre mon canot portatif, mais je pense que les cours d'eau que nous pouvons trouver, étant gla-

cés, couperaient le bateau et en rendraient l'usage impossible, et c'est un poids dont nous ne pouvons nous charger qu'avec une chance probable que cela nous soit utile.

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