‹ Journal d'un voyage aux mers polaires [microforme]Chapitre 31 sur 53 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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en général sur la glace ; mais presque partout l'eau libre coulait à distance de la côte, les glaçons dérivant au sud. C’est une circonstance assez remarquable dont Parry fut frappé en 1825, que, sept jours sur dix, les glaces sont entrainées au sud ; où vont-elles? y a-t-il donc une issue au fond du passage à la baie de Brentford, ou même à la baie de Pelly? (Et à ce propos. plusieurs personnes doutent fort que le docteur Rae, qui n’a jamais obtenu ses longitudes autrement que par à peu près, ait été fort exact en général, et surtout très-justifiable en n’examinant pas le fond de la baie de Pelly.) Ce qui ajoutait à notre malaise, c'était l’état de nos vêtements tout imbibés de neige, que la chaleur de nos corps fondait pendant la nuit, et qui, le jour suivant, se transformant en glace, les rendait lourds, durs et froids comme s'ils étaient de plomb.

Nos hommes voyageurs de la baie d'Hudson sont moins accoutumés aux courses dans ces régions nues et entièrement découvertes que dans des pays boisés, où chaque soir un bon feu dont le voisinage fait largement les frais leur permet de se réchauffer, et de sécher les différentes parties de leur accoutrement. Peu de précautions sont nécessaires, avec l'assurance de cette ressource, et, l'habitude de la négligence emportant, ils ne prennent pas toujours Le soin, aussi exactement qu'on peut le désirer, de secouer la neige qui se glisse par toutes les ouvertures des vêtements. Ils sont aussi fort mal vêtus pour notre situation, étant couvert: de laine, et l’on sait que les étoiles laineuses sont merveilleusement disposées pour retenir toutes les particules de neige, et surtout lorsque cette neige, fine el sèche comme la poussière de nos grandes routes, vole en nuages chassés par le plus léger souffle de vent. La sécurité du voyageur et même son existence sont garanties par une foule de précautions qui ne semblent point puériles à ceux qui peuvent en apprécier l'utilité. I ne faut point, pour se garantir du froid, trop se couvrir de chaudes étoffes qui amènent tout de suite une abondante transpiration, cette transpiration se convertissant en

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VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 221 glace au moindre abaissement de température, dès que l’on s’arrête pour se reposer, où qu'on cesse un violent exercice. C’est ce qui donne un grand avantage aux vêtements de peau de daim, qui sont légers à la fois et imperméables au vent. Mais cette même imperméabilité est une cause de transpiration ; aussi, dès que nous Sentioys nos mains en moiteur, nous retirions nos gants, jusqu'à ce qu'une nouvelle sensation de froid nous forçât à les recouvrir ; nous en faisious autant pour la tête. En dépit de ces précautions, nous avions chaque soir à sécher nos chaussures et nos gants, ce qui ne peut se faire qu’en se les appliquant sur la poitrine ou sous les aisselles ; cela n’est guère sain, mais cependant c'est la seule méthode, et il n’est pas difficile de comprendre la rapidité avec laquelle les rhumatismes arrivent sous un pareil régime. Le nez et la bouche sont les parties de la figure les plus sensibles au froid, mais il n’est guère possible et même il serait peu prudent de les couvrir, à cause des vapeurs qui s’en échappent: ceux de nous qui pour les garantir s'étaient entourés de cravates, cache-nez, etc., ne purent les retirer à la fin de la journée. Nos couvertures étaient toujours gelées, quoi que nous pussions faire, et, le samedi matin, quoique nous fussions à deux jours de marche de la baie Batty, nous nous déterminimes à donner un coup de collier et à ne nous arrêter qu'à bord du Prince-Albert. Bien que nous ne fussions pas trèsfatigués, ce fut le jour où nous eûmes le plus à souffrir : la brise du nord nous fouettait le visage, et on ne peut se figurer l’impression qu’on en ressent lorsque le thermomètre est à 50° centigrades au-dessous de 0. Nous comparions la douleur que nous éprouvions à celle d’un homme dont on cinglerait la peau avec des lanières de cuir ; il semble, en effet, que chaque bourrasque emporte des lambeaux de l'épiderme. A cette cuisson de la peau succède un état d'engourdissement pendant lequel les parties aflectées deviennent bleuâtres, le sang se retire; si par malheur elles blancssent, c'en est fait, elles sont irrévocablement gelées. De temps en temps nous étions obligés de nous arrêter

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pour nous examiner réciproquement, car, par un froid vif, et proc surtout si on est arrivé au période d'engourdissement, on ne fond À sent point qu’on est frost-bitten (expression qui rend bien là il fau chose : mordu par la neige). Pour moi, je payai mon noviciat Fous par de plus nombreuses gelures que les autres, ce qui, au milieu is des Indiens ou des Huskies, m'eût exposé aux sarcgsmes et aux S'arrè moqueries des jeunes filles ou des lousties du pays. Les gens vite | | expérimentés savent en effet que. dès qu’ils ressentent une dé- dus | mangeaison, ils sont frost-bitten, et alors il ne faut pas craindre lêle d’ôter ses gants et de bien frotter avec le doigt la partie affectée; dirig c’est une honte pour un homme de se laisser geler, et le jeune brouil 1. Indien met sa gloire à se tirer du froid sain et sauf. Une pincée du flo de neige rétablit, du reste, la circulation du sang. lurée Lorsque la rafale était trop forte, nous n’avions d’autre res- Me source que de tourner le dos ; mais la neige nous entrait dans il est la gorge, dans les narines et surtout entre les cils, ce qui fait prése que souvent les paupières se joignaient, et il nous fallait en arra- arrivCé | cher les glaçons. Nous avions cru trouver une armure ou plutôt dait P un abri contre le froid dans nos longues barbes; mais la neige HE al | qui s'y fixe invariablement et s’y condense en épais glaçons la et bier oh joignait aux parties avoisinantes de nos vêtements, et nous nous malheu | trouvâmes fort heureux d’avoir des ciseaux ponr nous débar- lateurs rasser de cet hôte incommode. Les Esquimaux sont générale- ger dar ment imberbes, et, en consultant un peu mieux les vuies de la Nous ï nature, nous aurions dû arriver à cette conclusion. Le même ques f je | inconvénient accompagne toute espèce de masque, cache-nez, suiviret : placé sur la figure, et la meilleure mesure de prudence c'est qu'à Fu à d'habituer l'épiderme à ces basses températures. homme Nous étions partis à deux heures du matin, sans déjeuner, Le iv à lente

nous proposant un court répit en route; mais à peine nous fut-il possible de fondre quelques gouttes d’eau, et prendre dans nos doigts rendus impuissants par le froid un morceau de biscuit; nous ne pûmes retenir nos éclats de rire plusieurs fois à la vue des singulières grimaces faites par chacun, lorsque ap-

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VOYAGE AUX MERS POLAIRE. 223 prochant de ses lèvres un vase de fer-blane plein de neige fondue, il le rejetait avec des rugissements de douleur mêlés, il faut bien le dire, aux imprécations des moins patients d'entre nous. On ne sent point d’abord l'impression produite par le contact du métal, mais une douleur aiguë causée par la peau qui s'arrache et reste collée aux bords du vase vous rappelle bien vite les lois de l'équilibre des températures. — A cinq heures du soir, nous étions à l'entrée de la baie, roulant, tombant la tête en bas au milieu des ice-bergs échoués sur le récif, et nous dirigeant tant bien que mal vers le navire dans l'obscurité et le brouillard formé par les vapeurs qui s’échappent des crevasses du floe. — En passant au pied d'un berg où la neige était saturée d’eau de mer, nous vimes le même effet de phosphorescence qu’au mois d'octobre à la pointe Wreck ; mais cette ‘fois ilest évident que c’est à l'eau de mer elle-même, et non à la présence de débris de poissons, que ces lueurs sont dues. Notre arrivée surprit l'équipage du Prince-Albert, qui ne nous attendait pas sitôt, et, une fois de plus, nous jouîmes des comforts qui nous semblent exquis, d’un bon feu et d'un bon lit bien sec et bien chaud. — Quelles affreuses souffrances que celles des malheureux qui ont faim et froid! Que certains de nos législateurs ne sont-ils envoyés pour quelques mois d'hiver à voyager dans les régions arctiques!

Nous n'avons vu, pendant cette excursion, que les traces d’un

ours, mais ces traces étaient anciennes, de deux renards qui

suivirent notre marche, depuis notre troisième campement jus-

qu'à Fury-Beach, et deux crows ou gros corbeaux noirs que nos

hommes se seraient bien gardés de tuer. — Nous avons laissé

cent livres de pemmican et les armes au troisième campemerc.

la tente et ses pieux au deuxième.

AL

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