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514 J. R. BELLOT tout prét; mais, à notre vif désappointement et à notre grande colère, un maudit ours ayant crevé la toiture, cette chaloupe est maintenant remplie d’une neige parfaitement tassée et si dure, qu'il est encore moins long de nous bâtir une hutte de neige. Ce n’est pas cependant sans répéter les imprécations d’Amilear contre la race oursine, que nous nous mettons à la besogne. Gueux d'ours, va!
Du 15 au 16 mar. —Forte brise du nord et suow-drift.—Décidément, nous sommes tous plus ou moins attaqués du scorbut ; il est inutile aujourd’hui de se le cacher, et il ne faut plus songer qu'à s’en débarrasser au plus vite. Nos inquiétudes sont grandes sur le sort de ceux qui sont à bord, et très-probablement dans le même cas que nous; de plus, notre absence s'étant prolongée au delà de ce qu'ils ont calculé, ils sont sans doute assez peu tranquillisés sur notre compte ; ces raisons nous eussent fait désirer de nous rendre auprès d'eux le plus tôt possible. Mais il n’en est point deux parmi nous qui seraient capables à présent de se rendre à la baie Batty; nous avons du reste ici tous les éléments de guérison en plus grande quantité et en meilleur état qu'au navire, c'est-à-dire : lime-juice, légumes, viandes fraîches, salaisons, confitures et autres rafraichissements. M. Kennedy décide donc que nous resterons ici jusqu'à ce que notre santé s'améliore. Nous nous bâtissons une maison plus spacieuse, et une tente est construite avec des lambeaux de toile pour y faire la cuisine, afin d’éloigner «: nos objets de couchage les causes d'humidité qui seules ont pu occasionner le scorbut chez nous. Pour la même raison, nous revenons au mode de vie habitue!, c'est-à-dire que nous dormirons pendant la nuit afin de faire sécher nos effets pendant le jour.
Après la première bombance, comme nous disons à Rochefort, la satiété a heureusement fait disparaître cet appétit monstrueux, ou plutôt cette appétence qui semblait devoir être éternelle, et menacait d'envahir toute autre faculté ; nous sommes
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VOYAGE AUX MERS POLAIREX. où entin revenus à un état raisonnable, et nous nous contentons de jouir avec modération des ressources considérables déposées sur la pointe Whaler. Après cinquante jours, pendant lesquels il.était difficile de disputer la moindre goutte d’eau à une soif inextinguible, ce n'est point une petite jouissance que la possibilité de songer à la propreté corporelle ; pour me résumer enfin, tout nous est jouissance matérielle. Peut-être cette intronisation nous empêche-t-elle de sentir assez vivement ce que nous devons à la Providence. Que fût-il advenu de nous si le scorbut s'était ainsi manifesté au cap Walker, ou plus loin encore? La réponse est à peine douteuse. Et même dans ces derniers jours, où le froid et la faim diminuaient nos forces, la brise nous est toujours venue de l'ouest, c'est-à-dire derrière nous ; les glaces, que nous pouvions trouver ouvertes entre le cap Walker et l’île Limestone. nous ont donné un passage court et facile. Je ne crois point m'exagérer les dangers auxquels nous avons échappé ; non, je crois avoir toujours été de sang-froid, mais quelles sont les choses, si petites qu’elles soient, où vous ne reconnaîtrez point le doigt de Dieu ? Attribuez cela au hasard, à la bonne chance, à ce que vous voudrez; mais plutôt, interrogez votre cœur, si votre esprit se meut dans ces ténèbres où le regard de la Diviaité ne brille point!
47 Ma. — Thermomètre : six heures du matin, + 17° (— 8° centigrade): midi, + 12° ( — 11° centigrade); six heures + 15° (—9° centigrade). — Forte brise du nord, accompagnée de l'éternel snow-drift. — Nous avons achevé aujourd’hui notre snow-house où nous nous trouvons si bien, que notre regret est de n'avoir pas fait de même à Fury-Beach, car une snowhouse eût certainement été plus confortable qu’une maison de toile avec la fumée qui nous aveuglait ; elle est assurément plus chaude. Un des deux poêles laissés par sir J. Ross est fixé dans notre tente de cuisine, et suffit à tous nos besoins. — L'ours tué par M. Kennedy en octobre avait été placé dans une des
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chaudières de la machine à vapeur de la chaloupe, une des portes en a été arrachée, et les traces laissées sur la neige montrent qu'un ours est encore l'auteur de ce méfait, dont les circonstances nous donnent à penser qu'il y a autant de malice que de force ‘ans ce pesant animal.
48 mar. — Thermomètre : six heures, + 22° ( — G° centigrade); midi, + 12° (— 11° centigrades) ; six heures, + 17° (— 8° centigrades). — Légère brise d'ouest. Temps un peu plus elair. — Nous passons la journée à étendre et à battre nos effets afin de les bien sécher. Dans une courte promenade au pied du cap Clarence, nous voyons un chenal d'eau courante qui s'étend à l'est aussi loin que notre vue peut s'étendre, et au sud plus loin que le cap Seppings, à environ une dizaine de milles ; nous sommes tous munis de béquilles et ressemblons assez à un détachement d'invalides, mais nous tâchons d’entretenir parmi nous la gaieté et surtout l'activité. C’est le mouvement et l’exercice qui sont les principaux remèdes contre le scorbut ; et tous les moyens d’excitation devraient être employés contre ceux qui s'obstinent à rester couchés. Les nerfs ou les muscles se contractent si vite et avec tant de persistance, qu'il faut apporter la même persistance à combattre le mal. Grâces à Dieu, j'ai encore bon courage, et j'espère que quelques jours de notre régime avec un peu d’exercice m'auront rétabli. Mes jambes sont fort enflées, surtout en dessous du genou, et les taches noires n'ont pas encore disparu. MM. Kennedy et R. Webb sor: les plus maltraités de tous, et je crains que chez le premier cela ne se joigne aux rhumatismes pour lui jouer un mauvais tour ; mais il ne le cède à aucun de nous pour l'activité, et les encouragements qu'il prodigue à nos malades, surtout en leur préchant d'exemple, auront, j'espère, un bon effet sur leur santé. Le plus dur est fait, je pense, de cette épreuve. et je crois avoir dignement soutenu mon rôle ; ce n'est point que, intérieurement, je n'aie cru (par deux fois différentes) que
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VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 017 le courage m'abandonnerait ; mais, au moment de la défaillance, je me suis heureusement rappelé et ma position et mon caractère ; que le ciel en soit loué! car j'avais un dur apprentissage à faire, et tous ici, excepté moi. avaient des fatigues de pareils voyages une expérience qui m'était complétement étrangère ; que de tourments au moral, d'ailleurs, n’avais-je point, qui se joignaient aux difficultés matérielles! Mais j'ai renfermé en moiméme ces luttes d’un moment, et personne ne peut dire qu’un officier français a fléchi là où d’autres ne faiblissaient point.
49 mar. — Thermomètre : hv't heures, 2 22° (—6" centig.); midi, + 27° (— 9° centig.); six heures, + 28° (-- 2° centig.) — Petite brise d'ouest, temps clair. Les neiges fondent tout autour de nous, et l'ouverture des glaces semble s’étendre davantage vers le sud-est; nous passons la journée à extraire de la neige le canot de gutta-percha laissé ici en octobre, car la vue de l’eau courante nous à donné l’idée de nous rendre en canot à la baie Batty, ce qui nous éviterait une grande fatigue, et nous permettrait en même temps d'apporter à nos hommes du bord un renfort de lime-juice, médicament dont ils doivent avoir besoin, celui du navire étant très-intérieur en qualité, et d’ailleurs en petite quantité. Afin d'éviter l'humidité de ces neiges sous l'action des rayons solaires pendant le jour, nous revenons à notre premier plan, et travaillons maintenant la nuit. Dans la soirée du 19, la brise à augmenté de force, et le snow-drift épais nous force à rentrer au logis, malgré le désir et le besoin que nous avons des occupations corporelles.
Du 20 au 21 mai. — Thermomètre : six heures du soir. - 11° (— 12" centig.); minuit, + 8° (—15° centig.); six heures, +15 (— 9° centig.) — Petite brise du nord, temps nuageux ; nous cherchons tous les moyens possibles de nous créer un travail pour les bras et les jambes, et nous nous mettons à déblaver la chaloupe de la neige dont elle est pleine. Cette neige est tellement tassée, qu'il nous faut l'entamer avec la hache et en scier
o18 J, R. BELLOT.
les morceaux. Cette besogne peut être utile à cause du poids de plusieurs t"nnes dont la neige presse ainsi les "ôtés de ia chaloupe, la toiture s’élevant de cinq à six pieds au-dessus de cette embarcation.
Du 21 au 22 mai. — Thermomètre : six heures du soir, +14" (—12" centig.); minuit, + 15° (—9" centig.); six heures+-25" (—#" centig.)—Petite brise du nord, neige de temps en temps. — Nous avons achevé les excavations cornmencées hier. Nous nous mettons ensuite à mâter, gréer et voiler notre canot, qui avait laissé le navire sans mettre sa voilure, le 9 septembre. Nous jouissons d'avance de la surprise de nos shipmates, en nous voyant arriver en canot, et du port Léopold, car, s'ils nous attendent de quelque part, on le leur donnerait en mille, avant qu'ils devinassent que nous viendrons du nord. Il est assez remarquable que nous n'ayons vu ici d'autre animal que deux corbeaux, qui nous ont laissés les approcher de très-près, et paraissaient plus surpris qu'effrayés de la présence d'envahisseurs. On se rappelle que, pendant nos excursions d'hiver, c’est le seul oiseau que nous ayons rencontré; de quoi vivent-ils dans cette saison de l’année?
Le temps redevient épais et neigeux dans la matinée du samedi. Mais enfin nos préparatifs sont à peu près finis; et un mieux sensible se manifeste même chez les plus malades ; il est donc décidé que nous partirons lundi matin. si cela plaît à Dieu, et si Le temps le permet.
22 et 25 Mar. — Thermomètre : huit heures du matin, +22 (— 6° centig.); midi, + 25° (— # cent.); six heures, + 26° (— 5" cent.) —Furte brise d'ouest; temps épais. drifting snow. La journée du dimanche se passe dans le repos. et, pour la première fois depuis longtemps, nos voix se réunissent pour formuler des expressions de gratitude, et implorer de nouvelles faveurs de celui dont la bonté inépuisable n’est jamais lasse de donner.
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24 mar. —Thermomètre : huit heures du matin, + 24° (— #4 centig.); midi, + 28° (—2" centig.); quatre heures, + 25—4" centig.) — Forte brise d'ouest, snow-drift, temps épais qui nous cloue dans notre habitation. La note suivante, placée avec les autres papiers que les commandants des diverses expéditions ont déposés ici, est laissée par M. Kennedy :
« La présente a pour but de faire connaitre que le petit na- « vire de lady Franklin, le Prince-Albert, a passé l'hiver de 51- € 92 à la baie Batty. En janvier, un détachement du navire a vi- « sité Fury-Beach, sans trouver aucune trace de sir J. Franklin ou « de ses hommes; les provisions qu'y avaient laissées la Fury « étaient encore en bon état, Dans le mois de février 52, quatorze « personnes ont de nouveau laissé le Prince-Albert pour Furv- « Beach, d'où, après quelques préparatifs pour un long voyage «au sud, ils partirent enfin le 29 mars. Leur intention était de «se rendre d'abord à la baie Brentford, et là de traverser à « l’ouest, dans le but d'atteindre la mer que sir J. Ross (the « supposed seu of sir J. Ross) y a placée, et alors de suivre la « côte jusqu'au pôle magnétique. Après avoir fait, cependant, «environ cent milles dans l'intérieur et à l'ouest, ils n’y «trouvèrent rien qu'une plaine uniforme, que l'on supposa « pouvoir s'étendre jusqu'à la terre de Bank. Comme ils n’a- « vaient point de ressources suffisantes pour atteindre ce point « éloigné, ils se dirigèrent vers le nord (espérant trouver un « chenal conduisant au sud-ouest), jusqu'à ce qu'ils eussent at- «teint le cap Walker, où ils arrivèrent le 4 maï. [ls trouvèrent « cette terre non interrompue (continuous), et lui donnèrent le «nom du Prince-Albert. Du cap Walker, ils ont gouverné, à «cause du manque de provisions, pour cette pointe où ils sont «arrivés le 15 mai. Pendant le voyage, pas la plus petite trace « de sir J, Franklin n'a été trouvée : le eap Walker a été soi- « gneusement examiné, mais il ne portait aucun indice d'une « visite quelconque des Européens.
« Des quatorze hommes (compris les officiers) qui laissèrent « Fury-Beach, huit formaient un détachement de fatigue qui «nous accompagna jusqu'à la baie Breniford, d'où ils sont re- «tournés à bord du navire. Ceux qui ont accompli le voyage «mentionné étaient les personnes suivantes : W. Kennedy, « J, Bellot, J. Smith, A. Irvine, R. Webb et W. Adamson ; avec ccinq chiens esquimaux.
« Quand ils atteignirent cette pointe, ils étaient tous telle- « ment affectés du scorbut, qu'ils durent s’arrêter ici plus d’une « semaine, afin de se rétablir. Ils sont maintenant (25 mai) « prêts à retourner à bord, et n’attendent plus qu'un change- « ment du présent mauvais temps. Le passage du Prince-Ré- « gent et le détroit de Barrow étant ouverts, aussi loin que la « vue peut s'étendre, ils procéderont dans le Gutta-Percha, « par eau, aussi loin qu’ils le pourront.
« Après avoir rejoint le navire, l’examen du fond du passage « Grinnel (à l’ouest de la terre de North-Somerset) sera « leur premier travail; et puis ensuite, probablement, ils visite- « ront le chenal Wellington, c’est-à-dire tout autant que des « traces de sir J, Franklin n’auraient point été trouvées dans « cette direction.
« Toute personne trouvant cette note est priée d’en envoyer « copie à lady Franklin.
Ps
PS
« Signé : KENNEDY,
«€ Commandant l’expédition arctique de lady Franklin. »
Je suppose que la dernière partie de cette note se rapporte à un plan dont le premier j'ai parlé à M. Kennedy, mais auquel il paraît qu’il avait songé. Lorsque nous mîmes en délibération le voyage au cap Walker, mon avis eût été de faire une pointe au nord-est, afin de remonter la côte, que nous aurions alors redescendue au sud, pour remonter ensuite au nord, jusqu’à la hauteur de la baie Creswell, où nous aurions trouvé la pyramide. ou cairn, élevée par sir J. Ross en 1849, et traverser dans
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VOYAGE AUX MERS POLAIRES, 321 la direction de Fury-Beach. Je pensais alors que l'ouverture au moins de cet inlet, c'est-à-dire le cap Waïker et ses environs avaient été examinés par l'escadre arctique l'année dernière, et qu’alors il valait mieux, pour nous, explorer le fond de l'inlet et reconnaitre la côte jusqu'aux Quatre-Rivières. Cependant, dans l'état actuel et apparent des choses, je ne doute pas, si en effet seuls nous avons visité le cap Walker, que cela ne donne beaucoup plus de satisfaction et à lady Franklin et au public en Angleterre ; mais je n'insistai pas, sur son observation que cela serait fait par des embarcations pendant l'été, ce que je ne crois guère possible maintenant, d'après ce que nous avons vu.
25 mai. — Thermomètre : six heures, + 18° (— 8" centig.); midi, + 27° (— 3° centig. ; six heures, + 28° (— 4° centig.) — Continuation du même temps, qui nous consigne dans notre demeure ; forte brise du nord, de neuf à six heures, snow-drift, et neige. Nos pauvres chiens semblent souffrir du drift et de la neige fondue qui se colle à leur longue fourrure. A titre d'observation relative à leur instinct, nous notons qu’ils S'approchent de nous, sans que nous devinions ce qu'ils veulent; nous ne le comprenons qu’en les voyant se débarrasser mutuellement de ces glaçons qui les incommodent.
26 mar.— Thermomètre : huit heures, Æ 25° (—-4° centig.); midi, + 24 (— 4 centig.); six heures, +24 (—# centig.)— 27.—La brise étant tombée, nous mettons tout en ordre, et en plusieurs voyages nous transportons à un demi-mille sur le bord de la glace notre embarcation et notre bagage. Nous éprouvons tous une joie enfantine à nous sentir sur l'eau, et à voir glisser notre embarcation au milieu des glaces flottantes que la brise et la houle détachent à chaque instant du land-floe; la scène est d’ailleurs animée par les eris des oiseaux de mer que nous dérangeons, et que nous reconnaissons en poussant des cris de joie ; ici les quils (mouettes) ordinaires, là le gracieux plongeon ou
diver, la gloutonne molly-knock, le kittiwake, le canard édre-
don ; de gros phoques aux moustaches rébarbatives s'élancent hors de l'eau pour nous voir, et disparaissent aussitôt. L'un de nous à même cru reconnaître le remou causé par le passage d'une baleine.
Nous comptions arriver à la baie Batty demain matin, mais la glace nous barre le passage à une quinzaine de milles au sud du port Léopold; il nous faut donc débarquer de nouveau tout notre’ bagage sur la glace, et le transporter à terre ainsi que notre embarcation au pied d'une large ravine, où nous passons la nuit et la journée suivante. Quoi qu’il en soit, le peu de chemin que nous avons fait est autant de gagné pour nous. Ge qui nous contrarie, c'est de ne pouvoir transporter avec nous quatre barils de lime-juice, et trois de conserves que nous avions destinés au navire, et dont nous aurons à regretter la privation si le scorbut est à bord. Dans la route, nous passons tout près d'un ours porté sur un glaçon. et sans doute à l'affût des phoques.
Du 28 au 29 mar. — Thermomètre : six heures du soir, + 24° (— 4 centig.)\; minuit, + 24° (—4'centig.); six heures, + 52° (0° centig.). — Brise du nord, temps couvert et neigeux. — Dans l’état où nous sommes, il est essentiel que nous rejoignions le navire au plus vite; et, laissant derrière nous l'embareation et tout ce qui ne nous est pas indispensable dans notre bagage, nous nous mettons en route dans la soirée du vendredi, pédestrement, c'est-à-dire accompagnés de nos: traineaux, qui, malgré la légèreté de leurs charges, enfoncent et n’avancent que lentement au milieu des neiges fondues qui recouvrent la glace; car, non-seulement l'action du soleil, mais encore celle de l'eau salée tendent à présent à dissoudre la neige. qui forme ainsi une espèce de pâte visqueuse que les matelnts appellent s/ush. — A la hauteur de la baie Elwin, un ours parait un instant, mais décampe avec une telle rapidité, que nous hésitons à croire que ce soit un ours jusqu’à ce que nous soyons
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qui det pro des d'e vers s’en ser A crey tion éloig bord retiel Capit. au m de no
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VOYAGE AUX MERS POLAIRES,. 525 venus sur la piste. I est probable que ces animaux jeñnent souvent pendant cette saison, car les phoques sont excessivement ombrageux. et ne nous laissent jamais approcher d'eux. Le floe, mesuré à un de leurs trous, n'avait que deux pieds et demi d'épaisseur. Vers huit heures du matin, nous campors sur la glace du large à cinq milles au sud de la baie Elwin : le thermomètre est à 0° centig., et nous nous dispensons de tout abri autre que nos couvertures et la voûte du ciel.
Du 29 au 50 mu. — Thermomètre : six heures du soir, + 29° (\— % centig.); minuit, + 25° (— 4° centig.); six heures, + 26° (— 3° centig.). — Beau temps, petite brise de sud-est. — Nous reprenons notre course pendant la nuit du 29 au 50, ce dont nous nous félicitons avec raison, car la plage où nous sommes obligés de nous tenir à cause du mauvais état de la glace est littéralement jonchée de pierres énormes, et détachées des cliffs par la filtration des ne xes, et surtout par la chaleur du jour; quelques-uns de ces blocs cat un poids de plusieurs tonnes ; en deux endroits, des traces d'avalanches où chutes de neige nous prouvent suffisamment qu'il ne serait pas sûr de passer au pied des falaises pendant le jour. — Nous voyons trois ours; l'un d'eux s’est approché si près, qu'il reçoit deux balles qui le renversent, et nous nous portons en avant pour l’achever, mais il s’enfuit en laissant une longue trace de sang, qui donne à penser que la blessure doit être mortelle.
A l'entrée de la baie, nous remarquons dans le floe de larges. crevasses dont la vue nous réjouit; c’est le signe d’une dissolution certaine, et, nous l'espérons aussi, d'une délivrance peu, éloignée pour nous. — A cinq heures du matin nous sautons à bord, mais un pressentiment de quelque fâcheuse nouvelle nous. retient et nous empêche de donner explosion à notre ‘oie, Le: capitaine Leask est le premier dont nous serrons la main, et, au milieu de ses félicitations, et avant qu'il nous parle du reste. de nos compagnons, nous avons deviné que tous ne sont pas en
aussi bonne santé que nous le voudrions ; nos craintes, en un mot, étaient fondées. Qui oserait murmurer après tant de bontés de
la Providence ? Nous voilà une fois de plus réunis! Ce que Dieu fait est bien fait!