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besogne, qui n'est pas petite, car il ne nous faut pas moins de trente tonneaux. Le navire est encore retenu dans sa prison ; il est encore supporté maintenant par la glace qui l'entoure, il ne flotte pas. Le joyeux printemps n’a fait que commencer pour nous, mais avec la santé et le soleil qui dore tout, notre activité redouble, en travaillant d'avance aux préparatifs du départ de la baie. De larges mares d’eau fraîche se sont formées sur la neige, à la surface du floe, ce dont nous protitons pour remplir nos barriques, économie de charbon et de travail ; tous les objets inutiles, les débris, les immondices rejetés de la cale, s’enfoncent dans la neige, et un peu plus lentement dans la glace elle-même, quelle que soit leur nature, bois, métal, ete. ; les phoques eux-mêmes semblent vouloir coopérer à la tâche par les nombreuses trouées qu'ils font dans le floe, pour venir sv étendre au soleil; la décomposition marche donc à grands pas, et ilest fort probable qu avant peu il sera impossible de se rendre à terre à pied sec. Les terres qui forment le contour de la baie, naguère couvertes de neige, en sont maintenant dépouillées, et les terrains plats au pied des collines, détrempés par la fonte des neiges, forment autant de marais boueux où l'on ne peut marcher.
Des bandes d'oies ont passé près du navire, mais hors de portée. M. Kennedy à tué aujourd'hui un phoque, qui, avec l'ours de M. Leask, remplit notre garde-manger de venaison; nos hommes, encouragés par l'exemple, sans doute, commencent à se défaire de leurs préjugés, mais il est un peu tard pour cela.
9 sun. — À mon grand étonnement, M. Kennedy me communique aujourd'hui une idée qui a dû germer dans son esprit seulement dans ces derniers jours, savoir : que nous avons traversé la baie Brentford le jour même où nous avons cru camper à l’entrée et sur la côte nord, c’est-à-dire que nous avons campé au fond de la baie, le lendemain traversé l'isthme étroit
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VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 30ù qui sépare la terre Somerset de Bcothia-Félix, et que la mer traversée par nous pendant les journées des 8 et 9 avril est la mer de sir James Ross à l'ouest. Il m'est impossible de trouver à première vue des objections à son idée, à cause de la négligence apportée à déterminer la route que nous suivions ; il aurait dû, en eflet, relever au compas cette route chaque fois qu’elle était changée. Nous avons certainement été surpris à cette époque de trouver le terrain si différent de ce que nous nous attendions à le voir, que j'ai vouiu admettre l'hypothèse, et en faisant un point de départ, chercher à expliquer ce que nous avons vu. Repassant les notes de mon journal pendant les journées des 6, 7, 8 et 9 avril, je vois que les terres s’étendaient tout autour de nous : au nord, à l’ouest et au sud, elles avaient été vues basses et fort loin : ainsi, en admettant que nous eussions traversé la baie Brentford le 5, reste toujours cette chose inexpliquée : la terre au nord, c’est-à-dire, rejoignant la terre Somersei aux terres de l'ouest. Cela, M. Kennedy l’oublie, et il déclare : 1° que Somerset est une île ; 2 qu’il y a un passage entre l'inlet du Régent et la mer de l'ouest; 3° que la mer se rend sans interruption du cap Walker ou de l’île Limestone au pôle magnétique. Je ne crois pas pouvoir souscrire à la troisième proposition, et quant aux deux autres, je ne puis les affirmer que comme probabilités. Cela ne le satisfait pas: mais je suis bien décidé, quoi qu'il en puisse arriver, à ne jamais donner l'autorité de mon assentiment à ce dont je ne suis pas sûr. Nous différons également dans quelques détails, car lo route parcourue le 6, que je crois avoir été en équerre, il affirme maintenant qu’elle était en ligne droite, mais à l'ouest, au lieu de sud-sud-ouest et ouest-nord-ouest, comme le relèvement me l'a donnée. Il invoque sa mémoire pour les heures, les directions, les distances, enfin les différents détails de notre voyage, et n’est pas content que je ne veuille rien admettre sur l'autorité de sa mémoire ou de la mienne, à deux mois d'intervalle, et que, pour des détails de cette nature, je préfère m'en rap-
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porter au journal que j'écrivais régulièrement et chaque soir. Je ne sais quelles peuvent être ses raisons, à moins qu'il ne eraigne maintenant de se trouver en contradiction avec sir James Ross ; fort heureusement pour moi, il y a des preuves irrécusables qu’en tout cas il a attendu un peu longtemps avant de changer d'avis, et de ces preuves les meilleures sont : 4° que nous avons poussé à l’ouest, alors que nous eussions dû suivre au sud, si à cette époque il eût eru la chose possible ; 2° le nom d’inlet Grinnel, qui montre la persuasion où il a été, jusqu’au cap Walker et plus loin, que le passage était fermé ; 3° la notice laissée par lui au port Léopold, et dont j'ai souligné plusieurs passages. Ce qui me confirme dans mon opinion, c'est le rapport du docteur, dont la plaine si large, dans les deux sens, nord et sud, et est et ouest. au dire même de M. Kennedy, est la mer, et qui était bornée au sud par les terres que j'ai vues au nord. — Ces circonstances me rendent très-malheureux, parce que M. Kennedy ne comprend pas le degré de bonne foi qu’il faut que j’apporte en ceci, et comme je l'ai toujours fait, en lui disant ce que je crois être la vérité, au risque, et je puis le dire, aux dépens de ma paix et de ma tranquillité dans l’expédition. Je ne sais comment ensuite on pourra interpréter cette contradiction que j'oppose à ce que sir James Ross croit avoir vu ; les uns y verront l’orgueil d'un jeune présomptueux que toute une carrière d'homme de talent n'a point arrêté dans ses attaques, parce qu'il croit sans doute mieux faire; d'autres me jugeront peut-être animé par un sentiment d'amour-propre national blessé, alors que, Dieu le sait, j’ai eu au contraire des lances à rompre presque tous les jours pour la défense des œuvres, non-seulement des Ross, mais de Parry et d’autres.
J'ai malheureusement consenti à prendre quelques-unes des observations indispensables, et on me considérera naturellement comme ayant eu charge de ces observations, imaginant que ce soin m’a été conféré. Ainsi, de tout ce dont j'espérais tirer quelque honneur, à force de dévouement et de zèle, je n’aura;
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VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 537 peut-être que dégoûts et ennuis. Ah! toutes les fleurs des arbres au printemps ne donnent pas de fruits en automne!
10 sun. —- Je reviens au sujet d'hier : les observations que j'ai prises ici me montrent qu'il n'y à pas à compter sur le chronomètre de poche que nous avions avec nous, par conséquent nos longitudes ne peuvent être déterminées que par l'estime, autrement, il y eût eu un arbitre dans nos différences d'opinions. En somme, nous avons plus souffert, plus voyagé, enduré plus de privations qu'aucune expédition jusqu'ici, mais nos labeurs excessifs n'auront produit aucun résultat.
Au surplus, qui pourrait me demander compte de la marche d'une expédition où la seule chose que l'on pouvait attendre de moi était que j'exécutasse avec zèle les injonctions de notre commandant”? J'ai donc résolu de laisser à chacun sa responsabilité, et d’être bien soigneux, à notre retour en Angleterre, de ne rien écrire ou avancer dont je ne sois sûr, me lavant les mains du reste. Ah! quand je me reporte aux premiers jours de notre voyage, aux espérances que je concevais, combien je trouve la réalité actuelle différente! L’espérance, dit-on, est le rêve des gens éveillés ; oui, mais ’est un rêve que l'on ne recommence pas.
44 suix. — Nous avons eu de la neige le 44 et ce matin ; les coutures du pont ont été aussi bien ouvertes par le froid de l'hiver qu'elles le sont par les chaleurs des tropiques. et hier, une averse de neige fondue, wet-snow, qui ressemblait fort à de la pluie, a presque converti notre cabine en une salle de douches. — La semaine dernière a été successivement employée à l’arrimage du lest, au réarrimage de la cale, et à passer les manœuvres courantes : les voiles ont pu être larguées pour les sécher, et elles se sont conservées sur les ve.gues en aussi bon état que dans les soutes les plus sèches. IL est à observer que
les premiers navigateurs qui ont hiverné se croyaient obligés à déverguer les voiles. — La quantité d’eau que faisait le navire
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