‹ Journal d'un voyage aux mers polaires [microforme]Chapitre 39 sur 53 · TER RE · texte numérisé non relu

TER RE

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n'a point augmenté pendant l'hiver, ou plutôt par suite de *

l'hiver.

Des douze malades du docteur, la moitié seulement est encore assez gravement affectée, le reste est en voie de guérison. — Une forte brise d'est a soufflé pendant les trois jours passés, ce dont nous ne nous phignons plus maintenant, car des coups de vent seuls peuvent briser les glaces qui nous emprisonnent, et les éloigner de la côte. La brise d'est et la houle font la preimière moitié de ce travail, et la brise d'ouest fera la seconde.

Pour la première fois, cette année, nous avons ce soir de la pluie réelle, c’est-à-dire de l'eau qui traverse l'atmosphère sans être congelée.

15 aux. — J'ai proposé à M. Kennedy de nous rendre tous deux avec un seul traineau et les chiens à Fury-Beach et à la baie Brentford pour résoudre les doutes si fâcheux qu'à soulevés notre discussion, mais il ne pense pas que la chose puisse se faire, et il compte que nous pourrons y envoyer un canot, cu du moins jusqu'à la baie Creswell, par l'examen de laquelle il croit pouvoir se prononcer sur le reste. Je crains fort qu’il n’y ait jamais de canot envoyé dans cette direction, à moins que ce ne soit jusqu'à Fury-Beach, où nous avons laissé une barrique pleine de nos effets, livres, ete. Je ne sais même ce que nous pourrons faire à cet égard, car il n’y à maintenant qu'une seule ermnbareation à bord du navire.

17 ouix. — Le beau temps et les flots de clarté qui inondent la baic nous feraient oublier que nous sommes par 75° de latitude nord, n’étaient les troupes d’oies et de canards qui, se dirigeant au nord, nous rappellent que seuls encore nous sommes retenus ; mais, pour prendre patience, nous réparons les armes avec lesquelles nous nous sommes frayés un passage dans la baie de Baffin, les longues scies, les pétards destructeurs, etc.

La neige, encore assez compacte dans certains endroits, forme un véritable réflecteur; de sorte que, d'un côté il est

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presque impossible de faire une longue course dans le jour sans revenir snow-blinded, et, de l'autre, la chaleur éprouvée est aussi intense, je dirai même aussi insupportable que celle de nos étés brûlants. On a peine à se persuader que les rayons solaires n'émettent pas plus de chaleur ( et même ont une influence directe moindre) qu'à l'équateur.

Nous avons profité de ce beau temps pour peindre le navire et calfater le pont ; les perroquets sont en croix.

21 sun. — Le capitaine Leask a tué, en deux fois, cinq oies et une perdrix sur les terres plates et détrempées du fond de la baie, et on a vu deux lièvres ; mais ces animaux sont très-sauvages et ne se laissent pas approcher. — Presque tous les oiseaux que nous voyons passer sont par couples ; ceux qu’on a tués pesaient en moyenne trois livres, et leur estomac contenait de l'herbe et du sable. Is se nourrissent évidemment des boutons d’une sorte de bruyère dont les plages de la baie Batty sout couvertes, et dont les jolies fleurs roses réveillent en nous le souvenir de régions plus fortunées ; mais ici méme le printemps revendique ses droits, et, bien que sans parfum, ces touffes de bruyères, avec les lichens aux teintes vertes et rougeâtres, nous font un agréable jardin. Comme nous avons trouvé ces plantes en février, et dans l’hiver en grattant la neige, il est évident que c'est sous la neige même et dans l'espèce de serre chaude créée par la feuille de glace, que la chaleur rayonnée de la plante arrondit en dôme au-dessus d'elle, que c’est sous cet abri, dis-je, qu'elle trouve sa protection contre le froid extérieur. Je laisse aux batanistes à dire quels éléments humides ces plantes rencontrent dans cette terre pierreuse ou gelée au point d’être aussi dure qu’une pierre. Le sol, dans les parties les plus sèches, est également couvert de branches du dwarf-willow, ou saule nain, dont les pousses, longues de quir :e à «rente centimètres, rampent sur ie sol ou s’étalent en éventail. Cette plante peutelle être réellement considérée comme un arbuste ?

Toutes les sinuosités du terrain servent de rigoles, à la dissolution des neiges, et de toutes les faces de la baie, au pied de toutes les ravines, courent des ruisseaux, torrents en miniature, écumeux et bruyants, qui tantôt se brisent en cataractes sur les débris de pierres calcaires, ou, disparaissant sous les plus épaisses couches de neige, se montrent un peu plus loin sur la plage, où ils s'étendent en nappe, et contribuent avec la pluie à hâter la dissolution des glaces de la baie. L’eau que nous buvons à été pendant quelques jours recueillie à la surface du floe; mais. Fa | soit par la filtration, soit plutôt par l'effet de l'attraction capillaire, # l’eau de mer, montant à la surface, l’a rendue saumâtre, et nous roulons maintenant nos pièces à eau à la plage. Il est également plus commode pour nos hommes de laver dans ces ruisseaux, et d'étendre leur linge sur les pierres plates, où le soleil et la chaleur même de ces pierres le sèchent très-promptement. Je surprendrai peut-être plus d'un sceptique en disant qu’un des jours actuels nous offre des scènes pleines de charme. Mais quoi! notre esprit n'est-il pas à l'unisson de ce qui nous environne, et parce que les paysages d'automne à la chute des feuilles ne produisent pas sur nous la même impression que les scènes magiques d’un priitemps fleuri ou les Moisscnneurs de Léopold Robert, en a-t-on jamais nié les beautés? Les oiseaux ne chantent pas, il est vrai, mais la beauté de leur plumage le fait oublier, lorsque surtout, dans le silence de la haie, alors que les travaux du jour laissent à nos hommes le loisir de fumer, nous prêtons l'oreille à ce murmure presque harmonieux des neiges qui se dissolvent et se hâtent de toutes parts pour accélérer le moment de notre délivrance. — Le 19, nous entendimes un bruit qui ressemblait aux grondements du tonnerre, mais auquel nous sommes trop habitués maintenant pour nous y méprendre ; il était causé par l’éboulement des neiges dans le fond des ravines ou des terres que la filtration de l’eau détache, aussi bien que la chaleur ou le froid excessif,

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26 aux. — MM. Kennedy et Smith rapportent de leur chasse deux eider-ducks et une perdrix; le mâle a sur le nez une excroissance jaune que n'a pas habituellement l’édredon. Ils ont vu trois grues. Jusqu'ici un seul phoque a ététué, non pas qu'ils soient très-difficiles à approcher, car si on se dirige sur eux en sifflant, ils prennent assez peu ombrage ; mais ce qui les éloigne de nous, c’est la poursuite de nos chiens, qui semblent prendre plaisir à les chasser de trou en trou ou le loug des cragüres de la glace, où nous les voyons en grand nombre : nous en avons compté jusqu’à cinquante, il y a peu de jours, d'rüe seule bande. Leur nourriture se compose principalement, sans doute, des petites crevettes dont j'ai parlé l'automne dernier et d'une sorte de buccins que nous avons découverts jeudi sur une tête de renard plongée dans la mer. Ces buccins, longs de plus de trois centimètres, sont fort bons à manger d'ailleurs ; mais ce qui les rendait intéressants pour nous, c’est que nous æ’avions pu jusque-là nous expliquer la présence de coquilles biraives que nous avions ramassées même à cinquarie pieds d'éiévation dans la baie. — Le floe est enfin couvert &e larges feuilles d’algue marine (quelques-unes ont cinquante centimètres de long et trente à quarante de large), qui remontent à la surface partout où il existe un trou de phoque, ou même à travers les fi-sures du floe. Ces plantes, décolorées sans doute par leur croissance loin de la lumière, dans les ténébreuses profondeurs de la mer, ne sont pas les seules herbes marines qu'on trouve dans ces contrées, puisque dans la baie de Baffin nous avons vu flotter des touffes de varech. La lumière n’est cependant pas indispensable à la coloration des plantes, car il parait que dans les mines il croit de certaines plantes vertes. Quelques feuilles de la même espèce, que j'ai vues depuis, et leurs tiges, étaient d'un jaune très-pâle, les feuilles ayant quelquefois des nuance; de lie de vin.

Vu un ours samedi soir ; il passe au sud, bien que nous hrülions de la graisse pour l'attirer.

9 JUILLET. — Depuis deux jours, nous éprouvons un coup de vent d'est qui nous rappelle les tempêtes de l'hiver, mais qui nous réjouit par l'idée des ravages qu'il doit causer parmi les glaces du passage. Déjà, au commencement de la semaine, M. Kennedy a vu que l'eau s’étend maintenant sur cette côte jusqu'à la baie Elwin, où nous avons passé le 10 juin. Nous n’a- D vons pas à nous plaindre, et pourtant je suis impatient. Je vou- | drais trouver quelque occupation matérielle qui donnât le change à mes idées, et je désirerais que par terre nous nous rendissions à l'endroit où sont les deux embarcations; mais je ne veux ni ne puis prendre l’initiative de la proposition ; il me faut donc attendre.

M. Leask a tué deux autres eider-ducks, le mâle et la femelle, car ils sont toujours par couples, la femelle (duck), au plumage tacheté, et exactement semblable à celui des perdrix de la Plata, rougeâtre avec bandes noires ; le mâle (drake), avant le ventre d’un bleu noir, ainsi que le sommet de la tête, la poitrine blanche, et sur le cou de splendides teintes verdâtres qui se fondent en approchant du dos.

Trois autres grues ont été vues ; quoique loin d’être aussi sa- j: voureux que les oies (brent-geese et weavies), ces oiseaux ne | s sont nullement désagréables à manger, si l'on a soin d'enlever d la peau et les parties graisseuses. Sir John Ross paraît même le être d'opinion que la plupart des oiseaux de mer sont rendus | le mangeables quand on les prépare de cette manière. d

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8 auiucer. — Continuation du coup de vent d'est, dont les re- d

sultats ne sont pas aussi favorables encore que nous le vou-

drions, peut-être parce que la brise, soufflant toujours de cette | : même direction, pousse les glaces et les retient contre la côte. | e Du sommet des collines et à la longue-vue, la côte est de l’inlet | el paraît dégagée même au sud du port Bowen; et notre désir est f: tel que nous nous inquiétons de ne pas voir les glaces s’ouvrir 1 tu

devant nous. Hier, M. Kennedy a essayé trois ou quatre blas-

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VOYAGE AUX MERS POLAIRES 43 ting-cylinders de sept à dix livres de poudre, à la pointe nord, mais sans succès, le floe étant de cinq pieds dix pouces d'épaisseur. Plusieurs couples de lièvres ont été vus en face de nous, mais nos chasseurs n’ont pu en approcher.

En revanche, nous avons été visités par plusieurs ours, dont un dans la matinée du mardi est venu assez près du navire, et à essuyé bravement une volée de huit à dix coups de fusil. Nous aimons à penser qu'il était trop loin. Un deuxième, dans l’aprèsmidi, s'étant montré à l'entrée de la baie, nous nous rendimes. à la pointe nord (à côté du navire), et attendimes, couchés sur les galets, qu'il vint passer près de nous; mais, soit qu’il eût éventé le piége, ce qui n'est guère probable, puisqu'il venait du vent à nous, soit caprice de sa part, il s'enfuit par un endroit où nous ne pouvions le viser sans nous montrer, compromettant ainsi les chances de succès qui nous seraient restées dans le cas où il viendrait à repasser près de nous. Comme tous ceux que nous avons vus, il est en quête de nourriture, et il se promène le long des crevasses dans lesquelles il se plonge de temps en temps ; puis, remontant sur la glace, il sc roule sur la neige, les jambes en l'air, poussant des grognements de plaisir, comme fait un âne sur la poussière des routes. Lorsqu'il est plus avant dans la baie, trois autres hommes se détachent du navire pour le rabattre sur nous, et nous espérons pendant quelque temps le tenir; enfin, l'animal, ne semblant pas se douter de la nature de ces bipèdes qui le poursuivent, se couche sur la neige pour les guetter : mais, lorsque après un long détour ils arrivent près de lui, et ouvrent leur feu, il part au galop avec une agilité qui m'étonne chaque fois davantage, et, en un clin d'œil, grimpant sur les coteaux où nous ne pourrions le suivre, nous dépasse, et est bientôt hors de portée. Un de nos jeunes chiens l'a poursuivi et lui mord de temps en temps les talons, car nousle voyons faire volte-face, et lancer un coup de patte que la petite bête évite très-adroitement. Nous revenons à bord un peu honteux. Si nous pouvions mettre nos chiens après l’un d'eux, je pense qu'ils le

tiendraient en arrêt, et nous donneraient le temps d'approcher, mais ils sont trop occupés ailleurs dans cette saison du printemps. Deux autres ont paru dans la matinée à l'entrée de la baie, mais n'y sont pas entrés. Bien qu’il ne soit pas possible d’aftirmer que ce ne sont pas les mêmes, cela n’est guère probable, el nous pensons qu'il y à une émigration générale des ours du fond de l’inlet au nord, où l'absence des glaces leur promet une pêche plus facile. Nous continuons à préparer nos instruments à glace, aiguisant les scies, ete.

10 sucer. — Vendredi matin, m'étant rendu à la pointe nord pour prendre des angles, je vis un autre gros ours tout près, qui, en me découvrant, changea sa route au sud, quoique sans montrer beaucoup de frayeur. Une fois à bord, je suivis ses mouvements à la longue-vue; quand il fut près de la côte, un éboulement eut lieu tout près de lui sans qu'il semblât y faire attention. Il est remarquable que chaque fois que ces animaux sont venus près du navire, le moindre bruit leur a fait dresser les oreilles ; ils flairent l'horizon avec inquiétude et vivent continuellement sur leurs gardes ; mais les voix pour nous si redoutables de la nature les trouvent insensibles. À ce sujet, M. Kennedy me dit que, dans les bois de la terre de Rupert, il a observé souvent des phénomènes analogues chez le moose deer (daim américain), un des animaux les plus défiants de la création; il est pariaitement à l’aise alors que la tempête mugit au travers des branches et tord les arbres ; mais si, au milieu de ce tintamarre, un bruit qui n’est pas dû à la même cause arrive à lui, par exemple le craquement d’une branche qu'un Canadien brise xprès, le quadrupède décampe aussitôt.

On a essayé hier de couper la glace près du navire pour jeter un de nos filets ; elle était de cinq pieds dix pouces d'épaisseur.

Un de nos cylindres à explosion a été essayé, mais de nouveau sans résultat, bien que la secousse ait ébranlé la goëlette, dunt la partie la plus proche est à vingt mètres de distance. Le

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navire est toujours supporté par la glace, de sorte que pendant l'hiver, il est fort probable qu'il n'avait point ou avait fort peu d’eau sous sa quille. Deux de nos hommes, qui se sont rendus sur le sommet des terres jeudi dernier, rapportent que le plateau est partout couvert de neiges, comme il l'était en septembre dernier, neiges dans lesquelles ils enfonçaient parfois jusqu’à la ceinture. Il est à remarquer cependant que pendant cet hiver, nous n'avons eu qu’un petit nombre de journées de neige véritable, le drift (tourbillon) ayant été le caractère le plus saillant de cette saison. J'ai trouvé les petits ruisseaux de nos ravins considérablement grossis, soit par les pluies des derniers jours, soit par l'accroissement des neiges fondues. Seules les falaises qui s'élèvent à une hauteur considérable aux deux pointes de l’entrée de la baie sont nues, et contrastent avec la rade par leur hideuse stérilité. Comme je l’ai dit, ces roches se composent de couches de pierres calcaires primitives, généralement horizontales, quelquefois placées régulièrement les unes au-dessus des autres, mais ailleurs empilées de la façon la plus bizarre, en masses sourcilleuses et renfrognées.

19 sucer. — Deux autres eider-ducks (la paire) ont été tués. — M. Kennedy est allé ce matin en dehors de la baie et du sommet des cliffs au nord ; il a vu l’eau s'étendre jusqu'à l'autre côté et au sud à environ deux milles au nord du navire, le long de la côte; il y a quelques trouées entre Les pointes nord et sud de la baie; mais ce qui m'étonne, c’est qu'il n’y ait pas d’eau, là où, pendant tout l'hiver, il y en a constamment eu. Samedi dernier, la glace s’étendait sur cette côte jusqu’à la baie Elwin, et ce balayage a eu lieu pendant le coup de vent de dimanche. Une ou deux journées, comme on le voit, peuvent avancer bien vite la besogne. A son retour à bord, il a trouvé au pied des cliffs, et au milieu des débris de cette avalanche dont j'ai parlé, une couche d’un sel que personne ne reconnait, d’un pouce d'épaisseur, et qui parait avoir été précipité du sommet par la neige; ce

916 JR. BELLOT.

sel déposé en tablettes existe sans doute sur le sol à L'état eftlorescent.

On à trouvé aujourd'hui sous la neige le corps d'un de nos chiens, mort il y a six mois, et quand on le dépèce pour en faire des appâts de pêche, il est trouvé parfaitement frais. Nous nous livrons en grand maintenant à la pêche des wilkes on buccins. qui sont excellents et dont un demi-cent font un assez joli plat pour notre table de sept personnes. Au printemps, c'est une chose excellente, je pense, pour les scorbutiques, à défaut de poisson frais. — M. Kennedy retrouve une lettre du lieutenant Robinson, qu'il ne se rappelait pas avoir reçue ; il semble que le dépôt de provisions sud du cap Seppings, que j'ai si bien cherché en octobre, se trouve dans là ravine même, où nous avons campé, ou du moins qu'il y fut déposé en 1849.

Les heathers (bruyères) aux petites fleurs roses sont déjà flétries et presque détruites par les fortes brises, et nous trouvons maintenant de petites fleurs jaunes, dont mon ignorance en botanique ne me permet pas de savoir le nom. Je suis un peu plus heureux, bien que non moins ignorant en conchyliologie, car j'ai reconnu trois espèces différentes parmi les coquilles roulées trouvées à terre (toutes trois bivalves), une espèce de cyclostome sur la glace, et une sorte de moule, en outre des buccins que nous donne le filet. J'ai également trouvé, parmi les plantes marines, les; débris d’une autre coquille, ou d'un z00phyte que je ne connais point encore, et ce soir un des hommes me rapporte de terre une belle chenille.

Que de choses je préparerais, et que d’études intéressantes j'entreprendrais si je devais recommencer une semblable campagne !

Le capitaine Leask a tué un lièvre mâle dans la ‘soirée, près de l'endroit où il a blessé mortellement la femelle il y a quelques jours. Le lièvre a quelques touffes de poils gris. MM. Kennedy et Smith ont tué à fleur d’eau vingt dovekies, deux qulls et un kittywake.

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45 er 14 auuser.— Je me suis rendu ce matin avee M. Smith à l'endroit où commence l'eau tibre, et, dans une demi-journée, nous tuons quatorze dovekies et quatre gulls. (Nous avions avec nous le helkett-boat dont je ne saurais trop recommander lusage en de pareilles circonstances ; il serait mieux que ces bateaux fussent, dans la partie insufflée, divisés en compartiments. en cas d'accident.) |

La chasse était abondante au commencement : des centaines de dovekies, charmants oiseaux, au corps tout noir, avec deux taches blanches sur les ailes, les pattes et le bee d'un rouge de corail; de nombreux vols de canards, d'eider-ducks, de wildducks, et quelques oies, ont passé non loin de nous, mais cependant hors de portée; nous avons vu également une wite-whale (baleine blanche) et de jeunes phoques nés cette année, mais trop

facilement effrayés pour que nous eussions la moindre chance de les tuer. L'un de nous se tenait sur la glace pendant que l'autre, pagayant ie canot à la facon des Esquimaux, se portait au large, vabattant le gibier à terre, ou ramassant celui qui était tué. Rien de plus amusant que les jeunes seals (veaux marins) semblables à de petits singes, montrant au-dessus de l'eau une petite tête qui disparait à la moindre alerte, en reniflant avec bruit. Is ont sans doute un instinct bien sûr des animaux ennemis de leur race, car les appels criards des bandes de Fittywakes , le bruit retentissant des white-whales, quand elles font remonter de leurs évents une colonne d'eau et de mucilage, ne les effrayent pas, tandis que la vue de notre chapeau au-dessus des glaçons qui nous cachaient les fait disparaitre. Quant aux dovekies que nous chassons plus spécialement, parce que c'est le meilleur gibier, ils plongent avec une telle rapidité, soit au bruit de la capsule, soit à la lueur qui précède la détonation, que nous avons vu très-souvent, et tout amour-propre de chasseur à part. le plomb frapper tout autour de l'endroit où ils étaient, et le petit oiseau reparaitre à quelque distance, souvent trente secondes et plus après, se balançant gracieusement et plongeant

sa jolie tête sous l’eau. Après une heure de chasse ils étaient devenus un peu moins hardis; mais, aussitôt que nous apportions quelque relâcl.e à leur poursuite, ils accouraient bien vite en bandes près des bords de la glace, le long de laquelle, sans doute, ils trouvent leur nourriture en insectes, excréments de phoques, coquilles, etc. Le soleil étant devenu très-chand vers midi, de temps en temps, un craquement se fait entendre dans le cliff, et les pierres roulent sur les plans inelinés que surmontent les falaises étagées par couches horizontales ; chaque petite pierre, roulant sur les débris minces et en feuilles d’ardoises, les fait résonner comme autant de tessons. Much ado about nothing (beaucoup de bruit pour rien).

Les cliffs sont d'une telle hauteur, que les oiseaux qui s’élancent de leur sommet sur la glace font en traversant l'air un bruit prodigieux que je ne sais si je dois attribuer à la propriété résonnante de cette atmosphère. Bref, soit que je n’eusse pas pris d'exercice depuis longtemps déjà, soit que cela ait apporté une trêve à mes tristes pensées, je me suis trouvé tout le jour fortement intéressé par là vue de la mer et de ses milliers d’habitants, sub et super (dessous et dessus), par la contemplation des différentes mousses et des herbes ou petites plantes qui percent les pierres partout où la neige laisse quelque humidité, et je reviens à bord tout joyeux, d'autant plus joyeux que j'apprends que demain l’embarcation doit se rendre au port Léopold pour ramener nos deux autres canots.

Le capitaine rapporte de sa chasse trois jeunes levrauts ceux dont 1l a tué les parents ; ils sont tout gris. On me dit que le vrai lièvre d'Europe n’a jamais plus de deux petits, etil m'a toujours semblé que le lièvre a tique ressemble un peu plus au lapin qu'au lièvre.

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