VOYAGE AU PORT LÉOPOLD
Du 45 au 21 sure. — Je suis très-heureux d'avoir demandé à M. Kennedy de faire partie de ce petit voyage, afin que rien ne se fasse sans que j'aie ma part des fatigues ou des travaux, même les moins intéressants de notre campagne. Dix hommes et les chiens traînent le canot (mahogany) près de l’ouverture, avec assez de peine, bien que nous n’ayons autre chose que les mâts et avirons avec les voiles. et je doute que l'équipage de ce canot, cinq hommes seulement, püût en aucun cas suflire aux exigences d’un moment de danger. A six heures, nous nous mettons de nouveau en route avec nos effets de couchage et nos provisions sur un traîneau. Pour la première fois, nous voyons parmi les autres membres de la gent ailée, les /oons, qui diffèrent du dovekie, en ce que les derniers ont seulement une tache blanche sur chaque aile, tandis que le loon a tout le ventre blanc, et est généralement un plus gros oiseau. D’un seul coup de fusil, M. Kennedy en tue neuf pendant que nous déchargeons le traîneau ; ils ne sont point aussi agréables que le dovekie comme aliment, et doivent être dépouillés de toute graisse avant qu'on les fasse cuire.
- Dovekie ou sea-pigeon (pigeon de mer); dovekie est un mot écossais.
Le kittywake est ainsi nommé à cause de son cri, qui repro-
duit assez bien le son du mot.
La glace est continuellement minée en dessous par l’action
6 MR je :
incessante des lames qui en enlèvent chaque fois une petite portion, et M. Anderson, s’étant un peu trop avancé sur les bords, voit la glace se briser sous ses pieds ; il tombe à la mer, fort heureusement à portée du canot, et en est quitte pour un bain un peu froid. — Au moment du départ, il s'élève un épais banc de brume, qui nous cache la terre et la route que nous voulons prendre, parce qu'il est poussé par une légère brise du sud ; c’est la première brume véritable que nous ayons observée, soit que dans la rade elle n'existe pas à cause de l’absence d’eau, soit que nous nous couchions trop tôt pour la voir. Cependant, durant le dernier mois, vers cinq et six heures, les vapeurs qui s’échappaient de la terre formaient toujours un brouillard assez épais pour voiler le soleil et contrarier mes observations. J'ai ramassé sur le floe plusieurs oursins (hérissons de mer), dont le plus grand a quatre centimètres de diamètre ; ils sont morts ; leurs coquilles ont été emportées sans doute par les herbes qui à présent jonchent le floe, et que j'avais à tort supposées venir du fond, tandis qu'évidemment elles ont été retenues et incrustées dans la glace en septembre, lors de la formation de ce même floe.
Le bruit de notre sillage force à s'envoler des centaines de volatiles de toutes espèces, qui nous maudissent de leurs voix criardes et dans tous les tons des oiseaux de mer (Toussenel ne manquerait pas d’v trouver une analogie avec les accents rauques et rogommés de nos blue-jackets (bas-bleus); — plusieurs white-whales viennent passer autour de notre embarcation et font entendre, lorsqu'elles sont à une certaine profondeur, un bruit que les matelots appellent leur sifflement; il est occasionné sans doute par le dégagement des organes de la respiration. — Les baleines sont très-communes dans la baie d'Hudson, où on les chasse facilement à cause de leur couleur blanche, qui les fait voir à une grande profondeur. Les baleiniers peignent leurs canots en blanc pour ne pas les effrayer. Bien que timide lorsqu'il a reconnu l'existence du danger ou de la poursuite, ce cétacée
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VOYAGE AUX MERS POLAIRES, 301 semble être d'une nature curieuse, car aujourd'hui et aux différentes fois que nous les avons rencontrés, ils sont toujours venus passer près de nous, et, mardi dernier, le capitaine Leask, dans le halkett-boat, a été obligé de se rendre à terre, craignant que deux de ces baleines qui le poursuivaient ne renversassent son canot.
Les avirons et la voile tour à tour nous amènent à quatre heures du matin, à l'endroit où sont nos deux embarcations, qui n'ont point été dérangées depuis le 3 juin, et nous nous rembarquons après avoir pris une chaude et confortable tasse de thé.
Sur les eliffs qui précèdent le cap Seppings, nous reconnaissons plusieurs minces filets blarchâtres, de la substance apportée à bord, et les cannelures qui descendent jusqu’au bord de la mer servent de conduits à des masses d'eau et de neige glissant du sommet avec un bruit certainement plus formidable que le volume de matières qui cause ce fracas ; sous le soleil ardent qui précède midi, ces détonations se succèdent presque sans intervalle par les mille gouttières de la côte. L'air froid et humide de la nuit a fait place à une chaleur presque insupportable; à peine y a-t-il quelques glaçons devant nous, et; n'étaient les torrents de neige que charrient les inépuisables sources de la côte, nous nous croirions volontiers à quelque soixante degrés de latitude plus au sud.
Le parcours des mêmes lieux nous ramène naturellement aux souvenirs de septembre et d'octobre derniers, et le contraste ne peut certainement qu'éveiller en nous des sentiments dc joie et de plaisir. Vers midi, le vendredi 16, nous abordons à la pointe Whaler ; la baie est dégagée de glaces sur plus d’un quart de sa longueur, et la pointe, maintenant entièrement dénudée, étale à nos yeux ravis l’abondant dépôt de provisions dont jusqu'à présent nous n'avons vu qu'une partie.
Notre belle construction, notre splendide château de neige du mois de mai s'était naturellement évanoui, entrainant dans ses
359 J, R. BELLOT, décombres, et dans un état de singulière promiscuité, des débris de provisions, de vieilles chaussures, et de vieux journaux avidement parcourus dans nos heures de paresse scorbutique notre toiture de laine, et des outils couverts de rouille, Le désordre était heureusement facile à réparer, et nous eûmes bientôt construit une tente avec ce qui restait des matériaux laissés par sir James Ross. Les lettres adressées aux malheureux équipages del'Erebus et du Terror gisaient sur la grève plus ou moins endommagées par l'humidité ou la dent impie des renards, et ce n'est pas sans un certain serrement de cœur que nous en ramassämes les débris pour les envelopper avec soin et les mettre en sûreté. Les différentes pièces appartenant à la machine étaient éparses dans toutes les directions, et incontestablement hors d'usage; mais il n’y a point à douter du soin avec lequel le tout avait été déposé sur la plage. Seulement il est probable que des glaçons portés par de hautes marées ou lancés par la mer ont dû les entraîner. Je pense aussi que cette pointe, composée d'une terre friable et de petites pierres, est incessamment rongée par l'action des vagues; la chaloupe est encore en bon état, car l’eau provenant de Ja neige ne s’en était point échappée. Nous passäimes la journée du samedi à la mettre en ordre, et à haler un peu plus à terre ses différents agrès, une ancre à jet de trois cent trente livres, et un fort palan destiné à la lancer; nous ne pûmes songer à la haler, nos forces n’y eussent point suffi, mais il est à craindre qu'avant peu elle ne soit emportée par les glaces. Il est évident qu’elle n’a été placée là qu'afin de rendre possible, même à un parti réduit en forces et en nombre, de la lancer aisément. Toutes les barriques ont été mises sur le côté afin que l'eau ne puisse séjourner sur leurs fonds et pénétrer à l’intérieur. Les voiles, sont soigneusement pliées et suspendues, avec un approvisionnement d’aiguilles, pommelles, toile, fil, pour les réparer, ainsi que tous les morceaux de toile, ou d’awning (tendelet) que nous pouvons trouver. (Je pense que dans une mission de la nature de celle de sir
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VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 203 J. Ross, il vaudraitmieux bâtir un certain nombre de petites tentes qu'une seule très-grande, à cause de la difficulté qu’on aurait à échauffer une large bâtisse, si on prend les chances d'hivernage en considération). — Dans la soirée de samedi, un ours traverse la baie, mais se dirige au sud avec rapidité, après que la brise lui a fait connaître notre présence: c'est sans doute un de ceux que nous avons chassés déjà. — Dimanche, je dirige ma promenade du côté des tombes au fond de la baie, aecompagné de M. Kenneth, le charpentier. Les neiges forment autour de cette partie une chaîne de petits lacs d'eau douce. sur l’un desquels il nous semble reconnaitre une grue.
Les head-boards, ou planches tumulaires des six tombes creusées par l'Entreprise et l'Investigator, ont été abattues par la brise, et nous les relevons avec ce recueillement instinctif qui nous saisit, à où l’idée de la mort nous frappe le plus, près de dépouilles naguère semblables à notre enveloppe. Ce sont presque tous des hommes jeunes, de vingt à trente ans, quiont succombé.
Nous visitons la pierre des marées, où, dans le grani pe pe au | où, dans le granit, sont
En face de nous, au sud, est une ravine où la neige se trouve encore en couches de trente ou quarante pieds d'épaisseur. — Les mousses et les bruyères sont encore en fleur ici; à la baie Batty elles sont déjà flétries et desséchées : la floraison a sans doute lieu quelques jours plus tard à cause de la différence de latitude, car la pointe Whaler est balayée par toutes les brises de l'horizon. Le temps a été brumeux dans le jour, et, au soir. une forte brise d’est s'élève accompagnée de pluie.
Lundi matin, nous trouvons que les glaces venues du détroit de Lancastre ont rempli la baie, et la côte est entourée d’un banc de glaçons plus large que ne l'était la glace en mai. La houle sou :
lève ces nouveaux venus, qui s'entre-choquent d’une façon peu rassurante pour l'embarcation qui se risquerait au milieu d'eux, et il nous faut remettre le retour projeté. Mardi 20, le beau temps a reparu, mais sans amener de changement dans l’état des glaces qui nous environnent; elles ne font que se mouvoir en cercle autour de la baie avec la marée.
Un de nos hommes croit avoir vu un navire à l’est, et nous nous rendons tous au pied du cap Clarence pour avoir un meilleur point de vue; mais nous sommes obligés de renoncer à l’espoir si vite conçu de nouvelles des autres expéditions, de lettres from home. Quelles ont dû être les angoisses des deux Ross en 1835, lorsque, après cinq ans d'absence, ils épiaient sur les mêmes lieux l'indice d’une ouverture dans les glaces, ou d’un navire qui seul pouvait mettre fin à leur misérable condition! La pointe est jonchée d’ossements de baleines, et nous n'avons pas compté moins de sept crânes de ces animaux, circonstance sans doute à laquelle elle doit son nom. Ainsi que la côte est de la baie, elle contient aussi de nombreuses ruines d'habitations des Esquimaux, habitations d'hiver aux murailles épaisses, et communiquant de l'une à l’autre par des passages souterrains. Nous fouillans sans succès plusieurs de leurs tombeaux, où quelques ossements épars ont seuls échappé à la voracité des renards et des
urs, Ou à la curiosité quelque peu sacrilége des différenis visiteurs. Ces tombes ne sont point creusées dans le sol; le corps est généralement déposé à la surface, ou dans une excavation peu profonde, avec les principaux ustensiles de jèche du défunt, et recouvert de pierres entre lesquelles sont ménagés des espaces assez larges ; les morts ne pourraient autrement, disent les Esquimaux, prendre leur vol vers l'éternel séjour.
Comme presque tous, j'ai pris part aux fouilles, comptant trouver quelque vestige intéressant pour les ethnologues ; mais j'ai réfléchi plusieurs fois sur ce sujet, en me rappelant l'air significatit dont M. Adamson secouait la tête en disant qu’il vaut mieux laisser les morts tranquilles.
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VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 500 Chez nous, où certaines mesures statistiques fournissent à la science les éléments dont elle a besoin, il v à dans la violation des sépultures une profanation injustifiable ; et je ne puis croire un instant quele moindre blâme puisse s'attacher à de semblabi:s recherches, lorsqu'elles ne sont point faites de gaieté de cœur et sans but utile. Mais, en général, le respect qui entoure nos dépouilles, les soins rendus à nos restes, ont-ils un plus grand nombre de bons ou de mauvais résultats, s'ils servent de prétexte au maintien des préjugés, qui à Londres s'opposent, de nos jours, et en France, à une époque peu éloignée, s’opposaient à des mesures sanitaires, ou s’ils ne sont que le fruit de cette dignité humaine qui vénère même ce qui fut un de nous? La raison dit oui là où souvent les sentiments intimes disent non. Je vouerais volontiers mon squelette aux recherches anatomiques, et, ce n’est pas sans combats, sans répugnances, que j'y consentirais pour les corps de ceux qui me sont chers. Quand on songe au crime récent d'Édimbourg, à ce chirurgien Knox, dont les agents assassinaient, afin de lui procurer des cadavres à disséquer, on s'élève contre le préjugé ou les sentiments ; mais comment allier le respect absolu des tombeaux et des corps avec les translations des cendres, les embaumements?— À Montévideo, j'ai traversé au galop des saladeros jonchés de carcasses de bœufs ; mais ma monture se cabrait et menaçait de me jeter à bas quand nous passions près du cadavre d’un cheval; les bœufs refusent souvent d’entrer à l’abattoir ; ici nos chiens se repaissent de ï'un d’eux qui a été jeté sur la glace; est-ce seulement un trait de différence entre les carnivores et les herbivores”?
21 suuer. — La glace, bien que sans avoir entièrement disparu, nous ouvre ‘1 passage où nous nous empressons de pénéter; car il n’est pas difficile de se rendre compte de l’observation de sir James Ross, qui, en 1848, entra dans la baie à un certain jour, et n'eût pu le faire à aucune autre époque de Pan-
née; et, de six heures à midi, une petite brise du nord-est nous amène à la deuxième ravine, après le rap Seppings, où sont nos deux embarcations ; nous y trouvons aussi les mâts et les avirons du Gutta-Percha. Cette ravine est celle qui nous avait si cruellement trompés le matin du 10 septembre. En peu de temps, nous réparons le Gutta-Percha, que nous rendons étanche * en collant quelques bandes d’étoffe préparées avec du naphte, ete., et cette facilité de réparations n’est pas la moindre qualité de cette embarcation si légère, qui offre en outre cet avantage que la glace ne l’endommage pas comme les embarcations ordinaires. — Le Mahogany-Boat (canot d’acajou) et le Gutta-Percha arment chacun cinq avirons, et, à notre retour. quand nous avons eu à transporter nos provisions, le même nombre d'hommes a été nécessaire pour la première de ces embarcations, portant avirons et voiles et cent quatre-vingt-dix livres de farine, et pour la deuxième, qui, avec ses avirons. portait trois quarters de farine (570 livres); deux de fruits conservés; quatre-vingt-dix livres quinze gallons de lime-juice * (151 livres): deux barils de saumures (218 livres); cent trente livres de porc salé; soixante-cinq caisses de légumes ou viandes conservées (455 livres); en tout, mille six cents livres, sans compter quatre fusils, c'est-à-dire une différence de plus de mille livres. Je pense done qu'il n'y a pas l’ombre d’un doute sur l'avantage, en temps modéré, de ces derniers canots. Quand il fait très-froid, la matière principale, la gutta percha, devenant cassante, tous ces avantages sont réduits à néant.
La baie Elwin, dont nous passons à deux ou trois milles au
! Étanche se dit d'un bäliment ou d’une embarcation qui sent assez bien joints pour ne pas faire d’eau.
2 C'est par suite d’une erreur de copiste qu'à la suite de ces mots : lime-juive. page 150, les mots pastilles de chaux ont été mis entre parenthèses, comme s'ils étaient la traduction de Zi ; e-juice. Lime-juice sigmfie jus de citron. Tous les nuvires, et surtout ceux qui doivent visiter les mess du nord, embarquent des provisions considérables de ce puissant antiscorbutique.
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VOYAGE AUX MERS POLAIRE. 557 large, paraît encore bloquée par les glaces. Naviguant au milieu des glaces flottantes, ou traversant les streums qui ne sont point assez compactes pour nous barrer la route, en écartant les pièces qui les composent, nous glissons lentement le long de la côte, suivis de nouveau, ou même poursuivis par les whitewhales, et à deux heures du matin nous sommes un peu plus au sud que l'endroit où nous avons lancé le canot jeudi dernier. Les glaces de l’est sont en quelques endroits plus rapprochées qu'elles ne l'étaient à la me&ñe ‘poque, par suite du coup de vent d'est; mais nous voyons avec plaisir qu'une large portion du floe qui ferme l'entrée de la baie s’en est détachée, et quelques couns de vent d'ouest feront bientôt justice du reste. Après avoir débarqué notre cargaison et mis nos trois embarcations en sûreté, nous nous rendons au navire, où nous sommes à quatre heures dans la matinée du jeudi 22.
A bord, rien de nouveau. Le capitaine a tué un large phoque (Baleinier, cl4p-match) de neuf pieds et demi de long, qu'il lui a fallu retenir par une des nageoires de derrière, en hélant pour se faire entendre du navire, afin qu’on vint à son aide, et craignant à chaque instant de voir l'énorme animal disparaitre.
24 suiuuer. — Les trois derniers jours ont été employés à transporter à bord nos embarcations et Les provisions, bien qu’il
n'y ait que trois milles du navire à l'endroit où le tout était dé-
posé. Mais il est maintenant assez difficile de traverser la glace à cause des nombreuses flaques d’eau qui la recouvrent en plusieurs endroits ; les trous faits par les phoques rendent même ces dernières fort dangereuses, parce qu’on ne les voit pas trèsbien sous l’eau, et qu'un homme passant par l’un de ces trous ne pourrait peut-être retrouver l'ouverture et remonter à la surface qu'en admettant qu'il fût bon nageur et que le froid ne le saisit pas trop vite. Deux de nos hommes sont ce matin tombés à l’eau près du navire, et le courant, qui les entraînait en dessous, eût pu rendre leur position assez critique sans la prompte assistance qu’ils ont reçue.
Dans nos différentes courses de ces trois jours, nous avons reconnu que les crevasses principales tendent à s'élargir, et aujourd’hui il était impossible de se rendre à terre à l'endroit où nous allions si aisément il y a huit jours; mais il faut espérer que les avertissements ainsi donnés préviendront tout accident. Plusieurs symptômes nous inquiètent pour la sortie du navire, non pas encore en ce qui touche notre libération finale, Dieu merci ! mais, du moins, au sujet de ce que le terups nous permettra de faire avant que nous songions enfin à nous diriger homewards (du côté de chez nous).
Hier au soir, la glace se formait à la surface des mares qui nous entourent ; elle a acquis pendant la nuit une épaisseur de plusieurs lignes. À midi, aujourd’hui, le thermomètre à 57° (+ 14° centig.), cette glace n’avait pas disparu.
96 sucer. — Îl a été résolu qu'on aurait recours aux grands moyens, et la scie est mise en jeu, afin d'aider les efforts de la nature, et de préparer les voies à notre délivrance. Le navire, dans le dernier mois, s’est incliné sur bâbord, de facon que la lisse est à 6 pieds 4 pouces (1 mètre 45 cent.) au-dessus de l’eau de ce côté-là, et 8 pouces 4 degrés (2 mètres 44 cent.) de l’autre, ce qui fait une différence de G1 cent. ou 2 pieds. Il est probable que de ce côté, où la neige s’accumulait plus facile-
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VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 20 ment à cause de l'abri du navire, et où nous avions notre escal2r, l'atelier de charpentier, ete., la glace est plus épaisse, et que, pressant le bâtiment en dessous du centre de gravité, elle le force à s'incliner sur bâbord; car, au large de nous, il y à plus d’eau sur le côté de bâbord, et la glace est plus decayed (déprimée) qu’àtribord; hier, la pirogue en fer-blanc s’y est remplie et a coulé. — On a scié la glace tout le long du côté de tribord et à l'arrière, le navire s’est alors un peu redressé, et dans l'après-midi il a entièrement repris son équilibre : ce qui justifie ma raison de ce matin, c’est que le côté de tribord, qui était submergé, et sur lequel le navire s'appuie à présent, est entièrement à sec. +
Le floe paraît être détaché de la terre, tout autour de la baie, et aussitôt que l'entrée en sera dégagée, une forte brise d'ouest suffira, je l'espère, à balayer ce qui nous reste d'obstacles. M. Leask craint cependant que les ice-bergs échoués sur la barre, et qui s’y trouvaient même en septembre, où la baie était entièrement claire, ne retiennent le floe pendant quelque temps, à moins qu’il ne s’en aille en pièces.
Je me transporte déjà en idée à la baie Pond, mais il n'y aura pas de baleiniers à cette époque pour nous donner des nouvelles. La chance n’est pas favorable pour eux quand le land-floe
a disparu, parce que c’est sur ses bords qu'ils trouvent la ba-
leine. — La glace paraît s’user en dessous du floe et non audessus. Les tas d’ordures provenant de notre hivernage ne sont point encore enfoncés et ils ont préservé la glace par leur volume épais; tandis que nous remarquons que À où il n’y «à qu’une simple couche, elle s’y enfonce aisément. Les débris gris de pierre calcaire, que nous jetons, ne font qu'une trouée peu profonde, et ce sont les varechs au herbes marines les plus colorées qui disparaissent le plus vite; quelques-unes à deux et trois pieds dans la glace. Je pense qu'une allée de sable ou de gravier noir pourrait réduire les quartiers de glace à un tel état de pesanteur qu’il serait alors facile de les plonger et de les cou-