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JOSEPIH-RENÉ RELLOT.
fort fut en effet pour lui une mère adoptive, douce et bienfaisante. et il aurait volontiers dit, si Paris l'avait réclamé : « Ce n’est pas la ville où j'ai reçu le jour, c’est celle qui m'a vu grandir, celle qui m'a élevé et instruit, qui est ma véritable patrie. » C'est ainsi qu'il eût parlé certainement, inspiré par cette reconnaissance qu'il a toujours témoignée à Rochefort, et dont j'ai trouvé vingt fois des preuves, et dans son journal de voyage, et dans ses lettres, et dans ses notes éparses, et dans l'accueil même qu'il me fit, dès notre pre mière rencontre, sur mon seul ütre d'enfant de Rochefort. La reconnaissance n’est que le sentiment du juste, et ce
sentiment, Bellot en était animé dès son enfance la plus téndre. Juste et bon, tel il se montre aussitôt que son âme commence à parler; or la bonté, on le sait bien, c'est toute la vertu de l'enfance. Cette bonté qui, chez l'enfant, commence par la tendresse filiale, par l'amour fraternel, pour devenir chez l'homme. charité pour ses semblables et dévouement pour l'humanité; cette bonté, il en donna des preuves éclatantes sur le banc même de l’école où il apprenait à lire. Avec quel bonheur, avec quelle émotion j'ai en-
tendu sa mère et ses sœurs me raconter, les larmes aux yeux.
les souvenirs de ses premières années, ces charmants épi-
sodes d’un passé si cher à la mémoire de la famille, mais dont
l'évocation est aujourd'hui si douloureuse à son cœur !
comme il annonçait bien alors ce qu'il devait être, le plus
dévoué des fils, le plus tendre des frères, le meilleur des
hommes! Et comme sa jeunesse tenait religieusement les
promesses de son enfance !
Ainsi elles s'exprimaient, cette mère et ces sœurs, qui ne peuvent ni ne veulent être consolées, parce qu'il n'est plus. comme dit l'Écriture: ainsi elles parlaient avec cette éloquence des douleurs vives et profondes, en effeuillant devant
\ JOSEPIH.RENÉ BELLOT.
moi les fleurs les plus parfumées de leurs souvenirs, Je craindrais que le récit de ces mille petits riens par lesquels se révèle le cœur d'un enfant ne perdit en passant par ma plume toute la grâce que savent lui donner une mère et une sœur qui pleurent un mort aimé : je citerai seulement celui de tous ces traits de bonté qui m'a le plus vivement frappé.
Après que Bellot eut fait ses premières études élémentaires à une école d'enfants, son professeur, M. Richer, fit de lui, de ses dispositions et de son travail un tel éloge, que la municipalité crut devoir s'intéresser à l'enfant &t faciliter à son père, simple artisan (vétérinaire et maréchal), et chargé d'une nombreuse famille, les moyens de lui faire donner une instruction propre à développer de si heureuses facultés. Sur la proposition du maire, il lui fut accordé une demi-bourse au collége de Rochefort. Cette première faveur, dont la ville n'a jamais eu qu'à se féliciter, puisqu'elle lui a permis d'être pour quelque chose dans l'éducation d’un homme supérieur et lui a donné le droit de s'illustrer elle-même en le revendiquant pour un de ses enfants, cette première faveur fut
pour les parents de Bellot une occasion de sacrifices pécu-
niaires et de gêne, car elle les obligea à compléter le prix du droit universitaire. Si peu considérable que füt la somme à débourser tous les ans, elle ne laissait pas que de grever le budget de M. Bellot, déjà père de quatre enfants ; son fils ne l’ignorait point, aussi cherchait-il toutes les occasions, tous les prétextes pour témoigner à ses parents sa vive reconnaissance. Ardent et assidu au travail, il se distingua bientôt entre tous, et 1l payait à la fin de chaque année les sacrifices de la municipalité et ceux de sa famille par une ample moisson de couronnes. Pendant sa troisième année de collége, une circonstance particulière, un petit fait carac-
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JOSEPH-RENÉ BELLOT. \ téristique. vint prouver que le cœur, chez cet enfant, était au moins à la hauteur de l'intelligence.
Le père d'un de ses condisciples, désolé de la paresse incurable de son fils, imagina un jour d'essayer à son égard d'un nouveau système d'émulation ; il pensa qu’en lui donnant pour compagnon d'étude et de travail un enfant laborieux et intelligent on pourrait réussir à piquer l'amourpropre de l’écolier apathique et indolent. Il demanda en conséquence au proviseur du collége s'il connaissait dans son établissement un sujet propre à servir de modèle et d'aiguil lon à ce fils rebelle, et susceptible de consentir à ce rôle. Le proviseur pensa aussitôt à Bellot et promit de proposer à sa famille une combinaison qui ne pouvait manquer d'être acceptée. Pendant deux ou trois mois en effet, Joseph Bellot alla passer, tous les jours, les heures qui séparent la classe du matin de celle du som chez l'élève en question. Ce système produisit jusqu'à un certain point le résultat qu'on espérait. Süimulé par l'exemple de l'enfant studieux, qui
était plus jeune que lui, l'écolier paresseux se décida à
travailler, à apprendre ses lecons, à faire ses thèmes et ses
versions, et le père n'eut qu'à se féliciter de son ingénieuse idée. Quand vint l'époque des vacances, il voulut, avant de partir pour la campagne, témoigner sa reconnais-
sance au laborieux condisciple qui avait rendu à son fils et à
lui-même un si grand service. Il le remercia, l'embrassa sur
les deux joues et lui mit dans la main un cornet de bonbons.
Le petit Joseph, enchanté du cadeau, remercia à son tour
avec effusion; puis, sans prendre le temps d'ouvrir le cornet,
il court à toutes jambes chez lui pour le donner intact à ses
sœurs. Îlentre chez son père en sautant et en criant d'une
voix joyeuse : « Ah ! je vais joliment faire rire les gamines ! vois done, maman, ce que ce bon M. X... m'a donné! » Aus-
xit JOSEPII-RENÉ BELLOT, sitôt les enfants se réunissent autour de la table à manger. et l'on se met à faire le dépouillement du cornet, afin de procéder ensuite au partage. O surprise! le premier bonbon qui tombe du cornet est une pièce de cinq francs : « Quel bonheur ! s'écrie Joseph, voilà de quoi acheter des beaux rubans à mes bonnes petites sœurs! » Les bonbons tombent ensuite un à un, et chacun prend le sien, au milieu des cris de joie et des éclats de rire. Le dernier. celui du fond, était enveloppé de papier. «Qu'est-ce que c'est? » s'écrie la bande enfantine. Bellot le déploie et trouve une pièee d'or : vingt francs ! c'était une fortune, un commencement de trésor pour un enfant de douze ans. Bellot considère un instant la pièce d'un air ému et sérieux, puis tout à coup il se lève, court à l'atelier, se jette dans les bras de son pére, et, lui remettant la pièce : « Tiens, papa, lui dit-il, voilà pour ton voyage de 'aris® » L'enfant avait entendu souvent, depuis quelques mois, son père répéter : « J'aurais bien besoin d'aller à Paris pour mes affaires ; il faut que nous mettions de l'argent de côté pour ce voyage. »
Je ne sais si j'ai réussi à rendre ce tait comme je le sens: mais je puis affirmer qu'en l’entendant raconter par madame Bellot, j'ai éprouvé la plus vive émotion ; il a été pour moi comme la révélation complète d’une âme noble et désintéressée. J'aime avec passion, quant à moi, ces enfants de qui leurs parents disent qu'ils n'ont rien à eux. Il est bon queles qualités du cœur prennent les devants sur celles de l'intelliwence, et si je me défie, souvent avec raison, hélas ! de ces enfants prodiges qui savent à dix ans ce qu'on n'apprend généralement qu'à vingt-cinq, j'admire beaucoup, en revanche, ceux dont l’âme seule est précoce. La précocité du cœur expose, en effet, à bien moins de mécomptes que la précocité de l'intelligence. Les sentiments ne sont-ils pas les fleurs de
0 Car J'ai
du reste