‹ Journal d'un voyage aux mers polaires [microforme]Chapitre 5 sur 53 · PACE · texte numérisé non relu

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l'âme, tandis que le savoir et le talent ne sont que les fruits du cerveau? et, si l'on a généralement peu de goût pour les fruits prématurés. on ne peut s'empêcher d'aimer les fleurs écloses dans la primeur de la saison ; elles ne réjouissent pas moins l'âme que la vue. Maitres et parents, gardez-vous de réprimer chez les jeunes élèves ces élans des natures d'élite, ne vous alarmez pas sur leur avenir ; l'expérience, le contact et les exemples du monde leur apprendront bien assez tôt l'égoisme !

Bellot poursuivit ainsi ses études au collége de Rochefort jusqu'au moment où, à l'âge de quinze ans et demi, il se trouva apte à subir l'examen d'entrée à l'école navale. Reçu avec le numéro 20, il v fut placé, avec l'assistance de la ville de Rochefort, qui. satisfaite des premiers résultats de son œuvre, ne voulut pas la laisser imachevée, et fit à encore les

frais d'une demi-bourse. Les parents complétérent à grand

peine le prix de la pension et du trousseau de leur fils pour les deux années. Pendant ce temps, il mérita les encouragements et les éloges des chefs et des professeurs, si bien qu'il sortit de l’école avec le numéro 5. Ses sentiments ne s'étaient pas moins soutenus que son intelligence, car J'ai vu de lui des lettres de cette époque , dans les quelles cet enfant de dix-sept ans, racontant à ses parents qu’un de ses anciens camarades, après avoir été chassé par suite de sa mauvaise conduite, a été obligé de se faire matelot, ajoute à son récit des réflexions pleines de sens et de

justesse sur la nécessité pour un homme de compléter l'in-

Struction par la bonne éducation, de joindre aux contiais-

sances de l'esprit l'élévation des sentimens du cœur. J'ai eu.

du reste, par la lecture de lettres que des considérations de personnes ne me permettent pas de eiter, encore une autre occasion de constater que Bellot. tout bon et tout

\n JOSEPIH-RENÉ BELLOT.

facile à l'indulgence qu'il se montrait à l'égard des simples faiblesses ou des travers, savait s'indigner avec une éloquente énergie contre ce qui lui paraissait malhonnête. vicieux et méchant. et que. comme dit Alceste, il avait pour le mal

Ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses,

Bellot, placé le cinquième sur la liste de promotion des élèves de seconde classe, en date du 2" septembre 1845, avait donc à cette époque dix-sept ans et demi. À peine avaitil quitté le Borda, vaisseau stationnaire de Brest, qu'il fui embarqué successivement dans le même port sur le Suffren et sur le Friedland ; pendant les six mois qu'il passa ainsi au port de Brest, le j une homme, à peine émancipé par son aiguillette d'aspirant, ne perdit point de vue la situation de sa famille; sur ses premiers appointements, sur ce premier argent gagné qu'on a généralement tant de plaisir à dépenser, il trouva moyen d'économiser de petites sommes qu'il envoyait à ses sœurs. Si j'insiste sur ces traits de générosité. de bonté d'âme, c'est qu'ils me paraissent plus frappants. plus caractéristiques que jamais chez un enfant de cet âge et dans un temps où l'on à dit, non sans quelque raison, que « l'égoisme était l'esprit du siècle. » J'ai, du reste, tenu à suivre les développements et les diverses manifestations de l'âme, de la raison, de l'intelligence de Bellot, et à les indiquer en même temps que les événements de sa vie, dans ce travail qui serait, si j'atteignais le but que je me suis proposé, autant une étude morale de caractère qu'une notice biographique.

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Le premier soin du jeune aspirant, lorsqu'il obtint la fa: Seur de faire sa première campagne sur la corvette le Bereau, estencore, avant de partir pour l'ile Bourbon, de déléguer à sa famille une somme de vingt francs par mois sur ses fort modestes appointements d'élève de marine. Is'embarque @t quitte la France. la conscience tranquille, le 23 juin 1844. Suivons-le dans ce voyage et dans le séjour qu'il fit sur la Æote d'Afrique.

à Dans ses projets. dans ses rêves d'avenir, dans ses plans e conduite, Bellot s'était bien promis de tenir un journal

de chacun de ses voyages. et d'y consigner jour par jour, Bon-seulement tous les faits extérieurs, toutes les observa- Bons nautiques et scientifiques, "sais encore ses propres Densées, ses réflexions, ses confessions, pour ainsi dire. Nous allons voir comment il s'était tenu cette promesse. Dans cc journal, qu'il a fait recopier depuis et pu revoir à Disir, je trouve, à la date des 29 et 51 octobre 1844, les ages suivantes, qu'il n'a pas jugé à propos d'en arracher, Moulant sans doute les laisser, comme le reste de sa vie, à dre d'exemple et de lecon pour son jeune frère :

C29 ocrosre. — Nous appareillons ce matin de Mayotte : &quatre heures, on fait le branle-bas, et nous ne sommes

Sous voiles qu'à huit heures. Le Crocodile part en même Ææmps que nous.

JOSEPH-RENÉ BELLOT

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« Je suis d'une négligence et d'une apathie extrémes: je n'ai pas eu le courage d'écrire chez moi ; ainsi tie occasion que je manque par ma faute ; c'est la hr mais il faut que je me surveille, ou sans cela je acné dans la plus grande paresse. Malgré toutes mes belles régolutions de travail, mes récriminations contre les plaisanteries de mes camarades, je n'ai encore rien fait depuis notre départ de France; je crains également de me laisser aller à "0 travers dont je ne saurais trop me garder. Je ne suis pas assez aveugle pour me cacher toutes ces choses-là. (D rats je n'ai pas la force de réprimer ces défauts ; je devrais NL dant prendre plus de fermeté dans la position où je Fe : songer qu'il faut nécessairement que j'arrive à Hi chose ; je trouverais déjà un motif bien sARAn UaTR le« ésil de reconnaitre tout ce qui a été fait pour moi! Ne dois-je pas aussi penser que je suis destiné à soutenir une fille nombreuse et chérie dont je suis tout l'espoir ? On me croit anbitieux, j'en suis sûr, et cela est vrai; mais est-il un re noble que celui pour l'ambition d'un jeune homme” : sentiment si louable, je le sais bien, n'est pas le seul qui ini lasse ainsi envisager tous mes projets de gloire et d aYenn peut-être même y a-t-:1l trop d'amour-propre dans toutes mes

* m'endormir, comme je le fais bonne réputation, au lieu de m'endormir, cor ]

dans la mollesse et l'insouciance, convenables tout au pus à 4 un jeune homine dout les parents ont de la fortune. J oe ou pds 'op souvent ce que j'ai été; je ne songe pas que mon ; : 4 | esQ un pauvre ouvrier dont la famille est nombreuse, qu j : 4

lait pour moi de très-grands sacrifices. que tout di ae i dépense inutilement serait chez moi d Un grand sec . . È devrais réfléchir que dans ces moments d’oubli où je prodigi 4

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