LEURS LAS RER TR
passer dans l'intervalle de deux floes, nous n’aurions pas perdu toute cette semaine. — Dans l'après-midi, nous appareillons de nouveau avec petite brise ; mais, vers minuit et demi, au moment où nous passons entre deux floes, ils se rejoignent, celui du nord courant au sud avec une rapidité qui eût été excessivement dangereuse pour nous si les floes eussent été plus épais ; à peine avons-nous eu le temps de démonter le gouvernail, et c’est une manœuvre qui se répète si souvent, qu’on ne saurait trop conseiller à tous Les capitaines qui viennent ici de faire pratiquer dans leurs navires une jaumière! aussi large que possible.
15 aour. — Beau temps, petite brise ; le courant nous a généralement portés au sud, et, à midi, nous sommes à une dizaine de milles à l’est de la pointe sud de la baie Elwin, courant des bordées avec petite brise, ou remorquant avec une embarcation au milieu de pack-ice, dont les difficultés exigent et donnent forcément une juste pratique de coup d'œil pour Les parer sans toucher; non point qu’avec petite vitesse il y ait du danger, mais le moindre arrêt coupe l’aire du navire; il en est de même de la boy-ice, qui, même à une heure avancée de la matinée, surtout s’il fait calme, entoure les glaçons flottants dont le voisinage aide singulièrement la formation du boy-ice pendant la nuit.
‘ Ouverture pratiquée au-dessus de lélambot et dan: la voûte de l’arcasse, pour le passage et le jeu de la tête du gouvernail, lequel pénètre dans l’intérieur du navire par cette ouverture, pour recevoir la barre qui sert à le mettre en mouvement,
? Ici le journal présente une lacune de dix-sept jours, lacune que Bellot avait très-probablement l'intention de combler avec des notes sans doute prises sur un calepin ou sur des feuilles volantes, car il a laissé, à cette date, une douzaine de pages blanches à son registre-journal. Il est vraisemblable que les dix-sept jours en question, du 16 août au 2 septembre, furent passés dans des travaux analogucs à ceux des jours précédents, travaux exécutés avec quelque succès, puisqu’à la reprise du journal nous trouvons le Prince-Albert sorti du détroit de Barrow et du détroit de Lancastre. (Note de l'éditeur.)
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2 seprembre. — Le coup de vent d'hier s’est apaisé, et il ne reste plus qu’une grosse houle qui nous arrête. Quelque favorisés que nous puissions être par la suite, il n’en est pas moins évident que notre traversée en sera allongée d’une dizaine de jours. Nous aurions dû traverser à l’est, à la hauteur de la baie de Pond, comme on le fait habituellement, les brises du nord, qui semblent dominer à cette époque, pressent les glaces sur le cap Searle (mollymake-head) et sur le cap Walsingham. Mais, à part ces principes généraux, je crois que tout est chance et hasard, et que la prétendue expérience des baleiniers était une histoire faite pour en imposer aux ignorants; car, dans la dernière expédition et dans celle de sir Ed. Belcher, il n'y à point d'ice-masters (maitres, pilotes spéciaux pour les glaces) ; ils sont au plus quarter-master (quartiers-maitres).
Un pauvre petit snow-bird (oiseau de neige) qui a perdu la terre, dans le dernier coup de vent sans doute, prend refuge à bord, et, se familiarisant bien vite lorsqu'il voit qu'on ne lui est point hostile, il sautille sur le pont et vient à nos pieds ramasser des miettes de biscuit.
Nous nous engageons dans une anse du pack; mais, reconnaissant qu’il n’y a point d'ouverture à l’est, nous la remontons. Pendant mon quart la houle menace de nous jeter sur le pack, et il nous faut pagayer tant bien que mal avec nos avirons d’embarcations; un navire de notre taille, et même plus fort, devrait ètre pourvu d’au moins trois ou quatre paires d’avirons de galère ; notre unique embareation est à bord, de sorte que nous ne pourrions nous remorquer au large. Les baleiniers ont souvent recours au procédé suivant (appelé par dérision sanctifying): amener les embarcations à fleur d’eau, les amarrer et de l'avant et de l'arrière, et armer les avirons d’en dehors : les embarcations restent sur les palans et hors de l’eau; ils prétendent faire plus de progrès ainsi et avoir besoin de moins de monde.
3 SEPTEMBRE. — Calme, même houle, qui doit venir d’un
autre coup de vent, que nous n’avous pas éprouvé. — Nombreux vols d'oiseaux, tous ceux que nous avons pu reconnaître se dirigeant au sud; les mollymakes et l'ivory-gull restent seuls en vue. Nous nous livrons à la pêche des mollymakes, que l'on prend avec un harpon comme les damiers du Cap. Les jeunes mollies sont grises et ont une odeur fétide d'huile; cependant notre master les dit meilleures que les dovekies. Préparation : enlever la peau et toutes les parties graisseuses, et les laisser tremper dans l'eau.
D SerTEMBRE. — Nous continuons à remonter au nord, en suivant les bords du pack, dans l’espérance de trouver une ouverture ou passage à l’est, nous fourvoyant de temps en temps dans des criques assez profondes pour faire naître l’espoir, mais qu'il nous faut reparcourir presque aussitôt en sens contraire, ce qui, avec les petites brises, le peu de qualité du navire, nous prend beaucoup de temps. Un navire à vapeur n'éprouverait pas les mêmes difficultés; qui sait d’ailleurs où cela finira?
A la hauteur où nous sommes, le pack est composé de glace épaisse que le master dit étre de trois ans au moins de formation ; il semble que les différents inlets de la baie de Baffin se soient dégorgés cette année d’un trop-plein accumulé les années précédentes; il ne serait donc pas étonnant que sir Ed. Belcher trouvât le détroit de Wellington extraordinairement navigable, et certes il est embarqué dans cette entreprise sous de favorables auspices. Plût au ciel que je fusse avec lui!
G sepTEMBRE. — Ce matin, nous avons enfin une lead ou passage à l'est, et aussi loin que nous pouvons voir, eau claire et sans glace. Cela vient à propos. car nous commencions à douter de notre succès.
Je suis décidément d'opinion qu’il n’y a que deux manières à cette époque de l’année de se rendre au cap Farewell, ou bien au débouché du détroit de Lancastre : se diriger à l'est-sud-est
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ou droit à l’est de la baie Pond, ou si l'on se détermine à suivre la côte ouest, comme nous l'avons fait, pousser au sud aussi loin que possible; la côte aux environs du cap Walsingham abonde en ports, en petites baies, où un navire peut se réfugier et laisser passer le pack; dans tous les cas, si on est pris dans le pack, on dérive avec lui au sud en très-peu de temps; cela est arrivé à plusieurs baleiniers, lesquels, frozen in ou bien caught in (gelés ou serrés dans les glaces), ont été relâchés un mois ou six semaines après, en novembre ou au commencement de décembre. Tandis que le Thomas, frozen in, en octobre, je crois, ou à la fin de septembre, vis-à-vis le Devil's-Thumb (Pouce-du-Diable), n’a été libéré qu'en mars suivant, notre skipper (maitre), qui a été pris déjà une ou deux fois, a un peu perdu la tête, et ne sait guère à quel saint se vouer.
Il était donc temps pour tous qu’un terme fût mis à nos inquiétudes.
7 SEPTEMBRE. — À quatre heures, ce matin, on est venn m'éveiller pour prendre le quart, avec l’agréable nouvelle que le pack s'étend en face de nous, du nord-ouest au sud-ouest. La nuit était obscure, et le navire a été mis en panne, dans la crainte d’aggraver notre position. Le thermomètre est descendu à 26° (— 4° centig.) et la glace qui s’est formée cette nuit est assez épaisse pour arrêter notre progrès, lorsque le jour nous permet de faire voile. Les réflexions que je fais pendant mon quart sont loin d’être gaies, d'autant moins qu'au nord le pack s'étend aussi loin que je puis voir de la tête du mât. Je regrette que nous ne soyons pas restés avec le north star, au moins notre temps eût été employé d'une façon utile ; mais, comme il serait dansereux de demeurer plus longtemps dans l’expectative, mon intention est, quand nos opinions seront demandées, de courir la chanee de la côte ouest, vu qu’il est trop tard pour retourner au détroit de Lancastre.
Vers neuf heures, le master découvre un slack ou relâchement
dans la contexture d'un pack, et nous nous y fraÿons un passage, heurtant un glaçon par-ci par-là, recevant des chocs qui ne nous émeuvent guère ; enfin, à dix heures, nous sommes à l'est du pack.
Je ne sais, cette fois, s’il est prudent de s’abandonner à la confiance et à l'espoir; ce qu'il y a de certain, c’est que, ce matin, j’eusse volontiers consenti à n être en Angleterre qu'en décembre, pourvu que j’eusse la certitude d'y être à cette époque; par conséquent, je dois me tenir satisfait de tout ce qui peut nous arriver. J'avoue que c’est la plus rude épreuve de cette philosophie, dont je me suis fait une étude, tâchant de me résigner à ce que je ne puis empêcher; mais nous n'avons ni charbon, ni previsions, ni canots, et en admettant que le navire eût échappé aux désastres du pack, il est certain que plus de la moitié de l’équirage y eût passé; pour moi, Dieu merci, ma santé est aussi robuste que celle d'aucun ; ma confiance est en Celui de qui nous ne pouvons empêcher la volonté d'être accomplie, et je suis persuadé que mes chances étaient aussi bonnes, sinon meilleures, que celles de tout autre à bord! mais cette perspective de dangers sans but utile, sans résultat, n’est point faite pour tentor les plus stoïques.
8 serremBre. — Une ronde brise de nord-ouest nous fait passer rap.dement à l’est, et nous retrouvons ces immenses icebergs de la baie Melville et de la baie de Disco, tout différents dans leur firme de ccux de !a côte ouest. les derniers étant généralement plus bas et longs, comme des îles plates détachées des glaciers formés sur cette côte dans les ravines. — Dans la matinée, nous reconnaissons la terre au nord d’Uppernavik. Grâce à Dieu, nous voilà done hors de danger, et nous allons pouvoir naviguer désormais d'une façon r'esque régulière.
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lei se termine le journal de Bellot. Le reste du voyage ne lui offrit probablement aucune observation intéressante. Une fois à Uppernavik, la navigation de retour dut se faire avec autant de facilité que celle du départ, et sans doute en touchant aux mêmes points de la côte ou aux mêmes îles. Peu de jours après, du reste, le Prince-Albert avait revu les côtes d'Écosse, et Le lieutenant de vaisseau de la marine française traversait l'Angleterre, au milieu des témoignages de la plus cordiale sympathie et souvent mêine du plus vif enthousiasme! Lady Franklin, lamirauté anglaise et tous ces nobles cœurs qui n’ont reculé devant aucun péril, devant aucun sacrifice, pour l’accomplissement de leur œuvre d'humanité : la recherche de sir John Franklin, ces nobles cœurs avaient reconnu, en Bellot, un frère en dévouement, en générosité, en courage, un compatriote, pour ainsi dire, suivant l'expression d’un Anglais. Car ie monde se divise en deux grandes nations : la nation des âmes vulgaires, — et celle des âmes élevées! Bellot était de cette dernière nation!