‹ Journal d'un voyage aux mers polaires [microforme]Chapitre 46 sur 53 · LIEUTENANT DE LA MARINE ANGLAISE · texte numérisé non relu

LIEUTENANT DE LA MARINE ANGLAISE

Aberdeen, mai 1851.

Mon cher Halkett,

Parti de Londres sans avoir à peine eu le temps de vous remercier de ves nombreuses complaisances pour moi, je suis arrivé jeudi dans l’après-midi à Aberdeen sans événement re-

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VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 405 marquable, ayant eu trois ou quatre heures à Édimbourg pour visiter la ville. Quand je dis sans incident, je me trompe: car, entre Petersborough et Boston, je perdis mon billet, et j'étais fort embarrassé, le règlement disant qu’on doit, en semblable

“occurrence, payer sa place de nouveau.

Heureusement le conducteur, qui avait vu mes effets et lu le Morning-Herald de la veille. reconnaissant d’ailleurs à mon accent qui j'étais, vint fort poliment me tirer d'affaire en déclarant que le chef de gare en croyait ma parole. — On ne saurait pousser plus loin la civilité, et je désire trouver quelque jour M. le chef de gare pour avoir l’occasion de lui rendre semblable politesse. — A mon arrivée à Aberdeen, j'allai immédiatement saluer ces dames. Les instances de lady Franklin furent telles, que je dus accepter la chambre qu'elle m'offrait dans ses logements. Malgré ma crainte d’être un peu gênant, je sentis qu'il eût été ridicule de refuser plus longtemps, et j'acceptai enfin une offre qui m'a permis d'apprécier de jour en jour les rares qualités de lady Franklin et de miss GC. — Je chercherai à faire connaitre en France le trésor de dévouement, d'abnégation et de travail que ces deux femmes ont su montrer. Mais est-il possible, à moins d’en avoir été témoin, de croire à une pareille existence de sacrifices, de nuits passées dans l'étude et le travail? Et quelle récompense de mes intentions n’eurai-je pas trouvée, si je m'acquiers quelques titres à d'aussi nobles sympathies|!

La connaissance la plus intime, que j'ai pu faire du caractère de notre brave commandant M. Kennedy, m’est un sûr garant de la cordiale entente qui ne peut manquer d'exister entre lui et moi. Il n'est guère possible d'unir à un courage plus grand une plus grande simplicité de manières, plus de droiture de caracière ; c'est un vrai matter of fast man. Les préparatifs de l’expédition nous ont retenus quelques jours, que mon impatience n'a pu trouver longs cependant, grâce au bienveillant accueil que j'ai trouvé dans cette hospitalière Écosse, et, l'avouerai-je

406 J, R. BELLOT, à ma honte? je ne l'ai point quittée sans avoir le plus vif désir de la revoir à mon retour.

Enfin, le jeudi 21 mai, six ans après le départ de sir John Franklin, nous avons mis à la voile, emportant avec nous les vœux d'une population empressée venue sur les quais pour nous saluer de ses hurrahs.

Ai-je besoin de vous dire, mon cher Halkett, toute ma gratitude pour votre excessive complaisance et les sentiments que vous avez témoignés à l’humble représentant de la marine française? L'épaulette est, vous le savez, une parenté dont vous avez dignement reconnu les liens; puissé-je, un jour, être à même de reconnaître vos délicates attentions ! — Veuillez être mon interprète près du capitaine Trotter et de M. Halkett. Veuillez également me rappeler au bon souvenir de la famille Simpkinson, dont je n’oublierai pas le bon accueil, non plus que de madame et M. Magendie, auxquels je dois plusieurs des bonnes heures que j'ai passées à Londres.

Recevez, etc.

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