‹ Journal d'un voyage en Europe, 1819-1820 (volume 2)Chapitre 5 sur 32 · Celle de S*® Geneviève commencée quelques années avant · texte numérisé non relu

Celle de S*® Geneviève commencée quelques années avant

la Révolution et non encore finie (on y travaille en ce moment) promet quelque chose de plus parfait que St-Sulpice. Le voisinage d'une place spacieuse a permis d'appuyer les colonnes de son péristyle sur une base commune. L'élégance de la colonnade intérieure, la légèreté de ses sculptures, l'art infini avec lequel sont placées les lunettes qui éclairent à propos et dans une proportion convenable, toutes les parties de sa voûte ; le dôme, la coupole, la lanterne, lesquels réunis ensemble font une élév^ation de 282 pieds au-dessus du pavé de marbre sur lequel on marche d'une extrémité à l'autre ; la variété admirable de ses bas-reliefs et autres sculptures ; les 52 colonnes qui entourent le dôme ; l'habileté extrême avec laquelle toutes les parties de cet édifice se trouvent liées ensemble, sans qu'il y soit entré aucune charpente ; tout cela promet à la France un chef-d'œuvre égal à tous ceux dont les beaux-arts l'ont enrichie jusqu'à ce jour, et à la ville de Paris un lieu digne de recevoir le précieux dépôt des cendres de sa sainte et auguste patronne. La nouvelle église de S^° Geneviève a 340 pieds de longueur, y compris le péristyle, sur une largeur de 750 hors d'œuvre.

Un double escalier de pierre conduit de l'édifice supérieur à une voûte souterraine divisée en trois nefs et aussi étendue que l'église même. Elle a 18 pieds d'élévation, est soutenue par 20 colonnes d'ordre toscan, sans compter les piliers nécessaires aux constructions supérieures. Elle est divisée en beaucoup de caveaux, dans une partie desquels sont pratiqués en pierre de taille des sépulcres prêts à recevoir tels cadavres que l'on y voudra déposer. 11 ne reste plus pour chacun qu'à fixer et à cimenter une pierre au-devant de telle cellule où il aura été déposé. Des épitaphes font voir que l'on y a déjà placé les dépouilles des cardinaux du Belloy et Caprara, de plusieurs généraux, membres de la Légion d'honneur etc. Ce ne sont point ces corps qui déparent ce lieu destiné primitivement à la sépulture des fidèles. Mais avant d'arriver à ces monuments respectables, on est justement choqué de voir deux caveaux en possession : l'un du corps de Voltaire, l'autre de celui de Jean-Jacques Rousseau, exhumés tout exprès

pour être transportés dans ce dépôt au plus fort de la Révolution athéistique qui a ruiné, bouleversé et déshonoré la France depuis 1789 jusqu'en 1799. Sans égard pour les 15 millions que cette église avait déjà coûtés pour la mettre au point où elle était alors, et sans respect pour sa destination primitive, les révolutionnaires la nommèrent le Panthéon et la destinèrent à recevoir les restes honteux de tout ce que le dernier siècle avait produit de plus impie et de plus immoral. Isii sunt dii tui\ Tsrael. Il faut espérer qu'un gouvernement sage et réfléchi fera disparaître ces deux cadavres ignobles et conduire à sa perfection un édifice auquel il manque peu de chose pour être achevé.

Il est arrivé que le dôme supporté trop légèrement, a craqué en quelques endroits et fait craindre un écroulement. Pour y obvier, il a fallu supprimer douze colonnes et les remplacer par des masses de même hauteur qu'on pourra revêtir de pilastres, mais dont l'épaisseur, quoiqu'elle n'ait rien de lourd et de choquant, interrompt la vue, qui autrement aurait enfilé, de chaque côté, la colonnade d'une extrémité de l'église à l'autre.

23. — En attendant que la châsse de S^^ Geneviève puisse être reçue dans sa nouvelle église, l'ancienne étant détruite, on l'a déposée dans celle de S. Etienne du Mont, qui appartenait autrefois à l'ancienne abbaye et n'avait de porte que dans son enceinte. Isolée aujourd'hui et bâtie sur un plan plus vaste, elle n'est pas sans quelque mérite, mais la vue y est désagréablement affectée d'une enfilade d'autels que l'on a voulu faire et qui ne s'enfilent pas. La châsse de la sainte, en forme d'une petite maison, paraît suspendue au-dessus du maître-autel. Dans un autre endroit de l'église est le tombeau où elle avait d'abord été enterrée. La dévotion du peuple de la capitale pour sa sainte patronne se perpétue dans une certaine classe avec édification.

24. — Que dire de l'église paroissiale de S. Roch, située à une petite distance du château des Tuileries, près de la place Yendôme ? — Qu'elle est remarquable par sa distribution intérieure, où l'on voit quatre autels à la suite les uns des autres, séparés par

des distances assez convenables, former quatre sanctuaires et deux chœurs où l'on fait alternativement l'office divin dans la même journée ; car à S. Roch, il y a, tous les dimanches, double office du matin et du soir. Par exemple, on vient de finir vêpres dans un des chœurs ; une heure aprës, elles recommencent dans l'autre et ne sont séparées des premières que par un sermon. Ces secondes vêpres finies, autre instruction, puis salut à un troisième autel, et ensuite autre exercice de piété au quatrième. Le matin, il y a également une suite de prônes et de messes paroissiales, on sorte que l'église est occupée la journée entière. Si cette succession d'exercices honore la religion, la manière ingénieuse dont ces quatre autels sont placés, fait honneur au goût de celui qui en a réglé la disposition. De la grande porte de l'église, on les aperçoit tous quatre à la fois : cette vue fait illusion et donne à l'église l'air d'avoir 600 pieds de lung, tandis que sa véritable longueur n'est que de 300.

L'autel du fond est un calvaire composé de pierres brutes artisteraent assemblées et éclairées par des fenêtres que l'on n'aperçoit point. L'autel est appuyé contre ce rocher factice dans lequel il y a des inégalités, des fentes, des bâillements, des creux, l'un desquels tient lieu de crédence et est vraiment le seul endroit qui puisse recevoir les burettes du prêtre qui y dit la messe. Le rocher est surmonté d'une grande croix, avec son crucifix très bien exécuté en marbre. Deux soldats de même matière, couchés à plat ventre sur le penchant du rocher, lèvent la tête, comme pour s'assurer si le Sauveur est véritablement mort et pour n'être pas aperçus de lui, supposé qu'il soit encore vivant. Le tout produit un effet admirable. A une petite distance de ce calvaire est un autre rocher et une caverne dans laquelle on introduit le corps de ISTotre-Seigneur, eu présence de sa sainte Mère, dont l'affliction et la résignation sont également bien exprimées.

Ce fut l'autel du calvaire que l'évêque de Québec choisit pour célébrer la messe, un jour de concours, qui était le dernier d'un octave d'indulgence, très recherché du peuple, quoique les deux

côtés de l'église lui donnassent le choix, chacun sur les 7 à 8 chapelles dont ils sont garnis, en sus des quatre autels déjà mentionnés.

Dans une action moins sérieuse, il se serait difficilement empêché de rire, en se voyant précédé d'une espèce d'huissier, en habit galonné, portant comme les tambours majors des régiments anglais, un bâton de cérémonie, à grosse poignée d'argent, avec lequel il frappa le pavé de l'église à chaque pas de la longue distance qui se trouve entre la sacristie et Tau tel du calvaire. Apres celui-là, venait, par une disposition assez bizarre, un autre bedeau portant une verge et une robe, comme on fait en Canada, mais ayant de plus un grand rabat noir qui cadrait assez mal avec le reste de son ajustement, et qui, sous prétexte de contenir le peuple pendant la messe de l'évêque, fit, lui seul, plus de bruit que n'en aurait pu faire cinquante personnes indévotes. Il fallut revenir de l'autel à la sacristie, après la messe, à la suite de ces originaux, et paraître très honoré et très satisfait de leurs services.

L'église de S. Roch est renommée pour sa construction, pour la distribution de ses bas-côtés, pour le mérite de ses statues, tableaux et bas-reliefs et pour la hauteur et l'étendue de son perron. 11 vaudrait cependant mieux que ce perron fût plus réservé, que d'y voir des boutiques érigées aux deux bouts, et des marchandises exposées tous les jours, depuis le matin jusqu'au soir, avec tout le concours et les propos que cette exposition attire. L'église grande et belle tant que l'on voudra, n'est pas tenue proprement. Il n'y a ni ordre, ni silence dans la sacristie. L'allée et venue des enfants, à l'heure des messes (et dans presque toutes les églises de Paris, on dit des messes depuis l'aurore jusqu'à midi), et leurs caqueteries y sont très indécentes et très incommodes. On est choqué de voir des sacristains, dont quelques-uns même sont ecclésiastiques, y rire et parler tout haut, comme ces enfants, au lieu de leur imposer silence.

' Mais cette église a été l'objet d'irrévérences bien autrement griëves. Elle fut une de celles qui furent le plus en proie à l'es-

prit destructeur de la Révolution. A peine la Convention était-elle formée, qu'elle envoya à la Monnaie une statue d'argent représentant S. K-oeli et honteusement livrée par des paroissiens démoralisés. Il en fut enlevé quantité d'autres meubles précieux ; ce qu'apprenant, le curé qui n'avait voulu ni admettre la Constitution civile du clergé, ni émigrer comme ses confrères, mais qui vivait retiré dans une maison particulière, où il instruisait, consolait et encourageait secrètement ceux de ses paroissiens qui étaient restés fidèles, il donna ordre que toutes les statues de son église fussent jetées dans des coins obscurs et couvertes de vidanges, comme des objets abandonnes, espérant qu'aux désordres excessifs qui régnaient alors, il succéderait des jours de calme où tous ces objets religieux pourraient reprendre leurs anciennes places.

Mais cette sage prévoyance ne put prévoir la scène scandaleuse et d'une impiété sans exemple que donna un athée, lorsqu'étant monté dans la chaire de cette église en présence d'une grande foule de peuple, il eut l'audace de proférer ces paroles : " Je soutiens qu'il n'y a point de Dieu et je le soutiens sans hésiter. Oui, Dieu, si tu existes, frappe-moi, car je t'insulte. Fais-moi périr à l'instant ; je t'en défie. . .Vous voyez qu'il ne me punit pas. Il est donc vrai qu'il n'y a point de Dieu." Quel homme chrétien peut fixer des yeux cette chaire et ne se pas rappeler, avec horreur, cet outrageant langage ?

Le culte était rétabli, l'église de S. Roch purifiée, M. Mérient (c'est le nom du curé) rendu depuis plusieurs années à son troupeau, et voilà que l'église de cette paroisse devient le théâtre d'une nouvelle profanation. On connait les principes du clergé de France sur l'article des comédiens. Une comédienne célèbre, ^eiie ^Q Vaucour, meurt impénitente dans cette paroisse. M. Mérient prévoit que l'on viendra présenter son corps à l'église paroissiale. Il consulte d'avance, sur ce cas, le cardinal de Belloy, alors archevêque de Paris. Celui-ci lui ordonne de fermer les portes de son église, le jour qu'il saurait être fixé pour la sépulture de la demoiselle. Les nombreux partisans de la défunte prévoyant qu'il en agirait ainsi, se font précéder plusieurs jours

d^avance, par des affiches injurieuses à la sévérité du clergé. Au jour convenu, ils apportent le corps, se font ouvrir l'église par quelques émissaires envoyés dans des avenues détournées, s'y répandent à grands flots, criant à tue-tête, blasphémant le nom de Dieu et maudissant le curé qu'ils cherchent partout et ne trouvent pas. L'un d'eux s'empare encore de la chaire, où il exhale sa bile contre le clergé et fait l'éloge de la défunte, et de l'honorable profession qu'elle a exercée pendant sa vie. Un pauvre vicaire était dans la chapelle des fonts, où il finissait un baptême : on l'en arrache et on le force à faire les prières de la sépulture chrétienne sur le cadavre de la comédienne, que la même troupe reprend aussitôt et conduit en triomphe au cimetière. La chose n'en demeura pas là. ITapoléon qui tenait alors les rênes du gouvernement, apprend ce qui s'était passé. Au lieu de donner le tort à des impertinents qui avaient profané une église chrétienne, il le met tout entier sur ceux qu'il aurait dû louer, et fait écrire à l'archevêque une lettre si menaçante, qu'il se crut obligé de condamner M. Mérient à trois mois de séminaire. Le bon curé s'y soumit, et voilà où aboutit sa fermeté.

Depuis la restauration de Louis XVIII, une comédienne est encore venu mourir sur cette paroisse. Le curé lui a accordé sans difficulté, les prières de la sépulture, craignant, avec raison, de n'être pas plus soutenu par le gouvernement du Roi, qu'il ne l'avait été par celui de l'ex-empereur. Ce qui est arrivé, sous le nouveau régime, à M. Delapéruque, curé de Gallardon, justifie assez cette conjecture. C'est dans sa paroisse que demeurait le nommé Martin qui, en 1715, se sentit si fort inspiré de faire au Roi quelques révélations. Le premier auquel il donna connaissance de son inspiration, fut naturellement son pasteur immédiat. Celui-ci qui connaissait parfaitement la probité et la religion de l'homme qui lui parlait, ne crut pas devoir mépriser cet éveil et en informa l'évêque de Versailles, au diocèse duquel il appartenait. Graduellement la chose parvint à la connaissance de Louis XVIII. On fait venir Martin, on prend plusieurs jours pour le faire examiner de près au physique et au moral, et on

reconnait en lui un cœur droit et pieux et une tête saine. " Je suis chargé, disait-il, de représenter au Roi Tobligatiori où il est de faire observer les dimanches dans son royaume. Je sais que j'ai d'autres choses à lui annoncer ; mais je ne sais quelles sont ces choses. Il m'a été dit qu'elles me seraient suggérées, lorsque je serais en sa présence." Il obtint, en efîet, une audience. Le Roi le reçut dans un appartement où il ne pouvait être entendu de personne, mais qui, par précaution, n'était séparé que par un vitrail de l'appartement voisin, où il y avait du monde. Le Roi mit Martin à son aise, et celui-ci lui parla environ trois quarts d'heure. On observa que Sa Majesté changea souvent de visage pendant ce discours, et parut, en général, triste et pensif. Martin sa retira et a toujours protesté depuis, qu'excepté l'article de la sanctification du dimanche, il ne se souvenait de rien de ce qu'il avait dit dans cette entrevue. On ne sait si le Roi a tenu compte des autres révélations de cette espèce de prophète, mais il est évident qu'il n'a pas remédié à la profanation du saint jour, qui est encore honteusement profané sous ses yeux. Le seul effet sensible qui en est résulté, est que, soit par dépit contre M. Delapéruque, pour avoir, le premier, mis en avant son paroissien inspiré, soit pour qu'il fût moins exposé à être interrogé, comme il l'était par tout le monde, sur cette communication extraordinaire, une lettre du ministre du Département Intérieur a signifié à l'évêque de Versailles, qu'il fallait déplacer M. Delapéruque. Celui-ci s'y est soumis avec une promptitude qui fait son éloge, quoiqu'il fût curé de Canton, c'est-à-dire titré, les autres n'étant plus que des curés révocables ad nutum, depuis le Concordat de 1801.

L'église de S. Roch ne fut pas la seule où l'évêque de Québec célébra la messe, pendant son petit séjour de Paris. Il en voulut faire autant aux Carmes, aux Missions Etrangères, chez les Sœurs de St- Vincent de Paul et dans la chapelle du Séminaire de Saint- Nicolas du Chardonnet, pour satisfaire aux instances de M. l'abbé Thavenet, ci-devant du Séminaire de Montréal, qu'il y trouva remplissant avec édification, la place de supérieur.

L'église des Carmes est un de ces lieux qui rappellent des sou-

venirs tristes et en même temps glorieux pour la religion ; car ce fut là que commença, en 1792, le massacre des prêtres, qui dura tout le 2 et le 3 septembre, et qui a été décrit d'une manière si touchante par M. l'abbé Barruel, dans Histoire du clergé de France 'pendant la Révolution, Il est fâcheux qu'aucun peintre n'ait encore songé à faire un tableau pour transmettre à la postérité cette scène mémorable, qui ajouterait tant à la décoration de cette église déjà si remarquable par les différents ouvrages en marbre et en peinture dont elle est abondamment ornée !

Cette église et le monastère y adjoignant avaient été vendus au profit de la nation^ après l'abolition des Carmes. Mais le couvent n'a fait que changer de sexe, car une religieuse Carmélite rentrée, par l'eflet du décret de la Convention, qui annulait les vœux monastiques, dans une riche succession, l'employa, aussitôt la Révolution finie, à racheter ce monastère avec l'église, et obtint d'y établir une communauté de son ordre, dont elle est abbesse.

Les églises des Sœurs de la Charité de S. Thomas de Villeneuve et des Missions Etrangères, où l'évêque de Québec eut aussi l'occasion de célébrer, ne présentent rien de fort remarquable pour des églises de ville. On peut dire seulement avec vérité que la plus simple de celles de Paris contient à elle seule plus de richesses en marbre, en tableaux, en ouvrages de bronze et en sculpture et architecture que toutes celles du diocèse de Québec réunies ensemble.

Celle des Missions-Etrangères était en réparation, de sorte que l'ofiice divin s'y faisait dans l'église souterraine. Car il n'est pas rare dans les villes de France et d'Italie que pour donner plus d'élévation et de mine aux églises, on en commence les fondements par la construction d'une belle voûte, à laquelle on donne 12 à 15 pieds de hauteur au-dessus de son pavé. Comme elle monte plus haut que le niveau du terrain, on l'éclairé par de petites fenêtres ou de grands soupiraux placés à fleur de terre. On ménage des portes et des escaliers de pierre pour y descendre commodément, soit par les côtés, soit par l'une ou l'autre extrémité de l'église supérieure, qui par l'exhausement que lui donne

cette voûte, acquiert beaucoup plus d'apparence et de majesté. Elle en reçoit du moins l'avantage de pouvoir multi[)lier ses autels, car il y en a toujours plusieurs dans ces églises souterraines. On y met aussi des confessionnaux ; on y dépose des reliques des saints, et enfin un certain nombres de fidèles y ont leurs tombeaux.

Ces églises moins considérables de la capitale, ainsi que les communautés religieuses ou ecclésiastiques, sont toutes retirées de l'eflieurement de la rue sur laquelle elles n'ont, pour l'ordinaire, qu'une porte cochëre qui introduit dans une cour, au fond de laquelle est le front de l'édifice. Beaucoup de riches particuliers en font autant de leurs maisons. En effet, si l'on excepte les boulevards, la nouvelle rue de Rivoli, et celles qui sont sur les quais de la Seine, tout le reste des rues de cette ville tant vantée pour sa beauté, sont si étroites, si sales, si puantes, si bruyantes, que la nécessité seule peut engager un particulier à y exposer la devanture de sa maison.

Depuis 50 ans, on vante l'illumination qui se fait, la nuit, des rues de Paris. Mais quelle illumination ! Des lanternes suspendues au milieu des rues, à cent pieds de distance les unes des autres, plus propres à favoriser les malfaiteurs qu'à leur en imposer. Quelle différence de cette illumination à celle des grandes villes d'Angleterre et de Londres en particulier, où les lanternes, à une distance de moins de 30 pieds, placées de chaque côté des rues, au-dessus du parapet, font de la nuit une sorte de jour, et sont allumées dans tous les quartiers à la fois, avec une célérité qui étonne !

25. — Dans le peu de temps que Tévêque de Québec passa à Paris, il eut occasion de se mettre en connaissance avec un grand nombre de prélats français, les uns anciens et consacrés, les autres nommés en vertu du concordat de 1817, et n'ayant encore pu retirer leurs bulles des bureaux du Secrétaire d'Etat, parce que le gouvernement n'est pas ami de l'augmentation du nombre des évêchés, quoique la chose soit d'une nécessité urgente pour le bien

de la religion. Apres deux années d'expectation inutile, ce clergé s'est vu forcé, et le Souverain Pontife aussi, d'accéder à un arrangement provisoire qui pourrait bien devenir perpétuel, par lequel le Concordat de Bonaparte de 1801 est maintenu quant au nombre et à la circonscription des diocèses. Les évoques de France s'accommodent mal de ce Concordat, et ce n'est pas sans raison. Néanmoins, il vaut mieux avoir celui-là que de n'en avoir pas du tout, ce qui arriverait peut-être, si la chose était laissée au gouvernement peu énergique de Louis XVIII. ''Votre Majesté prend si peu d'intérêt à ce qui regarde la religion (lui écrivait, le printemps dernier, le cardinal de Périgord), qu'elle force ses sujets de regretter le gouvernement de l'usurpateur."

Ce n'est qu'après que les évêques de France et le Pape ont eu souscrit à l'arrangement provisoire, que le ministre d'Etat a enfin délivré les Bulles, non aux nouveaux évêques nommés en vertu du Concordat de 1817, mais à ceux qui, depuis deux ans, étaient appelés à remplir des évêchés vacants de la circonscription de

26. — De ce nombre était M. Delatour, nommé peu de temps avant la Révolution au nouveau siège de Moulins, qu'il n'eut pas le temps d'occuper, et depuis à l'archevêché de Bourges. Il fut consacré le dimanche, 26, par M^" de Bernis, successeur du cardinal Cambacérès, dans l'archevêché de Rouen, assisté des évêques de Trêves et de Samosate, en présence de 20 autres évêques, savoir : douze élus et huit déjà consacrés, à la tête desquels se trouvait le cardinal de Luzerne. Le nouveau prélat appelé à l'épiscopat en 1789 pour la première fois, avait eu tout le loisir de bien étudier les cérémonies de sa consécration. Aussi s'en acquitta-t-il avec la légèreté que l'on pouvait attendre d'un septuagénaire de courte taille, battu de l'asthme et bossu par devant et par derrière.

27. — L'évêque de Québec ne perdait pas de vue son voyage de Rome. M. l'abbé Desjardins l'avait empêché de partir le 23, suivant son premier projet, et avait exigé qu'il passât, du moins,

une senaaine entière à Paris. Mais la saison le pressant, il fixa irrévocablement son départ, au lundi, 27 de ce mois, et s'il le difiera jusqu'au mardi matin, ce fut parce que le voiturier lui manqua de parole ; car, après avoir essayé, depuis Calais, de la poste de France, il comprit qu'il y avait plus de chance à voyager d'une autre manière, quoique plus lente et un peu plus dispendieuse. Il prit donc le parti d'engager M. Turgeon à retenir deux places dans l'intérieur d'un carosse de voiturin et une place pour John dans le cabriolet, c'est-à-dire dans la partie antérieure de la voiture, qui est aussi couverte. Ces trois places et le bagage consistant en trois malles et autres petits meubles, coûta aux voyageurs 160 francs pour aller de Paris à Lyon, l'évêque n'ayant pas voulu contracter pour une plus longue distance, avant de savoir commcLt il se trouverait de cette manière de voyager.

Il laissa Paris, dans l'espoir d'y revoir, à son retour, plusieurs personnes respectables, ecclésiastiques et laïques, de qui il avait reçu beaucoup d'honnêtetés, particulièrement le vénérable cardinal de Périgord.

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