‹ Journal d'un voyage en Europe, 1819-1820Chapitre 10 sur 39 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

i Etats du Pape.— L'administration.^ La Campagne romaine — Bologne. — Les cardinaux Oppizoni et Spina. — Cérémonies des cathédrales de Bologne et de Québec. — Le Campo santo — Le philologue Mezzofante. — Ancône. — Les églises. — Lorette et la Sainte Maison. — Les vêtements

sacrés en Italie Pie VI et Bonaparte Spolette. — Le chapeau rond

de M»' Plessis Le costume des ecclésiastiques. — Pas de soutane. —

Terni Le Tibre Ponte Mole Arrivée à Rome.

30 octobre. — L'Etat pontifical ou de l'Eglise, borné au sud-oueat, r le royaume de Naples, au nord et nord-est, par le grand duché

Toscane, les duchés de Parme, Plaisance et Modëne, et les ats d'Autriche en Italie ; au sud-ouest, par la mer de Toscane rrhenum mare, et au sud-est, par le golfe de Venise, autrefois 're Adriaticum, se compose des trois Légations de Ravenne, Perrare et de Bologne, des duchés d'TJrbin et de Spolëte, du 'quisat ou de la Marche d' Ancône, du Patrimoine de 8t-Pierre 'e la Campagna di Eoma, autrefois appelé le Latium. Tous territoires réunis forment un ensemble de cent lieues de long

33 de large, d'une mer à l'autre, renfermant 50 évêchés et Odillion et demi d'âmes. Ce pays est extrêmement fertile et s un des plus beaux climats du monde. Il est en possession embouchures des deux principaux fleuves d'Italie, savoir: !^ô et le Tibre. Avec des travaux, il pourrait avoir d'exceltQ ports, au lieu qu'il n'y a point où recevoir un seul vaisseau ligne. Le dessèchement des marais de la Campagne de Rome, iéfrichement du Patrimoine de St Pierre, porterait dans l'Etat bondance et la salubrité. Les forçats, en grand nombre, dont

ne sait que faire, et qu'il faut néanmoins garder, nourrir et -biller aux frais publics, pourraient être employés à ces divers ivaux, avec avantage pour l'Etat et pour eux-mêmes, au lieu

végéter dans l'oisiveté d'une prison, où leurs forces s'exténuent

graduellement, sans que leurs cœurs s'améliorent. On voit avec peine l'ancienne capitale du monde politique et la ville centrale du christianisme se dépeupler par le mauvais air qu'exhalent des terres déboisées et incultes, et des marais pestilents qui l'envirounent. Les Papes, toujours âgés lorsqu'ils montent sur le trône, et donnant, comme de raison, leurs premiers soins aux affaires de l'Eglise, ont rarement un pontificat assez long pour s'occuper de ces sortes d'améliorations. D'ailleurs, le goût des Italiens, ©^ général, se porte plus naturellement vers les beaux-arts que veTS les choses utiles. De belles églises, de magnifiques palais, deR arcs de triomphe, des fontaines, des colonnes, des obélisques*, voilà les objets qui ont plus généralement occupé ceux des So^" verains Pontifes auxquels les soins du gouvernement spiri^t^^^ ont laissé quelque relâche. Pie VI a porté son attention veir^^^ dessèchement des Marais Pontins ; Clément XII, comme <^^^® verra ci-après, s'est sérieusement occupé d'améliorer Anc^ï^®» mais Paul V, Sixte V, Benoît XIV et quelques autres, en l'honcr^^^^ desquels on trouve des inscriptions partout, qu'ont-ils fait a«^^^^ chose que des embellissements, qui, à la vérité, ajoutent à la c^élébrité de l'Eglise et y attirent des étrangers, mais ne procu:^*®]^^ aucune véritable ressource aux sujets et n'excitent pas leur éner^ -g^®* Le goût du Pape actuel est de faire fouiller pour la découv ^^^^ d'anciens monuments, et de soutenir les ruines de ceux qui ^^^"^ sistent encore. C'est fort bien ; mais il n'en est pas moins -^^^rai que Eome se dépeuple, ainsi que ses alentours, et que le rap^^^^' chement du tableau des naissances et de celui des morts, de^0^^^^ 20 ans, offre une perspective effrayante. Ne peut-on donc s'o^i^^*^^' per des choses agréables qu'au préjudice de celles qui sont uti^^^^ • Ce serait mal entendre cette belle pensée d'Horace :

" Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci." ^

1 — Il est certain que l'administration temporelle des Etats du Pape ^^*'** sait beaucoup à désirer, à l'époque du voyage de Mk' Plessis. Et je crois '^"^ sous Pie IX, il restait encore énormément à faire. Comme le dît aill^^ '^^ Pévêque de Québec, le gouvernement pontifical était peut-être trop paterr^- ^h

La partie nord de l'Etat ecclésiastique où nous entrons, est "bien celle dont la culture lui fait le plus d'honneur, et elle en est moins redevable à son gouvernement, qu'à l'exemple des habitants des Etats que nous venons de laisser. Il serait honteux, en effet, que des sujets du Saint-Përe, avec des terres, au moins aussi l)onnes que celles de leurs voisins, demeurassent en arrière d'eux, lorsqu'il s'agit d'en tirer parti. Aussi peut-on être assuré qu'on trouve entre Castel-Franco et l'entrée des Apennins, ce que l'on jeut appeler le grenier des Etats du Pape, et la partie la mieux labitée et la plus vivante.

La ville de Bologne est surnommée la. Grasse^ à raison de la richesse du sol dont elle est environnée. C'est une des plus célël)res d'Italie, par son Université, par les rencontres de Souverains

j'ajoute que les prêtres, peu préparés par leurs études au travail de l'administration, ne réussissent pas toujours à faire fructifier les biens temporels, appelés qu'ils sont surtout à la culture des fruits spirituels. Souvent mal secondés par leurs premiers oflBciers, cardinaux et autres, les Papes n*ont pu réaliser les améliorations qu'ils s'étaient proposées. Que de faits l'on pourrait citer I II est bien connu que Pie IX voulait raser le Ghetto, et cependant il n'a pas pu le faire, grâce à l'inertie de son gouvernement. Quand, en 1860, Lamoricière se dévoua pour sauver le Pape contre les Italiens, il trouva, en arrivant à Rome, les choses militaires dans un bel état I " L'armée comprenait sept à huit mille hommes à peine, mal vêtus, mal équipés, médiocrement commandés, travaillés par les excitations du dehors. La cavalerie se réduisait à quelques chevaux j quant à l'artillerie, autant valait n'en point parler. Point de matériel de guerre, ou tellement démodé, qu'il n'eût plus convenu qu'à un musée. Officiellement, certains établissements militaires subsistaient ; mais ils étaient depuis longtemps détournés de leur destination. Un jour, Lamoricière voulut visiter ce que l'on appelait le magasin d'artillerie : il le trouva occupé par un carrossier et aussi par des artistes qui, de temps immémorial, en faisaient leur demeure j ainsi en étaitil du reste Il y avait dans Home, non pas de grands brigandages, mais

une foule de petites improbités, qui se rassuraient et s'amnistiaient ellesmêmes, tant elles se sentaient tolérées ! " (De la Gorce — Histoire du second empire), Lamoricière disait un jour : ** Je suis dans la position d'un homme qui se battrait à cent cinquante pas avec un pistolet contre un adversaire armé d'une carabine." On sait ce qui arriva, et ce qui devait infailliblement arriver, à moins d'une intervention miraculeuse de la divine Providence.

et de Papes qui y ont eu lieu, par deux sessions du Ooncûle de Trente, par le coup de mort qu'y reçut la Pragmatique Sanction de Charles IX, lorsque Léon X et François I y siguërent le Coucordât de 1515, enfin par les hommes remarquables qu'elle a produits, notamment les Papes Grégoire XIII et Benoît XIV.

Nous y entrons à une heure après-midi, encore à jeun (car on observait, ce jour-là, la vigile de la Toussaint), et prenons logement à l'Hôtel de S. Marc.

Outre le cardinal Oppizoni, archevêque du lieu, frëre de l'archi- ])rêtre de Milan, qui lui avait annoncé d'avance l'évêque de Québec, il y a encore dans cette ville le cardinal Spina, qui y remplit la fonction de légat, répondant* à celle du gouverneur en chef du duché. Ils ne demeurent pas ensemble. L'archevêque

Mais ce qui est digne de remarque, c'est qu'avant d'appeler des soldats — des héros, mais des étrangers après tout — pour combattre les compatriotes du Saint-Père et pour le protéger contre eux, on n'ait pas seulement songé à commencer une organisation militaire quelconque. Décidément, à part Jules II et quelques autres papes, les autres pontifes romains ont été plutôt les vicaires du Prince de la paix que du Dieu des armées ! Que de travaux à faire encore pour assainir et cultiver, comme elle devrait l'être, la campagne romaine I N'importe, il y a progrès et à la campagne et à la ville. Rome est devenue l'une des cités les plus saines du monde et on y meurt moins qu'ailleurs ; la population a plus que doublé. J'écrivais, en 1900, à la vue des progrès dont j'étais moi-même le témoin : " Roine a bien changé depuis l'occupation italienne j elle est devenue une ville moderne, et à ce point de vue, c'est tant mieux. Les Italiens sont artistes et n'aioient pas à détruire les monuments. Aussi le nouveau gouvernement — dont d'ailleurs les rapines sont sans excuse — s'est-il efforcé d'embellir la cité, sans faire disparaître ce qui lui donne tant de cachet et en fait la ville la plus intéressante du monde... Rome est plus belle que jamais, et elle n'a rien ou presque rien perdu de son caractère antique et de ses souvenirs historiques et religieux. Tout cependant n'est pas à admirer..." Ce qui a valu à Rome, au point de vue matériel, les réformes importantes dont on jouit aujourd'hui, c'est l'arrivée des Piémontais, qui y sont entrés par injustice sans doute, mais avec des habitudes de progrès, d'ordre, de propreté et d'hygiène- dont les Romains avaient grand besoin, et qu'ils n'auraient probablement jamais eues, s'ils avaient été laissés à eux-mêmes.

a son palais auprès de Téglîse métropolitaine ; le légat occupe celui du gouvernement, auprès de l'église collégiale de S. Pétrone. Ce saint, ancien évêque de la même ville, est représenté par une . statue de marbre, assise au-dessus de la principale entrée de ce palais. Elle y figure assez mal avec celle de Neptune, qui surmonte une belle fontaine, placée à une distance à peu près égale delà collégiale et du palais. Celui-ci est un immense édifice, dont il faut parcourir trois pans avant de trouver le légat, qui n'occupe que le quatrième, et cela au second étage, où l'on ne parvient qu'après avoir décrit deux longs et larges escaliers, qu'on devrait plutôt appeler des plans inclinés, ou des côtes formées de briques inclinées et verticalement posées, qui ne sont retenues que par des chaînes de pierre, aussi verticales, placées de deux en deux pieds, sur toute la largeur de l'escalier. Aussi raconte-t-on que Charles Quint, devant avoir une entrevue dans ce palais, avec le pape Paul III, y monta tout uniment à cheval, et il faut avouer que ces escaliers conviendraient mieux à des chevaux qu'à des gens de pied.

L'évêque de Québec eut beaucoup à se louer de la réception que lui firent ces deux Eminences. M. Turgeon eut, à l'ordinaire, sa petite part de ces honnêtetés. Le cardinal Spina était en dernier lieu archevêque de Gênes. Il vient de résigner ce siège, qui a été donné au vicaire général des Barnabites, le P. Lambruschini. Avant d'être cardinal, il avait été archevêque de Corinthe in partibus infidelium. Ce fut lui qui accompagna Pie VI dans son exil, l'assista à Valence dans sa dernière maladie, lui ferma les yeux, conserva son corps dans un cercueil de plomb, le fit enterrer militairement, quelque temps après, pour empêcher le clergé intrus de faire ses funérailles, et après que Bonaparte fut établi premier consul, obtint de le rapporter à Rome, où il a été déposé dans le souterrain de la basilique de S. Pierre. Il dit qu'il n'y a rien de vrai de tout ce que le général de Mark ou du Mark a écrit du séjour et de la maladie de ce Souverain Pontife, et qu'il ne put s'empêcher de le déclarer à sa dame, lorsqu'étant devenue veuve, elle crut lui faire un beau présent en lui envoyant un exemplaire

de ce livre, comme contenant des faits dont il avait lui-même été témoin.

31. — L'évêque de Québec, décidé à passer à Bologne le dimanche et le lundi, alla, le premier de ces deux jours, célébrer la messe dans une jolie petite église appartenant aux religieuses Clarisses, détruites par les Français et non encore rétablies, faute de moyens, et par l'impuissance du gouvernement de leur donner l'assistance nécessaire. Au commencement de sa messe, on ouvrit un guichet au-dessus du gradin de l'autel où il célébrait, et il aperçut tout à coup, au fond d'une petite chapelle attenant à cet autel, une figure noire magnifiquement habillée et assise dans un riche fauteuil environné de cierges ardents. Ce spectacle l'eût singulièrement frappé, s'il ne se fiit immédiatement rappelé que Ton conservait dans cette église le corps de sainte Catherine, surnommée de Bologne, religieuse professe du même couvent, niorte en 1463 et canonisée en 1712. Il ne manqua pas d'entrer dans cette chapelle après la messe, pour examiner de plus près ce saint corps. C'est quelque chose d'admirable que sa conservation. Il y a quatre siècles et demi qu'elle est morte. Sa peau a noirci. Du reste, elle est dans toute sa chair, quoiqu'un peu retirée ; l'évêqae lui baisa les pieds, et ainsi firent ceux qui l'accompagnaient (ses pieds sont nus, mais entiers). On conserve là près, dans une armoire, un bréviaire et un autre livre de dévotion, tous deux écrits de sa main, ainsi qu'un petit violon de sa façon, assez mal bâti, dont elle s'amusait en récréation, dans les dernières années de sa sainte vie, accompagnant du son de cet instrument, ces paroles de l'Ecriture : JEt Gloria ejus in te videbituVj qu'elle répétait sans cesse et où elle trouvait sa consolation. On conserve aussi, dans une fiole, de l'eau qui sortit de son corps, 18 jours après qu'elle fut morte. Ce corps est dépouillé et lavé une fois tous les ans. Les fidèles se partagent l'eau de cette lavure et la conservent dans leur maison. Le lavage fait, la sainte est de nouveau revêtue d'une robe magnifique ornée de pierreries et d'argent, et remise dans son fauteuil jusqu'à l'année suivante. Ce fauteuil est élevé de deux ou trois degrés au-dessus du pavé de

la chapelle. C'est là qu'une pauvre religieuse ignorée de tout le monde, pendant sa vie, mais connue de Dieu, qu'elle servait sans ostentation, reçoit aujourd'hui les hommages des rois et des peuples, tandis que son âme bienheureuse jouit de la vue de son céleste Epoux. Nimis honorati sunt amici tui Deus ! ^

L'évêque désirait assister, ce jour-là, à la grand'messe de la collégiale de S. Pétrone. Elle allait finir lorsqu'il y arriva, mais il s'y trouva assez tôt pour voir des laïques, même des bonnes femmes assises dans les stalles que les chanoines ne suffisaient pas à remplir, sans compter que, jusque sur les degrés de l'autel, il y avait une foule de toutes sortes de gens. Cet autel est très avancé vers le balustre ; il est environné de degrés tout autour et a deux faces. Le célébrant se tient du côté du chœur, et comme il fait face au peuple, il chante Dominus vobiscum et donne la bénédiction sans se détourner. Cette église plus belle et plus grande que la métropole, a un grand nombre d'autels, tous richement ornés et garnis de tableaux et de statues de prix. Lorsque le cardinal Légat assiste à une église le dimanche, c'est à celle de S. Pétrone.

Sur le pavé de cette collégiale, est tracée la fameuse méridienne

1 — Le 10 janvier 1883, j^avais le grand bonheur de voir à mon tour le corps conservé de sainte Catherine de Bologne, et je puis dire que je n'ai jamais rien vu d'aussi merveilleux. " Elle est assise— je cite mes notes de voyage — sur un trône magnifique dans la chambre où elle est morte. Elle est revêtue d'une chape de drap d'or, ayant une mitre sur la tête. Elle a encore toute 8a chair qui est noircie, excepté à un endroit sur le menton, où l'on rapporte que l'Enfant-Jésus la baisa un jour. Le visage, les mains et les pieds sont découverts j et la peau, les ongles, tout cela est parfait. Je l'ai vue de très près, j'ai touché ses mains flexibles et leur ai fait toucher mon chapelet. Quel miracle 1 " Tous les corps de saints que l'on dit conservés, n'ont pas été préservés comme celui là de la corruption du tombeau. Plusieurs sont enduits de cire, comme celui de S. Léonard de Port-Maurice, d'autres sont à peine visibles, et il faut une foi extraordinaire pour y découvrir le miracle de la conservation ; quant à celui-là, on en dira ce que l'on voudra ; moi, j'ai été absolument émerveillé et j'y ai vu la main de Dieu. Au reste, il demeurera certain que l'Italie a produit un nombre phénoménal de saints, dont les âmes sont en possession de la gloire céleste, et dont les corps justement vénérés ressusciteront un jour pour entrer dans le triomphe étemel.

du savant Cassini, dans le milieu d'une longue bande de cuivre placée tout exprès au niveau du pavé. Du côté où est cette méridienne, se trouve aussi une belle horloge ayant dans un même pilier de l'église, à six ou huit pieds au-dessus du pavo, deux cadrans, dont l'un donne l'heure astronomique, l'autre l'heure italienne. Car il faut savoir que les Italiens ne divisent pas leur cadran en 12 heures, comme le nôtre, mais en 24, et qu'ils n^» comptent pas à partir de midi ou minuit, comme nous faisons^Hi mais d'un coucher de sol.eil à l'autre, et, comme le soleil 8<

couche plus tôt ou plus tard, suivant qu'il est plus ou moins éloi

gné de l'Equateur, il en résulte que le commencement de leuic J> 24 heures, et par conséquent leur midi, sont sujets à de grandea^^ variations. En décembre, lorsque nous avons midi, ils comptenlV^t 19 heures. En juin, au lieu de 19 heures à midi, ils n'en ont qa^^*< 16. Il n'y a donc qu'aux équinoxes qu'ils se rapprochent d^^ e nous, mais à leur manière, c'est-à-dire qu'ils ont t) heures lorsqu^^ e nous avons minuit, et que notre midi est à leurs 18 heures. T m] faut du temps pour se faire à ce langage : " A quelle heure es'-^t la grand'messe dans telle église? — A 14 heures. Et Vêpres?

A 21 heures; le dîner, à 19 heures, le salut à 23, etc." El bien, les Italiens ne connaissent pas de meilleure manière de cod^h duire leurs horloges, et on réussirait autant à faire adopter aunzi: Anglais la graduation du thermomètre par Réaumur, qu'aune Italiens notre manière de compter les heures.

Le cardinal Oppizoni conduisit, le soir, l'évêque de Québec -^ un couvent de Visitandines, qu'il rétablit à ses propres frais, doc:» t les religieuses lui viennent de Novare. Il n'y en a encore qu'u»-^ partie de rendues, mais pleines de zèle et de désir de se rendr*^ utiles aux jeunes personnes de leur sexe, pour l'éducation desquelles on les a appelées dans ce diocèse.

V novembre. — Le lendemain, jour de la Toussaint, après avoî^ dit la messe à S. Pétrone, il voulut assister à l'office de la métropole. Cette église est redevable d'une partie de sa décoration ^ la magnificence de Benoît XIV, qui en fut archevêque, du temp^ qu'il était cardinal, connu sous le nom de Prosper Lambertini, et

qui raffectionnaît tant, qu'il la garda, même aprës être devenu pape. Sa plus grande richesse sont les corps des saints martyrs Vital et Agricola, conservés dans la chapelle souterraine, où il n'y a pas moins de cinq autels.

L'archevêque ne célébrait pas solennellement ; seulement il assistait paré. On suit le cérémonial romain à Bologne ; on le fiuit aussi à Québec. Néanmoins les cérémonies de Québec et celles de Bologne ne se ressemblent nullement. Elles se font ici avec beaucoup plus de précipitation et beaucoup moins de dévotion, de la part de petits clercs au-dessous de l'âge de 15 ans et même de 12, dont les têtes mouvantes ne font pas d'honneur à â tonsure dont elles sont ornées. Il ne se trouvait presque peronne dans l'église. Assez souvent les cathédrales sont peu fré- [uentées. Le mauvais temps de ce jour pouvait être une raison le plus pour le peuple de ne se pas fouler à l'église. Il pleuvait ant, que l'évêque de Québec ne put visiter ni l'Université, ni la élèbre tour nommée Asinelli, qui passe pour la plus haute d'Itaîe, et qui a, en eflet, 376 pieds d'élévation. Il en fut dédommagé )ar la visite du cimetière, où il fut conduit par le cardinal Légat, 'titre la messe et vêpres, comme on en était convenu le jour pré- 'édent. Un cimetière ! La belle curiosité, dira-t-on ! Oui, celui le Bologne en est une, et peut-être ce qu'il y a de plus beau à ^ voir. C'est une ancienne Chartreuse placée à une demi-lieue de ^ ville. Elle est composée, comme toutes les autres, de cloîtres ou galeries couvertes, au milieu desquelles sont d'anciens jardins, oixvB ou parterres qui en remplissent le vide ; ces carrés ou '^X'terres dans lesquels on a planté des cyprès, sont autant ^ cimetières où les corps du commun peuple sont enterrés r^rxiétriquement. Les gens plus distingués, formant par consé- ^ ^nt le petit nombre, trouvent leur place sous le pavé des gale- ^B. Deux corps bout à bout peuvent aisément loger dans la ^^geur de ces galeries. On les y met de manière que leurs pieds ^tit opposés les uns aux autres. Une rangée de colonnes soutient ^^ plafond de la galerie du côté du parterre. Ces colonnes sont appuyées sur un petit mur de 18 pouces de haut. Or ce petit mur

sujEt pour recevoir les ëpitaphes simples de ceux dont les têtes sor^ ^ rangées auprès. Le fond de la galerie est un mur plein, sur lequel c^:« place,pour les autres, non seulement de plus longues épitaphe8,mam « encore des urnes, des piédestaux, des bustes, des statues, qui for», "t honneur aux défunte, et encore plus aux sculpteurs qui les exécc^tent. Il est un de ces monuments qui a un mérite particulier ^^i qui est fini tout nouvellement. Il s'agissait d'y perpétuer L ^i mémoire d'un époux et d'une épouse de la famille Caprara, morft^ s à un petit intervalle l'un de l'autre, et qui ont laissé deux fill^^s en mouraiit. L'artiste a mis au fond d'une espèce de gran& « niche appuyée sur le pavé, un piédestal qui s'élève à hautec». r d'appui. Sur l'un des coins du piédestal est placée une um<^. C'est celle du premier mort des deux époux. Une des deux fillfe^ de grandeur humaine, a l'air d'arriver ; elle porte l'autre urne ^t s'avance, comme pour la placer auprès de la première. Rien âi-e plus naturel que son attitude. Il semble qu'en apportant cet"fc« seconde urne, elle dit à tout le monde : " On ne s'était pas trorap<5: nos chers parents devaient se suivre de très près." Quelque p»Tfaite que soit cette figure, elle n'est cependant pas ce que le mon riment oflfre de plus admirable. Sa sœur, placée à son opposite, a 1« tête légèrement inclinée, comme une personne qui voudrait contenir sa douleur ; elle a ses habits couverts d'un long voîl« prenant sur sa tête et prolongé jusqu'aux pieds. A travers ce voile, on voit ses habits, l'enfoncement des yeux, de la boucb^) la proéminence du nez, des lèvres et des autres parties saillantes du corps et de la face. Rien de tout cela n'étonnerait, si ce voil^ était de quelque étofife transparente. Mais il est de marbre blaaC) comme tout le reste du monument, et voilà qui suppose, dans I^ statuaire, une habileté extrêmement précieuse : celle d'avoir imit^ la transparence de la gaze ou de la mousseline, dans une matière qui s'y prête aussi peu que celle sur laquelle il travaillait.

L'église, les diverses chapelles et caveaux qui en dépendent, 6t qui occupaient beaucoup de place chez les Chartreux, qui disaient tous la messe en même temps, et auxquels il fallait, par cods^ quent, beaucoup d'autels : tout cela est pavé de sépultures plus ou

rins distinguées. Des cimetiëres entiers, soit de couvents, soit paroisses, ont été transportés dans cet endroit, le seul de logne où l'on enterre présentement. On nous montra, par ample, un caveau de sacristie, dans lequel sont réunis tous les »rts d'un ancien couvent de Capucins. Comme il y a dans cette irtreuse un grand nombre de cloîtres au rez-de-chaussée, dont icun présente un parterre et quatre faces de galerie, le cimetière arra suffire très longtemps aux besoins de la ville, à laquelle on propose de le joindre prochainement, par une suite d'arcades même espèce que celles qui bordent, de chaque côté, les plus les rues de Bologne, et qui y sont d'une grande ressource iT les gens de pied contre le soleil et contre la pluie. [1 n'y a que 18 ans que la Chartreuse a été convertie en cimere, et depuis cette date, on y a déjà conduit 56,000 morts, sans npter le transport des anciens ossements, c'est-à-dire que dans petit nombre d'années, les cinq- sixièmes de la ville ont payé ce but, car on ne compte à Bologne que 65,000 habitants. Ce )prochement a quelque chose d'effrayant dans un climat qui, l'aveu de tout le monde, n'a aucune mauvaise qualité. Il est ac vrai que les hommes ne naissent que pour courir rapideint vers la mort.

Comme il n'est aucune famille de la ville qui n'ait de ses pro- ^8 dans l'église, dans les chapelles, caveaux, cloîtres ou parres de la Chartreuse, il en résulte que la commémoration des >rt8 y est célébrée avec un immense/ concours de peuple. Dès Veille, les cierges de toute grosseur y sont portés par centaines, quoique le jour ne fût pas fort avancé, lorsque nous y allâmes, aumôniers nous dirent qu'il y en avait déjà beaucoup de idue.

Le cardinal Légat voulant procurer à l'évêque de Québec la nnaissance d'un homme extraordinaire, avait pris dans la voire l'abbé Mezzofante, professeur de langues orientales à l'Uni- Tsité. C'est quelque chose d'étonnant que la facilité avec quelle cet ecclésiastique, qui paraît être âgé de 40 ans ou envin, se met dans la tête toutes les langues qu'il veut apprendre*

Par exemple, il n'a jamais été ni en France, ni en Angleterre. Néanmoins, soit qu'il parle anglais ou français, c'est avec une pureté de langage et une exactitude de prononciation qui ferait croire qu'il a passé la moitié de sa vie dans un de ces royaumes, et la moitié dans l'autre.

Décidé à partir le lendemain, l'évêque de Québec alla, le soir, à travers une forte et grosse pluie, prendre congé du cardinal archevêque, auquel il ne manqua pas, dans leur courte conversation, de faire mention du plaisir avec lequel il avait vu Tabbé Mezzofante. " Il a beaucoup de mérite, répondit Son Eminence ; malheureusement il est fils d'un menuisier. " L'évêque ne l'en trouvait que plus estimable ; mais la noblesse a une autre manière de voir.

2. — Nous remontâmes en voiture au petit jour. On ne voit pas plus d'oiseaux en Italie, en cette saison, que dans l'Amérique du Nord. Cependant la température y est aussi douce qu'en Canada, au commencement de septembre. Les pluies qui nous accompagnent, depuis notre arrivée à Turin, n'ont produit presque aucun froid, et jamais que pour quelques instants. Les chemins continuent d'être fort beaux. Inutilement ferait-on ici mention de la distance qu'il y a d'un lieu à un autre. Il suffit de dire que les trois mules de Dei nous font faire 12 lieues par jour ou à peu près, et que les villes sont assez également partagées, pour que nous en voyions une ou deux dans la journée, sans compter celle où nous arrêtons pour coucher.

Aujourd'hui nous traversons San NiccolOy et Imola, ci-devant l'évêché du Pape actuel, lorsqu'il était cardinal ChiaramojitCy et patrie de S. Pierre Chrysologue, pour aller coucher à Faeuza, où nous arrivâmes assez tôt pour en saluer l'évêque. M*' Etienne Bonsignori.

Faenza est dans la Romagne. Elle était autrefois recommandable par sa fine vaisselle de terre. Nulle part on ne la faisait aussi bien. Dans toute l'Europe, on voulait des assiettes de Faenza, d'où est venu chez les Français le mot de fayence. Elle

est moin^ recherchée depuis que deux manufactures de ce genre se sont accréditées, l'une en Saxe, l'autre à Marseilles.

Le mercredi, nous passons à Forli, anciennement Forum Lîvii^ pour aller dîner à Césenne. Ces deux villes sont fort jolies. La derniëre, plus considérable que l'autre, a une bonne citadelle, un hôtel de ville estimé, une fontaine ornée de statues. C'est la patrie de Jacques Mazzonî, qui, après avoir soutenn une thèse très brillante à Bologne, .y fut reçu docteur en théologie, à l'âge de 18 ans. C'est aussi la patrie des Papes Pie VI et Pie VII. Ce dernier y passa deux jours, à son premier retour de France. Une statue de marbre est placée en l'honneur de Pie VI, dans la façade du palais où il prit naissance. Nous entrons à la cathédrale. On y finissait un service dont le cardinal Castiglioni, évêquedu lieu, fit l'absoute. Il s'acquittait de cette cérémonie avec beaucoup de dignité.

3. — Les représentations autour desquelles ont fait les absoutes en Italie, ne sont pas, comme les nôtres, en forme de cercueil couvert d'un drap mortuaire. C'est un échafaudage, en forme de pyramide, qui prend de dessus le pavé et s'élëve de 8 à 10 pieds, sans drap mortuaire, mais orné, tout à l'entour, de cartons représentant des ossements, la mort avec sa faulx, etc., et terminé par une tête de mort. Ici cette tête était afi'ablée d'une mitre, ce qui nous fit comprendre que cet obit se faisait pour les évêques de Césenne.

Le service ayant fini tard et le dîner devant être immédiatement suivi du départ, l'évêque de Québec ne vît pas de temps de rendre ses hommages au cardinal évêque. Nous nous remîmes donc en route pour atteindre le village de Saviniano, où nous devions coucher.

Plus nous allons, plus nous rencontrons de voitures chargées de très belle filasse. La quantité en est étonnante, et doit procurer de l'argent à cette partie du pays, soit qu'on en fasse de la toile sur le lieu même, soit qu'on l'exporte en nature, ce qui est plus vraisemblable, d'après le soin avec lequel les bottes en sont liées.

Le chemin est fort élevé au-dessus des champs. Dans la partie

la plus voisine de chaque côté, sont cultivées de grandes cannée ou (comme nous disons) sarbacannes, de la qualité de celles dont on fait usage dans les églises du Canada. Ici où le bois est rar et précieux, on les emploie à faire des petites clôtures en losanges « autour des jardins, à soutenir des vignes trop éloignées des arbres, . à étendre du linge pour le faire sécher, etc. On continue des trouver de ces sortes de cannes en quantité, jusqu'à l'entrée des ^^g Apennins et même jusqu'à Rome.

Saviniano consiste en une seule rue, mais très large et trëa^^ «g longue. Ou y compte 2,000 âmes partagées en deux paroisses et*^^^ desservies par une trentaine de prêtres. Nous entrons dans une^^g église à soleil couchant. On y commençait l'office des morts.^ ,^^ Au milieu de la nef, était érigée eu leur mémoire une pyramid^^^ comme celle de la cathédrale de Césenne, excepté qu'elle n'étai*^ f

pas terminée par une mitre. Le peuple arrivait en foule. Nou. g

avions pris place au balustre, et peut-être y aurions-nous tenu à genoux jusqu'à la fin de l'office, mais des bonnes femmes, surv— i^nues aprës nous, nous donnèrent tant de coups de coude, qu"^ il fallut renoncer à la partie.

Nous logeâmes dans une auberge qui s'annonçait assez ia^^^« Heureusement nous y étions seuls, et les gens, par leur empres^^" ment et leur bonne volonté, suppléèrent à ce qui manquait ^-^ côté de l'ameublement et ne demandèrent qu'un prix très mécLî-^' cre. Il est vrai que nous ne leur fîmes pas grande dépea^" ^* Depuis quelque temps, notre souper consistait en une soupe ^^^ lait, et nous continuâmes de même, aussi longtemps qu'il f^«-^*' possible de le faire.

Outre la dévotion pour les morts dont les habitants de Sfit'^^^' niano nous avaient donné des preuves, ils nous édifièrent enco*^ par une espèce de procession qui passa, le soir, sous nos fenêtre ^' principalement composée de jeunes gens qui récitaient des priër^^ à haute voix, sous la conduite d'un prêtre. La procession fin-^* à une petite chapelle qui se trouvait un peu plus loin, d*où î^^ revinrent en causant fort tranquillement et sans aucune eriaîi" lerie.

4. — Il est admirable que dans une aussi grande étendue de pays le celle que nous avons parcourue depuis Calais jusqu'ici, il y t aussi peu de différence qu'il s'en trouve dans la manière de labiller, soit en ville, soit en campagne. Italiens, Autrichiens,

émontaîs. Français, Savoyards, tous ces gens, à trës peu de Lose près, ont le même costume qui est en usage dans le Canada,

Ton en excepte ce que nos paysans appellent capot, vêtement li n'est point connu en Europe.

La première place qui se présente sur la route, après avoir litté Saviniano, est un autre village moins considérable, nommé tnto Archangelo. Nous y passons le jeudi, au soleil levant. Près ï là se trouve un arc de triomphe, en l'honneur de Clément XIV . Gan-Ganelii. De tous les Souverains Pontifes des derniers icles, il n'y en a guère dont on trouve aussi rarement le nom Le le sien. Son pontificat fut court et peu consolant pour l'Eglise.

Dans cette matinée, nous passons la rivière de Pisatello, autreis le Eubicon, qui était regardé, du temps de Jules César, Mime la séparation de l'Italie d'avec ce que l'on appelait alors

Gaule Cisalpine. Un pont de marbre très ancien couvre cette ^ière et introduit à Rimini, ville célèbre par le concile de l'année » 9, où les Ariens dominèrent, et surprirent par une profession s foi équivoque la droiture des catholiques. INous descendons de voiture sur la grande place, pour prendre L 6 tasse, ou plutôt un verre de café, dans une maison où l'on en 'l)itait. L'évêque de Québec y fait rencontre d'un ecclésiastique u paraissait obligeant. Il en profite pour se faire ouvrir une • tite chapelle située sur cette place, dédiée à S. Antoine de ^de et recherchée du peuple, à raison d'une relique de ce saint, 1^ e Ton y conserve. Avant de remonter en voiture, il va visiter

cathédrale assez ornée en dedans, mais dont les murs de briques Ont pas encore été revêtus. Dans celui des longs pans, qui donne T la rue, il aperçoit avec surprise plusieurs sépulcres occupant -8 places dans l'épaisseur du mur, à 8 ou 10 pieds de terre. Ce ^t les membres d'une famille nommée Malatesta, bienfaiteurs ^ cette église, qui ont eu la fantaisie de se faire ainsi nicher au

dehors. C'est le seul exemple qui existe d'uae si singulier^ -^ dévotion.

Nous approchons de la Mer Adriatique. On n'en voit pa^^ encore les eaux, mais bien quelques vaisseaux dans les rivîëres-— ,

qui ne peuvent venir d'ailleurs que de cette mer. Avant-midi ,

nous sommes à Catholica, petite ville ainsi nommée, parce quM o ce fut le lieu où se retirèrent les évêques catholiques, au sorti — r du concile de Rimini, pour protester contre les Ariens qui les ; avaient trompés. Elle n'a rien de remarquable que deux inscrif tions, dont l'une rappelle le passage de Pie VI, en 1780 ; l'autre^^, celui de Pie VII, en 1814, toutes deux placées sur le mur înt^srieur d'une église, dont l'architecture est d'un assez mauva^Ss goût.

De là à Pesaro, ancien Pesaurum des Romains, le paysage ci \t très riant et le pays d'une fertilité admirable. La chemin 8'avanc^=e vers la mer. Nous laissons à gauche un superbe château sito^Mié au fond d'une prairie, et communiquant au grand chemin p^^r une allée bordée de statues de marbre, des deux côtés. La prii icesse de Galles, dans le cours de sa vie errante, a pris à loyer c^=e château, l'a occupé environ deux ans, pendant que l'on lai cok" "istruisait une maison de campagne un peu plus rapprochée de SBa ville. Ses gens ont fait beaucoup de dégât dans l'intérieur (L a château, y allumant, par exemple, du feu au milieu des appart -céments, au lieu de se servir des cheminées. Finalement elle a quitté l'endroit, depuis environ deux mois, pour retourner e^n France, sans avoir réparé les dégâts de ce château, ni payé l^s dettes contractées pour la construction du sien qu'elle a à peine occupé.

Nous arrivons, le soir, dans cette jolie ville, où il y a beaucoup de commerce et d'activité. Elle est située à l'enabouchure de h rivière de Foglia, a un beau port pour le pays, et sert d'entrepôt au commerce entre Rome et Venise. Son château passe pour ane très bonne forteresse ; c'est la patrie de Jacques Marchifetti qui, à l'âge de 13 ans, possédait toute la philosophie d'Ari8tote,et composa, à 15 ans, un volume de près de 2,000 thèses théologi-

ques, qu'il s'engagea à soutenir publiquement. A travers des rues si pleines de monde qu'il était trës difficile d'y passer, l'évêque de Québec alla rendre ses devoirs à celui de l'endroit, M*' ^ndré Mastai Ferretti, âgé de 78 ans et demi, et sans avoir rien vu de la ville, rentra, à nuit fermée, dans son auberge, et n'en sortit, que quand il fallut se remettre en route, le lendemain au matin.

5. — La première ville qui se rencontre sur le chemin, est celle de Fano. Elle est redevable de ce nom à un temple de la Fortune, Fanum Fortuna, que les anciens Romains y avaient construit, et dont il ne reste plus de vestiges. C'est une jolie ville qui paraît tenue proprement. Elle est fortifiée, comme le sont presque toutes celles de l'Etat Pontifical, sur cette côte et dans le voisinage.

Au sortir de Fano, on rencontre un arc de triomphe élevé à la mémoire d'Auguste. C'est un des plus entiers qui se trouvent de cet empereur en Italie. Ceux de Marc-Aurële et de Constantin, que l'on voit encore à Rome, étant beaucoup moins anciens, sont moins merveilleux.

De Fano, il n'y a que trois lieues pour atteindre Senigaglia. INous y arrivons pour dîner. C'est encore une ville maritime dont l'activité, le commerce, les fortifications décorent honorablement la côte du Golfe de Venise. Elle fut établie par les Gaulois, Senones Galli ou Galli Senones^ lorsqu'ils pénétrèrent en Italie 80US la conduite de Brennus, c'est-à-dire l'an 390 avant J. C. Une de ses portes magnifiquement rebâtie, du temps de Benoît XIV, porte le nom de Porta Lambertina.

De là à Ancône, il reste prës de 7 lieues à faire. Autrefois on les faisait dans l'eau, la mer étant trop près de la côte pour que l'on y pût pratiquer un chemin. Il est vrai que le sable, au fond de cette eau, était ferme et sûr. Mais il n'en était pas moins ruineux pour les voitures d'être mouillées sur un très grand espace de chemin ; car ce n'était pas seulement depuis Senigaglia qu'on était ainsi obligé de mettre les chevaux à l'eau, mais encore depuis Pésaro et même Catholica.

Avec le temps, la mer s'est un peu reculée, et le gouvernemen a fait soulever un chemin à une petite distance de la côte, lequel en certain endroits, a de l'eau des deux côtés, mais se trouv( a?8ez haut pour tenir les voitures à sec en tout temps. Ce chemiu-^cn est admirablement bien fait et bordé de poteaux de pierres de ^F=a taille, sur toute la dernière lieue qui conduit à Ancône.

Avant d'arriver à cette ville, la capitale de l'ancien Picenum^.^ ', on l'a déjà toute aperçue, parce qu'elle s'élève en amphithéâtre^^^e au-dessus du niveau du chemin. A main gauche, en entrant dana^ jS la ville, on a le spectacle du plus beau port qui soit sur toute^Ei^o cette côte. Il avait été commencé par l'empereur Trajan. Clément*^ -•t XII, dans le dernier siècle, l'a conduit au point de perfection oiim^ni il se trouve aujourd'hui, en prolongeant une digue qui le met à«^B^ à l'abri des fureurs de la mer, en le faisant creuser, en élevant dan^a -ms le milieu du bassin, qui est entre le port et la ville, un superb^^ ^e lazarettOy ou lieu de réception pour les passagers et les équipages ^ss des vaisseaux venant des ports du Levant, infectés de la peste- ^s. L'édifice est séparé du reste du port par un pont-levis et n^m^ a qu'une seule porte, de manière qu'avec une garde de quelques» ^b soldats, on est sûr qu'il n'y entrera et qu'il n'en sortira que ceu3^^^x qui sont munis de la permission des officiers de santé.

La digue ayant été commencée par Trajan, on lui éleva, surla^ -1» digue même, un arc de triomphe qui subsiste encore avec sonrx^ n inscription.

L'Italie moderne, non moins reconnaissante, a élevé à Olémen*^ -^^ XII une statue de marbre blanc, sur le milieu des degrés qui con — -^" duisent à l'église des Dominicains, avec une inscription dan^»- ^ laquelle on n'a pas oublié de mentionner qu'il a fait d' Ancône u port libre. La voici : " Clementi XIP P. P. ob extructas ad tem avertendam in medio mari amplissimas œdes productui tutioremque factum Trajani portum et, portorio sublato, cuncti^ apertum nationibus commercium et publicam rem auctamS. P. A» statuam P."

Les étrangers n'abusent pas du privilège, car nonobstant les améliorations faites au port d' Ancône, par ce Souverain Pontife,

on a le désagrément de n'y apercevoir que quelques petits vaisseaux, tant il y a peu de commerce dans cette partie de l'Europe.

En peu d'heures, on pourrait aisément dresser une batterie sur la digue, et faire respecter ce port à toute puissance qui s'en approcherait avec des intentions hostiles. Il fut un temps où l'on avait lieu de craindre les incursions des Turcs, et c'est sans doute pour cette raison, que l'on avait muni de fortifications toutes les places, tant du Royaume de Naples que de l'Etat Pontifical, qui bordent l'Adriatique. Depuis que cette nation a perdu son ancien esprit de conquête, on se contente de maintenir assez négligemment les anciennes fortifications sans en ajouter de nouvelles.

6. — Nous couchâmes à Ancône, et comme la journée du lendemain ne devait être que de G à 7 lieues, nous prîmes le temps, avant de partir, d'aller visiter la cathédrale, dont l'évêque (le cardiqal Riganti) était absent pour cause de maladie.

Cette église est située sur le plus haut point de la ville, environ 600 pieds au-dessus du niveau de la mer. On y monte par des rues très raides, dont quelques-unes ont des degrés comme de grands escaliers. De cette hauteur, la vue est trës belle et s'étend fort loin, mais non assez pour apercevoir la terre de la Dalmatie, parce que le golfe de Venise a prës de trente lieues de largeur entre cette terre et celle d'Italie.

Il était sévèrement défendu aux Juifs de fréquenter les hautslieux, parce qu'à l'exemple des païens, ils s'y livraient au culte des fausses divinités. Depuis que le christianisme a répandu la connaissance du vrai Dieu par toute la terre, .et que les peuples ont reconnu les extravagances de l'idolâtrie, il n'y a plus de raison de maintenir cette défense. Il est même remarquable qu'en beaucoup d'endroits, les chrétiens préfèrent les lieux élevés pour y construire leurs églises, comme plus propres à porter leurs pensées et leurs affections vers le ciel. Dans presque toute l'Europe, les églises les plus dévotes et les plus recherchées sont celles qui sont construites sur des hauteurs. Elles ont un autre avantage ; c'est que les personnes qui s'y rendent pour adorer Dieu, y trou-

vent du silence et de la solitade plus aisément que dans les endroits unis et conséquemment plus fréquentés.

Celle d'Ancône est moins remarquable par sa construction, qui n'a rien d'extraordinaire, que par le petit tableau de la Ste- Yierge qui est au-dessus d'un des autels les plus apparents de l'église.

L'armée française menaçait la ville en 1796. Une foule de peuple se rendait tous les soirs à la cathédrale, et prosternée devant cette image, suppliait la mëre de Dieu d'obtenir que les habitants fussent préservés par son intercession, des maux qui les menaçaient. Un soir, l'image remua les yeux assez longtemps et assez distinctement, pour que tous les assistants en eussent connaissance. Plus de 40 témoins ont rapporté uniformément cette merveille. Depuis ce temps, l'image est en une singulière vénération. Le Souverain Pontife, passant par Ancône, a voulu, comme beaucoup d'autres, avoir la consolation de célébrer la sainte messe à l'autel où elle est conservée.

Lorsque l'évêque de Québec entra pour la voir, il la trouva couverte, et ce qui le contraria davantage, c'est que le chapitre chantait à cet autel une messe qui n'était encore qu'à l'oflEertoire. Il passe à la sacristie, y trouve de jeunes clercs fort aimables, qui pour le dédommager, le conduisent avec plus de prévenance et d'honneur qu'on en devait attendre de leur âge, dans nue chapelle souterraine vraiment digne d'être vue, et par la richesse avec laquelle sont décorés ses trois autels, où le marbre de toute espèce a, pour ainsi dire, été prodigué, et pour les précieux corps de quatre saints qui y sont conservés dans de magnifiques urnes, savoir : Cyriaque, Marcellin, Libère et Antoine de Fatalis.

Nous remontons à l'église. La messe arrivait à l'élévation. L'évêque était résolu d'attendre qu'elle fût finie pour voir l'image miraculeuse. Mais que font ces jeunes clercs? L'un deux passe derrière l'autel et fait tomber le voile de dessus l'image ; l'autre, sans faire plus de bruit, entre au chœur, dit tout bas à l'un des chanoines de quoi il était question. Celui-ci vient presser l'évêque de s'approcher pour considérer l'image ; mais il se garda bien de

le faire dans un moment de la messe aussi précieux, se contenta de la voir de la place où il était, et se retira promptement, pour ne point causer de distraction aux fidëles assez nombreux qui assistaient à la grand'messe. Cette image est un tableau de 24 à 30 pouces de hauteur, où la Ste- Vierge est représentée tenant l'Enfant Jésus. Il ne mériterait aucune attention particulière, s'il n'avait été l'instrument du miracle rapporté ci-dessus.

Les cloches de la cathédrale d'Ancône sont placées dans une tour entièrement séparée de l'église, dont elle est éloignée de plus de 25 pieds ; et il faut avouer que cette idée n'est pas mauvaise, lorsqu'il n'y a qu'une seule tour et qu'on ne veut pas la placer au milieu. Il y a peu d'articles sur lesquels il y ait autant de variété, en Europe, que sur la manière de placer les cloches et les clochers. Beaucoup d'églises ont des clochera si petits ou si dérobés, que Ton entend sonner leurs cloches sans qu'il soit possible d'apercevoir où elles sont. Quant à l'Italie, voici ce qu'il y a de plus commun dans toutes les églises. Elles sont construites en briques et ont leurs murs revêtus de pierres de taille en dehors, et de marbre massif ou pulvérisé, mais très bien étendu, en dedans, de mamère qu'il équivaut au marbre massif et souvent le surpasse par l'habileté avec laquelle il est mêlé. A défaut de marbre, on enduit l'intérieur des églises de stuc ou de plâtre, et on le peint en marbre, si luisant et si naturel qu'il est aisé de s'y tromper.

Les églises sont faites en croix, et les chapelles principales ont des autels qui se font face l'une à l'autre. C'est à l'un de ces autels que le Saint-Sacrement est ordinairement conservé, et non au grand. Dans les églises un peu étendues, ces deux premières chapelles sont fort richement ornées et souvent le disputent au maître-autel. Outre cela, il y a de chaque côté, depuis les premières chapelles jusqu'au mur du portail, autant d'autels en face les uns des autres, que la longueur de l'église en peut porter. Il faut qu'elle soit bien petite, si elle n'a pas quatre autels, outre le principal. Ces autels sont adossés aux mura des longs pans, et ont pour ouverture, sur la nef, une arcade qui laisse à chacune de ces petites chapelles huit pieds de profondeur sur douze de

large. Ces arcades continuées depuis le bas de Téglise jusqu'à la rencontre de la croix ou de la croisée où sont les deux chapelles principales, lui donnent beaucoup de grâce. Chaque autel est surmonté d'un tableau ou d'une statue, quelquefois d'un grand crucifix. Au-dessus des tableaux ou de ce qui en tient place, il y a un châssis en éventail qui, pour l'ordinaire, donne fort peu de lumiëre.

Les églises assez riches pour avoir un portail en travertin (et ils sont, pour l'ordinaire, d'une très belle architecture), le sont communément assez pour avoir aussi un pavé de marbre, soit en parquet, soit en assemblage de différentes couleurs et qualités, où l'on voit des fleurs, de grands soleils, des croix de Malte, etc. Les églises plus pauvres sont pavées en briques. Mais si l'on y a enterré quelque personne considérable, il y a toujours son épitaphe sur une table de marbre, à l'effleurement du plancher. Quelquefois il y a une suite de tables de marbre et d'épitaphes depuis la grande porte d'entrée jusqu'au balustre et souvent dans d'autres parties, de sorte qne telle église trop pauvre pour se procurer d'abord un pavé de marbre, parvient graduellement à l'avoir, à force de tombeaux et d'épitaphes. Quelquefois un portail tout en briques attire l'attention par l'habileté avec laquelle on les accommode aux règles de l'architecture. Colonnades de brique, corniches, frises, entablements, attiques de briques ne sont pas sans exemple.

Les voûtes qui couvrent les églises sont régulièrement faites de briques, revêtues en dedans d'un enduit de plâtre ou de stuc, et couvertes en dehors d'une légère charpente surmontée de tuiles convexes en forme de gaufres. L'intérieur des voûtes est rarement uni. Le plus souvent, elles sont divisées en panneaux, dont les moulures sont dorées et l'intérieur orné de peintures à fresques, si les panneaux sont grands, et de fleurs aussi dorées, si les panneaux sont petits. C'est la même chose, lorsqu'au lieu d'une voûte, il y a un plafond, ce qui est rare.

Les fenêtres sont régulièrement placées au-dessus du carré et dans la couverture ; pratique qui rend les églises sombres à n'y pouvoir lire, pour peu que le ciel soit couvert de nuages ; car,

>utre que la lumière que Ton tire des éventails placés au-dessus les petits autels, est très peu de chose, il y en a beaucoup où ces >etit8 éventails n'ont pas même lieu. C'est l'idée générale du )ays que l'obscurité d'une église excite au recueillement. Ce sysème est porté si loin, qu'au moment où le sermon commence, on a rend encore plus obscure, en tirant des rideaux sur toutes les enêtres. Que dirait-on ici de nos églises percées de fenêtres tout , Tentour, comme des lanternes ?

De la croisée de l'église, s'élève généralement un dôme de criques, dont la charpente, s'il y en a une, est cachée dans 'épaisseur du mur. Ce dôme porte sur les quatre coins de la roisée, s'élève plus ou moins selon le diamètre de sa base, est erminé par une lanterne environnée de châssis, et surmonté .'une croix, dont le pied porte souvent sur un nuage ou sur un •roupe d'où elle sort avec beaucoup d'avantage. Le dessus de ce ôme est communément couvert de plaques de plomb, et le edans orné de fresques représentant divers sujets de piété, plus rdinairement le triomphe des anges et des saints en paradis. Lux quatre coins de la croisée, sont représentés autant d'anges .'une grande taille qui semblent soutenir le dôme ; quelquefois, u lieu d'anges, les quatre Evangélistes ou les quatre Docteurs le l'Eglise latine.

Ce ne sont pas seulement les églises qui sont voûtées. Les lacristies le sont aussi tout entières, et qui dit ici une sacristie entière, dit une suite de pièces ou d'appartements qui s'enfilent es uns les autres et disputent ensemble de bon goût et d'élégance. Ces sacristies ont des portes de communication avec la nef et avec le chœur, des deux côtés de l'autel ; mais jamais dans le rond-point. C'est là la place du chœur.

Il est rare que le balustre et le pavé du chœur ne soient pas entièrement de marbre. Aussi ne fait-on point usage de tapis, si ce n'est extraordinairement, par exemple, lorsque le Saint-Sacrement est exposé. Ces tapis sont de drap tout uni, et quand même ils seraient des plus belles manufactures de Bruxelles ou de Turquie, ils seraient encore moins précieux que le pavé qu'ils couvrent.

Les confessionnaux n'ont que de petites- portes, à hautei=^ï d'appui, et comme il n'y a ni rideaax ni panneaux au-dessns, l'WHe confesseur est entiërement en rue. Les grilles ne ferment pas pn^nni des tirettes, mais par dé petits volets. Du reste, les confe88ioii~"^tJinaux sont de mâmer grandeur que les nôtres, et n'en diflpferent paa^Kas essentiellement quant à la forme.

Lft chaire à prêcher est plus large qu'en France et en Canada^^ a, sans être plue profonde. Il est rare qu'elle soit ornée de Bculp^jBptures. Elle est ordinairement de forme carrée. Le prédicateur ^ y va et vient, et d'un angle à l'autre, ce qui donne plus de vie à

son action. Nulle chaire qui ne soit ornée d'un grand crucifi ^fix posé sur le bord le plus voisin de l'autel, et ayant la face touraé^^e vers le peuple.

A l'autel où l'on donne la communion, le balustre est couve^^ rt de damas de soie cramoisie, pendant des deux côtés et garni cM^e franges de même couleur. La nappe de communion s'étend pa — r* dessus cette étoffe.

Les autels sont ordinairement de marbre diversifié et de fomrr^^e carrée. Rien de plus rare dans les églises d'Italie, surtout dan^^ns celles de la ville de Rome, que ce que nous appelons autels à ^ î* romaine. On n'en trouve guère que dans les chapelles domes^^^i* ques. Quant aux églises, le cas à peu près unique où un aut -zrlel n'est pas carré et plein, est celui où l'on a quelque saint corps -* ^ y déposer. Alors l'autel consiste en une table de marbre su^: -Jp' portée par quatre pieds, et dans le vide est déposée une urL -^® de même matière, quelquefois de pierre plus précieuse, telle qcz^^^^ jaspe ou porphyre, qui contient les reliques du saint.

Les autels n'ont pas de tabernacles, mais un gradin à deî*==^^ degrés, quelquefois à trois, surmonté d'une niche soutenue p^s- *^ six ou huit colonnes proportionnées à la grandeur de l'autel. TH^^ gradin est de même matière que l'autel, et l'excède par les dei^^^ extrémités (qui reviennent en arc de chaque côté) de 18 pouc- -*^ et quelquefois de deux pieds. Les moulures, feuillages et autr -^^ ornements de l'autel, aussi bien que du gradin et de la nich^^ ^

sont de cuivre doré, qui se marie très bien avec le marbre de couleur sombre qui en fait le fond.

Les églises trop pauvres pour employer du marbre massif dans leurs autels et gradins, y suppléent par le marbre pulvérisé dont il a été fait mention ci-dessus.

C'est de cuivre doré, ou du moins très poli, que sont faits les portes de custodes, les lampes, les chandeliers et crucifix des autels. Earement sont-ils d'une matière plus précieuse.

Les lampes sont petites, mais longues par le pied. On ne les épargne point. Il y en a ordinairement deux d'allumées devant l'autel où l'on conserve le Saint-Sacrement. Pour peu qu'un autre autel soit distingué, soit par une relique que l'on conserve, soit par quelque image ancienne ou en réputation d'avoir été l'instrument de quelque miracle, on y tient aussi une lampe allumée. Il y* a même telle église où une lampe brûle jour et nuit sans interruption, devant chaque autel indistinctement. Comme on ne brûle que de l'huile d'olive, on ne craint pas que la vapeur en soit nuisible, et véritablement on n'en est pas incommodé, et les églises n'en sont pas tachées sensiblement.

Au lieu de bancs, les Italiens se servent de chaises, dont le transport fait au besoin, à mesure que les gens arrivent et en demandent, cause inévitablement un peu de confusion ; car dans ce pays, comme dans tous les autres, il entre du monde dans l'église, depuis le commencement de l'office jusqu'à la fin.

Cependant l'heure du départ était arrivé ; le voiturin s'impatientait. Nous descendîmes de la cathédrale d'Ancône bien autrement vite que nous n'y étions montés, et reprîmes la voiture en arrivant à l'hôtellerie, emportant un souvenir agréable de la situation, de la disposition, de la beauté des édifices, de l'industrie et de l'activité du peuple de la ville que nous laissions. On compte, à Ancône, plus de 17,000 habitants.

Nous retombâmes dans une campagne parsemée de monticules et de vallons délicieux. Des arbres nouveaux, d'un vert pâle, complantés comme ceux des vergers, se présentent à nos yeux : ce sont des oliviers. Ils commencent ici, et sont plus fréquents à

mesure que l'on avance dans les parties les plus méridionales de l'Italie. L'huile qu'ils produisent dans l'Etat Pontifical, poit qu'on ne la fasse pas à propos ou assez soigneusement, soit que les oliviers soient de mauvaise qualité, est plus propre à brûler dans les lampes, qu'à l'ueago de la table. Celle de Toscane lui est de beaucoup préférable.

Nous passons à la porte d'Osîmo, sans y entrer. C'est une ville épiscopale, autrefois très peuplée et connue chez les anciens Romains sous le nom d^Auximum. Aujourd'hui elle n'est guère qu'un misérable bourg. Cette place se trouve à mi-chemin entre Ancône et Lorettc, où nous allions et où nous arrivâmes vers deux ou trois heures après-midi, après avoir beaucoup monté ; car sa situation est très élevée. Elle a une citadelle et une garnison jugées nécessaires pour la protéger contre la cupidité de ceux qui auraient eu la tentation de venir piller les richesses immenses que les oblations des fidèles et surtout des princes des différentes nations chrétiennes y avaient ci-devant accumulées.

On ne se fait pas d'idée de la quantité prodigieuse de couronnes, colliers, chapelets, chaînes, soleils, feuilles, roses, croix, images, cœurs, vaisseaux, chandeliers, calices, encensoirs, patènes, ciboires, crucifix d'or et d'argent, non plus que de l'amas de diamants, de rubis, d'ambre, de cristal, de saphirs, d'améthystes, d'émeraudes, d'agates, ou autres pierres précieuses qui s'y trouvaient réunies par milliers. Un seul collier de rubis et de diamants, envoyé par Louis XIII, était estimé à 60,000 piastres. Anne d'Autriche, reine de France, y avait fait représenter Louis XIV, son fils, sous la forme d'un enfant d'or offert par un ange d'argent. Les villes de Milan, de Bologne et douze autres, y étaient représentées en argent, ainsi que le château de Vincennes. Une seule chasuble était chargée de 7,000 perles et pierres précieuses, etc., etc. Pourquoi, dira-t-on, tant de riches offrandes ? — Pour honorer la maison de la S** Vierge, où s'opéra le grand mystère de l'Incarnation du Verbe. Car il faut savoir que cette maison qui existait à Nazareth, qui y avait été visitée, au IV® siècle, par S. Jérôme, comme on le voit dans ses lettres à Eustochium, et postérieusement par

S. Louis, par le cardinal Vitry et par beaucoup d'autres, disparut de là tout à coup, vers la fin du XIIP siècle, fut transportée en Dalmatie, où elle resta plusieurs années, et enfin arriva sur cette côte de l'Italie, et y changea deux fois de place, avant de se fixer dans le champ d'une veuve nommée Lorette, où elle est depuis l'an 1298. Une telle transformation paraissait incroyable, parce que Dieu avait jugé à propos d'en dérober le motif à la connaissance des hommes. Cependant les miracles très certains qui se sont opérés à l'occasion de cette maison — miracles si nombreux et si constants, dit le savant critique, Benoît XIV {de Festis B. M. F.), que vouloir les prouver ne serait que répéter les preuves^ déjà données de la manière la plus satisfaisante — doivent suffire pour identifier la maison de la S'^® Vierge, indépendamment des arguments admis par les savants écrivains qui ont exercé leurs plumes sur la translation de la sainte maison, santa casa^ ou de la maison de Lorette, Domus lauretana^ car c'est sous ces deux noms qu'elle est connue aujourd'hui. Dieu n'opère pas de miracles pour accréditer le mensonge. Or si la translation de la sainte maison était, comme le prétendent les ennemis de l'Eglise, un conte fait à plaisir pour leurrer la populace, tous les miracles qui s'y sont opérés, seraient autant de moyens que Dieu aurait employés pour accréditer cette fable. C'est ce que nul chrétien ne peut admettre.

Ajoutons que ce ne fut pas du premier abord que cette maison fut reconnue par l'Eglise, pour celle de la S^ Vierge. On ne porta ce jugement qu'après beaucoup de temps, d'examen et de précautions. Clément VII chargea des commissaires, hommes éclairés, religieux et prudents, de l'identifier. Ils allèrent à Lorette, et, après y avoir pris les dimensions de la maison, avec la plus grande exactitude, ils se rendirent en Dalmatie, au lieu où l'on disait qu'elle s'était arrêtée d'abord. Ils reconnurent le terrain qu'elle avait occupé, en trouvèrent les traces exactement conformes aux mesures qu'ils avaient prises à Lorette, interrogèrent les fidèles du voisinage, et les virent pleurer du regret d'avoir perdu ce précieux dépôt. Ils ne s'en tinrent pas là, mais

poussèrent jusqu'en Palestine, et arrivés à Nazareth, présentërent leurs mesures aux fondements de la maison qui y étaient encore, et y trouvèrent la même conformité. Cette opération, dont ils rendirent compte au Pape, à leur retour, n'était-elle pas une preuve suffisante de la réalité de la translation ? Aussi Lorette est-il, depuis plusieurs siècles, le pèlerinage le plus fréquenté de tout le christianisme. Les Souverains Pontifes, les saints personnages laïques et ecclésiastiques, se sont empressés de visiter la santa casa et de célébrer les divins mystères, ou d'y assister, dans la maison même où l'Archange Gabriel vint dire à Marie : Ave gratia plena : Dominus tecum^ et où la soumission de la S** Vierge aux ordres du ciel : Ecce ancilla Domini^ fiât mihi secuvdum verhum luum^ lui mérita l'accomplissement immédiat du grand mystère dont elle devait être l'instrument ^.

Si l'évêque de Québec n'eût consulté que son empressement d'arriver à Rome, terme de son voyage, il aurait pris sa route à droite, en sortant de Bologne, et passant par la Toscane, aurait été rendu plusieurs jours avant celui où il arriva. Mais il voulait voir les eaux de la Mer Adriatique, le port d'Ancône, et par-dessus tout, la sainte maison de Lorette. Il y entra, le cœur attendri, peu de temps après avoir quitté la voiture, y trouva des chapelains extrêmement honnêtes et prévenants, et se décida (car c'était le samedi) à y passer le dimanche tout entier.

La sainte maison a 15 pieds de carré, 30 de long et 12 de large. Elle est construite de pierres rouges, plates, égales entre elles, et que l'on prendrait pour des briques. Ce mur est tout à fait nu dans l'intérieui. C'eût été lui ôter de son mérite et priver les

1 — Un grand argument — quoiquMl ne soit pas absolument décisif — en faveur de l'authenticité de ce miracle de la sainte maison de Lorette, c'est qu'il est mentionné en toutes lettres dans l'office du bréviaire, et qu'une fête spéciale se célèbre, chaque année, pour en perpétuer la mémoire. II n'en est pas ainsi du Saint Suaire vénéré à Turin et dont il a été question précédemment; car quoiqu'il y ait un office et une fête en l'honneur da Suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nulle mention n'est faite dans le bréviaire du Buaire conservé à Turin.

Bdèles d'un grand sujet de consolation, que de leur en dérober la vue par des ornements moins appréciables que sa belle simplicité. Il est défendu, sous peine d'excommunication, d'enlever aucune pierre de cet édifice, précaution d'autant plus sage que, si cet Bnlèvement eût été permis, chacun des pëlerins aurait voulu en a-voir un morceau, et depuis longtemps la maison ne subsisterait plus.

On rapporte qu'un évêque de Coimbre ou Conimbre, en Portugal, ayant fait construire, dans son diocèse, une chapelle sur les dimensions de la Santa Casa^ pour honorer le mystère de L'Annonciation, eut la dévotion d'y avoir une des pierres dont elle est composée. Il s'en allait par la Méditerrannée, au concile de Trente. En passant à Rome, il obtint un bref du Pape, qui permettait d'emporter cette pierre. RendaàLorette, il n'eut rien de plus pressé que de montrer ce bref aux chapelains chargés de I a garde de la sainte chapelle, ne doutant nullement qu'ils ne s'emj)ressas6ent de lui donner la pierre qu'il était autorisé à prendre. Mais ils n'en voulurent rien faire. " Le Souverain Pontife, lui c3irent-il8, ne nous ordonne pas de vous délivrer une pierre de ces imurs, et nous ne vous la délivrerons pas ; mais vous avez permission d'en prendre une : prenez-là, si vous voulez, nous ne nous 'y opposerons pas." Que fit cet évêque ? — Il détacha une pierre à l'insu des chapelains et l'emporta avec lui. A peine arrivé à Trente, il fat attaqué d'une maladie très sérieuse, et craignant de :*nourir, il se fit recommander aux prières d'une communauté de :religieuses de l'endroit, qui étaient en grande réputation de fer- "veur. Elle se mirent en prières, comme il le désirait, et quoiqu'il eût dérobé soigneusement à la connaissance de tout le monde, ce qu'il avait fait à Lorette, la supérieure du monastère lui fit <iire le lendemain : " Rendez ce que vous avez pris à la maison de Dieu, si vous voulez recouvrer la santé." Il comprit ce langage, chargea un de ses ecclésiastiques de partir immédiatement pour Lorette, et d'y faire la restitution de la pierre qu'il avait enlevée. A peine l'ecclésiastique était-il en route, qu'il commença à avoir du mieux et se trouva rétabli en peu de jours. La pierre

rendue, on chercha l'endroit du mur où elle avait été prise, on 1^ î replaça, et on la montre aux étrangers, en leur rapportant cetfc^e histoire. La pierre est signalée par deux crampes de fer dont elBtô est recouverte.

La sainte maison n'a plus son ancien toit. Il est tombé d e

vétusté et a été remplacé par un toit de marbre, dit la relatio^^n de M. Butler. Mais il a plutôt Tair d'être de bois enduit ^^Be plâtre. Le pavé est de marbre dans la partie antérieure de ^Kla •maison, où l'on entre par deux portes latérales, et où l'on trouv^ ^e un autel dédié à la Ste- Vierge, soulevé de trois marches, magD fiquement orné et environné de 5 i lampes allumées tous les jour sans en compter 19 autres qui brûlent au dehors et à l'entour ' la maison. L'autel fait face à l'un des pignons de la maison, e laisse, par derrière lui, un espace de six pieds sur toute la laMcrgeur de l'édifice. Dans le pignon, qui termine ce dernier espacez^, se trouve l'ouverture d'une cheminée que l'on a revêtue de ma«r-bre, laquelle donne son nom à tout ce petit appartement qim ^ l'on appelle santo camino^ ou la sainte cheminée. Au-dessus JL « cette chominée et dans l'endroit où en devait passer autrefois 1- ^ tuyau, se trouve une niche qui renferme une statue de la S** Vierg^:^, en bois aussi noir que de l'ébëne, tenant l'Enfant- Jésus. Cett^ statue d'environ deux ou trois pieds de hauteur, est assez élevt^-^3 pour pouvoir être aperçue de l'autre extrémité de la maison ^^ par-dessus l'autel. On prétend qu'elle est l'ouvrage de S. Luc^» et qu'elle fut transportée en Italie, avec la maison même. Ma5- ^ cela n'est pas prouvé. Les Actes des Apôtres nous apprenneim "t bien que S. Luc était médecin, mais ils ne le donnent ni pow- ^ peintre, ni pour statuaire. La tradition qui le présente sous c^ ^ deux derniers mpports, est pieuse, mais non certaine. Au surplus» que cette image ait été sculptée par S. Luc, ou par tout autr^> peu importe: elle est une image de Marie. C'est autant qu'i* faut pour la rendre respectable en vue de la personne qu'elle représente.

On nous assure que l'autel de la sainte maison est aussi ven»^ de la Palestine avec elle, et cela est d'autant plus croyable, qu'an

port de S. Jérôme, cette maison était déjà convertie, de son ips, en une chapelle où l'on célébrait. Une armoire auprès de itel, dans l'épaisseur du mur, contient deux petites écuelles terre, que l'on suppose avoir été à l'usage de l'Enfant-Jésus. les murs de la sainte maison sont* nus en dedans, il s'en faut n qu'ils le soient en dehors. Rien de plus riche que les basiefs de marbre représentant, tout autour, des murs, les mystères la S'^ Vierge, et au-dessous du bas-relief, les grandes statues à sibylles et des prophètes, qui ont annoncé la rédemption du )nde. La statue de Jérémîe pleurant sur le malheureux sort de patrie, est une des plus belles qui soient en Europe. C'est uvrage de Contucci. Celles de Moïse et de plusieurs autres sont Lombard (Jérôme). Il fut aussi l'exécuteur des quatre portes bronze, dont deux sont des deux côtés de l'autel, et en avant, ï par où l'on entre dans la partie nommée santo camino^ et une ttrième qui ne s'ouvre pas, seulement figurée en dehors, pour •e face à celle-ci.

3 'eût été peu d'orner la sainte maison : il fallait lui donner un i. Or elle n'en pouvait avoir un plus décent que la vaste ^e que l'on a construite autour, et dans la croisée de laquelle cinta casa se présente à la dévotion des étrangers. Cette église éede maibre de Paros, rouge et blanc, ayant les deux batfcs de sa grande porte revêtus de bas-reliefs de bronze, avec î statue de même métal représentant, sur le perron. Sixte V s, apparemment parce que ce grand Pape l'a fait construire réparer, a 25 autels, 6 sacristies, un chapitre consistant en î^hanoines, 24 bénéficiers, 12 chapelains et 12 clercs, et finale- ^t est devenue cathédrale par le transport qui y a été fait de êché de Recanati, demeuré uni à celui de Lorette. L'évêque lael est un saint vieillard jouissant d'une bonne santé, vivant c beaucoup de simplicité, célébrant la messe dans la sainte Uon, tous les samedis et dimanches, assidu au chœur de sa bédrale et à une procession qui s'y fait tous les samedis au •. Il se nomme Etienne Bellinî. La cordialité avec laquelle il

accueillit l'ëvêque de Québec, le fortifia dans la détermination qu'il avait prise de demeurer à Lorette jusqu'au lundi.

7. — Quelle satisfaction de célébrer les saints mystères dans la même maison, entre les mêmes murs où Dieu le Fils s'est fait homme pour nous ! Qu'il est vénérable cet autel, où un Charles Borromée, un François de Sales, un Philippe de Nérî, où tant de Souverains Pontifes, notamment celui qui règne aujourd'hui, ont successivement offert l'Agneau sans tache ! Cefut à JésusincarniS, et par l'intercession de sa sainte mëre, que l'évêque de Québec offrit son diocëse et le mit tout entier sous la protection do Dieu, d'une manière plus spéciale que jamais. Il lui recommanda tout son clergé, depuis le Coadjuteur jusqu'au dernier tonsuré, plus particulièrement ceux qui, employés dans les missions lointaines, portent le poids du jour et de la chaleur. Il le pria qu'en son absence, il n'arrivât dans le diocèse aucun de ces événements malheureux dont les ennemis de la religion sont si empressés de se prévaloir contre elle. Il mit aux pieds de la sainte Vierge toutes les communautés religieuses qui sont sous sa juridiction, afin qu'elles pussent croître en ferveur et en piété. Il demanda le succès des affaires qui lui avaient fait entreprendre le voyage d'Europe. Enfin, sans oublier ses besoins particuliers, il fit une mémoire spéciale de ceux de ses diocésains qui avaient pris intérêt à son départ et priaient pour la prospérité de son voyage.

Le concours des fidèles qui se rendent en pèlerinage à Lorettc, est estimé à 100,000 par an. Outre les prêtres en grand nombre qui, depuis le point du jour jusqu'à une heure et deux après-midi, célèbrent continuellement des messes, tant dans la sainte maison qu'aux différents autels de la cathédrale, pour satisfaire à la piété des pèlerins, il y a des pénitenciers de toutes les langues de l'Europe. Ces pénitenciers, au nombre de quatorze, étaient d'abord de la Compagnie de Jésus. Lorsqu'elle fut supprimée, Clément XIV les remplaça par des Cordeliers qui furent obligea de quitter leur habit, lors de l'invasion de l'Italie par les Français, et ne l'ont pas encore repris, mais sont vêtus en ecclésias-

[lies séculiers. II ne se trouve plus de pénitenciers pour les Tgues française et anglaise, et celui que l'on appelle le pénitenjr français,- est un Italien qui, à coup sûr, ne Tentend point et devrait pas confesser en cette langue.

Une des six sacristies a conservé le nom de trésor, parce qu'elle nteuait ci-devant la multitude des précieuses offrandes mentiones ci-dessus, qui y él aient montrées à travers des vitreaux, la nte maison n'en pouvant contenir qu'une très petite partie, jjourd'hui il y a de la place de reste ; car la citadelle construite r Sixte V, contre les entreprises des corsaires qui auraient été ités de venir piller ce trésor, n'a pu arrêter l'avidité des Fran- 8 qui, y étant arrivés en 1796, avec Bonaparte à leur tête, enlcrent tout ce que l'on n'avait pas eu le temps de transporter à )rae.

Entre les lampes qui brûlaient dans la sainte maison, il y en ait 36 d'or massif, entre lesquelles une du poids de 40 livres, nnée par la république de Venise. Tout cela fut enlevé. Le néral ne s'en rapporta pas aux soldats ; il fit lui-même la vile iction de ravisseur sacrilège, et on assure que ce fut par ses lins que la statue de la S^* Vierge fut arrachée de sa niche, mrae pièce d'ancienne sculpture, elle fut condamnée à faire le yage de France, d'où elle n'est revenue qu'après la restauration Louis XVIIL

En parcourant ce trésor, où de nouvelles offrandes commencent jà à regarnir les tablettes évacuées, l'évêque de Québec fut s surpris de trouver affichée, dans un trémeau, la prière suiate qui s'y conserve en français et en latin, avec ce titre : v^œu de la nation Huronne, envoyé à Lorette, pour supplier la enheureuse Vierge de procurer la conversion des sauvages de lie la Nouvelle-France, l'an 1673 :

'* 0 Marie, servante de Dieu par excellence, comme nous avons pris que toutes les nations qui ont eu, avant nous, le bonheur 5 se soumettre à votre domaine, vous envoient, pour marque de ur reconnaissance, quelque régale de ce qui est le plus estimé

parmi elles, nous avous cra que nous étions obligés de les imiter en vous offrant ce que nous avons parmi nous de plus précieux ; et comme notre pauvreté ne nous fournit rien qui le soit davantage que notre porcelaine, laquelle est parmi nous ce que senties perles parmi les peuples les plus riches, nous avons tous conspiré ensemble, par un consentement général, de vous en préparer un collier et d'y graver vos propres paroles, qui vous ont élevée à la dignité de mère de Dieu. Nous désirons que ces caractères de porcelaine tiennent la place de nos cœurs et qu'ils soient un témoignage immortel de la part que nous prenons à toutes vo8 grandeurs. Souffrez donc. Sainte Vierge, que nous vous fassions ce petit présent. Ce sont tous vos sujets de ce nouveau monde qui viennent vous rendre hommage et vous reconnaître pour Reine dans la maison où vous ne vouliez être que servante. Voua ne verrez jamais ce collier répétant les plus nobles et les plus puissantes paroles que vous ayez prononcées, que vous ne pensiez aux intentions et aux désirs de ceux qui vous l'ont présenté, et que cette vue ne vous excite à les regarder d'un œil favorable et à les secourir en toutes leurs nécessités. Ainsi soit-il. "

Quoique 146 ans se fussent déjà écoulés depuis l'envoi de cette prière, l'évêque de Québec chercha néanmoins à se procurer quelque information touchant le collier de porcelaine dont il y est fait mention, mais il n'en put trouver aucun vestige. Les plis anciens officiers de la sainte maison et du trésor ne l'ont jamais va.

La prévoyance des Souverains Pontifes a été au-devant des besoins des pauvres pèlerins, en leur faisant construire, à Lorettc, un hospice où ils sont admis, nourris et logés pendant trois jours, et comme un grand nombre d'entre eux viennent de TEsclavonie et passent nécessairement par Venise, faute de moyens de traverser la Mer Adriatique, il y a, dans cette dernière ville, un autre hospice où il leur est permis de demeurer un jour, tant en allant qu'en revenant.

Par une disposition assez bizarre, la sainte maison, quoique placée au milieu de la cathédrale, son trésor, ses ornements, ses offices,

3 desservants sont exempts de la juridiction de l'évêque et umis à celle du gouverneur. Un tel ordre de choses a nécesirement entraîné beaucoup d'incertitudes, de questions, de sputes, de plaintes réciproques. Les Papes, aprës s'être épuisés I décrets et en bulles pour régler ces difficultés, ont fini par îcorder à Tévêque l'inspection sur le service divin et sur les œurs des ecclésiastiques chargés de la garde de la sainte maison,

par établir, à Rome, une Congrégation nommée Congregaiio aiiretana, qui dirige en chef cet établissement. Elle est com- )8ée en ce moment de neuf cardinaux.

TJn vaste palais commencé par Sixte IV, et continué par Cléent VIII, mais auquel Benoît XIV a mis la dernière main, est tué tout auprès de l'église cathédrale de Lorette. Le dessin en it donné par le célèbre Bramante. Il est construit en équerre, et trois étages et trois rangs de galeries au-dessus du rez-debaussée. Les pilastres du premier étage sont d'ordre dorique ; 3UX du second, ioniques ; ceux du troisième, corinthiens. Ce rand édifice est destiné à recevoir, dans sa vaste enceinte, l'évSue, le gouverneur, les chanoines, les pénit entiers, etc. Il ne paraît as que les religieux, tenus ici par deux ou trois, pour représenîr chacun des difl^érents ordres, y aient des places. Il y a même pparence qu'une partie des chanoines et des pénitenciers aiment lieux demeurer en leur particulier que d'exercer ici la vie commune. Enfin, s'il y a un gouverneur, il faut croire qu'il demeure issi à part, et l'évêque de Québec n'entendit pas même parler nui.

L'évêque de Lorette s'est fixé au premier étage du palais, et il sn faut bien qu'il l'occupe tout entier. Il y a du côté où la vue t plus belle et plus étendue, de grands et magnifiques appartements richement meublés, et tenus en réserve pour le service du ape, et des souverains qui ont occasion de passer par là et d'y ajourner.

Si l'on en excepte ce palais, qui ferait honneur à la première ille du monde, et la cathédrale, qui n'est pas la moins belle

d'Italie, Lorette ne contient aucun édifice qui vaille la peiue d'être considéré, n'ayant nul commerce, mais seulement des vendeurs de crucifix, de médailles et de chapelets, qui poursuivent les gens dans la rue pour leur offrir leur marchandise, et font presque violence pour qu'on l'achète.

Une belle fontaine décore la place qui est au-devant de l'église. Ici, comme à S. Pétrone de Bologne, on peut confronter les heures d'Italie avec les heures astronomiques, par le moyen de deux cadrans placés dans les deux tours de l'église.

L'é vêque de Québec, ayant assisté à l'oflice du matin et du soir, dans cette église, où il fut plus édifié du sérieux et de la modestie du clergé de Lorette, que de son habileté à s'acquitter des cérémonies, se disposa à en partir le lendemain pour continuer ea route.

8. — Il restait 155 milles à faire pour arriver à Rome, c'est-àdire qu'il fallait traverser par une ligne oblique, toute l'Italie, depuis la mer Adriatique, dont Lorette n'est éloignée que de deux milles, jusqu'à celle de Toscane, qui est à 7 milles au delà de Rome.

Dei voulut faire de fortes journées, et, en conséquence, nous fit partir, tout le reste de la route, une ou deux heures avant le jour.

Le premier endroit où il s'arrêta, fut la ville de Macerata, dont le saint évêque, ci-devant de la fervente congrégation des Passionnistes, était absent. Son âge de 75 ans ne lui fait rien perdre d'un zële qui ne se borne pas à son diocèse, dont il est le modèle et l'idole, mais s'étend aux églises étrangères. Il était, en ce moment, parti pour une des missions qu'il a coutume de donner, chaque année, tantôt dans un endroit, tantôt dans l'autre.

Nous eûmes le temps de parcourir cette ville, après avoir dîné, à 9 heures du matin, dans une auberge où il ne s'agissait que de déjeuner, mais dont les gens, au lieu du café ou chocolat que nous demandions, nous forcèrent de prendre de la soupe, de la viande de plusieurs sortes, du vin et du dessert, et il en fallut passer par là.

La ville est gaie, bien percée, a d'assez belles rues, des places, des fontaines, un palais pour le gouverneur, un autre pour Tévêque, plusieurs maisons religieuses, une collégiale. On y compte 8,000 habitants. La prison, qui est sur une rue passante, soit que les prisonniers soient peu nombreux, soit qu'ils aient défense de crier, est fort paisible, mais différente de celle do Bologne, où les passants sont sans cesse importunés par les vociférations horribles des prisonniers, qui se montrent par dizaines, à chaque fenêtre, et font voir, par leurs cris, que si leurs estomacs sont en souffrance, du moins leurs poumons sont bien conditionnés.

Les Oratoricns ont ici une belle église de S. Philippe de Néri, et une sacristie proportionnellement plus belle. On s'attache beaucoup, en Italie, à la décoration des sacristies. Il n'est pas rare d'y trouver de superbes tableaux. Les fresques dont sont ornées leurs voûtes, étant plus rapprochées de la vue, font, pour l'ordinaire, un meilleur effet que celles des églises, souvent trop éloignées des yeux pour que l'on en puisse estimer le mérite.

Sous l'église assez vaste de S. Paul, est une chapelle où est réprésenté, dans ses dimensions, le sépulcre de Notre-Seigneur. Il est environné de lampes, surmonté d'une croix, honoré par une confrérie instituée tout exprès et par le concours et la vénération des fidèles.

Un noble citoyen de cette ville, nommé Alexandre Marepuschi, y fit construire une élégante chapelle, connue sous le nom de Mater misericordiœ. Elle est séparée d'une autre église par la largeur d'une rue. Ce petit édifice est parfait dans son genre, a une sacristie proportionnée à son besoin, et pour la desserte, un chapelain entretenu aux frais de la fondation. On y montre, sous le grand autel, le corps de S. Prosper, martyr, ou plutôt, ses ossements enfermés dans un corps de cire, habillé en guerrier, et couché dans ce tombeau, de manière à être aperçu ouvertement, lorsque l'on ôte le devant d'autel. C'est de la même manière que Ton conserve, dans la cathédrale, le corps d'une sainte martyre nommé Hygiate, également placée sous un autel.

Cette cathédrale, plus éclairée que le commun des églises d'Italie, peut-être parce que nous y entrâmes par un beau soleil et aux approches de raidi, est sous l'invocation de S. Julien. Nous y assistâmes à une partie de la messe capitulaire. Le chant était bien exécuté; c'est l'ordinaire de toutes les églises du pays; mais il s'en faut bien que les notes et les airs s'accordent avec les nôtres. Il y a même trës peu de rapport entre eux et nous. Il y a donc chant grégorien et chant grégorien. Quelques recherches faites dans leurs livres convainquirent l'évêque de Québec de cette différence. Il n'y a pas 100 lieues de distance de Lyon à Turin. Les livres de chant de Turin sont conformes à ceux du reste de l'Italie, mais ne ressemblent nullement à ceux de Lyon, que nous suivons en Canada. L'épître, l'évangile, les collectes se chantent aussi sur un ton différent du nôtre et assurément inférieur.

Quant aux ornements dont on se sert autour des autels, voici ce qu'il y a de plus remarquable : le surplis, nommé cotta en latitt et en italien, est une espèce de brassière qui ne descend pas joS" qu'aux reins et a l'encolure ouverte, de manière à porter moins sur le cou que sur les épaules. Les manches sont assez larges, mais courtes, relevées et saisies au-dessus des saignées ; les pli^ sont si fins (et il en est ainsi des aubes) que le vêtement a moîn^ l'air d'être de toile que de bazin, ou de fil tricoté à côtes. X^ bonnet carré est une petite calotte courte, étroite, faite d'uï* carton mince et dont la houppe n'est guère plus grosse qu'tH* œillet ou une petite rose. Il donne dans un excès opposé ao^ nôtres, souvent si allongés et chargés de houppes si grosses, qu'on les prendrait pour des bonnets de grenadier, auxquels il txo manque plus que la devise militaire : nec aspera terrent.

Les amicts sont étroits, mais en revanche d'une longueur à descendre jusqu'au bas des reins. Les aubes ordinairement trop courtes, s'arrêtent à mi-jambe ; leurs manches, au contraire, sont très longues et très étroites ; on les déchire quelquefois avant do réussir à les faire entrer sur les bras. Les manipules sont étroits

iinairement cousus trop haut, pour que le bras y passe librô- . Les étoles, également étroites des pattes, sont trop larges lut, trop courtes, et n'ont jamais de tours de cou, non plus es chasubles, qui sont molles, sans bougran, et dont la croix, eu d'être derrière, est sur le devant, ayant les bras dans la 3 de l'ornement la plus étroite et nécessairement cachés, d le célébrant a les mains jointes. Lorsque la chasuble, ttant sur les coudes, était également large devant et derriëro, portait peu que la croix s'y trouvât d'un côté ou de l'autre ; il n'en est pas ainsi depuis qu'on en a gâté l'ancienne et fable forme, sous prétexte de la rendre plus commode. Il raisonnable que la croix fût fixée sur la partie la plus large, n sur celle où il est souvent impossible de la bien former ou ipercevoir.

8 corporaux ne sont pas différents des nôtres, mais les pales sans carton, consistant en une double toile, quelquefois e, fortement empesée, et néanmoins trop faible pour supporî voile du calice, quoique très léger, sans fléchir par les quatre . Les bourses sont toutes carrées, trop grandes et ne s'ou- ; qu'avec peine pour recevoir le corporal. Les purificatoires ai courts, qu'en les pliant en deux, on a peine à atteindre le du calice sans les faire disparaître des bords \ Les dalmas et tuniques ont les manches cousues tout au long, et non nt, comme les nôtres, sur les épaules. L'orfroi du pluvial ou chape va d'un bout à l'autre, sans être interrompu par le 3ron qui ne commence qu'au-dessous, et par conséquent, dans le dos d'une manière désagréable. L'ofiiciant qui donne nédiction du Saint-Sacrement, ne le fait qu'après avoir pris essus le pluvial, une large et longue écharpe, qui s'attache deux rubans sur la poitrine. Les ostensoirs sont surmontés.

On voit par cette description que nos ornements et nos linges sacrés )ien préférables à ceux de Rome. Je l'ai constaté moi-même bien des

comme les nôtres, d'un petit crucifix, mais n'ont jamais.de couronne.

En voilà assez sur cet article. Continuons le voyage. Nous passons près de Tolentino, ancien évêchë dont le siège a été uni à celui de Macerata. Ce ne fut pas sans regret que l'évêque de Québec se vit privé d'entrer dans cette jolie ville et d'y visiter . e tombeau et les reliques de S. Nicolas surnommé Tolentin, Idont on y conserve le corps. Mais le soleil baissait ; noufl devions coucher quelques lieues plus loin, et il n'y avait pas de temps à perdre.

Tolentino a acquis de la célébrité par le traité de paix qui y fut signé au commencement de 1797, entre les Français et les députés du Pape Pie VI, au grand désavantage de ce dernier.

Bonaparte, à la tête d'une armée française, était venu, en 1796, faire la guerre aux Autrichiens en Lombardie. Une lettre du secrétaire d'Etat du Pape à l'empereur, interceptée par ce général, lui donna un prétexte (il ne lui en fallait pas un grand) d'entrer sur les terres de l'Eglise. Un détachement des troupes du Pape ayant osé s'opposer à son entreprise, il les battit et n'en devint que plus déterminé à la poursuivre. Sans éprouver àe résistance, il se rendit successivement maître de trois légations, e* fit ravage et pillage dans la Marche d'Ancône, comme on l'a V'a ci-dessus, ayant bien soin de nourrir son armée par des requise* tions de vivres sur les pays qu'il parcourait. Peu satisfait de o^ brigandage, il voulait obtenir du Pape une cession, en faveur i^ la France, des pays qu'il venait de conquérir, et de plus, rançonner ses Etats du mieux qu'il pourrait. Il feignit donc de vouloir marcher sur Rome. Pie VI s'y attendait, mais aimait mieux en courir les risques, que de traiter avec un conquérant dont il connaissait l'insatiabilité. Il était donc décidé à se mettre en sûreté loin de sa capitale, sauf à y revenir dans des temps plus heureuX) comme avaient souvent fait ses prédécesseurs. Bonaparte apprit cette résolution et en fut singulièrement contrarié, parce que les intérêts de la Hépublique exigeaient qu'il retournât dans le Mila-

lis. Que fait-il ? — Il apprend que le procureur général des Char- Bux passait par son camp et s'en allait à Borne pour les affaires > son ordre. Il le fait appeler, l'argumenté, lui persuade qu'il est j la dernière conséquence pour le Pape de traiter promptement ec lui, sans quoi il sera obligé de mettre la ville de Rome à feu à sang. Il détermine ce relîgeux à mettre sous les yeux du Souvein Pontife les malheurs sans nombre auxquels ses sujets vont être iposés de la part d'une armée victorieuse, dont il sera iraposole de contenir la rage, etc., etc. Le moine arrive à Rome, va :oit au Vatican, quoiqu'il fût nuit, apprend que le Pape a résolu 3 se retirer à Bénévent, principauté qui lui appartenait dans le oyaume de Naples, et que tout est préparé pour le départ, qui oit avoir lieu le lendemain, au petit jour. Il se fait conduire nraédiatement à l'appartement du Pape, lui rend compte des îepositions du général français. Le Pape, ébranlé par ce discours, onvoque, dans la nuit même, un consistoire, et finit par résoudre 'envoyer des plénipotentiaires au conquérant, pour traiter avec lî. Ils étaient quatre : le premier d'entre eux était le cardinal lessandra Mattei, aujourd'hui doyen du Sacré-CoUëge. Ils se ndent en diligence à Tolentino, où Bonaparte attendait le ccès de l'intrigue dont il avait chargé le chartreux. Il reçut en les envoyés, leur fit ses propositions, qu'ils ne purent rejeter, loîqu'ils les trouvassent exorbitantes, parce qu'il avait une mée à ses ordres et que les envoyés n'en avaient pas. Quoil'ils ne fussent autorisés qu'à céder les deux légations de Bolole et de Ferrare, il .les força d'y ajouter celle de Ravenne, et, tns faire entrer en compte les richesses immenses qu'il avait Oiportées de Lorette, il stipula que le Pape paierait à la France 0,000,000 francs, moitié en argent, et moitié en bijoux, et lui iélivrerait les cent plus beaux tableaux qui existassent à Rome, kvec un certain nombre de lustres et de statues antiques. A ces onditions, il s'obligea de ne pas aller plus loin, d'évacuer la larche d'Ancône, et finalement accorda au Pape une paix que i France trouva moyen de rompre, des l'année suivante, et dont

le résultat final fut Tenlèvement de Pie VI, son emprisonnemem^t à Florence, et son transport en Dauphiné^ où il mourut au mois d'août 1799, accablé d'années et abreuvé d'amertumes.

Ayant dépassé Florentino, nous entrâmes, le soir même, d»n« l'Apennin, et après plusieurs montées et descentes, dans une nuit obscure, nous arrivâmes fort tard à Valcimara, ville ou villag"^ bien misérable, dans une méchante auberge dénuée de provisioi:i8 et encore plus de propreté. Nous en repartîmes trop matin, 1* mardi, pour prendre aucune information sur la place, d'où noi-i« étions déjà à une lieue, lorsque le soleil se leva.

9. — La partie des monts dans laquelle nous louvoyons, ce matin, ne présente rien que d'assez ennuyeux et sauvage. L'Apennî» est beaucoup moins vivant que les Alpes. Les habitations y sont plus clair-semées et les rencontres des voyageurs beaucoup pin fi rares.

Faute d'avoir trouvé à déjeuner, nous arrivons à jeun, entx** 10 et 11 heures du matin, à Saravalla ou Saravalle, autre endroit qu'on appelle ici ville, et qui ne vaut pas un des plus chétîfs vil" lages que l'on traverse dans la Savoie. Ce n'est autre cho^^ qu'une rangée de maisons mal bâties, et souvent interrompue sur le bord d'un petit ruisseau, où l'eau coule à peine. La maisc^ ^ où nous abordâmes était aussi dénuée et un peu plus sale q*^® celle où nous avions passé la nuit. Il fallait prendre des gan-*^ pour ouvrir et fermer les portes, sans se salir les mains. Du reat-^ une bonne grosse femme bien dévote nous informa que le 1^*^' demain était dans la paroisse un jeûne d'obligation, pour se pi^^ parer à la fête de S. Martin, patron de l'église paroissiale. ^^ effet, l'évêque ayant fait quelques arpents dans le chemin qaî- * beaucoup de détours, pour suivre les irrégularités de la mon*^^ gne au pied de laquelle il est tracé, parvint à une petite église ^^® S. Martin, où il entendit une messe basse. Comme c'était le d^^ nier jour de l'octave des morts, pour lesquels il y a beaucoup ^^ dévotion en ce pays, la messe fut suivie d'une absoute faîte ï^^ un petit clergé composé d'un officiant, d'un chantre et d'un por*^

îx, se tenant tous trois d'une manière trës édifiaute ; car c'est is ces petits endroits que l'on trouve plus communément de la té.

Dans cette partie de l'Italie, on a la mauvaise pratique de cer les écuries au-dessous des maisons, ce qui ajoute un degré malpropreté à celle qui y existe déjà.

STous parvenons à avoir, à midi, un déjeuner dinant, consistant viande brûlée et en œufs à la coque. Heureusement le vin ît bon. Le caquet de la bonne hôtelière fit une petite diver- Q. Elle parlait italien ; nous ne l'entendions guère, mais ses ites expressifs donnaient de la signification à ses paroles. ITous iaissâmes fort contente de nous, qui aurions été plus contents lie, si ses vitres avaient été moins épaisses, et ses couteaux et viettes moins enduits de crasse. Cependant ni elle, ni son lyer ne soupçonnait qu'ils fassent aucunement repréhensibles • l'article de la propreté. Il en est de cette qualité, comme de politesse : chacun croit en avoir une dose suflisante. N"ous continuons la route. Elle nous conduit sur des hauteurs :nes d'être considérées. Malheureusement ces hauteurs sont -sînes des nuages. Nous sommes accueillis d'une pluie froide épaisse qui dure le reste du jour, oblige de tenir les portières la voiture strictement fermées, et ne permet de rien voir à Vers des vitres couvertes de vapeur. Nous redescendons le même in et avec la même pluie, qui diminue cependant vers le soir, â jours de cette saison sont trop courts pour la curiosité des >^ageurs. Nous arrivons à Foligny, ville florissante, où il y ^ait eu à voir plusieurs choses : par exemple, un devant d'autel ^8 l'église S'® Anne, qui passe pour un des plus beaux moraux de peinture du monde, ouvrage de Raphaël Urbino : la ïsse do la Bienheureuse Angèle de Foligny, qui fut un modèle pauvreté, de souflFrances et d'humilité. Mais comment aller ^rter, après soleil couché, à des portes d'églises fermées, sans 'Xiie savoir où en demeurent les gardiens, qui souvent en sont 't éloignés? Nous trouvons ici une auberge passable, sans être

le résultat final fut renlèvement de Pie VI, son emprisonnement à Florence, et son transport en Dauphiné^ où il mourut au mois d'août 1799, accablé d'années et abreuvé d'amertumes.

Ayant dépassé Florentino, nous entrâmes, le soir même, dati» l'Apennin, et après plusieurs montées et descentes, dans une nuit obscure, nous arrivâmes fort tard à Valcimara, ville ou village bien misérable, dans une méchante auberge dénuée de provisîona et encore plus de propreté. Nous en repartîmes trop matin, 1® mardi, pour prendre aucune information sur la place, d'où nous étions déjà à une lieue, lorsque le soleil se leva.

9. — La partie des monts dans laquelle nous louvoyons, ce matin» ne présente rien que d'assez ennuyeux et sauvage. L'Apenni*^ est beaucoup moins vivant que les Alpes, Les liabitations y soca^ plus clair-semées et les rencontres des voyageurs beaucoup plti^ rares.

Faute d'avoir trouvé à déjeuner, nous arrivons à jeun, eniT^^ 10 et 11 heures du matin, à Saravalla ou Saravalle, autre endro"** qu'on appelle ici ville, et qui ne vaut pas un des plus chétifs vx *" lages que l'on traverse dans la Savoie. Ce n'est autre cho^ qu'une rangée de maisons mal bâties, et souvent interrompu.^ sur le bord d'un petit ruisseau, où l'eau coule à peine. La maisc^'^ où nous abordâmes était aussi dénuée et un peu plus sale q^^^ celle où nous avions passé la nuit. Il fallait prendre des gao-* pour ouvrir et fermer les portes, sans se salir les mains. Du refit' ^ une bonne grosse femme bien dévote nous informa que le 1^^^" demain était dans la paroisse un jeûne d'obligation, pour se -ptr^ parer à la fête de S. Martin, patron de l'église paroissiale. "^^ effet, révêque ayant fait quelques arpents dans le chemin qui * beaucoup de détours, pour suivre les irrégularités de la mon*^* gne au pied de laquelle il est tracé, parvint à une petite église ^^ S. Martin, où il entendit une messe basse. Comme c'était le d^^ nier jour de l'octave des morts, pour lesquels il y a beaucoup ^® dévotion en ce pays, la messe fut suivie d'une absoute faite p^ un petit clergé composé d'un ofliciant, d'un chantre et d'un por*^

ix, se tenant tous trois d'une manière trës édifiaute ; car c'est is ces petits endroits que Ton trouve plus communément de la té.

Dans cette partie de l'Italie, on a la mauvaise pratique de cer les écuries au-dessous des maisons, ce qui ajoute un degré malpropreté à celle qui y existe déjà,

î^ous parvenons à avoir, à midi, un déjeuner dinant, consistant viande brûlée et en œufs à la coque. Heureusement le vin Lt bon. Le caquet delà bonne hôtelière fit une petite diver- 1. Elle parlait italien ; nous ne l'entendions guère, mais ses tes expressifs donnaient de la signification à ses paroles. Nous aissâmes fort contente de nous, qui aurions été plus contents lie, si ses vitres avaient été moins épaisses, et ses couteaux et ç^iettes moins enduits de crasse. Cependant ni elle, ni son yev ne soupçonnait qu'ils fussent aucunement repréhensibles l'article de la propreté. Il en est de cette qualité, comme de Politesse : chacun croit en avoir une dose suflisante. îTous continuons la route. Elle nous conduit sur des hauteurs nés d'être considérées. Malheureusement ces hauteurs sont QÎnes des nuages. Nous sommes accueillis d'une pluie froide épaisse qui dure le reste du jour, oblige de tenir les portières la voiture strictement fermées, et ne permet de rien voir à v-ers des vitres couvertes de vapeur. Nous redescendons le même in et avec la même pluie, qui diminue cependant vers le soir, i jours de cette saison sont trop courts pour la curiosité des ''ageurs. Nous arrivons à Foligny, ville florissante, où il y •ait eu à voir plusieurs choses : par exemple, un devant d'autel i8 l'église S^^ Anne, qui passe pour un des plus beaux morux de peinture du monde, ouvrage de Raphaël XJrbino : la fcsse do la Bienheureuse Angèle de Foligny, qui fut un modèle pauvreté, de souftVances et d'humilité. Mais comment aller irter, après soleil couché, à des portes d'églises fermées, sans ïne savoir où en demeurent les gardiens, qui souvent en sont t éloignés? Nous trouvons ici une auberge passable, sans être

bonne. Elle est située à l'entrée de la ville. Nous n'en sercaiiiB que plus à portée du départ.

10. — Le lendemain, nous arrivons à Spolette, vers 9 heures — ^lu matin. Le voiturin n'en devant repartir qu'entre onze heures et

midi, nous profitons du loisir qu'il nous laisse, pour aller visi ter

la cathédrale. Elle est au plus haut point de la ville, sans né^swnmoins être aussi élevée que celle d'Ancône. Ce n'est pas ^an édifice sans mérite. Outre des mosaïques et de belles peintu^^es dans l'intérieur, elle a, en dehors, l'avantage de donner sur i^K.De large rue. Le portail a quelque chose qu'on ne voit nulle p^^rt ailleurs, savoir : une chaire à prêcher de chaque côté de la grai^. de porte. En supposant que la seconde n'ait été mise que pc^nr faire symétrie avec la première, celle-ci, du moins, devait av^oir pour but, on de donner de là des leçons ou lectures au peup^le, ou de faire entendre la parole de Dieu à un plus grand nomfci^re d'auditeurs que n'en pouvait contenir l'église. Ainsi appreno:«a8nous que S. Antoine de Pade prêchait souvent dehors, parce (^iie son auditoire, toujours trop nombreux, aurait été privé de l'entendre s'il n'eût prêché que dans une église.

De la cathédrale, l'évêque de Québec passa chez son collègue, l'évêque du lieu qui, à la vérité, ne l'accusa pas de renier Jésus- Christ, parce qu'il ne portait pas le collet italien, mais parut fort mal édifié de ce qu'il avait un chapeau rond, au lieu de l'avoir relevé des trois côtés. A entendre le brave prélat, cette forme de chapeau était si essentielle à l'habillement ecclésiastique, que là où elle manquait, tout le reste devait compter pour rien. Il est vrai qu'en Italie, depuis le plus petit clerc, âgé de 10 à 12 aus, jusqu'au doyen des cardinaux inclusivement, nul ecclésiastique ne manque de porter le chapeau tricornu. Avec cela et le petit collet et la tonsure, on est en règle. La soutane ne compte pour rien. Une redingote noire, courte ou longue, veste, bas et culotte noire : on n'exige rien de plus des clercs, ni des prêtres séculiers. Dans toutes les sacristies, on trouve, pour la messe, des allumelles ou soutanes sans manches, l'on se contente même de la redingote

par-dessous Paube, pour peu qu'elle approche de la cheville du pied. Du reste, ni à Tautel, ni par la ville, il n'est permis à un ecclésiastique d'être chaussé en bottes, ni de porter un pantalon, ni d'avoir des cordons à ses souliers, au lieu de boucles.

Un ecclésiastique qui va en compagnie ou rend visite à quelque personne de qualité, par exemple à un protecteur, à une dame, à un évêque, à un cardinal, doit quitter la redingote et prendre à sa place un habit noir descendant jusqu'aux genoux, et un petit manteau attaché par derrière, au collet de soie de son liabit, et lui tombant dans le dos jusqu'un peu au-dessous du jarret. Avec cela, il est admissible partout. On est si sévère à cet égard, que nul n'oserait se présenter chez des gens respectables dans un iiutre costume. Ne soyez point scandalisés de ceci, ecclésiastiques canadiens ; examinez bien ce qu'ordonne là-dessus le Concile de Trente, sess. 14, De reform., cap. 6. Item, sess. 23, De reform., càp. 6. — Vous y verrez qu'en assujettisant les ecclésiastiques à porter la tonsure et l'habit clérical, il n'a pas déterminé en quoi consisterait cet habit, mais a laissé ce soin aux évâques. Dans les pays où les ordonnances épiscopales ont décidé que cet habit serait la soutane, comme dans le diocèse de Québec, il n'y a nul doute de l'obligation qu'ont tous les ecclésiastiques de la porter. Il en est de même en France, en Savoie, en Piémont, dans le royaume de Naples. Mais dans les Etats Pontificaux, dans la Lombardie et autres lieux, où l'habit ecclésiastique consiste dans ce que l'on vient de lire, il n'y a nulle obligation de porter la soutane. L'usage est néanmoins d'y assujettir les clercs qui demeurent dans les séminaires. Ceux-là seulement, outre le chapeau tricornu et le petit collet, portent une soutane boutonnée comme les nôtres, mais sans ceinture. Or cette soutane est tantôt noire, tantôt blanche, tantôt violette, suivant les différents séminaires où ils demeurent. Par-dessus la soutane, ils portent toujours, quand ils sortent, unesimarre de même couleur, ouverte par devant et sans manches, mais avec deux ailes pendantes, comme les manteaux des Jésuites. Les ecclésiastiques camériers

bonne. Elle est située à l'entrée de la ville. Nous n'en serong que plus à portée du départ.

10. — Le lendemain, noua arrivons à Spolette, vers 9 heures du matin. Le voiturin n'en devant repartir qu'entre onze heures et midi, nous profitons du loisir qu'il nous laisse, pour aller visiter la cathédrale. Elle est au plus haut point de la ville, sans néanmoins être aussi élevée que celle d'Ancône. Ce n'est pas un édifice sans mérite. Outre des mosaïques et de belles peintures dans l'intérieur, elle a, en dehors, l'avantage de donner sur une large rue. Le portail a quelque chose qu'on ne voit nulle part ailleurs, savoir : une chaire à prêcher de chaque côté de la grande porte. En supposant que la seconde n'ait été mise que pour faire symétrie avec la première, celle-ci, du moins, devait avoir pour but, on de donner de là des leçons ou lectures au peuple, ou de faire entendre la parole de Dieu à un plus grand nombre d'auditeurs que n'en pouvait contenir l'église. Ainsi apprenonsnous que S. Antoine de Pade prêchait souvent dehors, parce que son auditoire, toujours trop nombreux, aurait été privé de l'entendre s'il n'eût prêché que dans une église.

De la cathédrale, l'évêque de Québec passa chez son collègue, l'évêque du lieu qui, à la vérité, ne l'accusa pas de renier Jésus- Christ, parce qu'il ne portait pas le collet italien, mais parut fort mal édifié de ce qu'il avait un chapeau rond, au lieu de l'avoir relevé des trois côtés. A entendre le brave prélat, cette forme de chapeau était si essentielle à l'habillement ecclésiastique, que là où elle manquait, tout le reste devait compter pour rien. Il est vrai qu'en Italie, depuis le plus petit clerc, âgé de 10 à 12 ans, jusqu'au doyen des cardinaux inclusivement, nul ecclésiastique ne manque de porter le chapeau tricornu. Avec cela et le petit collet et la tonsure, on est en règle. La soutane ne compte pour rien. Une redingote noire, courte ou longue, veste, bas et culotte noire : on n'exige rien de plus des clercs, ni des prêtres séculiers. Dans toutes les sacristies, on trouve, pour la messe, des allumelles ou soutanes sans manches, l'on se contente même de la redingote

par-dessous l'aube, pour peu qu'elle approche de la cheville du pied. Du reste, ni à l'autel, ni par la ville, il n'est permis à un ecclésiastique d'être chaussé en bottes, ni de porter un pantalon, ni d'avoir des cordons à ses souliers, au lieu de boucles.

Un ecclésiastique qui va en compagnie ou rend visite à quelque personne de qualité, par exemple à un protecteur, à une dame, à un évêque, à un cardinal, doit quitter la redingote et prendre à sa place un habit noir descendant jusqu'aux genoux, et Tin petit manteau attaché par derrière, au collet de soie de son babit, et lui tombant dans le dos jusqu'un peu au-dessous du jarret. Avec cela, il est admissible partout. On est si sévère à cet égard, que nul n'oserait se présenter chez des gens respectables dans un ^utre costume. Ne soyez point scandalisés de ceci, ecclésiastiques canadiens ; examinez bien ce qu'ordonne là-dessus le Concile de Trente, sess. 14, De reform., cap. 6. Item, sess. 23, De reform., càp. 6. — Vous y verrez qu'en assujettisant les ecclésiastiques à porter la tonsure et l'habit clérical, il n'a pas déterminé en quoi consisterait cet habit, mais a laissé ce soin aux évêques. Dans les pays où les ordonnances épiscopales ont décidé que cet habit serait la soutane, comme dans le diocèse de Québec, il n'y a nul doute de l'obligation qu'ont tous les ecclésiastiques de la porter. Il en est de même en France, en Savoie, en Piémont, dans le royaume de Naples. Mais dans les Etats Pontificaux, dans la Lombardie et autres lieux, où l'habit ecclésiastique consiste dans ce que l'on vient de lire, il n'y a nulle obligation de porter la soutane. L'usage est néanmoins d'y assujettir les clercs qui demeurent dans les séminaires. Ceux-là seulement, outre le chapeau tricornu et le petit collet, portent une soutane boutonnée comme les nôtres, mais sans ceinture. Or cette soutane est tantôt noire, tantôt blanche, tantôt violette, suivant les différents séminaires où ils demeurent. Par-dessus la soutane, ils portent toujours, quand ils sortent, une simarre de même couleur, ouverte par devant et sans manches, mais avec deux ailes pendantes, comme les manteaux des Jésuites. Les ecclésiastiques camériers

du Pape, des cardinaux et des ëvêquee, sont habillés, dans 1.^^ antichambres où on les trouve, comme les séminaristes, excei>^ que leurs soutanes ou simares sont d'une couleur vinée, L-«ft^ camériers des cardinaux assistant leurs maîtres à la chape— M\e papale ou cardinalice, conservent le même costume. Ceux ^^lu Pape prennent, par-dessus, une espèce de redingote rouge, à m^^anches larges, ceinturée, descendant jusqu'aux pieds, et munie d'^ un grand capuchon doublé en hermine, pour les uns, en serge rouf* ^e, pour les autres, suivant les différentes classes auxquelles ils app^^»rtiennent.

Les évêques et cardinaux, dans leurs maisons, ont pour hat^^it ordinaire une espèce de simarre ou robe de chambre de dr-^sp noir, avec un large collet qui leur descend jusqu'aux saignées, et a, de chaque côté, des boutons et boutonnières, en sorte que l'^r^n croirait que ce sont des secondes manches plus courtes que cell ^a de dessous. Cette simarre est boutonnée jusqu'aux genoux ^^ laisse apercevoir les bas qui sont toujours de soie violette pourl^» évêques, et de soie rouge pour les cardinaux. La simarre cl^>ô cardinaux est aussi bordée en rouge, au lieu que celle des évêqa ^^ est toute noire. Ni les uns ni les autres ne portent de ceînta JC*^^ sur cette espèce de robe, avec laquelle ils célèbrent la messe, daJ^ ^ leurs chapelles domestiques. Ils portent habituellement la croi-^* pectorale attachée à un cordon, avec un gland pendant dans X^ dos. Les cardinaux qui ne sont pas évêques, ne portent pas X^* croix, mais tous portent l'anneau.

Si un cardinal ou un évêque doit sortir, même en voiture, po *^^ ^ aller en promenade ou pour rendre une visite, soit à des séculie^c*^^ soit à une maison religieuse, la première chose qu'il fait est ^^^ quitter la simarre et de prendre l'habit court, par-dessus leqaeL '^ met la croix suspendue à son cordon, s'il a le droit de la port^^^* Cet habit court ou bourgeois est tout noir pour les évêques ; l^^ cardinaux le portent doublée de rouge. Le petit manteau de so^^ l'accompagne toujours. Le chapeau est noir, entouré d'un rul>^^ vert et d'une grosse rosette pour les évêques. Le ruban et 1^

ette du chapeau des cardinaux sont d'or. La soutane ne se

t que pour le grand appareil, comme pour aller chez le Pape

pour assister à quelque office public de l'Eglise. La suite de

journal donnera lieu de revenir sur l'article du costume ecclé-

itique.

^ la question près qui s'éleva entre les évêques de Spolette et

Québec, sur ce point de discipline, ils se virent fort amicale-

Qt.

jC duché de Spolette est l'ancienne province d'Ombrie, ibria. Son voisinage est remarquable par un pont que soutienit un grand nombre d'arches très étroites, auquel on donne ) pieds de long et 900 de hauteur. Nous essayâmes inutilent à l'apercevoir de la ville. Il aurait fallu l'aller chercher à i demi-lieue, et nous n'en avions pas le temps. Sa destination acîpale, comme celle de plusieurs autres en Italie, est de con- Lr un aqueduc pour fournir la ville d'eau. Il en fut de même palais de Théodose, des restes d'un théâtre et d'un amphiâtre que ne manquent pas de voir ceux qui parcourent ce s par curiosité. Mais quand on n'y est conduit que par des ires, et que l'on a à cœur d'en accélérer la conclusion, on sait priver de la vue de tous les objets que l'on ne peut atteindre 8 allonger sa route, et cette privation se fait sans grand effort. 3e Spolette, nous allâmes coucher à Terni, autre ville épisco- 5, ayant pour premier pasteur M*'^ Chs Bénignî, âgé de 75 ans, llard plein de douceur et de modestie. Après lui avoir rendu te, l'évêque de Québec entra à la cathédrale, mais à nuit née, et en sortit sans y avoir rien vu. Cette ville paraît remarble par la manière dont les rues y sont percées, par la qualité ses édifices, par la gaieté de ses habitants occupés, en ce ment, à la construction d'an théâtre, et s'amusant, en attent, à voir jouer des marionnettes dans la place publique. )a parle beaucoup d'une cascade, la plus grande d'Italie, située uelques milles d'ici, mais peu capable d'exciter la curiosité, îîd on a vu celle de Niagara et de Montmorency.

<3u Pape, des cardinaux et des ëvêqueg, sont habillés, dans 1^^ antichambres où on les trouve, comme les séminaristes, excei>"^ que leurs soutanes ou simares sont d'une couleur vinée, L^kô^ camériers des cardinaux assistant leurs maîtres à la chapelMl^ papale ou cardinalice, conservent le même costume. Ceux ^r^tt Pape prennent, par-dessus, une espèce de redingote rouge, à m^^nches larges, ceinturée, descendant jusqu'aux pieds, et munie d'i^^iQ grand capuchon doublé en hermine, pour les uns, en serge roogg^e, pour les autres, suivant les différentes classes auxquelles ils app^^rtiennent.

Les évêques et cardinaux, dans leurs maisons, ont pour hafczi^ft ordinaire une espèce de simarre ou robe de chambre de dr.^p noir, avec un large collet qui leur descend jusqu'aux saignées, «t a, de chaque côté, des boutons et boutonnières, en sorte que l'on croirait que ce sont des secondes manches plus courtes que celles de dessous. Cette simarre est boutonnée jusqu'aux genoux ^^ laisse apercevoir les bas qui sont toujours de soie violette pour les évêques, et de soie rouge pour les cardinaux. La simarre 6L^^ cardinaux est aussi bordée en rouge, au lieu que celle des évêqa^^ est toute noire. Ni les uns ni les autres ne portent de ceintU-X"^ sur cette espèce de robe, avec laquelle ils célèbrent la messe, da.ï^^ leurs chapelles domestiques. Ils portent habituellement la croî-^ pectorale attachée à un cordon, avec un gland pendant dans 1^ dos. Les cardinaux qui ne sont pas évêques, ne portent pas 1* croix, mais tous portent l'anneau.

Si un cardinal ou un évêque doit sortir, même en voiture, po** ^ aller en promenade ou pour rendre une visite, soit à des séculie»*^^ soit à une maison religieuse, la première chose qu'il fait est ^^^ quitter la simarre et de prendre l'habit court, par-dessus lequel ^ met la croix suspendue à son cordon, s'il a le droit de la port^^*^* Cet habit court ou bourgeois est tout noir pour les évêques ; X^^ cardinaux le portent doublée de rouge. Le petit manteau de so^^ l'accompagne toujours. Le chapeau est noir, entouré d'un rul>^** vert et d'une grosse rosette pour les évêques. Le ruban et X*

ette du chapeau des cardinaux sont d'or. La soutane ne se t que pour le grand appareil, comme pour aller chez le Pape pour assister à quelque office public de l'Eglise. La suite de journal donnera lieu de revenir sur l'article du costume ecclé- 3tique.

A- la question prës qui s'éleva entre les évêques de Spolette et Québec, sur ce point de discipline, ils se virent fort amicalent.

Le duché de Spolette est l'ancienne province d'Ombrie, ribria. Son voisinage est remarquable par un pont que soutienit un grand nombre d'arches très étroites, auquel on donne ) pieds de long et 900 de hauteur. Nous essayâmes inutilent à l'apercevoir de la ville. Il aurait fallu l'aller chercher à i demi-lieue, et nous n'en avions pas le temps. Sa destination acipale, comme celle de plusieurs autres en Italie, est de conir un aqueduc pour fournir la ville d'eau. Il en fut de même

palais de Théodose, des restes d'un théâtre et d'un amphiâtre que ne manquent pas de voir ceux qui parcourent co 'S par curiosité. Mais quand on n'y est conduit que par des -ires, et que l'on a à cœur d'en accélérer la conclusion, on sait priver de la vue de tous les objets que l'on ne peut atteindre 8 allonger sa route, et cette privation se fait sans grand effort. De Spolette, nous allâmes coucher à Terni, autre ville épisco- ^, ayant pour premier pasteur M^"^ Chs Bénigni, âgé de 75 ans,

llard plein de douceur et de modestie. Apres lui avoir rendu te, l'évêque de Québec entra à la cathédrale, mais à nuit née, et en sortit sans y avoir rien vu. Cette ville paraît remar- -ble par la manière dont les rues y sont percées, par la qualité

ses édifices, par la gaieté de ses habitants occupés, en ce ment, à la construction d'un théâtre, et s'amusant, en attenit, à voir jouer des marionnettes dans la place publique. Dn parle beaucoup d'une cascade, la plus grande d'Italie, située ^elques milles d'ici, mais peu capable d'exciter la curiosité, -îid on a vu celle de Niagara et de Montmorency.

11. — Le lendemain, au petit jour, ayant déjà fait deux lieues, nous nous trouvons au milieu d'une méchante ville, sale, pauvre, remplie de hautes maisons trës mal bâties sur des rues raboteuses, et si étroites, que la voiture a de la peine à y passer, sans heurter les maisons, avec les deux bouts de son grand essieu. C'est Narni, l'ancienne Interamna des Romains, ainsi nommée parce qu'elle est située sur une montagne qui sépare en deux branches la rivière àeNera. Nous parvenons à une place sur laquelle plusieurs habitants étaient occupés à abreuver leurs ânes autour d'une fontaine. Nous cherchons à déjeuner : on nous ofire des châtaignes; nous demandons du café : il y en a, mais il faut le prendre à l'eau. Point de lait dans cette ville, ni dans celles qui nous restent à traverser d'ici à Rome, ni dans les campagnes qui environnent. Les vaches de ce pays sont attelées l'automne et labourent avec les bœufs. Cet assujettissement les fait tarir.

Nous passons outre, sans regretter la ville que nous laissions, mais pour tomber bientôt de mal en pire, dans Otricoli qui, par sa position et sa construction, a beaucoup plus l'air d'une prison que d'une ville. Nous en faisons le demi-tour, à pied, dans la fange, pendant que l'on faisait dîner nos mulets proportionnellement mieux traités que nous ; car ils avaient ici leurs aliments ordinaires, et nous n'y trouvions pas les nôtres. Ce qui nous parut le plus singulier, fut d'apercevoir un jeune dessinateur ] anglais, occupé de tirer la vue d'Otricoli, d'un point d'élévation où il s'était placé. Si cette vue mérite d'être gravée, on peut livrer au burin tous les endroits du monde.

Pour peu que l'on examine la nature des édifices, en Italie, tous en pierres ou en briques, couverts de tuiles, n'ayant de bois que dans les portes et les fenêtres, avec des poutres revêtues de pavés à chaque étage, on ne doit pas être surpris du peu d'incendies qui ont lieu dans ce pays, et l'on conçoit à peine qu'il ait pu y en avoir autrefois de considérables à Rome, ce qui reste des anciens édifices faisant voir qu'on n'y admettait pas plus de bois que dans les constructions modernes. Les papiers de France

annoncent tons les jours que la famille royale a donné des sommes considérables pour la réparation tantôt d'un village et tantôt d'un autre, affligés par des incendies. Si au lieu de ces sommes qui, dans le cours d'une année, s'élèvent à un montant considérable, cette famille faisait présent de dix mille tuiles à chaque village où le feu n'est pas encore passé, elle les conserverait, et s'épargnerait une dépense qui est sans cesse à recommencer.

Ce n'est qu'à travers toutes les inégalités des Apennins, et aprës avoir mis plusieurs fois des bœufs sur la voiture, pour suppléera l'insuffisance des mulets, dans la montée des côtes, les plus raides que nous avions louvoyés depuis deux jours dans ces ennuyeuses montagnes, où il y a peu de champs cultivés, où les oliviers 8ont sauvages, où la vue n'est récréée que par de nombreux troupeaux de chèvres et de moutons. Nous arrivons enfin à une région plus unie, nous traversons pour la première fois le Tibre, sur un pont nommé Ponte Felice^ ouvrage de Sixte V, réparé par TTrbain VIII, et orné d'inscriptions en l'honneur de ces deux Pontifes. Nous laissons à droite Civita-Castellanaj place forte, élevée sur un rocher inaccessible. C'est l'ancien Fescenniuniy capitale des Falisques, contre lesquels la République Romaine eut tant à lutter, avant de les soumettre.

Parvenus à la plaine, les voyageurs se flattent de trouver une campagne cultivée et riante. Point du tout. C'est une friche à perte de vue. En approchant de Népî, ville où nous devions coucher, on laisse à main droite, une longue suite d'arcades supportant l'aqueduc qui donne de l'eau à cette ville. Nous y arrivons à la pluie, et y trouvons l'auberge la plus mal montée que nous eussions vue de la route. Voulant profiter du peu de jour qui restait pour adorer le Saint-Sacrement, nous traversons une place et parvenons à une église tenue par des religieux Augustins. Un frère, sur le point de fermer la porte, attend patiemment que nous eussions satisfait notre dévotion, puis nous remercie comme des gens qui lui auraient rendu service. L'auberge est si misérable, qu'avec peine obtenons-nous, à 9 heures du soir, la moitié de ce

qu'il aurait fallu pour une réfection raisonnable. Le terme clu voyage dédommagera peut-être des contrariétés de la route. Il ne reste plus que 30 milles à faire pour arriver à Rome. rL^ea approches de cette fameuse ville seront apparemment des vergers, des châteaux, des campagnes bien cultivées et riante ^g. Ainsi s'amusent dans leur imagination, ceux qui n'y sont jam^ siis allés. Mais ils se trompent. Dans toute cette distance, il n^^^ a pas un arbre, pas un champ tant soit peu soigné, pas même L::a.ne habitation, si ce n'est quelques maisons éparses que l'on aperçoit à une trës longue distance, hors de deux maigres villages, jpàr lesquels on passe successivement. Cette partie du patrimoîfle de S. Pierre est une vraie Thébaïde, une route triste et dég'oûtante par son entière solitude. On croit approcher du bout da monde plutôt que de la grande cité qui, depuis longtemps, en est regardée comme le centre.

Nous passons, pour la seconde fois, le Tibre, sur l'ancien Pont' Milvius^ rebâti par Sixte V et présentement nommé Ponte Mole. A un mille de Rome, se présente une espèce de faubourg, à travers lequel passe la Via Flaminia^ que nous suivons depuis le matin. Ce faubourg n'est pas garni de maisons, comme il serait naturel de s'y attendre, mais on marche entre deux murs de quinze pieds de haut, servant de clôture à de grandes propriétés qui occupent le voisinage de la ville. Des palais, situés au milieu de ces vastes possessions, ne sont pas visibles pour les passants, si ce n'est à travers quelques portes cochëres en claire-voie. Il en est de même des autres avenues de la ville. On arrive donc dessus sans l'apercevoir. Nous y entrons par la porte nommée présentement del popolo, autrefois porta Flaminia^ d'une superbe architecture. Là se présente d'abord la place du peuple piazza delpopoloy ornée d'une fontaine, d'un obélisque, de deux chapelles, d'une église et d'un monastère d' Augustins. La garde nous envoie à la douane, ancien temple d'Antonin le Pieux, dont les colonnes encore subsistantes tomberaient sur les passants, si elles n'étaient cerclées de fer. Au retour de là, nous gagnons la place d'Espagne,

Piazza di Stagna. Elle est surnommée par ses belles et grandes hôtelleries. Nous nous logeons provisoirement dans celle de la Grande Bretagne^ ayant pour maître le nommé Gémi. (J'est sans contredit la meilleure que nous ayons rencontrée depuis le départ de Québec; mais elle est trop chère pour que l'on y tienne longtemps. Quatre jours que nous y passons nous coûtent 22 piastres. Ayant environ trois mois à demeurer à Rome, il était plus économique de prendre un loyer et de pourvoir nous-mêmes à notre nourriture. Nous en trouvons un en face du Palais Piombino, chez un courrier du Pape, nommé Angelo ComparozzL Quatre appartements à 35 piastres par mois nous sont donnés au second étage, tout meublés, et la famille se charge de faire notre ordinaire à un prix modéré. Nous payons à part ce qu'il faut acheter.

L'évêque de Québec fat redevable de ce logement et de plusieurs autres services essentiels pour des voyageurs, au zële empressé de l'abbé Ferrucci, auquel il avait apporté, sans le savoir, des lettres de recommandation de la part du marquis de Montmorency, ami de cet abbé, avec lequel il avait fait connaissance à Paris.

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