CHAPITRE QUATRIEME
I^oi>«àrt de Lyon. — La Savoie. — Les Alpes, le passage de Chaille. — Les.
lEchelles. — Chambéry. — Les Savoyards Le marquis de Vivalda. —
J^ont Cenis. — L'hospice. — Le Piémont. — Les vignes. — Turin. — Le Saint-Suaire. — Les chanoines. — L'évêque de Sergiopolis. — La Lombar ciie. — Milan. — Le dôme. — Les cérémonies du rite Ambrosien. — Plai sance. — La langue latine. — Inondation du Taro. — Réception chez l'évêque de Borgo di San Donino. — Parme. — Modène. — Les Etats du Pape.
1. 1 Octobre. — Un marché écrit et signé entre M. Turgeon et un ttommé Fisterre nous assure jusqu'à Milan les services de ce voiturîii qui, pour le prix de £20, donne à John une place dans le cabriolet de sa voiture et laisse tout l'intérieur à notre disposition, avec liberté de nous associer des compagnons, s'il s'en présente de convenables, dont les frais de passage seront en déduction de la somme convenue. La voiture est de quatre places, pourrait au besoin loger 6 personnes. Elle est commode et bien close, ferme ^ clef quand on veut, de sorte que le bagage que l'on y laisse est ^^ sûreté pour la nuit. Nos trois malles saisies sur le derrière avec une chaîne et un cadenas sont également à l'abri des voleurs. M^aia au lieu de convenir que nous nous contenterions d'être nourris comme le sont ordinairement les hôtes, le cocher, qui s'oblige de P^yer dans les hôtelleries pour notre souper comme pour le ^getnent, a stipulé que nous serions nourris à table d'hôte, '^ n'est pas tout. Fisterre est bourru et malhonnête. Enfin ses b^vaux, quoique vantés par lui, n'ont pas de train. Sur trois ^i conduisent une voiture assez lourde, l'un porte un séton
^-dessous du cou, l'autre a une rétention d'urine. C'est néanmoins
avec cet équipage qu'il faut, dans la premîëre semaine, traverM^er
la Savoie, franchir les Alpes et atteindre la capitale du Piémoi it.
Nous laissons Lyon au petit jour et entrons lâentôt dans le département de l'Isëre, qui fait partie de l'ancien Dauphiné. H
est réglé que nous n'arrêterons pas pour déjeuner, mais qu'^^au moyen de deux verres, dont nous faisons emplette, et de six boi^^uteilles d'excellent vin dont M. l'abbé Oourbon nous a fait préso nt pour le voyage, nous déjeunerons dans la voiture avec du p&^^in et des fruits (poires, châtaignes, raisins), ou du fromage de gruyè^^re
que l'on trouve en abondance à 16 sols la livre dans tous les v il-
lages de ce pays.
Nous nous arrêtons pour dîner dans un lieu nommé La V -— ^rpelliëre. En visitant la pauvre église de cette paroisse, il est ar^MBé de reconnaître qu'elle a pour curé quelque bon vieillard qui n "^aperçoit plus les toiles d'araignées, ni ne peut distinguer le lim ^e blanc d'avec le sale. Notre entrée au presbytère nous montre -^n efiet un octogénaire presque aveugle, qui prenait son dîn ^r, essuyant sur sa soutane qu'il ne distinguait pas de sa serviette^ la sauce et la graisse attachées à ses doigts. Il avoua aux d& "«JX voyageurs qu'il disait la messe à tâtons, et que, pour un homï3ie de son âge, il faisait plus qu'on ne devait attendre. Le bonhomx^oe pourrait faire encore quelque chose de plus, savoir : de résigci^r un bénéfice qu'il n'est pas capable d'occuper. Mais il n'est pfls donné à tout le monde de savoir se retirer à propos. Le reste de cette journée n'offrit rien qui soit digne d'être mentionné. Notifl allâmes coucher à la Tour-du-Pin, après la nuit fermée. Heureusement cette petite ville n'a pas de quoi piquer la curiosité des voyageurs.
12.— Le mardi avant neuf heures du matin, nous arrivions au pont Beauvoisin. C'est tout ensemble un pont et une ville. Le pont est construit sur la rivière Guyer. La ville est sur les deux rives. D'un côté, il y a douane et garnison françaises ; de l'autre, douane et garnison piémontaises ; cette place étant frontière entre 1 \ les deux puissances, l'un des bouts du pont en France, l'autre en Savoie.
Le duché de Savoie était, avec le Dauphiné, le pays des anciens -A.llobroges. La famille de ses souverains est fort ancienne. Elle a pour tige un certain Humbert aux blanches mains^ qui était comte d'une partie de la Savoie en 1025. L'empereur Sîgismond, en 1416, érigea ce comté en duché, et il paraît que la Principauté de Piémont en était considérée comme une dépendance. Le traité d'TJtrecht, en 1713, ajouta la Sicile aux possessions des ducs de Savoie. Ils la cédèrent, en 1720, en échange de Tisle de Sardaîgne, dont ils se qualifièrent rois et qui fut la seule propriété que leur laissèrent les conquêtes des Français, en réunissant le Piémont et la Savoie à la France. Le congrès de Vienne de 1815 a mieux traité le roi de Sardaigue ; car non seulement il lui a rendu ses anciens Etats de terre ferme, mais y a ajouté tout ce qui formait l'ancienne république de Gênes. La Savoie a environ 70 lieues de long du sud au nord, sur 75 de large. Elle est toute dans les Alpes.
Il y a diflEérentes voies pour traverser ces effrayantes montagnes. Les principaux passages sont ceux du Saint-Bernard, du Simplon et du Mont Cenis. C'est vers ce dernier que se dirigea révêque de Québec. Il est plus au sud que les deux autres et passe pour le plus aisé. Mais il ne faut pas croire que tout le passage des Alpes se réduise à ces grandes montagnes; il est fort long, présente plusieurs points difficiles à franchir, et ce n'est jamais ni dans un jour ni dans deux que l'on peut réussir à s'en retirer.
Nous entrâmes dans les Alpes sans nous en apercevoir et presque aussitôt après avoir passé le pont Beauvoisin. Le premier endroit difficile qui se présenta fut le passage de Chailles. Par une pente presque insensible, nous nous trouvons portés à une grande hauteur, dans une montagne autour de laquelle il faut tourner l'espace d'une demie-lieue, dans un chemin d'où vous apercevez à gauche un sommet très élevé, et à droite un précipice profond dont la vue seule est capable d'effrayer. Il est vrai que le chemin est assez spacieux pour que deux carrosses puissent s'y rencontrer, et qu'il est bordé du côté du précipice
par un petit mur de trois pieds d'élévation. Ce mur ne paraît tzz^Bii assez ancien pour être attaché aux Romains, ni assez modem^cne pour être Touvrage de Napoléon, ou même des révolutionnair^i^ea qui les premiers pénètrent en Italie. Il faut donc qu'il ait été fsk^-^Mit ou par quelqu'un des ducs de Savoie, ou par les armées françaises ^^ss, du temps que la Lombardie était disputée entre les rois de Francz^Bce et les empereurs d'Autriche, savoir dans le 15* et le 16® siëcle^^zîs. Quoiqu'il en soit, lors de la fonte des neiges, il doit être dang^— jareux de faire le passage de Chailles, parce qu'il est toujours - à craindre qu'on ne soit écrasé soit par une avalanche ou chute Œizde
neige, soit par quelque pierre se détachant du rocher. îTo" os
allâmes dîner, ce jour-là, dans un village qu'on appelle T rn Echelles, lequel, quoique placé sur un terrain fort uni, a néa^nmoins tiré son nom d'un rocher situé à quelque distance de ^Hà, qu'on n'a pu franchir, pendant bien des siècles, qu'au moy-^en d'échelles que l'on y suspendait pour l'usage des voyageui^rs. Quelles difficultés ne dut pas éprouver Annibal, lorsque le p^nemier,il osa, à la tête d'une grande armée, aflfronter des montagCE^eg comme celles ci ! On conçoit à peine comment il put réussiar à Ê^^s^ faire gravir des hommes et des chevaux et des éléphants, dans ^
des chaînes de rochers où tout était contre lui. Nihil mortalibus ardid est Ilor. On ne connaît pas au reste l'endroit précis où ce ^é^^ héros passa les Alpes. L'opinion commune est qu'il prit sa route ««s^j plus au sud que le passage dont il s'agit. Mais enfin il les passa, l'^eït^] et cela seul suffirait pour immortaliser son courage et donner une |ffc>l>, idée de la hardiesse de ses conceptions. l'^^a'
Le rocher nommé les Echelles n'a guère moins de 300 pieds 1^^ïi< de haut sur 4 arpents d'épaisseur. Il est traversé par une espèce I ^^^ de grotte qu'il semble qu'on aurait pu ouvrir pour donner un I ^^^ passage. Apparemment on craignit que les pierres mal liées qui I ^^^ la forment ne fussent pas assez solides. Emmanuel II, duc de \ Savoie, par une entreprise digne d'un souverain, fit ouvrir, dans l'^^ le rocher même et tout auprès de cette grotte, un passage d'environ 20 pieds de large où toutes espèces de voitures peuvent aller en liberté. Le chemin se trouve ainsi bordé de deux rochers
vifs, dans lesquels on aperçoit encore les traces des barres à miner 3t autres instruments de fer que Ton y a employés. Il a dû être biré de là plus de 20,000 toises de pierre, dont une partie sans 3oute a été employée à exhausser et aplanir le chemin, qui de ce -îeu conduit dans la plaine et qui lui-même a exigé un long et pénible travail. On ne sait en quel temps a commencé tout cet Duvrage, mais une inscription fixée sur un des côtés de Tépaisseur du rocher apprend aux passants qu'il a été fini en 1674.
Napoléon, ami des grandes entreprises et. jaloux peut-être de 'honneur que cette opération donnait à la mémoire d'Emmanuel CI, s'avisa, dans les dernières années de son rëgne, de faire percer e même rocher, à environ dix arpents de l'endroit où est le paslage d'Emmanuel II. Il ne rompit pas le rocher dans toute sa lauteur, mais se contenta d'y pratiquer une voûte haute de 24 DÎeds, large de 30, longue de 900, qui n'a d'autre cintre que le ïiême sous lequel on l'a creusé fort habilement, et qui par sa longueur et par l'obscurité qui y rëgne nécessairement, surtout vers .e milieu, pourrait devenir par la suite une retraite pour les malfaiteurs et un passage dangereux pour les voyageurs. N'importe, elle a été continuée par ordre du roi de Sardaigne après la chute de Kapoléon. Il ne reste plus qu'à y pratiquer un chemin qui descende de là dans la superbe plaine qui est entre cette montagne et celle de Chailles. L'évêque de Québec, sur les instances de l'abbé Pratte, curé du village des Echelles, aimable garçon qui l'avait accompagné jusque-là, consentit à parcourir cette voûte d'une extrémité à l'autre, admira la superbe vue que l'on a de la porte qui dégorge sur la vallée, porte haute de 24 pieds comme tout le reste de la voûte, mais qu'on a peine à apercevoir ou même à soupçonner, tant elle est peu de chose dans la façade d'un rocher aussi prodigieusement haut, où elle est moins apparente que ne serait une porte de cave au bas d'une maison de cinq à six étages.
Fisterre n'était pas d'avis que nous fissions cette petite digression, et il nous en punit ; car quand nous fûmes remontés en voiture, après avoir pris congé de l'abbé Pratte, il ne voulut plus
par un petit mur de trois pieds d'élévation. Ce mur ne paraît l :m
assez ancien pour être attaché aux Romains, ni assez modem -^cz pour être l'ouvrage de Napoléon, ou même des révolutionnaire^^ qui les premiers pénètrent en Italie. Il faut donc qu'il ait été fai^^j ou par quelqu'un des ducs de Savoie, ou par les armées françaises ^ du temps que la Lombardîe était disputée entre les rois de Francz^ et les empereurs d'Autriche, savoir dans le 15® et le 16® siècle^^Ez^ Quoiqu'il en soit, lors de la fonte des neiges, il doit être dang — ^t reux de faire le passage de Chailles, parce qu'il est toujours ^ i craindre qu'on ne soit écrasé soit par une avalanche ou chute î~~ k
neige, soit par quelque pierre se détachant du rocher. No us
allâmes dîner, ce jour-là, dans un village qu'on appelle I^ es Echelles, lequel, quoique placé sur un terrain fort uni, a néa-^Jimoins tiré son nom d'un rocher situé à quelque distance de 1 i, qu'on n'a pu franchir, pendant bien des siècles, qu'au moy^n d'échelles que l'on y suspendait pour l'usage des voyagea j^s. Quelles difficultés ne dut pas éprouver Annibal, lorsque le px-emier,il osa, à la tête d'une grande armée, affronter des montagnes comme celles ci ! On conçoit à peine comment il put réussir à faire gravir des hommes et des chevaux et des éléphants, dans des chaînes de rochers où tout était contre lui. Nihil mortalibtis ardui est. ïïor. On ne connaît pas au reste l'endroit précis où ce héros passa les Alpes. L'opinion commune est qu'il prit sa route plus au sud que le passage dont il s'agit. Mais enfin il les passa, et cela seul suffirait pour immortaliser son courage et donner une idée de la hardiesse de ses conceptions.
Le rocher nommé les Echelles n'a guère moins de 300 pieds de haut sur 4 arpents d'épaisseur. Il est traversé par une espèce de grotte qu'il semble qu'on aurait pu ouvrir pour donner un passage. Apparemment on craignit que les pierres mal liées qoî la forment ne fussent pas assez solides. Emmanuel II, duc d® Savoie, par une entreprise digne d'un souverain, fit ouvrir, dans le rocher même et tout auprès de cette grotte, un passage d'environ 20 pieds de large où toutes espèces de voitures peuvent aller
en liberté; Le chemin se trouve ainsi bordé de deux rocherfl 1*^
., dans lesquels on aperçoit encore les traces des barres à miner lutres instruments de fer que l'on y a employés. Il a dû être de là plus de 20,000 toises de pierre, dont une partie sans Lte a été employée à exhausser et aplanir le chemin, qui de ce i conduit dans la plaine et qui lui-même a exigé un long et ible travail. On ne sait en quel temps a commencé tout cet '•rage, mais une inscription fixée sur un des côtés de l'épaisr du rocher apprend aux passants qu'il a été fini en 1674. STapoléon, ami des grandes entreprises et. jaloux peut-être de 3nneur que cette opération donnait à la mémoire d'Emmanuel s'avisa, dans les dernières années de son règne, de faire percer nême rocher, à environ dix arpents de l'endroit où est le pas- ;e d'Emmanuel II. Il ne rompit pas le rocher dans toute sa iteur, mais se contenta d'y pratiquer une voûte haute de 24 dé, large de 30, longue de 900, qui n'a d'autre cintre que le me sous lequel on l'a creusé fort habilement, et qui par sa lonmr et par l'obscurité qui y règne nécessairement, surtout vers nilieu, pourrait devenir par la suite une retraite pour les mal- -eurs et un passage dangereux pour les voyageurs. N'importe, 5 a été continuée par ordre du roi do Sardaigne après la chute Napoléon. Il ne reste plus qu'à y pratiquer un chemin qui desde de là dans la superbe plaine qui est entre cette montagne îelle de Chailles. L'évêque de Québec, sur les instances de >bé Pratte, curé du village des Echelles, aimable garçon qui T'ait accompagné jusque-là, consentit à parcourir cette voûte ne extrémité à l'autre, admira la superbe vue que l'on a de la 'te qui dégorge sur la vallée, porte haute de 24 pieds comme Lt le reste de la voûte, mais qu'on a peine à apercevoir ou me à soupçonner, tant elle est peu de chose dans la façade m rocher aussi prodigieusement haut, où elle est moins appaite que ne serait une porte de cave au bas d'une maison de iq à six étages.
Fisterre n'était pas d'avis que nous fissions cette petite digres- :)n, et il nous en punit ; car quand nous fûmes remontés en )iture, après avoir pris congé de l'abbé Pratte, il ne voulut plus
aller que le pas, quoique le chemin fût beau, descendant insens-^^iblement entre deux montagnes assez éloignées Tune de Tautr- — e. Elles présentaient des deux côtés de fort beaux paysages. Ma.^^ni8
on aurait pu les voir assez sans aller aussi lentement, et mêu aue
en apercevoir un plus grand nombre. Grâce à la mauvais -se humeur du voiturin, la nuit vint nous y surprendre, et était cloi m\e depuis plus d'une heure, lorsque nous arrivâmes à Ohambéry, caj,r )itaie de la Savoie. M. Dessoles, oncle du ministre des affaires étra mgères de France, est évêque de cette ville. Par son crédit aupr^^ès de Bonaparte dont il était zélé partisan, il a obtenu que 8< ~m
siège fut érigé en archevêché, en attendant des suffragants qu 'il
n'a pas encore, mais qu'il espère qu'on rétablira bientôt à Annec^=y, à St-Jean de Maurienne et à Moustiers, où il existait ci-deva- nt des évêchés, engloutis, comme beaucoup d'autres, dans le concczisrdat de 1801 ; au moyen de quoi la Savoie se trouvera sufËsai^BOiment pourvue. Jusqu'alors l'archevêque continuera degouvern^fc-er les paroisses, au nombre de plus de 1200, entre lesquelles se divise le duché. L'évêque de Québec avait rencontré ce préM-at à Parie, chez le cardinal Périgord et l'aurait revu avec întér^Sfc, abstraction faite des principes politiques qu'il a professés pendaa^nt les 100 Jours. Mais à 7 heures du soir en cette saison, il n'^flt plus temps d'aller rendre visite à un personnage de qualité, à Ëiji moins que ce ne soit une ancienne et intime connaissance. Or mp\ l'évêque de Québec n'était pas rendu à ce point avec celai de mil Chambéry ; il aima donc mieux lui laisser ignorer son passage, f ior et garder l'incognito dans l'auberge où il fallut manger aune l«ir table d'hôte assez grossièrement composée, heureux d'y rencontrer I ^tit deux jeunes dames et deux gentilshommes français, dont la con- l^'Q versation honnête le dispensa d'entrer en société avec les gens I ^^ qui se trouvaient à l'autre extrémité de la table. I ^
Il désirait beaucoup voir l'abbé Gazel, docteur de Navarre, I ^^ lequel, après avoir émigré en Angleterre au commencement de 1^ la Révolution et être allé de là en Canada, où il demeura troia à 1^ quatre ans, regagna l'Europe en 1796, et de retour en Savoie, sa w^ patrie, y occupe maintenant les places de chanoine de l'église de \\
Cîhambéry, de professeur de dogme au séminaire de la même ville, 3t de censeur des livres que Ton porte à rimpriraerie. Mais M. Tiirgeon, envoyé à son logis et chargé de l'amener à Tévêque de Québec, rapporta qu'il était allé en promenade, pour profiter des vacances qui duraient encore, et qu'il ne devait revenir qu'à la fin lu mois. Il fallut donc quitter Ohambéry sans y avoir rien vu, îar nçus en partîmes, le lendemain matin, avant le jour.
13.-^A soleil levé, nous traversâmes l'Isëre, auprës de la ville ie Montmélian. C'est sur cette riviëre et à environ quinze lieues iu-dessous de Montmélian, que l'on trouve Grenoble, ancienne 3apitale du Dauphiné. La route ne nous portait pas vers cette ville, mais bien vers Aiquebelles, où nous arrivâmes avant midi. 3elle-ci est à l'entrée de la partie la plus pauvre, mais peut-être iussi la plus digne d'être vue de toute la Savoie. C'est celle que .'on nomme la Maurienne, et qui a fourni à la ville de Paris un ri grand nombre déjeunes gens pour y faire le métier de ramoneurs, que l'on s'y est accoutumé à appeler Savoyards tous ceux ijui adoptent ce moyen de gagner leur vie, quoique la plupart soit de tout autre pays que la Savoie.
Le curé d'Aiguebelles (M. Langlois), informé qu'il y avait dans 3on village un évêque logé tout auprës de cbez lui, ne voulut pas souffrir qu'il dînât à l'auberge, mais le pressa de partager son pot, et le traita en vérité avec une affection et des égards propres à lui donner une idée très avantageuse de l'honnêteté et de la bonne simplicité du clergé dont il fait partie. Il était le troisiëme curé que l'évêque de Québec avait occasion de voir, depuis son entrée en Savoie. Il en rencontra quelques autres aprës celui-là ; leur conversation ne servit qu'à vérifier tout le bien qu'on lui avait déjà dit des curés savoyards. Ils sont en général assez pauvres, puisque leur revenu fixe n'est que de 700 francs pour les prêtres amovibles, et de 1000 pour les curés de canton, qui répondent à nos archiprêtres et qui ne gont guëre qu'un douzième ou un quinzième du total. Quelquefois la commune (car chaque paroisse forme un espèce de municipalité) ajoute 2 à 300 francs au revenu des uns et des autres, par manière du supplément.
Avec cela et leur grande économie, ils trouvent moyen de «^e soutenir. Ils se voient, deux par deux, assez fréquemment, ma-^s jamais en grand nombre, excepté lorsqu'ils se réunissent chez le curé du canton pour les conférences ecclésiastiques, qui ont li^3U une fois par mois, et dont celui-ci rend compte à l'évêque dio(^^sain, qui envoie un autre sujet de conférence pour le mc^îs suivant.
Les ecclésiastiques savoyards font profession de régularité <5t d'une résidence sévère, ayant pour principe de ne jamais déco"Ucher de leurs presbytères. Ils voyagent à pied, car outre qta® leurs finances ne leur permettent pas d'avoir des voitures, ils s'éloignent si peu de leurs demeures et les chemins de commur:».!' cation d'une cure à l'autre sont si courts et si penteux, que d^^ voitures ne leur serviraient de rien. Il est rare qu'il y ait uJtao lieue entre deux paroisses ; souvent elles ne sont pas éloigna ^^ de la moitié de cette distance. Tous portent l'habit long, s'appl^' quent à la prédication qui leur est fort recommandée, et resp^ <^' tent leur évêque jusqu'à ne vouloir pas même entendre la moî-"*^" dre réflexion contre ses aberrations politiques. C'est en françe»-''-^ qu'ils annoncent la parole, et le peuple les entend, quoiqu'il ^i* un patois très particulier. On frémissait autrefois en Canada <3- ^ projet qu'avait un gouverneur (feu Sir Frédéric ïïaldimand) 9l^S introduire des prêtres savoyards. Mais certes s'ils étaient alo:i^ aussi bien formés qu'aujourd'hui, l'acquisition n'eut pas été ma-t^*" vaise. Ces sujets sont tous sortis du séminaire de Chambéry> où l'évêque a soin d'appeler pour directeurs des prêtres du premier mérite et de la plus grande régularité. On y compte en ce moment près de 150 séminaristes.
Toute petite qu'est la Savoie, il n'est pas rare d'y trouver des ecclésiastiques devenus curés qui ne sont jamais sortis de leur pays. Celui qui a été d'un côté jusqu'à Turin ou de l'autre jusqu'à Grenoble, passe pour un homme qui a beaucoup couru.
C'est bien autre chose s'il a vu Lyon, ou Milan, ou Gênes. Les autres se rangent autour de lui et l'écoutent en silence raconter leB choses merveilleuses qu'il a rencontrées dans ces longaea et
ex:traordinaires excursions. Quelle doit être leur surprise de voir chez eux des hommes du Canada. ! La géographie leur apprend q[ii'îl existe un tel pays ; mais que Ton ose de là venir en Italie, c'est une entreprise dont la hardiesse a peine à leur entrer dans let tête. Il faut cependant avouer que les Savoyards ont un peu perdu de cette badauderie, depuis que les armées françaises ont fréquenté leur pays, et qu'une partie de leurs jeunes gens ont été assujétis à la conscription.
Hia petite ville d'Aiguebelles est située sur la riviëre d'Arcq. E^our arriver au Mont Cenis, il faut remonter cette riviëre, ou, si l'on veut, la côtoyer en allant vers sa source l'espace de 15 à 18 lieues et la traverser 9 à 10 fois avant de sortir de la Maurienne, î^ï^aîs sur d'excellents ponts de pierre. Le chemin qui la borde, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, est extrêmement bien entretenu. Il n'y a point de doute que les armées françaises n'y aient travaillé pendant la dernière guerre. En plusieurs endroits, on l'econnaît qu'il a été détourné, redressé ou changé de place depuis ^i^ petit nombre d'années. La riviëre doit être grosse dans le temps de la fonte des neiges. En cette saison, ce n'est qu'un ï^^iaseau qui serpente au fond d'une longue vallée, qui tantôt ® élargit et vous découvre de forts jolis platins, tantôt se resserre ^^ maniëre à vous persuader que vous êtes au bout de votre che- ^^î^n et qu'il n'y a plus d'issue. Cette vallée est constamment bordée de hautes montagnes, dans lesquelles on aperçoit des vil- *^^ges à toutes les distances, mais qui paraissent si inclinés, qu'on \ ^ peine à concevoir comment il est possible de pratiquer des sentiers pour s'y rendre, ou pour s'y tenir sur ses pieds lorsqu'on y est rendu. Il semble que de tels endroits ne devraient être fréquentés que par des chèvres. Néanmoins ils sont habités par des familles qui y ont leurs maisons, leurs églises, leurs curés, et y font les processions solennelles comme le plat pays.
Au-dessus d'un village, on en aperçoit difficilement un second. Regardez plus attentivement, vous en découvrirez un troisième, puis un quatrième qui est ordinairement sur le sommet. Que l'on suppose maintenant un mille ou une demi-lieue de distance d'une
paroisse à l'autre (car chaque village a la sienne), et l'on pourra se faire une idée de la hauteur de la partie des Alpes qui se trouve dans la Maurienne. On conçoit que les édifices de ces petits villages, suspendus, pour ainsi dire, en l'air, n'ont rien de magnifique. Ce sont en efiet de petites maisons écrasées, mai» construites de pierre et couvertes de tuiles. Les villages les pl»-% près des cîmes, à plus forte raison ceux qui sont sur les cîm^ssft mêmes, doivent éprouver de grands froids en hiver. Cependacz^D^ on n'aperçoit presque point de bois dont ils puissent se chauffe^^r, si ce n'est que quelques branches dont il font des fagots. Da^v^ us leur disette, ils amassent et conservent les cottons de blé-d'inc^^ de pour en faire du feu. Peut-être aussi trouvent-ils, loin de là et si^ ur les sommets, quelques bois de réserve qu'ils transportent avec d ^Mes mulets, car ils ne sauraient faire usage de voitures dans d-^Bes cavées, des ravines, des rochers, des précipices où il est împcz^^ossible de pratiquer des chemins à cet efifet.
Du reste, ce pauvre peuple est industrieux. On en peut jugs^ger par le soin qu'ils ont de mettre à profit tout ce qu'ils ont de terr^re cultivable. Si dans un rocher aride, il se trouve ça et là quelq^^^^e petit coin de terre, vous y apercevez ou le chaume du peu ^m^e ^ grain qu'il a été possible d'y semer, ou une petite prairie, ou auta^^^it de pieds de vignes qu'on a trouvé moyen d'y en planter. L — *« châtaignes qui abondent dans tout ce pays, sont une ressour^^^ que la Providence a ménagée à ces pauvres colons, lorsque ^« viande, le pain et les patates leur manquent ; et il faut avouer qc*^ la châtaigne, telle qu'on la trouve ici et dans toute l'Italie, est i^ toutes les espèces de noix la plus nourrissante, et qu'avec ce fruit on peut se passer de beaucoup d'autres choses. Les villages que l'on trouve sur les bords de la rivière d'Arcq sont apparemment plus étofl[és que ceux qui pendent dans les montagnes. Cependant il y en a d'assez misérables. En général, on y trouve plus de fenêtres. Souvent les châssis ne sont remplis que de papier collé, et tel qui garnit de grilles de fer les fenêtres de sa maison, n'a pas de châssis pour les fermer.
Cette route étant la plus fréquentée de toutes celles qui condcd.*
sent en Italie, on y rencontre assez souvent des voitures, les unes
pleines de voyageurs, les autres traînées par des bœufs, chargées
de caisses, de ballots, de futailles etc. Les gens du pays ont la
manie de laisser pendre continuellement au museau de leurs
bêtes de charge, des sacs longs de 15 à 18 pouces, qui sont remplis
d'avoine, le matin, mais qui étant épuisés en peu d'heures, ne
servent plus qu'à les embarrasser le reste du jour. On voit bien
les cochers sur les places de Londres et de Paris suspendre au
nez de leurs chevaux de semblables sacs, ordinairement faits de
Cirîn, afin qu'ils y prennent de la nourriture, taudis que les fiacres
âont en repos. Mais s'il se présente quelque occasion d'être
employés, le premier soin qu'ils ont est de serrer ces sacs. Il est
particulier aux Savoyards de les leur laisser du matin au soir et
âans nécessité, ce qui doit beaucoup incommoder ces pauvres
animaux, surtout pendant une marche prolongée.
1^. — M'ous couchâmes, ce jour-là, dans un village nommé Lachambre. A la même auberge que nous, se trouva un gentilfciomme piémontais, le marquis de Vivalda qui, dans sa propre voiture, venait de Chambéry avec son fils, jeune homme bien ^levé qui converse sensément, mais que sa difficulté à s'énoncer ferait passer pour un imbécile auprès de bien des gens qui ne se clonneraient pas la peine de l'entendre raisonner. Il a 16 à 17 ans. Le marquis l'aime uniquement et voudrait le pousser. Le moyen qu'il se propose, est de lui faire obtenir une place entre les aides-de-camp du roi de Sardaigne. Puisse-t-il remplir ses espérances ! Ce pauvre marquis qui, du reste, a l'air assez grêlé, était fort inquiet de l'état de son cheval, qu'il craignait d'avoir forcé ce jour-là. L'évêque de Québec lui dit en soupant : " M. le marquis, laissez à quelqu'un d'ici le soin de vous suivre tout doucement demain avec votre voiture, afin de ne le pas exposer à manquer tout à fait. Nous avons quatre places dans le carosse. Je suis seul avec mon secrétaire. Montez-y ainsi que monsieur votre fils. Nous nous estimerons heureux de vous rendre ce petit service." Il n'en eut pas besoin ; son cheval était mieux le lendemain. Il remonta dans sa voiture, nous devança même, mais fut si recon-
naissant de l'offre qui lui avait été faite, qu'il la publia partoi et prit la peine d'annoncer l'évêque de Québec de là jusqu'à Su i dans tous les endroits où il supposait que celui-ci pourrait arrêt«^^r, de sorte que l'incognito devint complètement inutile. Cette gran de reconnaissance d'une petite honnêteté fait l'éloge du marq» — lis de Vivalda, et est pour l'ordinaire le signe caractéristique d'u ne âme bien née.
14. — Dans la matinée du jeudi, nous traversâmes la ville de Saint-Jean qui est le chef-lieu de la Maurienne. Elle n'est jzzaaa tout à fait dépourvue d'intérêt, a quelques belles maisons, ^Bes boutiques assez bien fournies, enfin un certain air de propreté (g^ai n'est pas fort à l'ordre du jour dans la principauté que nous t:^«^versons.
Le dîner de ce jour fut dans un village qui porte le nom <ie Saint-Michel. La pause ordinaire du haut du jour était de de "«ix heures, temps jugé nécessaire pour faire manger les chevaux. HXe temps étant frais et le chemin très beau, l'évêque et son 8ecrétfu"3re voulurent en profiter pour marcher, croyant que la voiture alL «t les suivre de près, surtout parce que les deux heures étaient déjà expirées. Mais il n'en tenait pas à Fisterre ou à ses chevAVMX. Il laissa les voyageurs faire quatre milles à pied, et ne les atteignit que plus d'une heure et demie après leur départ, donnant pour raison que deux de ses chevaux étaient malades. Mais ils l'étaient déjà à son départ de Lyon. C'était donc une imprudence de s'être engagé, d'avoir même sollicité ce voyage. Quoiqu'il en soit, au lieu de conduire ses voyageurs au pied du Mont Cenis, comme il avait promis de le faire ce jour-là, il s'arrêta à plus de deux lieues en deçà, la nuit le contraignant de coucher à Modane. Heureusement il s'y trouva une bonne auberge dans laquelle il n'y avait point d'étrangers. Pour amuser la soirée, l'évêque de Québec alla voir le curé du lieu, ancien chanoine de Saint-Jean, qui désirerait fort que la cathédrale fût rétablie, afin de reprendre son canonicat. M. Personne (car c'était son nom) vint avec son vicaire ' reconduire l'évêque à l'hôtellerie et l'édifia par une conversation fort ecclésiastique.
16. — La journée du vendredi devait être forte. Nous partîmes le grand matin et arrivâmes entre huit et neuf heures, après voir traversé plusieurs villages, à celui de Lanslebourg qui est mmédiatement au pied du Mont Cenîs, le long duquel la rivière .^Arcq semble vouloir exciter les regrets des voyageurs, par la ariété de tours qu'elle fait dans l'un des plus beaux paysages ne Ton puisse trouver en Savoie.
Le passage du Mont Cenis est de neuf lieues en tout, savoir : rois à monter quand on vient de la Savoie, une sur le sommet, et inq à descendre du côté du Piémont. On imaginerait à peine asqu'à quel point l'art est venu ici au secours de la nature. Par I. multitude de détours et de zigzags habilement pratiqués dans ette grosse montagne autrefois si redoutée, on parvient au somlîet par une route aussi aisée que celle de la côte d' A.bram à iuébec dans son meilleur état ; la seule différence est que le hemin du Mont Cenis a la double largeur de celui par où Ton aonte la côte d'Abram. D'espace en espace, des balises, en forme e grandes croix plantées du côté de la pente, servent à faire conaître le bord du chemin, lorsqu'il est couvert et encombré de eîge, comme il arrive très souvent dans l'automne et dans hiver. Outre cela, des hommes nommés cantonniers sont distriués sur ce chemin, dans de petites habitations, également disantes les unes des autres, ayant pour fonction de l'entretenir 'hiver et l'été, et d'aller au secours des voyageurs qui s'y trouveraient en danger dans les mauvais temps. Enfin il y a, aux leux extrémités du dessus de la montagne, des receveurs qui bnt payer une taxe à toutes les voitures qui passent.
Quatre mulets attelés sur notre voiture nous portèrent sur ce lommet avec une telle promptitude, que nous fûmes très surpris l'entendre dire au muletier : ^' nous voilà rendus," au moment où lous pensions avoir encore une lieue à faire. Il est vrai que le temps 3tait fort beau. Nous n'avions encore éprouvé de froid qu'une îeule fois depuis le débarquement en Angleterre. Ce fut en la aissant, dans la journée que nous passâmes à Douvres, le 16 septembre. Rendus sur cette montagne, nous trouvâmes un froid
qui valait bien celui-là. Pendant que le muletier dételait, Tévêque de Québec et sou secrétaire entrèrent dans la maison d'un des receveurs et s'y chauffèrent auprès d'un petit poêle de tôle, en attendant Fisterre qui, ayant laissé un de ses chevaux malades à Lanslebourg, amenait les deux autres au pas pour reprendre sa voiture. Pendant qu'il attelait, l'évêque et M. Turgeon se rendirent à l'hospice établi à 30 ou 40 arpents de là, bien persuadés que quoiqu'ils fussent à pied, le voiturin ne les y devancerait pas.
On sait que sur le Mont Saint-Bernard, autre passage des Alpes, est établi un célèbre hospice occupé par de charitables religieux, qui non seulement accordent l'hospitalité aux voyageurs qui prennent cette route, mais sont encore d'une très grande ressource pour ceux qui, surpris par les avalanches et souvent engloutis sous la neige, y périraient immanquablement, si les religieux ne venaient pas à leur secours, et par eux-mêmes et par des chiens, exercés à fouiller jusqu'à ce qu'ils les trouvent, et à remuer la neige jusqu'à ce qu'ils les mettent du moins en état de respirer. Ce fut sans doute cet établissement qui donna à Napoléon, tandis qu'il était maître de la France et de l'Italie, l'idée de faire quelque chose de semblable sur le milieu du plateau du Mont Oenîs. 11 y fit donc élever un édifice à deux étages au-dessus du rez-dechaussée, lui donna 600 pieds de long sur un profondeur proportionnée, l'environna d'une haute muraille percée de petits créneaux ou meurtrières, qui forme une très vaste enceinte autour du bâtiment avec une grande porte à chaque extrémité, en sorte que le chemin traverse toute cette enceinte et rase le front de la maison, au milieu duquel il fit élever une belle chapelle que l'évêque de Verceil consacra, à sa demande, sous l'invocation de S. Napoléon. Un peu plus loin, il fit commencer un fort, hors de l'enceinte, mais que des événements sur lesquels il ne calculait pas alors l'ont empêché de finir et qui, de surplus, n'aurait été qu'un ornement de plus pour l'hospice, cet endroit, que l'on nomme le sommet du Mont Ceuis, étant commandé tout autour par des montagnes d'où sortent les eaux d'un joli lac qui est au-devant de
hospice, et fournit de truites tout le pays d'alentour. Le plateau ui n'a pas moins d'une lieue d'étendue sur toute face, serait un harmant endroit s'il y avait du bois. Mais il en est totalement ëpourvu, et cette nudité lui fait grandement perdre de son lérite. L'idée de Bonaparte, en établissant un hospice à cet tidroit, était de procurer un entrepôt à ses troupes qui, à cette poque, allaient et revenaient fréquemment de France en Italie b d'Italie en France. Aussi toute une moitié de l'hospice leur it-elle d'abord attribuée. Le premier étage du reste du bâtiment }t destiné au logement des pauvres paysans et aux offices de la laison, comme cuisine, boulangerie, dépense etc. L'étage supéieur devait être le monastère, qui se trouve assez vaste pour une ommunauté, indépendemmant d'appartements tenus en réserve lour des voyageurs de qualité. Ainsi il y a telles chambres qui ont ,té successivement occupées par le Pape, par Napoléon lui-même, Dar le roi de Sardaigne etc.
Les religieux chargés de cet hospice sont les Bénédictins du Qonastëre de la Novalaise, situé près de Suse, à une petite disauce du pied de la montagne. Ils ne sont jamais occupés, comme jeux du Grand Saint-Bernard, du soin de déterrer les voyageurs, lies neiges du Mont Cenis ne donnent pas d'avalanches comme îelles de cette affreuse montagne. Leur fonction se réduit donc lu soin d'héberger les paysans, et d'être dépositaires des deniers provenant des taxes perçues sur les voitures qui passent. C'est sur îes taxes et sur la ferme de la pêche du lac, qui rapporte 1500 francs, que repose l'entretien de l'hospice. Ces sommes seraient très suffisantes, surtout en temps de paix, où il n'y a ici qu'un petit piquet de 15 à 20 soldats, si elles étaient employées à l'objet de leur destination. Mais le monastère de la Novalaise les accapare et les absorbe presque toutes. Sous prétexte ou par crainte d'exposer à la dissipation les religieux qui seraient envoyés pour garder l'hospice, il se procure de pauvres prêtres séculiers qu'il salarie maigrement et qui sont chargés de la desserte de la chapelle. Avec eux est un seul religieux, ci-devant Camaldule, réuni aux Bénédictins de la Novalaise et député par eux pour la garde
de cet hospice, où il se déplait fort, parce qu'on lui laisse bei^^ucoup moins qu'il ne faudrait pour l'entretien de l'édifice ej; po- ur la réception des passants. C'est à lui que les receveurs des **'" ^° de la montagne rendent leurs comptes. Il est, dit-il, éternel lement occupé à manier de l'argent, et on ne lui laisse pas de qi toi réparer le logement des pauvres paysans, qui s'en va en ruin — es, tellement que ne pouvant se résoudre à les y placer mal à \i mt aise, il aime mieux leur donner des chambres et des lits d&— as l'étage destiné à la communauté. Cet aimable homme, infon^aiié d'avance par le marquis de Vivalda, du passage de l'évêque de
Québec, le reçut avec la plus grande honnêteté, et le suppl ia,
mais inutilement, de demeurer jusqu'au lendemain. La tempe rature du lieu n'invitait pas à y séjourner ; puis il fallait avanc cr, il était près de trois heures après midi, il restait une demi-li^^ue à faire sur la montagne et cinq pour la descendre. La pluie ne — uns prit à la sortie de l'hospice et dura toute la soirée. Lorsque nc^os rencontrâmes la nuit, nous avions encore à faire un bon tiers de descente. Il ne faut pas demander si nous pûmes observer la vK-lle de Suse, d'où nous repartîmes le samedi de grand matin. ZM)a moins nous y eûmes une excellente auberge, où nous soupâifimes seuls et fort proprement. Les lits étaient excellents. Ils seront ^e même jusqu'à Rome, ayant sur ceux des hôtelleries de Frai3 ce l'avantage de paillasses remplies de feuilles de blé-d'inde au li^Q de paille. Mais adieu les oreillers de plume ou de duvet. 'Sovs n'en verrons plus : les Italiens les trouvent trop mous et emplissent les leurs de laine souvent tapée et très dure.
16. Nous voici quittes des Alpes, et dans le Piémont, Pedemonr tana regio^ qui a tiré son nom de sa position au pied de ces montagnes. Il était temps de les quitter, car la nuit même que noua couchâmes à Suse, la pluie qui nous y avait accompagnés, se changea en neige sur le Mont Cenis. Un voiturin qui venwt après nous et qui nous atteignit à Castel-Franco, rapporta qu'y étant passé deux jours après, il avait constamment eu 18 à 20 pouces de neige depuis le village de Lanslebourg jusqu'à une petite distance de Suse.
Suse est un évêché suffragant de la métropole de Turin où nous devions arriver ce jour-là. La distance n'est que de dix petites lieues.
Le Piémont est un pays fertile, bien fait pour contraster avec la maigre Savoie. Les champs très étendus sont cultivés comme des jardins. Les planches trës étroites semblent avoir été faites avec la bêche et le râteau et alignées au cordeau. Les vignes ne eont pas comme en France des arbrisseaux réunis dans des champs particuliers. Elles sont trës hautes et trës grosses, chacune attachée à un arbre et occupant les champs mêmes où on cultive le grain. Ces arbres qui sont plus communément des ormes, eont plantés sur toutes les terres, en lignes droites, à perte de vue. Il peut y avoir quarante pieds entre deux rangées, et quinze d'un arbre à l'autre dans la même rangée, de sorte qu'il n'est pas xare qu'une vigne s'appuie sur deux arbres à la fois. Les cîhamps offrent donc deux objets également agréables : la régularité de la culture et un ombrage continu. Cette maniërede réunir la vigne aux arbres et d'en décorer les champs ensemencés, n'est pas particuliëre au Piémont. Elle est commune à toute l'Italie, où le bon vin abonde, quoiqu'on n'y trouve point de vignoble proprement dit. Qui est-ce qui, eq voyant cette manière d'unir la vigneaux ormeaux, ne se rappellera le ulmisque adjung ère vîtes de Virgile? Sans doute, des le temps de ce poëte, on avait déjà adopté en Italie le genre de culture qui s'y pratique encore.
Nous traversons, sans arrêter, la ville de Rivoli. Ce nom sonnait agréablement aux oreilles de Bonaparte. Il en fit le titre d'un de ses maréchaux, et l'on sait qu'il n'a pas trouvé de plus beau nom pour la rue ouverte à Paris, le long du jardin des Tuileries, lorsqu'il était maître de la France.
Dans presque tout le Piémont, on trouve, d'espace en espace, sur les bords du chemin, non seulement des croix plantées, mais des petites chapelles, ou plutôt des colonnes carrées, hautes d'une douzaine de pieds, sur le devant desquelles sont peintes des images pieuses, telles qu'une descente de croix, un S. Pierre, un S. Antoine, une Dame de Pitié, eto. Il y a telle colonne qui est
peinte non seulement sur la devanture, maïs encore sur les dei— ^«^^^ côtés qui Tavoisinent. Dans les villages, les boutiques ont so^kiduvent pour enseignes, des peintures de ce genre, appliquées sur —lo mur, et il s'en trouve dont la peinture n'est point à mépriser. H
faut avouer que des yeux catholiques retrouvent avec délectatic^ -*on ces monuments de la piété publique. On sent qu'on approche cz^ du centre de la religion.
Environ deux lieues avant d'arriver à Turin, on laisse à droi*^ -ite, au milieu d'une campagne très riante, un château de plaisan -^nce du roi de Sardaigne, entouré de grandes et superbes dépendanc^^ -ses. On dit que Sa Majesté y séjourne rarement, surtout depuis Qr- jge l'ancienne république de Gênes ajoutée à ses Etats, l'oblige d'y p^^as-
ser deux ou trois mois par an. De ce château à gagner la capita" ^ ^le,
le grand chemin devient plus large, plus droit, plus uni, s'il ^^«est possible, qu'il ne l'était jusque-là. Il est orné, de chaque cô -té,
d'une double rangée d'arbres qui lui donne beaucoup de reli ef.
A l'heure où nous y passâmes, un grand nombre de voitur^wes élégantes, dans lesquelles on apercevait des personnes de tczzDut état, même des moines noirs et des moines blancs, y prenaient la promenade du soir. A l'extrémité de ce beau chemin, estii- h principale porte de la ville située au pied d'une petite montag"M:3e, dans les divers étages de laquelle sont parsemées des maisons ^e campagne dont l'ensemble forme un très beau tableau.
Nous entrons enfin dans cette ancienne Augusta Taurinorum (c'est le nom que lui avait donné les anciens Romains), par une rue fort droite et fort longue, mais à laquelle il manque 30 pieds de largeur de plus pour le développement des hautes et riches maisons qui la bordent. Elle aboutit à une grande place sur laquelle est le Palais Royal, maladroitement masqué par un autre édifice, qui l'empêche de se développer avec l'avantage auquel il pourrait prétendre. On nous conduit à l'hôtellerie nommé la Buona fama. Il faisait une chaleur pesante à laquelle la pluie succéda pour durer le lendemain tout entier. C'était le dimanche. L'évêque de Québec alla célébrer la messe dans l'église de 8. Laurent située sur la grande place, autrefois occupée parles clercs
l'éguliers counus sous le nom de Théatîns. Le gouvernement des IFrançaîs s'empara de leur maison lorsqu'il était maître du pays. IDepuis la restauration, le duc de Genevois, frère du roi, l'occupe à son tour et y a placé ses bureaux. On a permis, comme par grâce à un ancien Théatin, auquel le gouvernement accorde une modique pension, de desservir cette église devenue chapelle, et d'occuper la portion du couvent la plus voisine, où il n'y a de place que pour lui. Ce bon religieux dit la messe basse, tous les jours, dans cette chapelle, où l'on chante vêpres les dimanches et fètes, mais point de grand'messe. L'église est de forme octogone et surmontée d'un dôme en pierre fort bien exécuté. Elle nous parut extrêmement sombre, ne tirant de jour que par les châssis placés autour de la coupole. Peut-être l'obscurité d'un jour de pluie ajoutait-elle aussi à celle de l'église, qui parut excessive. Elle a une sacristie consistant en plusieurs appartements, mais qui ne aont pas assez respectés, car le peuple y entre, va, vient, cause, etc., d'une manière qui ne convient pas au lieu saint. Cette église est la première où nous ayons eu occasion de remarquer, à chaque porte, un grand rideau abattu (pratique universelle en Italie), apparemment pour préserver du froid extérieur ou du bruit des passants, ceux qui sont dans l'église, lorsque les portes demeurent ouvertes.
Après avoir dit la basse messe, l'évêque de Québec désirant assister à la grande, se fit annoncer à la métropole où les chanoines lui donnèrent primum stallum in choro. C'est autant que peut prétendre un évêque étranger. Celui-ci fut surpris, en entrant au chœur, en rochet et en mozette, d'y trouver des chanoines beaucoup plus richement habillés que lui ; car outre le rochet qu'ils portent comme les évêques, ils ont une cape de soie rouge, ou, si l'on veut, de violet doublé en rouge, mais tellement pliée que c'est la doublure qui se trouve par-dessus, et que la longue queue qui termine cette cape est retroussée, tortillée en boudin, et attachée de manière à tomber plus bas que le rochet sans toucher la terre. On ne trouve plus de chanoines autrement habillés jusqu'à Rome inclusivement, et apparemment dans toute l'Italie.
Si l'on fait attention aux gravures du Cérémonial des Evêques^i reconnaîtra que les chanoines y sont représentés dans ce costut La seule différence qu'il y ait d'un Chapitre à l'autre, ou d'i^a p jour férial à un solennel, est qu'au lieu du rouge il y a de l'hF-^irmine, blanche pour les chanoines et grise pour les bénéficiers. ^
Il fut aisé de reconnaître que c'était le rit romain que l'^zz^ia suivait dans cette église, mais le chant et les cérémonies ^^y exécutaient avec une précipitation que l'on ne souffrirait pas à la cathédrale de Québec, du moins depuis l'extinction du Chapitar^e- Car beaucoup d'observations faites dans le cours do ce voya-,^^ s'accordent à vérifier ce que l'on dit quelquefois : que les chan^>înes, par l'habitude d'être sans cesse au chœur, s'y familiaris^rni avec Dieu. Misère humaine.
La grand'messe finie, on rentra dans la sacristie, où c'était %JL^ spectacle assez plaisant de voir ces chanoines italiens, et lee prébendes, et les clercs de l'église, s'empresser autour .de C50* évêque étranger, les anciens le questionnant en italien, les autcoe écoutant ses réponses données en latin à une foule de demani^^î qui supposaient dans le clergé une bien petite reconnaissance <i^ nouveau monde. " Y a-t-il des chrétiens dans ce pays ? les ha.l>î' tants sont-ils noirs ou blancs? Ce nègre qui vous suit est-il u"^ d'entre eux ? Y a-t-il longtemps que vous avez quitté l'Europe pour aller demeurer si loin ? Avez-vous mis bien du temps à ^^ venir ? Croyez-vous y retourner ? " Turin n'est pas le seul endro^^ où il ait fallu entendre toutes ces demandes impertinentes, q,*^^ prêtent successivement à rire et à s'impatienter.
Pour faire diversion à des propos insignifiants, l'évêque d^ Québec prit deux ecclésiastiques plus raisonnables que les autres les priant de lui faire voir ce qu'il y avait de plus remarquable dans l'église. Elle est, comme toutes celles du pays, construire de briques, revêtue de pierres de taille au portail et de stu^
1 — C*est le Pape qui, en érigeant un chapitre, fixe le costume que derron^ porter les futurs chanoines.
j plâtre an-dedans. Nous ne sommes pas encore renux lieux où le marbre abonde, mais nous en appro- La métropole de Turin est célèbre par le Saint-Suaire otre Seigneur, que l'on y conserve dans une superbe Ile pratiquée au-dessus du chœur des chanoines, qui est rière du maître-autel. On monte à cette chapelle par escaliers symétriquement placés, l'un à droite, Tautre à e, tous deux tombant dans la nef de l'église. Lorsque le rain Pontife revint en France en 1805, il fut fait par la ine procession solennelle dans laquelle Sa Sainteté porta précieuse relique, après quoi elle fut remise sous l'autel et I avec soin, comme pour n'en plus jamais sortir ^. Cette le est ornée de gradins de cuivre doré et d'un petit retable es colonnes sont de marbre noir. Plusieurs lampes brûlent uellement pour honorer le Saint-Suaire, avant du chœur et du trône de l'archevêque, et dans la e de l'église, est une superbe tribune du côté de l'évangile •ecevoir le roi et sa famille, lorsqu'ils viennent à cette église, e il arrive plusieurs fois l'année. Victor Emmanuel, devenu 1800, par la résignation de Charles, son frère aîné, mort en de sainteté à Kome, il y a peu de mois, passe lui-même m prince très religieux. On assure qu'il est rarement plus jours sans s'approcher de la communion. La piété est litée dans cette cour, chose assez rare dans les autres cours
n 1898, on a photographié le Saint-Suaire, et des copies en ont été ues dans tout Punivers. Malheureusement il se trouve que son authenété mise en doute par les auteurs les plus savants et les plus recombles. Ils ont cité des bulles des papes défendant de Texposer comme lique véritable, et affirmant que ce n'est qu'une image ou une repron du Suaire du Sauveur. La discussion se continue entre les historiens lommes de science. Mais nous n'aurons aucune certitude, je crois, ni i décision satisfaisante, tant qu'on s'obstinera à ne pas soumettre ce >uaire à l'examen des chimistes. La chose est assez difficile à obtenir, reliquaire est fermé à deux clefs, dont l'une est entre les mains du roi e et l'autre entre celles de l'archevêque de Turin.
de l'Europe. Les défuntes épouses de Louis XVIII et du conm.'fc d'Artois étaient sœurs du roi de Sardaigne et toutes deux d'u^BZM.^ vie très édifiante.
Il faut néanmoins avouer que les dégâts commis dans les é'fc^iblissements religieux pendant la domination des Français, ne ^c réparent pas aussi promptement dans les Etats de Sa Maje^l:^ Sarde, que Ton semblerait avoir droit de s'y attendre.
L'après-midi, la pluie augmenta. Cependant, en bons chrétîem^s, îl fallait aller à vêpres. Et qui remplira ce devoir, si des ecc^Tésiastiques s'en dispensent sans raison ? L'église la plus voîsiiae de l'hôtellerie, celle de Saint-Thomas, fut préférée aux autr-^s. Nous nous y rendîmes à deux heures aprës-midi, au son des cloches qui appelaient les enfants au catéchisme, et non le peuple aux vêpres qui devaient se chanter beaucoup plus tard. Un vi^^wx moine que nous rencontrâmes dans la sacristie (car c'était ua. ne église d'Observantins), s'entendant demander en latin, qu'il n^ entendait guëçe, si nous pourrions avoir une place pour assista «"à vêpres, crut que nous demandions de loger au couvent : " ce n^ ^st pas possible, répondit-il ; la maison est pleine ; puis nous avon» ici un de nos pères évêque venu de Milan ; c'est assez. Nous ne apurions prendre d'autres étrangers." Cette réponse qui s'accoriflifc si mal avec la demande, nous donna l'idée de visiter le monastfere, dans l'espérance d'y rencontrer quelque religieux plus avenant Nous trouvâmes une maison très vaste, tenue avec une extrême propreté, des religieux polis dont un parlait très bien le latin, un bon Gardien nouvellement élu, et enfin l' évêque dont on nous avait parlé. C'est un ancien missionnaire de la Palestine qui a passé dix ans à Jérusalem, et parle en termes forts intéressants des lieux saints, du mélange des religieux catholiques qui en desservent les églises, avec ceux des sectes employés à remplir le même devoir, de la mosquée construite sur le lieu d'où K". S. s'éleva aux cieux, de la permission que le Saint-Siège a accordée de célébrer la messe dans cet édifice, le jour de l'Ascension, de grand matin, pourvu ne s'y pas trouver avec les Musulmans, de la somme que ceux-ci exigent, chaque année, pour donner cette
de l'impossibilité où les chrétiens se trouvent d'en jouir, la somme demandée est trop forte pour qu'ils puissent la etc.
rave homme, à son retour de mission, fut fait évêque de )olis in partibus infidelium, et envoyé à Milan pour y faire . étions épiscopales, d'abord pendant l'absence du cardinal a, légat en France, et ensuite pendant la vacance du siège ^iscopal, après sa mort. Mais le nouvel archevêque lui léclaré qu'il voulait lui-même faire toutes ses fonctions, le évêque in partibus est réduit à venir de temps en temps à se consoler avec ses anciens confrères, de la nullité comù on Ta réduit. Tout ce que le métropolitain lui permet 3, est d'administrer la Confirmation aux malades qui la ient.
lant tout cet entretien, l'heure des vêpres arriva ; elles ncèrent, et l'on en était à compiles lorsque l'évêque de î et celui de Sergiopolis, et le Gardien et M. Turgeon, !nt au chœur des religieux, qui parurent être au nombre de ). Les stalles surnuméraires et le milieu du chœur étaient 3 de laïques de tout âge et de toute condition, qui avaient être là comme chez eux, et ne se gênaient nullement d'y sans égard ni pour la sainteté du lieu, ni pour celle du divin. On conçoit que des religieux mendiants dont la ance dépend des aumônes et de la bonne humeur du public, 1 de liberté de réprimer ces exès.^ En revanche de l'indédes laïques, il y avait là des novices qui chantaient les es de Dieu de tout leur cœur, avec des voix raides et fortes, îs de mettre en fuite tous les mauvais esprits qui auraient îster le voisinage. Le chœur est derrière l'autel et sur le
mme tout cela est relatif! Dans Saint-Pierre de Rome, les laïques, s grands jours de fêtes, touchent presque à l'autel dans la chapelle bine. Je les ai entendus crier comme des brûlés, en présence même t-Sacrement exposé, à la cérémonie de la fermeture de la porte du ;i est vrai qu'ils criaient en l'honneur du Vicaire du Saint Sacrement 1
même plancher, fermé aux deux bouts de l'autel par de petil rideaux. C'est la manière générale de placer les chœurs en Italii tant chez les Franciscains que chez les religieux des autres ordrei Apres compiles et le salut, la pluie ayant redoublé, les religieu. .ouvrirent à Tévêque de Québec une porte qu'il no connaissait pa^BEi, et qui abrégea de beaucoup le chemin qu'il avait à faire poa^c- r regagner son hôtellerie. Il faisait si mauvais temps à la fin d — u jour, qu'il n'osa entreprendre d'aller visiter lé vénérable archev^^^— que du lieu, auquel il s'était fait annoncer. Plus courageux qi& — ^ lui, l'évêque de Sergiopolis et le Gardien des Observantîns, viî — ■ — rent le soir passer une longue veillée avec lui, et il fut très cor^mtent de leur conversation toute latine ^.
18. — Le départ était fixé au lendemain après déjeuner. Il re estait à l'évêque de Québec une église à voir qui ne lui était pe^^s tout à fait étrangère. C'était celle de la mission^ ci-devant appa "«•tenant aux Jésuites, dans laquelle on conserve les reliques de fc=5. Octave et de ses compagnons martyrs. Il y alla célébrer la mese^e sur l'autel où repose leur châsse, que l'on aperçoit à travers m. ^^ médaillon pratiqué au milieu du devant de l'autel. Elle éta^5t éclairée de plusieurs cierges. L'église est remarquable par i© marbre, par la sculpture, les tableaux, la voûte, la dorure qui B.-^ décorent, mais bien d'avantage par sa sacristie, l'une des pluies vastes et des mieux ornées qui soient en Italie. Elle a une voû'fc^ ornée de panneaux dorés et de superbes fresques. Mais ce qu'eli^ offre de plus particulier, est la boisure qui la garnit tout aatoi:» ^
1— Mgr Plessis était très instruit, et il avait étudié beaucoup durant bc^^^ séjour à la cure de Québec ; au milieu de ses occupations qui auraient d ^/ il semble, absorber tout son temps, il pouvait encore trouver quelques um^O' ments de loisirs pour se livrer à l'étude des sciences ecclésiastiques j et t>^^ était son désir d*accroître la somme de ses connaissances, qu'il s'avisa A'/" consacrer une nuit entière par semaine. Son robuste tempérament et &^ forte volonté le soutinrent d'abord dans cette entreprise, mais il dut f renoncer au bout de deux à trois mois, quand il s'aperçut qu'après une nui* d'insomnie, il perdait à lutter contre le sommeil, le jour suivant, autant de temps qu'il avait espérer d'en gagner. Les Evêques de Québec, p. 461.
jui est extrêmement délicate et bien sculptée. Le bois ressembeaucoup à notre noyer dur, mais il a un luisant qui paraît iirel et vaut presque celui du marbre.
Cnfin nous laissons Turin sans presque l'avoir vu, sans même oir le nombre de ses habitants, qui s'élevait en 1745 à 80,000 7ant la relation de feu M. Butler, et qui, si l'on croit le nouéditeur de la Géographie de Lacroix, n'était en 1809 que de
-le chemin le plus direct eût été celui de Fortone ; mais il y ît quelque chose qui attirait l'évêque de Québec vers Milan, si îbre dans l'histoire de l'Eglise, et depuis longtemps il était îdé à passer par cette ville, quand même il aurait fallu encore nger son chemin. Nous sortîmes donc de Turin par la porte donne de ce côté, traversâmes la rivière Dora sur un pont de eaux, passâmes sans arrêter par les villes de Settimo et do "-asko, et arrivâmes à Oiviliano pour y coucher. L'auberge était ?2: bonne, mais la table d'hôte se trouvait garnie d'une demiizaine de voiturins. Ils n'y manquait que le nôtre, et peut-être îrait-il aussi venu, s'il n'eut eu John pour lui faire compagnie. • bonheur, un particulier de îfovarrais, homme décent et bien qui revenait de voyage, se trouva condamné à la même peine nous, et ce fut avec lui que nous causâmes à demi-voix à un t de la table, pour faire diversion aux balourdises qui se lient à l'autre bout. L'évêque de Québec, pour cette fois, se □ait bien de ne plus consentir à aucun marché qui pût l'exâr davantage à pareille rencontre.
9. — Nous partîmes de cet endroit deux heures avant le jour ' laissâmes Fisterre qui, voyant un des deux chevaux qui restaient tomber malade (c'est celui qui avait un séton au-des- 8 du cou), céda son marché à un autre et s'en retourna. Ainsi s voilà conduits aujourd'hui par un des cochers avec lesquels ^8 soupâmes hier et il n'en est pas plus poli ; sa voiture est plus îte et moins éclairée que celle que nous laissions ; mais ses Jvaux sont meilleurs, et quoique les chemins soient endomgés par la pluie qui continue de tomber, il nous fait passer de
même plancher, fermé aux deux bouts de l'autel par de petil rideaux. C'est la manière générale de placer les chœurs en Italie tant chez les Franciscains que chez les religieux des autres ordres Après compiles et le salut, la pluie ayant redoublé, les religieu— >c
.ouvrirent à l'évêque de Québec une porte qu'il no connaissait pai ^^
et qui abrégea de beaucoup le chemin qu'il avait à faire pou xr
regagner son hôtellerie. 11 faisait si mauvais temps à la fin d u jour, qu'il n'osa entreprendre d'aller visiter lé vénérable archev^^^— que du lieu, auquel il s'était fait annoncer. Plus courageux qa — ^ lui, l'évêque de Sergiopolis et le Gardien des Observantîns, vit rent le soir passer une longue veillée avec lui, et il fut très cor tent de leur conversation toute latine ^.
18. — Le départ était fixé au lendemain après déjeuner. Il re : tait à l'évêque de Québec une église à voir qui ne lui était p£ tout à fait étrangère. C'était celle de la mission, ci-devant appa 'mrtenant aux Jésuites, dans laquelle on conserve les reliques de t=^. Octave et de ses compagnons martyrs. Il y alla célébrer la mes^s-e sur l'autel où repose leur châsse, que l'on aperçoit à travers im tx médaillon pratiqué au milieu du devant de l'autel. Elle éta^-ît éclairée de plusieurs cierges. L'église est remarquable par i© marbre, par la sculpture, les tableaux, la voûte, la dorure qui X^r décorent, mais bien d'avantage par sa sacristie, l'une des ^ImsMS vastes et des mieux ornées qui soient en Italie. Elle a une voû ^^^ ornée de panneaux dorés et de superbes fresques. Mais ce qu'elXe offre de plus particulier, est la boisure qui la garnit toutautoi3.r
1— Mgr Plessis était très instruit, et il avait étudié beaucoup durant s^y^ séjour à la cure de Québec; au milieu de ses occupations qui auraient S^f il semble, absorber tout son temps, il pouvait encore trouver quelques a^oments de loisirs pour se livrer à l'étude des sciences ecclésiastiques ; et "i^* était son désir d'accroître la somme de ses connaissances, qu'il s'avisa d / consacrer une nuit entière par semaine. Son robuste tempérament et 8» forte volonté le soutinrent d'abord dans cette entreprise, mais il dut 7 renoncer au bout de deux à trois mois, quand il s'aperçut qu'après une niii^ m^tQ d'insomnie, il perdait à lutter contre le sommeil, le jour suivant, autant de M-iirai temps qu'il avait espérer d'en gagner. Les Evêques de Québec, p. 461. i^é»
qui est extrêmement délicate et bien sculptée. Le bois ressemi beaucoup à notre noyer dur, mais il a un luisant qui paraît tiirel et vaut presque celui du marbre.
Enfin nous laissons Turin sans presque l'avoir vu, sans même roir le nombre de ses habitants, qui s'élevait en 1745 à 80,000 vant la relation de feu M. Butler, et qui, si l'on croit le nou- L éditeur de la Géographie de Lacroix, n'était en 1809 que de ,210.
Le chemin le plus direct eût été celui de Fortone ; mais il y ait quelque chose qui attirait l'évêque de Québec vers Milan, si ëbre dans l'histoire de l'Eglise, et depuis longtemps il était cîdé à passer par cette ville, quand même il aurait fallu encore onger son chemin. Nous sortîmes donc de Turin par la porte î donne de ce côté, traversâmes la rivière Dora sur un pont de teaux, passâmes sans arrêter par les villes de Settimo et de vasko, et arrivâmes à Civiliano pour y coucher. L'auberge était sez bonne, mais la table d'hôte se trouvait garnie d'une demiuzaine de voiturins. Ils n'y manquait que le nôtre, et peut-être àerait-il aussi venu, s'il n'eût eu John pour lui faire compagnie. ^v bonheur, un particulier de Novarrais, homme décent et bien , qui revenait de voyage, se trouva condamné à la même peine e nous, et ce fut avec lui que nous causâmes à demi-voix à un ut de la table, pour faire diversion aux balourdises qui se >aîent à l'autre bout. L'évêque de Québec, pour cette fois, se >init bien de ne plus consentir à aucun marché qui pût l'ex- 3er davantage à pareille rencontre.
19. — Nous partîmes de cet endroit deux heures avant le jour y laissâmes Fisterre qui, voyant un des deux chevaux qui restaient tomber malade (c'est celui qui avait un séton au-des^ lis du cou), céda son marché à un autre et s'en retourna. Ainsi »U8 voilà conduits aujourd'hui par un des cochers avec lesquels >U8 soupâmes hier et il n'en est pas plus poli ; sa voiture est plus -tite et moins éclairée que celle que nous laissions ; mais ses tievaux sont meilleurs, et quoique les chemins soient endommagés par la pluie qui continue de tomber, il nous fait passer de
bonne heure le village de S. Germîni et nous introduit à Verc^seW avant onze heures. L'archevêque du lieu (M*' Grimaldi) ét^i-ait en ville. L'évêque de Québec alla le saluer et fut reçu a^^ec honnêteté, conversa assez longtemps avec lui, et avant de par^iBtir, voulut vénérer à la cathédrale le tombeau du célèbre S. Eusèp" De, et alla au séminaire pour y voir la chambre où l'abbé Desjard— ins avait passé les dernières années de son exil. Eu quittant Verc- eil, vous rencontrez la petite rîviëre Sésie ou Sésia sur les bords de laquelle Annib al remporta, en Italie, sa première victoire sur les Romains. Comme dans cette partie les rivières sont fréquei^^tes et les terres basses, les habitants inondent aisément leurs char^Kips et y cultivent avec succès le riz qui, comme l'on sait, ne p^^at venir que dans l'eau.
Nous arrivons d'assez bonne heure à Novarre, ville muré^^ et non fortifiée. Elle est épiscopale, mais l'évêque étant absent, 'A. ne fut pas possible de le voir. Ici commence l'exportation des 1> oudins, cervelas, saucisses et andouilles de toute espèce et de to'wte couleur. On les voit suspendus aux fenêtres de presque toutes les maisons et en grande quantité ; ce commerce n'est pas particul ier à Novarre, mais se fait dans presque toutes les villes jus(i ti'à Ancône. On a peine à concevoir comment cette abondance d'nne denrée aesez malsaine peut se débiter. Il y a des villes dans ces quartiers où il s'en vend beaucoup plus qu'à Novarre.
20. — Nous quittons celle-ci et les Etats du Piémont le mercredi matin. Le Ticino ou Tésin, célèbre par la seconde victoire d'Annibal, se présente de bonne heure sur notre route. Nous en passons une branche au moyen d'un pont de bateaux et l'autre à gué. Entre les deux se trouve une petite auberge dans le village de Bufialora ; le froid nous engage à y entrer. On jette un fagot de petites branches dans la cheminée et voilà du feu. Comme il n'est pas assez ardent pour réchauffer jusqu'à l'estomac, nous demandons du café au lait, et on nous en présente d'assez bon, mais dans des verres ; les tasses ne sont pas connues ici, ni dans les villes suivantes, sur un espace de 15 à 20 lieues. Chaque pays a ses usages et ses allures.
Le Tîcino passé, nous nous trouvons dans la Lorabardie ou le lanaîs, pays arrosé de sang et engraissé de cadavres. Il y a i d'Etats en Europe qui aient été aussi longtemps et aussi niâtrement disputés, et où il se soit fait autant de siëges et livré ant de batailles que celui-ci. Romains, Tjombards, Allemands, inçaîs, Espagnols, tous l'ont successivement occupé. Le royaudes Lombards s'y éleva sur les débris de l'empire Romain, îut ensuite des ducs pour souverains, fut réuni à l'empire d'Alagne, du temps de Charles V, fit partie de la République alpine, pendant la Révolution française, redevint royaume s le nom d'Italie, pendant le rëgnede Bonaparte, et a été finaent réuni à l'Autriche par le congres de Vienne en 1815. 18 ces diverses métamorphoses. Milan n'a presque pas cessé 1 être la capitale. Cette ville a été prise 25 fois, souvent rasé niveau de la terre. L'empereur Frédéric Barberousse fit même ler du sel dans ses fondations. Cependant elle s'est toujours !vée et se retrouve une des plus grandes et des plus remarquai de l'Europe. On n'est pas d'accord sur sa population que la graphie de Lacroix (édition de 1812) estime à 175,000 âmes ui passait pour être de 300,000 en 1745, suivant la relation feu M. Butler. Sa situation entre l'Adda et le Tésin la rend commerçante. Un canal communiquant de l'une à l'autre de deux rivières fait tout le tour de la ville en dedans des murs, î a 22 portes, des palais, des églises en grand nombre, çompci-devant beaucoup de collégiales, de couvents, d'hôpitaux, séminaires. On verra plus bas tout ce que cela est devenu. Lrrivés dans cette ville, le mercredi après-midi, l'évêque de Sbec se décida à y demeurer jusqu'au lundi suivant, afin d'y voir visiter à loisir les monuments que l'impiété à altérés, s qu'elle n'a pu détruire. Le premier objet sur lequel se tèrent ses regards fut l'église métropolitaine, laquelle vue du ors peut disputer avec le premier édifice qui soit au monde, j est de structure gothique, c'est-à-dire d'un genre qui admet acoup plus d'ornements que le grec. Aussi ne les a-t-on nuUeit épargnés. Que l'on se figure en effet une basilique 500 pieds
de long, de 200 de large, des murs ayant 60 pieds de carré, tout revêtu du plus beau marbre blanc, enrichi de festons, c pyramides, d'arches, de niches, de statues des meilleures maîtr et de toute taille, au nombre de plus de 4000, sans compter cell qui sont dans l'intérieur. Faites le tour de cet Immense édifi( montez sur le toit, réitérez cette visite tous les jours, pendant ur semaine ; partout vous trouverez du marbre blanc, partout d statues que vous n'aviez pas encore aperçues et dans l'exécutic desquelles vous n'apercevez aucun défaut. Les arcs-boutants q défigurent les autres églises gothiques ^ sont devenus des on ments pour celle-ci, par l'uniformité avec laquelle ils sont plac^^-^és, par les rampes élégantes dont on les a ornés, par l'usage que Vcz^^ "on a su en faire, les uns contenant des escaliers pour parcourir pi» -Kus aisément le toit, les autres des dalots pour l'écoulement des eau .^mx. A travers ces arcs-boutants sont pratiquées de longues enfilad^^Bes de portes pour communiquer à divers étages, d'une extrémité^^é à l'autre du toit. Ces portes au nombre de plus de 40, qui 0i«^=)nt pour épaisseur celle même des arcs-boutants, ne sont pas deu m ntituées d'ornements, comme on le pourrait croire ; au-dessus de
chaque porte, il y a une niche des deux côtés et dans cbaq B|U6 niche une statue ; de sorte que soit en allant ou en venant, vo ^^Qg apercevez toujours devant vous autant de niches et de stati:^:=— 1^8 que de portes, sans compter toutes celles qui terminent les py^^ '^^ mideg quadrangulaires en très grand nombre, les unes pl^Klûs hautes, les autres plus basses, suivant les places qu'elles occapect:^^^; car tout ici est dans l'ordre le plus parfait et le plus symétriqi^^^' Mais ce qui mérite surtout de fixer les regards, c'est cette superrrr-be façade, ce portail de 200 pieds de front sur une hauteur pn^oportionnée, avec un perron de même largeur, élevé de ci ^»ç marches et qui vous donne à choisir sur cinq portes pour entM^er dans la basilique nommé le dôme, dans l'usage du pays. C ^st
1 — C'est une erreur, comme nous l'avons vu plus haut. Comme science de construction, je crois que les arcs-boutants de Milan ne valent pas ceux des églises gothiques de France. Il y a trop de fer I
^ans ce riche portail que se trouvent les plus grandes et les plus telles statues \ Que Ton donne au dôrae de Milan une place aussi vaste que celle qui se trouve au-devant de la basilique de S. Pierre de Rome, et il pourra soutenir le parallèle avec celle-ci, s'il ne l'emporte pas, et quant à la matière et quant à la richesse des ornements. Il est vraisemblable que si Napoléon avait maintenu plus longtemps son autorité, il aurait fait abattre quelques douzaines de maisons pour donner une plus belle vue au dôme, 3ar il l'avait pris sous sa protection, depuis qu'après avoir été 30uronné empereur à Paris par le Pape, il était venu à Milan se Faire couronner roi d'Italie par le cardinal Caprara, qui en était archevêque. Le portail et les longs pans extérieurs n'ont été achevés que par ses soins, car ils étaient imparfaits, comme l'est encore une partie du toit, couverte en tuiles, que l'on fait disparaître à mesure que l'on avance la couverture de marbre. Nul part ailleurs on ne s'est avisé de couvrir un toit en marbre. Par la manière dont on le cimente ici, il est aisé de concevoir qu'il n'y en a point de plus étanche. En un mot, il semble que l'on ait voulu épuiser en faveur de cette église l'abondante mine de marbre blanc du Lac Majeur Lago MaggiorCy comme la liste de tous les saints connus dont elle porte les images.
Le dôme de Milan a 100,000 francs de rente. Ou prend, chaque année, sur cette somme ce qu'il faut pour l'entretien du culte et du clergé qui y est attaché. Tout le surplus est employé à l'avancement du dehors qui ne se finira peut-être jamais, tant il y
1 — En fait, ce portail n'a pas tous les mérites que lui attribue Tévêque de Québec. En grande partie en style de la Renaissance —on Ta corrigé un peu après coup — , il est disparate, plat et manque de caractère. La chose est tellement évidente, que l'on demande depuis des années qu'il soit remplacé par un autre du style de l'église. Le dôme de Milan est certes une merveille par la richesse des matériaux et le nombre phénoménal de ses statues j mais il convient de dire que l'intérieur est bien inférieur à celui des belles églises gothiques de France, la nef laissant beaucoup à désirer. Les Italiens n'ont jamais bien compris ce qui fait la beauté du gothique.
a encore à faire et tant on fait peu chaque année. Cependant n'est qu'aprës le dehors fini, que Ton se propose de donner dedans la perfection qui lui manque.
Ces deux mots Mariœ nascentiy que l'on voit écrits en gross* lettres d'or au-dessus de la principale porte du dôme, annoncea aux étrangers quel en est le titulaire. Une autre inscription lu. dessus de la même porte, mais en dedans du dôme, appreiin: qu'il a été consacré par S. Charles Borromée, vers la fin de X VEZ siècle, et que le maître-autel avait ou pour consécrateur Martin ce qui n'a pu être qu'à son retour du concile général de Conm tance, où il fut élu Pape, c'est-à-dire en 141 i. Il n'y a donc p^: moins de cinq siècles que cette basilique est en chantier. Elle c^ ^t divisée en cinq nefs dont les arcades sont soutenues par 1 ^3 ^ piliers ou colonnes de marbre de 20 pieds de tour. La voûte faî.'fc^ de briques n'a aucun ornement, si ce n'est un ancien enduit q^^^^i est tombé en plusieurs endroits. L'édifice étant en croix, il ^^ ^ trouve deux chapelles principales dans la croisée, pourvues l'u-:i^=»^6 et l'autre de statues de taille héroïque, représentant les principami». ^ prophètes de l'ancienne loi. Ces deux chapelles sont noblem^ «iiat et richement ornées. Il y a de chaque côté de l'église beauco '■J»- J d'autres autels moins considérables, l'un desquels est l'objet p^fc-»^ticulier de la dévotion des fidèles, parce qu'au-dessus est con»^=^ ^' vée la croix que S. Charles porta, ayant les pieds nus et la cor^^-^ au cou, dans une des processions qu'il fit durant la peste de Milsi*^*^' Au haut du rond-point de l'église, au moins à 50 pieds de Aî^" tance du pavé, se conserve avec encore plus de religion le S. 01 <^* venant de la Croix de N.-S. aussi porté processionnellement p^-' le saint archevêque dans le temps de la même peste. On le do^cend encore de là tous les ans, et on le porte par la ville dans xktt^ procession qui se fait à un jour fixe.
Plus des deux tiers de l'église sont pavés en marbre. Vers I^ bas, il y a encore quelques parties qui sont en briques. Aux deo^ angles qui séparent les deux principales chapelles d'avec le chœur, il y a deux chaires ou ambons qui s'étendent des deux côtés de l'angle, et occupent environ douze pieds chacune le long deô mura
«quelles elles tiennent. On y monte par des escaliers cachés ns la boisure.
Le chœur n'occupe pas toute la largeur du rond-point ; il est ►igné de chaque côté, d'une dizaine de pieds; en sorte que l'on at tourner autour et admirer les bas-reliefs de marbre blanc ^t il est revêtu ; les uns représentant les mystères de la Sainteerge, les autres les actions mémorables de S. Charles. Le maître-autel n'est pas au fond du chœur, mais au milieu et "vironné des stalles des chanoines. Ce chœur est séparé, par un ^rnier balustre, d'un espace réservé pour les autorités civiles ns les grandes solennités, mais où tout le monde entre pêle- He, dans les dimanches ordinaires. Au-devant de cet espace est second balustre qui le sépare de la nef. Chacun des deux ustres a son ouverture au milieu, et il faut nécessairement âser par les deux, si l'on veut communiquer de la sacristie au actuaire.
Contre l'usage des autres cathédrales, le Saint- Sacrement est iservé au maître-autel de celle de Milan. Six lampes y brûlent latinuellement. Le jour, on y tient, en sus, six cierges allumés, sanctuaire est d'une obscurité sans pareille ; ce n'est pas que ouvertures y manquent ; car dans l'étendue du rond-point, il i trois fenêtres vitrées, chacune de 8 à 10 pieds de large sur 40 15 de hauteur. Mais les vitres sont tellement chargées de pelures, suivant l'ancien goût, qu'elles n'éclairent pas beaucoup plus e si on les eût couvertes de volets, et la peinture en est si mal Lte, que l'on ne distingue pas plus ce qu'on y a voulu repré- Qter, que si c'était un simple barbouillage sans objet. Les offices solennels du dôme de Milan sont annoncés par le n de trois cloches dont la plus petite est de 10,000 livres pesant, seconde de 15, la grosse de 25,000. Au lieu de cordes, elles it de longues verges de fer, et on les sonne avec des pédales ites comme celles des tourneurs. Il y a dans la métropole de ilan des fonts baptismaux, et une paroisse dont le curé est M**^ ppizoni, archiprêtre ou premier dignitaire du chapitre. De deux îristies qu'il y a dans cette église, celle qui est du côté de l'évan-
a encore à faire et tant on fait peu chaqae année. Cependant n'est qu'après le dehors fini, que Ton se propose de donner dedans la perfection qui lui manque.
Ces deux mots Mariœ nascentiy que Ton voit écrits en gros^^ lettres d'or au-dessus de la principale porte du dôme, annonce" aux étrangers quel en est le titulaire. Une autre inscription dessus de la même porte, mais en dedans du dôme, apprei qu'il a été consacré par S. Charles Borromée, vers la fin de XVI siëcle, et que le maître-autel avait ou pour consécrateur Martin ^^ ; ce qui n'a pu être qu'à son retour du concile général de Cor:m jstance, où il fut élu Pape, c'est-à-dire en 141t. Il n'y a donc p>i3*»8 moins de cinq siècles que cette basilique est en chantier. Elle C3ii3t divisée en cinq nefs dont les arcades sont soutenues par 1 ^5 * piliers ou colonnes de marbre de 20 pieds de tour. La voûte fax^fc^ de briques n'a aucun ornement, si ce n'est un ancien enduit q^*^^ est tombé en plusieurs endroits. L'édifice étant en croix, il &^ ^ trouve deux chapelles principales dans la croisée, pourvues I'il'k^^® et l'autre de statues de taille héroïque, représentant les principa m:»- ^ prophètes de l'ancienne loi. Ces deux chapelles sont noblem^ k:^»* et richement ornées. Il y a de chaque côté de l'église beauco «■^■^ J d'autres autels moins considérables, l'un desquels est l'objet p^a^^" ticulier de la dévotion des fidèles, parce qu'au-dessus est cons^^^ ^" vée la croix que S. Charles porta, ayant les pieds nus et la cor^3-^ au cou, dans une des processions qu'il fit durant la peste de Milei*-^*^* Au haut du rond-point de l'église, au moins à 50 pieds de J-î^" tance du pave, se conserve avec encore plus de religion le S. GLo^ venant de la Croix de ÏT.-S. aussi porté processionnellement g>^' le saint archevêque dans le temps de la même peste. On le 4oscend encore de là tous les ans, et on le porte par la ville dans xxtie procession qui se fait à un jour fixe.
Plus des deux tiers de l'église sont pavés en marbre. Vers to bas, il y a encore quelques parties qui sont en briques. Aux deax angles qui séparent les deux principales chapelles d'avec le chœur, il y a deux chaires ou ambons qui s'étendent des deux côtés de l'angle, et occupent environ douze pieds chacune le long dea mure
squelles elles tiennent. On y monte par des escaliers cachés ns la boisure.
Le chœur n'occupe pas toute la largeur du rond-point ; il est ►igné de chaque côté, d'une dizaine de pieds; en sorte que l'on at tourner autour et admirer les bas-reliefs de marbre blanc nt il est revêtu ; les uns représentant les mystères de la Sainteerge, les autres les actions mémorables de S. Charles. Le raaîtrc-autel n'est pas au fond du chœur, mais au milieu et 'vironné des stalles des chanoines. Ce chœur est séparé, par un îmier balustre, d'un espace réservé pour les autorités civiles ns les grandes solennités, mais où tout le monde entre pêle- Ue, dans les dimanches ordinaires. Au-devant de cet espace est second balustre qui le sépare de la nef. Chacun des deux -ustres a son ouverture au. milieu, et il faut nécessairement âser par les deux, si l'on veut communiquer de la sacristie au ictuaire.
IJontre l'usage des autres cathédrales, le Saint- Sacrement est aservé au maître-autel de celle de Milan. Six lampes y brûlent atinuellement. Le jour, on y tient, en sus, six cierges allumés, sanctuaire est d'une obscurité sans pareille ; ce n'est pas que ouvertures y manquent ; car dans l'étendue du rond-point, il ^ trois fenêtres vitrées, chacune de 8 à 10 pieds de large sur 40 15 de hauteur. Mais les vitres sont tellement chargées de peintres, suivant l'ancien goût, qu'elles n'éclairent pas beaucoup plus ^e si on les eût couvertes de volets, et la peinture en est si mal Lte, que l'on ne distingue pas plus ce qu'on y a voulu reprénter, que si c'était un simple barbouillage sans objet. Les offices solennels du dôme de Milan sont annoncés par le n de trois cloches dont la plus petite est de 10,000 livres pesant, seconde de 15, la grosse de 25,0o0. Au lieu de cordes, elles \t de longues verges de fer, et on les sonne avec des pédales ites comme celles des tourneurs. Il y a dans la métropole de ilan des fonts baptismaux, et une paroisse dont le curé est M*^*^ ppizoni, archiprêtre ou premier dignitaire du chapitre. De deux cristies qu'il y a dans cette église, celle qui est du côté de l'évan-
a encore à faire et tant on fait pea chaque annëe. Cependant ce n'est qu'aprës le dehors fini, que Ton se propose de donner «^^ dedans la perfection qui lui manque.
Ces deux mots Mariœ nascenti^ que l'on voit écrits en groa-^ea lettres d'or au-dessus de la principale porte du dôme, annonc^^ïvt aux étrangers quel en est le titulaire. Une autre inscription -=audessus de la même porte, mais en dedans du dôme, appr^^nd qu'il a été consacré par S. Charles Borroraée, vers la fin de XV I""* siècle, et que le maître-autel avait ou pour consécrateur Martin V ; ce qui n'a pu être qu'à son retour du concile général de Co^s^nstance, où il fut élu Pape, c'est-à-dire en 141 i. Il n'y a donc — pas moins de cinq siècles que cette basilique est en chantier. Elle est divisée en cinq nefs dont les arcades sont soutenues par : 160 piliers ou colonnes de marbre de 20 pieds de tour. La voûte fi^^ite de briques n'a aucun ornement, si ce n'est un ancien enduit — ^ûi est tombé en plusieurs endroits. L'édifice étant en croix, il s'y
trouve deux chapelles principales dans la croisée, pourvues l'c -ine
et l'autre de statues de taille héroïque, représentant les principa^^ux prophètes de l'ancienne loi. Ces deux chapelles sont noblem— ^^nt et richement ornées. Il y a de chaque côté de l'église beaucc^up d'autres autels moins considérables, l'un desquels est l'objet p^»»articulier de la dévotion des fidèles, parce qu'au-dessus est con^^^rvée la croix que S. Charles porta, ayant les pieds nus et la co^icrde au cou, dans une des processions qu'il fit durant la peste de Mil^^n» Au haut du rond-point de l'église, au moins à 50 pieds de (^^istance du pavé, se conserve avec encore plus de religion le S. 0 Ion venant de la Croix de N.-S. aussi porté processionnellement -jp&J^ le saint archevêque dans le temps de la même peste. On le d^«cend encore de là tous les ans, et on le porte par la ville dans xxi^e procession qui se fait à un jour fixe.
Plus des deux tiers de l'église sont pavés en marbre. Vers le bas, il y a encore quelques parties qui sont en briques. Aux deux angles qui séparent les deux principales chapelles d'avec le chœar, il y a deux chaires ou ambons qui s'étendent des deux côtés de l'angle, et occupent environ douze pieds chacune le long deô mura
auxquelles elles tiennent. On y monte par des escaliers cachés dans la boisure.
Le chœur n'occupe pas toute la largeur du rond-point ; il est <51 oigne de chaque côté, d'une dizaine de pieds; en sorte que Ton peut tourner autour et admirer les bas-reliefs de marbre blanc dont il est revêtu ; les uns représentant les mystères de la Sainte- "Vierge, les autres les actions mémorables de S. Charles.
Le maître-autel n'est pas au fond du chœur, mais au milieu et environné des stalles des chanoines. Ce chœur est séparé, par un premier balustre, d'un espace réservé pour les autorités civiles dans les grandes solennités, mais où tout le monde entre pêlemêle, dans les dimanches ordinaires. Au-devant de cet espace est un second balustre qui le sépare de la nef. Chacun des deux balustres a son ouverture au milieu, et il faut nécessairement passer par les deux, si l'on veut communiquer de la sacristie au Banctuaire.
Contre l'usage des autres cathédrales, le Saint- Sacrement est conservé au maître-autel de celle de Milan. Six lampes y brûlent continuellement. Le jour, on y tient, en sus, six cierges allumés. Le sanctuaire est d'une obscurité sans pareille ; ce n'est pas que les ouvertures y manquent ; car dans l'étendue du rond-point, il j a trois fenêtres vitrées, chacune de 8 à 10 pieds de large sur 40 à 45 de hauteur. Mais les vitres sont tellement chargées de peintures, suivant l'ancien goût, qu'elles n'éclairent pas beaucoup plus que si on les eût couvertes de volets, et la peinture en est si mal faite, que l'on ne distingue pas plus ce qu'on y a voulu représenter, que si c'était un simple barbouillage sans objet.
Les offices solennels du dôme de Milan sont annoncés par le son de trois cloches dont la plus petite est de 10,000 livres pesant, la seconde de 15, la grosse de 25,OoO. Au lieu de cordes, elles ont de longues verges de fer, et on les sonne avec des pédales faites comme celles des tourneurs. Il y a dans la métropole de Milan des fonts baptismaux, et une paroisse dont le curé est M*"^ Oppizoni, archiprêtre ou premier dignitaire du chapitre. De deux sacristies qu'il y a dans cette église, celle qui est du côté de l'évan-
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gile est entièrement à l'usage des vicaires et autres prêtre» employés à la desserte de la paroisse. Elle a son linge, ses ornements, ses chantres, ses clercs à part, et certains autels de ce oô^ de l'église, affectés aux messes et autres offices propres de ^^ paroisse. L'office public des chanoines sert aux paroissiens, 1 jours de dimanches, de fêtes et de concours, telles que sont processions. Un officier du chapitre y fait l'annonce des fSte^^ et jours déjeune.
La sacristie du chapitre est à l'opposite de l'autre, et ne ^ <îrt qu'aux chanoines et aux prêtres et clercs attachés au service d^ chœur. Elle s'appelle le trésor, et nonobstant les déprédations cflcs Français, ce trésor n'est pas épuisé : il contient encore des obj ^^ très précieux, tels que de beaux ornements pontificaux de diver^^® classes, un crucifix et des chandeliers d'argent naassif d'une gr^^Mideur démesurée, des vases sacrés, anciens et nouveaux, dont qm^ ^^' ques-uns sont très curieux tant pour la forme que pour la matiè^ :^^î deux statues d'argent de taille humaine, représentant l'une ^' Ambroise, l'autre S. Charles Borromée, tous deux en habits pon»- *'^' ficaux. La mitre de S. Ambroise est dorée et sa face a des ye"«-^ ^ de diamant, ce qui produit un singulier effet. Il y a en outre ^î ^ bustes aussi d'argent, reste de douze qu'il y avait précédemme»^^ *» représentant d'anciens évêques dont la sainteté a honoré cet>^^ église. Ces statues et ces bustes sont exposés dans les grancL ^^ solemnités aux deux côtés de l'autel, et présentent un aspect tr^^ imposant.
Mais le plus riche trésor que possède le dôme de Milan, c'^^ le corps de son saint archevêque, le cardinal Charles Borrom^ ^' chargé, à l'âge de 22 ans, de ce vaste et important diocèse ^^* et qui, en 24 ans d'épiscopat, a plus fait pour la religion, qC^^ vingt évoques n'avaient fait avant lui et que quarante ne fero:*^^ peut-être après. On sait quelle fut sa charité dans les calamit^^^ publiques, son zèle pour l'encouragement de la piété, sa persév^' rance à rétablir la discipline ecclésiastique par les six concil^^^ provinciaux et les onze synodes diocésains qu'il assembla. I^^ mourut le 4 novembre 1584. Par le malheur des temps, ucp ^
partie de ses sages règlements sont tombés en dësuétude ; mais du moins on a conservé une singulière vénération pour sa mémoire, et la tenture déjà faite, à cette date, de 26 pièces de tapisseries entre les piliers qui bordent la grande nef du dôme, tapiseeries qui contiennent toute l'histoire de sa vie, depuis la naissance Jusqu'à la mort, est une preuve de la solennité avec laquelle on veut célébrer sa fête, puisqu'elle ne doit avoir lieu que dans quinze jours.
C'est au haut de cette nef et au milieu de la croisée de l'église, qu'est placéee sa confession dans un caveau admirablement orné. On y descend par un escalier de marbre ou de travertin, dont l'entrée est dans l'un des côtés extérieurs du chœur. On laisse, à droite, dans ce caveau, un petit chœur où les chanoines descendent Piàîver pour y faire les offices de la semaine, comme dans un lieu moins froid, devant un autel où l'on conserve les reliques de S. Jean Bon, ancien évêque de cette ville. En tournant à gauche, vous trouvez la confession de S. Charles, chapelle haute de 8 pieds, large d'autant, longue de 24, pavée de marbre, tapissée de drap d'or avec des baguettes et des tringles d'argent pur et très bien poli, un devant d'autel d'argent massif, ainsi que le gradin sur lequel est étendu le corps du saint cardinal, revêtu de tous ses ornements pontificaux, ayant même une crosse à côté de lui, le tout renfermé dans une châsse de cristal à barreaux d'argent, de sorte que l'on peut mesurer la longueur du corps, dont il n'y a néanmoins de découvert que la partie delà face qui est au-dessous de la mitre. Cette châsse découverte tous les matins, pendant les messes qui s'y célèbrent en grand nombre, est revêtue d'une boîte doublée en étoffe d'or et de soie que l'on referme aussitôt après. Les messes finies, la porte de la chapelle est close pour le reste dtt jour ; mais le peuple trouve à satisfaire sa dévotion pour S. Charles, en venant prier autour d'une balustrade placée sur le pavé de l'église, et qui n'est séparée de la confession que par une grille de fer de même étendue que la chapelle même et lui servant dô plafond. Il y a toujours des lampes allumées aux quatre coins de cette balustrade, et il faut dire à la louange des fidèles de
Milan, qu'à toutes les heures du jour, on y trouve du monde en prières.
21. — Cette chapelle ou confession du modelé des pasteurs fut le premier endroit où l'évêque de Québec voulut célébrer la messe à Milan. Il y fut assisté et servi à l'italienne par plusieurs jeunes clercs, ayant à leur tête le céréraoniaire de la métropole, en soutane violette avec un surplis sans étole. Vainement M. Turgeoa eu demanda-t-il une : on ne voulut pas y entendre. Le cérémonial ne l'exige point. Mais il fut bien autrement surpris de voir ces jeunes clercs toucher les vases sacrés, mettre le vin et l'eau dans le calice, le couvrir et le découvrir sans plus de façon, dans tous les temps de la messe. Avec le temps il s'accoutumera à tout cela.
Il n'y a point de canons sur l'autel lorsqu'un évêque célëbre, mais un in-folio à gros caractères qui contient tout l'ordinaire de la messe, et qui est d'abord ouvert au-devant de la custode, puis porté au coin de l'épître pour le lavabo, puis ramené au milieu de l'autel, puis fixé sur le pupitre, à la place du missel, au commencement de la préface, retiré pour faire de nouveau place au missel, après les ablutions, remis au milieu pour le Placeatj enfi" porté à l'autre coin pour l'évangile selon S. Jean. C'est un mouvement perpétuel, mais qui est dans, le génie des cérémonies italiennes. Là-dessus on ne vous fait pas plus de quartier à Ronae qu'à Milan et dans tout le reste du pays.
Le palais archiépiscopal de Milan est séparé du dôme par Id largeur d'une rue, sous laquelle S. Charles, étant archevêque, fi* pratiquer une communication voûtée pour aller commodément de l'un à l'autre. Ce fut par ce chemin que l'évêque de Québec fut conduit, après sa messe, chez M^' Lîtta, l'un des chanoines et frère du cardinal-vicaire de Rome. Ces chanoines ont leur logement dans une partie de l'archevêché, mais ne sont pas auflBi jaloux de les occuper qu'on le désirerait, la plupart aimant mieu^ demeurer en ville. Ce palais est très grand, ayant deux carré^^ mais on n'y trouve plus ni les appartements qu'occupait S. Charles^ ni la chapelle domestique où un religieux de l'ordre des Humili^^ lui déchargea un coup de fusil. Cette partie de l'édifice, si dign^
'être conservée, a disparu dans des réparations subséquemment lites au palais.
Jusqu'à présent, les archevêques de Milan avaient été tirés des imilles nobles du pays. Du moins on ne les prenait que parmi ï8 Italiens. Mais l'empereur actuel d'Autriche, souverain du filanais, n'a pas jugé à propos de respecter cet usage, et a nommé ce siëge le premier Allemand qui s'y soit peut-être jamais assis, 'est un jeune homme qui annonce du zële et du désir de bien îre ; mais c'est un étranger, et cette circonstance suffit pour ►nner de l'humeur au clergé du pays, dont elle recule les espénces. Ce prélat était absent ainsi que son grand vicaire, lors
passage de l'évêque de Québec. Le palais du gouvernement touche à l'archevêché et déploie e belle façade sur la place qui conduit au dôme. Cependant il fallait voir en ville quelque chose de plus que le ^me et l'archevêché. Cette journée était belle et l'évêque de lébec voulant en profiter, prit dans une voiture son secrétaire,
un clerc de la cathédrale chargé de les guider. Les pavés de il an sont assez rudes, mais on y trouve ce qu'il serait à désirer le l'on trouvât aussi à Paris et à Lyon, savoir : des lisières de ôrres de taille unies, dans toutes les rues, éloignées l'une de 'Utre autant qu'il faut pour recevoir les deux principales roues '8 carosses, de sorte que le roulage y est fort doux. Si deux îtures se rencontrent, chacun cédant une partie du chemin, on ^t la dîfîérence qu'il y a de rouler sur des pierres raboteuses unies, et l'on apprécie davantage la commodité de celles-ci. »^ nous fit voir en passant le théâtre de la ville où se faisaient ^ réparations, et dont le parterre peut contenir 3 à 4000 spectai x-s. C'est beaucoup trop pour une ville chrétienne. Un amas 'Oz confus de tentures, de cartons diflFéremment taillés et peints, 'Ohelles, de cordes, de planches assemblées, de coulisses, de Capes, d'huile puante, etc., voilà tout ce que nous y aperçûmes
plus remarquable. Il est vrai que les décorations théâtrales ^t plus calculées pour neuf heures du soir que pour neuf heures ^ matin, temps où l'on nous fit voir celles-ci.
De là noDS passâmes au collège Ambrosien, fondé par le cardinal Frédéric Borromée, neveu et successeur de S. Charles, superbe édifice, mais qui est loin d'avoir les 900 pieds de long que lui accorde fort généreusement la relation de feu M. Butler. L'intention du fondateur était que Ton y maintînt à perpétuité seize professeurs, pour y enseigner gratuitement toutes les sciences. Cet établissement, fait par un archevêque du lieu, devait naturellement demeurer sous la direction de ses successeurs en office. Cependant il paraît que ses vues ont été déjouées, et que le gouvernement s'est graduellement emparé du choix des professeurs^ de la direction des études et des revenus destinés au soutien â-^ cet établissement, dont l'édifice, du reste, est fort bien entretenir • Il renferme une belle collection de tableaux choisis, exposé^ dani.« six ou sept salles de suite, qui ne paraissent destinées à auca "«^ autre usage. Ces tableaux sont au nombre de 100, entre lesquel ^ celui des Noces de Cana et celui du sacrifice d'Abraham son»^ * particulièrement dignes de fixer les regards des observateurs.
Attenant, à ce collège, est la bibliothèque Ambrosienne qui cm e compte pas moins de 70,000 volumes imprimés et de 6,00^ manuscrits. On y trouve une édition de Virgile par Pétrone, uce ^ copie de Flavius Joseph écrite au second siècle, plusieurs lettrc^fi originales de S. Charles. On y trouve aussi un volume contenais t les épîtres de S. Paul, en Arménien, Arabe, Cophte, Syriaque ^* Ethiopien. Dans le même bâtiment est un recueil d'antiqu^^? statues, bustes, inscriptions, etc.
Un autre établissement qui fait honneur à cette ville, est 1^ grand hôpital, ospidale maggiore ; il a 100,000 piastres de reveati annuel et peut contenir 2,000 malades suivant les uns, 4,000 flCi^' vaut les autres. On assure que S. Charles donna tout son héritag"^ pour l'encouragement de cet hôpital, le jour même qu'il lui écha't- Il n'y avait réellement que 1,000 malades dans l'hôpital, lorsq»^ révêque de Québec le visita, suivant l'information qu'il reçut d^^ chapelains qui en administrent le spirituel, au nombre de hui** Tout le temporel est aux soins d'une commission laïque. Onim^" ginerait à peine combien sont nombreux les livres de compte^»
ahiers, journaux, etc., des administrateurs. Ils occupent du haut n bas les tablettes de plusieurs vastes appartements.
Il paraît que cet établissement est redevable de son existence
l'un des ducs de Milan, comme on peut juger par cette inscrip- Lon qui se trouve au-dessus d'une des principales portes de l'in- Srieur : " Franciscus Sfortia Dux Mediolani IV", qui Urbis et ^entis imperium soceri morte, amissum récupéra vit, ad susten- 3LnàoQ Christi pauperes, dispersa alimenta congessit, atque ex eteri arca œdes ampliter excitavit Ann. J. 1450 prîd. id. Aprilis." Ce ne sont pas seulement les pauvres malades qui sont main- 311118 aux frais de cet hôpital. Les mêmes fonda servent encore . Tentretien d'un refuge ou hospice, qui est hors de la ville, et où on reçoit et élève les enfants trouvés, qui y sont portés en un ombre étonnant, celui de 10 par jour, si l'on en croit les chapeaîns. Les fous sont aussi reçus dans cet asile du dehors. Des lommes à gage soignent les malades du grand hôpital ; les emmes sont soignées par des filles tirées des enfants trouvés, ^ais il est aisé d'apercevoir que tout cela ne vaut pas les Frëres 't les Sœurs de Lyon, et que l'hôpital de Milan n'est pas, à bcau- 'Oup près, aussi bien desservi que celui-là.
On comptait autrefois 230 églises à Milan. Ce nombre se trouve oi't réduit, si on retranche celles qui se sont détruites faute de moyens pour les entretenir, et celles, en plus grand nombre, qui Dt été changées en casernes, en écuries, en magasins, en corps- 6"garde et que le gouvernement Autrichien, quoique catholique, 6 se met nullement en peine de restituer. Il y avait quatre 'lïiînaires d'Oblats, institués et solidement fondés par S. Charles ; li'en reste plus qu'un. Les pauvres Claires ou Clarisses de oi'dre de S. François tiennent la seule communauté de filles qui xiQte dans une ville où il y en avait de tant de sortes. Tous les ïi^nastères d'hommes ont disparu. Ces ravages ont commencé i^ temps de l'empereur Joseph II, célèbre par la guerre qu'il fit ^ toutes les institutions religieuses. Ils ont été continués par les ïrançais pendant la Révolution. L'empereur actuel, François I,
Bemble vouloir y mettre la dernière main. Il donne de belles
paroles qu'il n'effectue pas. Au contraire, il maintient des principes scandaleux posés par Joseph II, par exemple que la parenté et l'affinité ne sont pas empêchements dirimants au delà du second degré. Les cours de justice de ses Etats prononcent conformément à ce principe, de sorte que l'autorité ecclésiastique se trouve nécessairement et continuellement heurtée et contrariée. Ni la condescendance du Saint-Siëge pour lui, ni la réception magnifique qui lui fut faite à Rome, l'hiver dernier, où le Pape le logea dans des appartements de son propre palais, ornés tout exprès à cette occasion, avec une élégance dont on les croyait à peine susceptibles, se resserrant lui-même pour le mettre plus au large, ni les jeux, les fêtes, les courses de chevaux, les illuminations, la dépense de 5,000 écus romains que sa présence coûta à la Chambre Apostolique, ni les avis charitables et paternels qui lui furent donnés de vive voix et par écrit de la part du Saint-Père; rien de tout cela n'a pu dompter son indocilité, n'exciter sa reconnaissance. Il n'a pas voulu s'apercevoir que la Cour de Eome avait fait pour lui plus qu'elle ne fit jamais pour Oharlemagne, son insigne bienfaiteur. A peine de retour à Vienne, François I a donné de nouvelles preuves de son peu de respect pour le Saint-Siège.
De neuf hôpitaux qui existaient à Milan, en sus de celui dont il a été fait mention ci-dessus, il n'en reste plus qu'un seul tenu, avec une propreté remarquable, par des frëres hospitaliers de l'ordre de S. Jean de Dieu. Il n'y a qu'une seule salle, mais qui contient 74 lits, ayant chacun une sentence de l'Ecriture Sainte en avant, imprimée sur une planchette. Ces sentences sont très bien choisies, tendant ou à exciter la compassion envers les malades, ou à soutenir la patience de ceux-ci. Dans une partie de la salle, élevée de quelques degrés au-dessus de l'autre, étaient réunis plusieurs prêtres malades. L'évêque de Québec se fit un devoir de visiter ces lits avec un peu plus de détail que les autres. Il s'y trouva un ancien curé qui, le voyant en cravate blanche au lieu du petit collet que portent tous les ecclésiastiques italiens, le menaça de la malédiction portée contre ceux qui refusent de con-
fesser Jésus-Christ devant les hommes. Vainement l'évêque lui nontra-t-il la croix pectorale pendant, à son cou, par-dessus ses tiabits, en preuve qu'il ne rougissait pas de J.-O. ; vainement lui at-il voir que Thabit qu'il portait, était d'une forme et d'une longueur autorisées par les Canons dans les ecclésiastiques en voyage ; le vieux malade n'y voulut point entendre et ne cessa de lui répéter : " vous ne portez pas le collet, vous rougissez donc ie J.-C. et ne pouvez être qu'un mauvais évêque." Il fallut en rester là pour ne pas incommoder les autres malades ; car le bonhomme criait à tue-tête : " vous ne portez point le collet ; vous rougissez donc de J.-C."
La chapelle de la maison, ayant le portail sur la rue, mais assez voisine de la salle pour que l'on puisse, sans sortir, communiquer de l'une à l'autre, est d'une architecture fort intéressante, et les Frères semblent mettre leur gloire à la rendre respectable par l'ordre excellent où toutes choses y sont tenues.
La première église qui se rencontra ensuite sur notre route, fut celle de la Ste-Vierge, connue sous le nom de Madona délia graziè^ ou N.-D. de Grâces. Elle appartenait autrefois aux Dominicains dont le couvent a été changé en casernes. Elle n'a rien de fort remarquable. On parlait beaucoup autrefois d'une Cène de N".-S. peinte en fresque par Léonard de Vinci dans le réfectoire des religieux. Mais elle a eu le sort de presque toutes les fresques, Bavoir d'être endommagée et en partie eftacée par l'humidité du mur. Nous trouvâmes dans cet ancien réfectoire quelque chose de plus digne d'attention ; c'était la dépouille d'un bon peintre mort depuis peu. Il y avait des tableaux de toute taille, des petits enfants très bien peints, mais par-dessus tout, quatre tableaux représentant les quatre saisons, avec une vivacité de couleurs dont on trouve peu d'exemples. Comme le tout était exposé en vente, la tentation d'acheter ces quatre saisons eût peut-être été violente à une moindre distance de Québec.
De la Madona délia grazie, nous passâmes à la basilique Porcienne, Basilica Porciana. Elle était autrefois la cathédrale. Ce fut dans cette église que S. Ambroise alors magistrat, étant
accouru pour calmer le bruit qui s'y était élevé entre les catholiques et les Ariens, au sujet de l'élection d'un évêque, fut lui-même proclamé par un enfant. Elle continua de servir de cathédrale jusqu'à la construction de la basilique Ambrosienne dont il sera fait mention plus bas. Elle est encore une des plus belles églises de Milan par sa forme, par ses décorations, mais surtout par les précieuses reliques dont elle est dépositaire. On admire sa coupole et les fresques qui la décore, et où le peintre semble avoir voiala réunir les mille et milliers d'anges qui environnent le trône de Dieu. Les connaisseurs louent beaucoup le tableau de 8. Paul par Gaudentio, qui est dans une chapelle latérale. Le gradin de Tautel principal et l'autel lui-même sont partie en marbre et parti® de jaspe, surmonté d'une superbe niche. Mais lorsqu'après avoir fait le tour de l'église, on en vient à considérer la chaire, il n'est personne qui ne soit offensé de sa simplicité au milieu de tSLtxi d'ornements. La voûte répond au reste de l'église par sa magoîficence. H y a dans le chœur 75 stalles remarquablement bî^^ sculptées en bois dur. Cela fait assez voir que cette église ^ servi à une communauté religieuse, car un Chapitre n'aurait p^-^ un si grand nombre de chanoines. En effet les Bénédictins y oJ^-t eu un de leurs monastères, et l'on en trouve la preuve dans 1^ sacristie, vaste et bel appartement, plus digne qu'aucune autr* d'être comparée à celle de l'église de la Mission à Turin. O ^ cette sacriptie est environnée, au-dessus de la boisure, des po^^' tiaits très nombreux de tous les cardinaux sortis de l'ordre ^* S. Benoît.
Le peuple ne connaît plus cette église sous le nom deBasiliqi^^ Porcienne \ mais sous le nom de S. Victor, martyr, qui y e^* spécialement honoré. Ses reliques et celles de 8. Satyre sod "* conservées dans l'épaisseur du mur qui sépare cette église d'av^^ la chapelle souterraine. Celle-ci, aux quatre coins de son petî * sanctuaire, a des tombes bien scellées, pleines d'ossements d^
l Cette basilique n'existe plus, et Péglise de S. Victor a été reconstruit^ en 1560 sur le même emplacement.
lartjrs. A rextrémîté la plus éloignée de ce sanctuaire, on lontre un poteau de frêne sur lequel S. Victor fut décapité. L'église paroissiale de S. Eustorge a quelques beaux autels et ne chapelle voûtée derrière le chœur, tenant lieu d'église souteriine, et contenant les reliques de S. Magne et de S. Pierre martyrs, ont l'Eglise célèbre la fête le 29 avril. On sera étonné d'aprendre que les monuments des Trois Mages se montrent dans îtte église. On prétend qu'ils furent apportés d'Orient par Philastergue ; mais on convient aussi que les monuments sont des, l'empereur Frédéric II ayant fait transporté les corps à >logne, à la suite d'un siège de la ville de Milan, qu'il voulut iver de ce trésor.
Ij'église de S. Laurent ou ASan-ior^n^o n'est autre chose qu'une anvaise imitation de la Rotonde de Rome. On y voit un sinilier tableau représentant un S. Dominique, en habit religieux oc des ailes. Il y a un autel sous l'invocation de N.-D. de Pitié, il s'est opéré plusieurs fois des miracles, notamment au mois avril dernier, où une petite fille notoirement impotente fut bitement guérie devant l'image de la Mère de Dieu, représentée t:is cette chapelle, non en tableau, mais en une statue bien exétée. Il n'est pas rare, en Italie, de trouver de ces sortes de ttues dans les églises, ordinairement recouvertes d'un tableau î s'abat comme un rideau, et laisse à découvert la statue et l<3gante niche qui la renferme. Au-devant de l'église de San- >renzOj se trouve, dans le milieu de la rue, une suite de grandes "vieilles colonnes au nombre de 24, sans liaison entre elles, et ^trées de cercles de fer en plusieurs endroit?, sans doute pour ' empêcher de tomber sur les passants, ce qui arrivera tôt ou "d. On croit que ce sont des restes d'un ancien temple de Diane. tjes églises de S. Georges in Palazzo et de S. Celse ne présen- ^t rien de remarquable, si ce n'est que le dôme de celle-ci est litenu par quatre figures d'anges admirablement bien peints. le est au fond d'un long portique ; il était plus de midi lorsque ^^8 y passâmes. Il s'y disait une messe basse devant une assis- •^ce édifiante et très nombreuse.
Dans le vestibule de l'église de S. Nazaîre, qui est de fonnô octogone, on est surpris d'apercevoir, à 20 pieds au-dessus â^ pavé, un tombeau sur chaque face, avec différentes inscriptioTvSi dont l'une est conçue en ces termes : " Jacobus Magnus Trivulfcmû^ Antonii filius qui nunquam quievit, quiescit. Tace." O'est-à-dL "we •. Jacques Magne, fils d'Antoine Trévule, qui fut toujours en m -^vivement, se repose. Tais-toi." On ne voit pas à quoi cette plai^ auterie fait allusion.
Au-dessus de la principale porte, au-dedans de l'église, est ^«une belle peinture ou fresque de l'Ascension de N.-S. ; les au^Mtres
tableaux sont d'un mérite distingué. Le paradis fait le sujel > de
la peinture du dôme. Dans le sanctuaire sont les tableaujj de
quatre SS. archevêques de Milan, dont les corps reposent soo s le
maître-autel. Cet autel a une admirable niche ornée de qu£==atre
colonnes torses de marbre noir, qui lui donnent beaucoup de rel ief.
Les deux bénitiers sont des bassins de marbre blanc, chacun é^^outenu par un petit ange de même matière, ayant le bassin su::^ la tête et en soutenant les bords avec ses petites mains, comme p -^ur le tenir en équilibre. Cette idée est très ingénieuse.
Mais si l'on veut voir du marbre de toute espèce et du ja^^pe, et du porphyre, et du lapis-lazuli et des agathes habilement^ et admirablement enchâssées et en très grand nombre, il faut vis 3 ter l'église de S. Alexandre, ci-devant celle des Barnabîtes, et l'o >3 y trouvera tout cela, non seulement dans l'autel et son gradin et sa niche, mais encore dans la chaire, et dans deux confessionna^ox placés de chaque côté de l'église, auprès des deux première piliers, et faisant tous deux face au sanctuaire. Ce fut dans cette église, l'une des plus renommées de la ville, que l'évêque de Québec alla célébrer la messe le vendredi, 22. La curiosité de la voir plus en détail entrait bien pour quelque chose dans ce choix. Mais elle fut un peu déjouée ; car au moment où l'on découvrit le gradin et une partie de l'autel, allait commencer un service, et il fallut se hâter ; et comme il arrivait auprès du plus beau confessionnal pour le contempler à loisir, il fut obligé de passer outre, y ayant aperçu un prêtre occupé à entendre les confessions. C'est
quelque chose de touchant que le récit que fait le seul Barnabite demeuré dans le couvent attenant à cette église, des déprédations auxquelles sa maison a été livrée, et du peu d'apparence de rétablissement que laisse entrevoir l'esprit dont le souverain actuel est animé.
Il restait à voir la célèbre basilique Ambrosienne, et il fut réglé qu'on irait y célébrer la sainte messe le samedi. Le désir de l'évêque de Québec eût été de la dire au maître-autel. Pardon, on n'y peut célébrer que sous le rit Ambrosien. Il fallut donc se replier sur une chapelle, et heureusement il y en a en abondance dans les églises d'Italie, comme dans celles de France. Au dôme de Milan, on est encore plus sévëre, car il n'y a aucun autel sur le pavé de l'église où il soit permis de célébrer sous un autre rit. Ainsi ce n'est que dans l'église souterraine que le missel romain soit admis.
Eglise de S. Ambroise ! Eglise où il a prêché dans une chaire dont il reste des vestiges, où il a assisté aux offices divins, assis dans un fauteuil de pierre, qui se conserve avec soin et respect, au fond du chœur des chanoines ; d'où il a courageusement repoussé l'empereur Théodose, pour le punir d'un massacre qu'il avait, ou laissé faire imprudemment, ou ordonné, dans un mouvement de colère. Oh ! qu'elle rappelle de chers et touchants souvenirs ! Les portes de cette église, faites de bois de cyprès et revêtues de grilles de bronze, sont assurément très anciennes. Mais les cha- Doines ne croient pas qu'elles soient les mêmes que le S. évêque ferma contre l'empereur.
23. — Le corps du saint Docteur est enfermé sous le maître-autel avec ceux des martyrs S. Gervais et S. Protais. Plus loin, dans une chapelle de la même basilique, est conservé celui de sa sœur, Ste Marcelline. Une statue de la sainte en marbre blanc, à genoux sur un sarcophage qui s'élève de derrière l'autel, tient lieu de tableau à cette chapelle et produit un très bon eflfet. L'évêque de Québec aurait désiré contempler à découvert les ossements du saint archevêque et des deux SS. Martyrs qui attendent avec lui la résurrection des morts; il fut encore privé de cette satis-
faction. Le chapitre était alors en vacances, et de trois chanoir^^* qui ont les clefs de cette confession, deux se trouvaient absents.
Il y a dans cette église, un peu au-dessous do la chaire, um^vv^ petite colonne de granit d'environ 8 pieds de haut, et sur c^ ^tte colonne un serpent d'airain. On ne sait à quelle occasion ce monument a été apporté en ce lieu. Peut-être est-ce un ex-v^»' oto introduit à la suite de quelque calamité publique. Quoiqu'il - en soit, des voyageurs protestants n'ont pas manqué de dire, d^ -ans leurs relations, que les catholiques de Milan adoraient cette ima—^ge. Ce n'est là qu'un article de plus aux calomnies dont ils asperg* -^ent l'Eglise en toute occasion. Assurément s'il y a quelque excët ^s à reprocher aux Milanais, ce n'est pas la superstition.
A l'opposite de la chapelle de Sainte-Marcelline, il en est i. ^ine autre qui contient les reliques des SS. Nabor, Félix, etc. AiMcnnsî l'on voit combien de richesses renferme la basilique Ambrosien^^ne, plus respectable sous le point de vue de la piété que sous celui^Sde sa construction, qui n'a rien de remarquable. Il paraît cert aiu qu'elle était d'abord plus petite et qu'elle a été allongée par— ^ la suite, car jusqu'à un certain endroit, les arcades qui la joignei»— t à ses bas-côtés sont de forme gothique, au lieu que les suivantes Q^:^nt voûtées à la grecque.
Apres avoir été, pendant plusieurs siècles, métropole de Mil ^h, cette basilique est devenue une collégiale. Un des chanoi^^es demeurant dans une maison dépendante de l'église et qui accu ^1lit l'évêque de Québec, avant et aprës la messe, l'égaya beaucoup par le récit de l'artifice dont il avait usé, pour empêcher les avides révolutionnaires de France d'enlever les lames d'or massif do«t le grand autel de la basilique est environné. Il réussit complëtement contre l'attente de ses confrères effrayés, qui croyaient cette richesse perdue sans retour.
24. — Il n^j a pas grand éloge à faire de l'archiprêtre de l'église de S. Fidèle, où l'évêque de Québec alla dire la messe, le dimanche. Passons à la grand'messe du dôme, où il eut soin d'assister, ce jour-là, pour prendre une idée de la liturgie Ambroaienne, Voici ce qu'elle offre de plus remarquable.
Le célébrant précédé de plusieurs clercs, dont l'un porte le bénitier, entre au cbœur, revêtu d'un pluvial, en chantant : Fax vobis. Le chœur répond à demi voix : et cum spiritu tuo. Un chantre entonne l'antienne Asperges me, etc., aprës laquelle on chante tout au long le psaume Miserere. Cependant le célébrant aspcfge l'autel tout autour, puis les chanoines et le chœur, etc., enfin la partie du peuple qui se trouve entre les deux balustres. L'aspersion finie, ainsi que l'oraison qui la termine, le célébrant retourne à la sacristie, pendant que l'on chante au chœur tierce et sexte. Il revient habillé en chasuble, précédé d'un seul acolythe, tenant un cierge allumé, du thuriféraire avec l'encensoir fumant, d'un cérémoniaire en soutane violette, avec un petit surplis par-dessus, et ayant sur la tête un calotte de chagrin ou de maroquin qu'il ne laisse point de toute la messe, du sous-diacre, et enfin du diacre portant l'étole par-dessus la dalmatique. L'acolythe, en arrivant, donne son cierge au sous-diacre qui va le porter sur l'autel. Le Gloria et le Credo entonnés par le célébrant sont êontinués en musique par des clercs placés au-devant de l'orgue, qui les accompagne. Ils chantent aussi en musique le Sanctus et YAgnus Dei, et disparaissent après <îhacune de ces pièces, sans que l'on puisse discerner où ils vont, ni d'où ils reviennent au besoin. Les chanoines debout font la confession entre eux, deux à deux, pendant que le célébrant la fait avec ses ministres, qui se tiennent chacun à une extrémité de l'autel, tout le temps qu'il n'a pas besoin d'eux. Au lieu de Dominus vobiscum, le célébrant chante Fax vobis vers le missel, sans laisser le coin de l'épître et sans se retourner vers le peuple. Après la première collecte, un bénéficier monte à celui des deux ambons qui est du côté de l'évangile, et y chante une leçon de l'Ancien Testament. Après une seconde collecte, le sous-diacre s'y rend aussi et y chante l'épître. Le graduel est entonné de là par un ecclésiastique revêtu d'un long manteau noir doublé de soie de la couleur du jour. Le thuriféraire, le cérémoniaire, un clerc portant le livre des évangiles, enfin le diacre paraissent à leur tour dans cette tribune. Le
faction. Le chapitre était alors en vacances, et de trois chanoir^ ^^ qui ont les clefs de cette confession, deux se trouvaient absents»
Il y a dans cette église, un peu au-dessous do la chaire, xm. ^^ petite colonne de granit d'environ 8 pieds de haut, et sur ce^""^^^ colonne un serpent d'airain. On ne sait à quelle occasion ce
monument a été apporté en ce lieu. Peut-être est-ce un ex-vciz:»^^^ introduit à la suite de quelque calamité publique. Quoiqu'il en
soit, des voyageurs protestants n'ont pas manqué de dire, dai^^ aûS leurs relations, que les catholiques de Milan adoraient cette imag-^-J-ge. Ce n'est là qu'un article de plus aux calomnies dont ils asperg^^ ":ent l'Eglise en toute occasion. Assurément s'il y a quelque excëa^^ ^s à reprocher aux Milanais, ce n'est pas la superstition.
A l'opposite de la chapelle de Sainte-Marcelline, il en est a^cz-une autre qui contient les reliques des SS. Nabor, Félix, etc. Air -Snsi l'on voit combien de richesses renferme la basilique Ambrosien»' -«ne, plus respectable sous le point de vue de la piété que sous celui — ide sa construction, qui n'a rien de remarquable. Il paraît certcv^ â»!" qu'elle était d'abord plus petite et qu'elle a été allongée par ^ la suite, car jusqu'à un certain endroit, les arcades qui la joîgnen^^ ^ à. ses bas-côtés sont de forme gothique, au lieu que les suivantes so^^^^^^ voûtées à la grecque.
Apres avoir été, pendant plusieurs siècles, métropole de Mil^^^^> cette basilique est devenue une collégiale. Un des chanoiBcr^^es demeurant dans une maison dépendante de l'église et qui accue^^^^^' lit l'évêque de Québec, avant et après la messe, l'égaya beauco^ *^P par le récit de l'artifice dont il avait usé, pour empêcher les avid^^®^ révolutionnaires de France d'enlever les lames d'or massif do ^^^"^ le grand autel de la basilique est environné. Il réussit complèt^^®" ment contre l'attente de ses confrères effrayés, qui croyaient cei^^^^ richesse perdue sans retour.
24. — Il n'y a pas grand éloge à faire de l'archiprêtre de l'égli ^^^ de S. Fidèle, où l'évêque de Québec alla dire la messe, le dima^^" che. Passons à la grand'messe du dôme, où il eut soin d'aasiste^^/ ce jour-là, pour prendre une idée de la liturgie Ambrosienn^' Voici ce qu'elle offre de plus remarquable.
Le célébrant précédé de plusieurs clercs, dont l'un porte le bénitier, entre au cbœur, revêtu d'un pluvial, en chantant : Pax vobis. Le chœur répond à demi voix : et cum spiritu tuo. Un chantre entonne l'antienne Asperges me, etc., aprës laquelle on chante tout au long le psaume Miserere, Cependant le célébrant aspefge l'autel tout autour, puis les chanoines et le chœur, etc., enfin la partie du peuple qui se trouve entre les deux balustres. L'aspersion finie, ainsi que l'oraison qui la termine, le célébrant retourne à la sacristie, pendant que l'on chante au chœur tierce et sexte. Il revient habillé en chasuble, précédé d'un seul acolythe, tenant un cierge allumé, du thuriféraire avec l'encensoir fumant, d'un cérémoniaire en soutane violette, avec un petit surplis par-dessus, et ayant sur la tête un calotte de chagrin ou de maroquin qu'il ne laisse point de toute la messe, du sous-diacre, et enfin du diacre portant l'étole par-dessus la dalmatique. L'acolythe, en arrivant, donne son cierge au sous-diacre qui va le porter sur l'autel. Le Gloria et le Credo entonnés par le célébrant sont êontinués en musique par des clercs placés au-devant de l'orgue, qui les accompagne. Ils chantent aussi en musique le Sanctus et VAgnus Dei^ et disparaissent aprës <îhacune de ces piëces, sans que l'on puisse discerner où ils vont, ni d'où ils reviennent au besoin. Les chanoines debout font la confession entre eux, deux à deux, pendant que le célébrant la fait avec ses ministres, qui se tiennent chacun à une extrémité de l'autel, tout le temps qu'il n'a pas besoin d'eux. Au lieu de Dorninus vobiscum^ le célébrant chante Pax vobis vers le missel, sans laisser le coin de l'épître et sans se retourner vers le peuple. Après la première collecte, un bénéficier monte à celui des deux ambons qui est du côté de l'évangile, et y chante une leçon de l'Ancien Testament. Après une seconde collecte, le sous-diacre s'y rend aussi et y chante l'épître. Le graduel est entonné de là par un ecclésiastique revêtu d'un long manteau noir doublé de soie de la couleur du jour. Le thuriféraire, le cérémoniaire, un clerc portant le livre des évangiles, enfin le diacre paraissent à leur tour dans cette tribune. Le
diacre y chante l'évangile, disant au commencement non sequentvi mais lectio sancti evangeliij etc.
Le même officier qui avait entonné le graduel, avant de quifct»^ l'ambon, annonça en latin la vigile delà Toussaint pour le samedi suivant. Puis, un prédicateur, du haut de l'ambon placé au <^Oi opposé, donna au peuple une bonne instruction en italien ^ur l'évangile du jour.
Le sermon fini, voilà que deux hommes vêtus de blanc et coifî'és en noir, se présentent à l'entrée du balustre le plus voisim- de l'autel, et six femmes revêtues et coiffées de même, à l'entrée de l'autre balustre. Le célébrant s'y rend et reçoit les offrandes des «-^ns et des autres, qu'il dépose dans deux urnes d'argent présentées ^^ar des clercs. Ces offrandes sont des pains azymes et des phiolea de vin. On les porte à l'autel. Le célébrant assisté de ses minist^:»*®^ en prend ce qu'il faut pour le saint sacrifice, le reste est envoya ^ la sacristie. Cependant un bénéficier, assisté d'un clerc port^»*^ un bassin d'argent, va trouver à son tour ceux et celles qui tr:^^^^ présenté le pain et le vin, et tandis qu^il leur fait baiser l'inst:*^*' ment de paix, chacun d'eux met dans le bassin une petite pi^^^^® de monnaie. Le bassin est déposé sur l'extrémité de l'autel, côté de l'évangile. Les chanoines quittent leurs stalles, font la file les uns des autres, le tour de l'autel, montent, en passai au coin de l'évangile, le baisent et bénissent le bassin. Quelqu uns y jettent une petite pièce. Cependant le célébrant fait Toff^i toire et entonne le Credo après. Il ne se lave les mains qu' moment de la consécration et immédiatement avant qui pri( quant pateretur. Six flambeaux sortent en ce moment de sacristie. Ceux qui les portent s'agenouillent sur une seule lig devant l'autel, les élèvent très haut pendant les deux élévation:::^ *' sans néanmoins cesser d'être à genoux. La lumière qu' ^^^^ ^ répandent, dans un sanctuaire aussi obscur, jointe au silen^ ^^-^^ qui règne en ce moment par toute la basilique, produit un et^^^ imposant et sublime. Les flambeaux sont emportés aussit::^^^ après. Quoique le Saint-Sacrement soit conservé ici au maît autel, contre l'usage des autres cathédrales, on n'y donne cep^
iB,
lant pas la communion. Apres les ablutions, le célébrant reçoit i laver. Il chante la bénédiction précédée de plusieurs versets, 3uis aprës avoir fait le signe de la croix sur l'autel, au coin de l'évangile, il se retire avec ses oflBiciers, sans qu'on puisse voir s'il recite l'évangile en chemin ou non, tandis que les chanoines chantent none.
L'église de S. Satyre où nous voulûmes assister à vêpres, ce our-là, se trouva si longtemps occupée par des catéchismes ^enfants, que l'on y faisait dans tous les coins, qu'il était presae nuit, lorsque vêpres commencèrent, et qu'il fallut les abanonner au second pseaume.
Xa relation de feu M. Butler fait mention d'un célèbre écho aï répète 40 fois les mêmes paroles, formé par deux murs paral- Ics dans la maison de campagne du Seigneur Sermonetti, située trois milles de Milan. Une telle merveille aurait sans doute valu
peine d'une petite excursion ; mais des personnes auxquelles i peut s'en rapporter, disent que la chose a été exagérée de beau- >vip, qu'à la vérité il y avait un écho dans cette maison de cami.gne, mais non aussi extraordinaire, et qu'au surplus un des lars qui le produisaient a été abattu depuis plusieurs années.
25. — Il s'agissait de faire route le lundi. D'un grand nombre :^ voiturins qui se présentèrent, M. Turgeon prit de préférence i^rre Dei, de Florence, comme le mieux recommandé. Il avait ^« bonne voiture, trois forts mulets, de la bonne humeur, de ^.ounêteté, de la persévérance. Il se chargea de nous conduire Home pour la somme de £23. Nous devions nous nourrir à nos ^^is, par conséquent manger seuls, lorsque la compagnie ne nous >nviendrait pas. Libre à nous de nous associer deux autres permîmes dans la voiture, en déduction du prix total ; mais il ne ^n présenta pas, et nous n'en fûmes que plus en liberté. John,
l'ordinaire, avait sa place auprès du cocher, dans cette partie de ^ voiture que l'on appelle le cabriolet.
INous partîmes de grand matin, passâmes par une petite place ^^ nom de Marignan, et arrivâmes avant-midi à Lodi, jolie ^1 le élevée, fortifiée, et célèbre par une victoire que Bonaparte
a remporté près de là sur les Autrichiens, en 1796, au lieu appelé le pont de Lodi sur l'Adda. On arrive à Lodi par un beau chemin, bordé de deux rangées de plaines ou de platanes, qui ne se sentent pas plus de l'automne, que si nous étions au mois d'août. Quant aux peupliers de Lombardie, on n'en voit pas plus dans ce pays, que de trembles à la Pointe-aux-Trembles. Les ouvriers qui dominent dans toutes les petites villes depuis Novarre jusqu'à Plaisance, sont les cordonniers : les boutiques en sont pleines des deux côtés des rues. Des chaussures de tout cuir, de tout prix, de toute espèce, y sont exposées à toutesles fenêtres, conx me les andouilles et les saucissons. Lodi est à environ six lieux: de Milan. Nous n'y demeurons que le temps nécessaire pour dîi'^er, et allons coucher à un village nommé Casal-posterîore, à l'enùTée du Plaisantin.
Nous voici hors des Etats d'Autriche et sur les terres de Mstri^ Louise, ci-devant impératrice de France, maintenant duchesso <i® Parme, de Plaisance et de Guastalla. Séparée de Napoléon, s^^n époux, et du ci-devant roi de Rome, son fils qui est élevé â^ -** cour d'Autriche, elle vit, dit-on, dans la solitude et dans 1 ^^ larmes. Sa souveraineté, quoique très petite, ne doit pas m©!""^® passer à son fils, mais est réversible à l'infante d'Espagne, ^^^' devant reine d'Etruria, le congrès de Vienne de 1815 n'ayant J>^^ jugé que la seigneurie de Lucques, donnée en principauté, f^^ suffisante pour la dédommager de la Toscane, rétablie en grai^-^' duché en faveur d'un archiduc d'Autriche qui, aussi bien qt*^^ Marie-Louise, est sous l'entière influence de l'empereur.
Pour arriver à Plaisance qui est sur le Pô, nous laissons ^ droite la célèbre ville de Pavie, et à gauche celle de Crémoï*^» toutes deux à une assez petite distance de notre route. Nous ^^^ sommes plus dans une saison où l'on puisse s'amuser en chemi'^* Les routes sont encore belles, mais pourraient se gâter par *^ continuité de la pluie ; car il en tombe tous les jours, et la luï*^' quoique renouvelée du 19, n'est pas moins pluvieuse que le derai^' quartier de la précédente.
Nous traversons rapidement Plaisance sans nous y arrêter. ^
la porte d'entrée de toutes les villes depuis Tarin, il se présente une garde qui vous demande vos passeports pour les faire viser, et le soldat qui vous les rapporte, au bout de quelques minutes, ne manque pas de vous demander la pièce. Quelque peu de temps que vous soyez dans une place, une autre garde, à la porte de sortie, ne manque pas de vous assujétir à la même formalité. Si vous passez d'un territoire d'un prince à celui d'un autre, on fie met en devoir de visiter votre bagage. L'espérance des douaniers est que vous rachetiez cet assujettissement, en leur faisant offre de quelque argent, et ils ne sont jamais plus mortifiés que lorsque vous les laissez faire, car alors ils n'ont plus droit à votre libéralité. Un voyageur qui est assuré de n'avoir avec lui aucun eflRet de contrebande, n'a donc rien de mieux à faire que de les engager à cette visite. Ils en sont bientôt lassés et désappointés da^ns leurs espérances.
INous arrêtons pour dîner, à un bourg nommé Fiorenzuola ; il n'était pas encore midi. L'évêque de Québec voulant profiter de cet intervalle pour aller adorer le Saint-Sacrement dans la première églis3 qu'il pût atteindre, en trouva la porte fermée. C'est un usage assez universel en Italie de fermer les églises aussitôt après la dernière messe, et de ne les rouvrir que vers le soir. Un religieux qui venait de ville, voyant ce que cherchaient ces étrangers, lenr fit signe d'attendre et leur ouvrit une autre porte que celle ^^'îi ils heurtaient. C'était celle d'un couvent de Franciscains de ^'étroite observance, auxquels appartient cette église. Quelques botxs religieux, au nombre de sept à huit, se trouvaient réunis à la porte du réfectoire et sur le point d'y entrer pour dîner; ils partageaient entre eux une bouteille de vin. C'est peu de chose. Les vins sont si doux et si faibles en Italie, que chacun d'eux ^^t pu la boire tout entière sans commettre d'excès. Ils en voulurent faire politesse aux deux hôtes qui leur survenaient et qu'ils û6 connaissaient pas ; mais ceux-ci venus pour toute autre chose, se hâtèrent de remplir leur objet, et gagnèrent l'église, qui est ^û vérité un vrai bijou accompli sous tous les rapports de côn- • 12
struciion, d'ornements, de goût et surtout de propreté. Les reVv gieuses auxquelles elle appartint autrefois, n'auraient pu la tenit en meilleur état que ne font ces moines.
Ayant compris par quelques paroles de M. Turgeon que \^ personnage qui leur rendait visite était un évêque, ils redoubzWVV rent d'attention et d'honnêteté envers lui, pendant le temps q^à^'u prit pour faire le tour du monastère, qu'il trouva égalem-^nt remarquable par sa propreté et sa noble simplicité. Lorsqu'il en sortit, le gardien voulut le reconduire à l'auberge; il s'y ref^^^nisa absolument. Les religieux, pour s'en dédommager, l'envoyer ent saluer, pendant son dîner, par un chanoine de collégiale, 1 eur pensionnaire, mais dont la visite fut très insignifiante, le bra— ave
homme ne connaissant nullement le français et n'étant pas capa ^ble
de parler latin. Il n'est pas le seul qui se soit trouvé dani^^ la confusion sur cet article, pendant le voyage de l'évêque de Q^S"^ bec en Italie. Ce n'est pas qu'ils ignorent la langue, mais c^^^^^^est que plusieurs ne se sont jamais exercés à la parler. Comfc^ien d'ecclésiastiques suffisamment instruits en Canada et qui, d__ ans l'occasion, éprouveraient la même difficulté, par le peu de cas qu'ils font de l'exercice de la locution latine ! Puisqu'il est ^^rai qu'à ne pas pratiquer sa propre langue, on parvient à ne la [m onvoir plus parler ; à plus forte raison doit-on se trouver au dépoucr*vo, lorsqu'il s'agit d'une langue morte, si on ne la connaît que d^ ^ns les livres !
Nous arrivâmes, à soleil couché, à une petite ville nomrr^Mée Borgo di San Donino. L'évêque de Québec, ayant aperçu, le é^^iV, une église dont l'entrée n'était séparée de l'auberge où il log^aaft que par la largeur de la rue, profita du retard du voiturier, le l^fi* demain matin, pour y aller entendre une messe avant de partir. Il trouva qu'il s'en disait quatre à cinq en même temps. U église lui parut plus grande qu'il ne l'avait jugée d'abord. Avant qu'il sortit, des chanoines entrèrent au chœur et commencèrent à réciter matines. Enfin, le jour se développant, il aperçut le dais et le trtoe d'un évêque, et comprit (ce qu'il était bien éloigné de soupçonner jusqu'alors) qu'il se trouvait dans une cathédrale.
Il lui était permis de ne pas s'y attendre, d'après le nom de Bourg que porte cette ville composée de 4000 âmes.
27. — Pour le moment, il ne fut pas possible d'en savoir plus long sur le compte d'un endroit d'où il fallait partir incessamment et par un temps assez désagréable. Il s'agissait de savoir s'il serait possible ou non de passer la riviëre du Taro grossie par plusieurs jours consécutifs de pluie. Elle est à trois lieues et demie de la ville que nous laissions. Nous y arrivons vers midi. Beaucoup de voitures nous y avaient devancés. Il fut décidé qu'elle n'était pas passable, et que le bateau-pont sur lequel on a coutume de la franchir, ne pouvait se mettre en traverse sans risquer d'être emporté par les flots. Ce bateau n'est pas conduit à l'aviron, mais par une cordelle comme quelques-uns de nos bacs. Si elle venait à rompre dans de grosses eaux, il pourrait dériver trës loin, non sans danger pour les voitures et pour les voyageurs. Coucherat-on sur le bord de cette rivière? Peut-être ne sera-t-il pas plus possible de la passer le jour suivant, surtout si la pluie continue ? Et où loger ? La seule auberge et très méchante qui soit auprès, efct déjà surchargée de monde. A- trois personnes par lit, il n'y a pas de quoi loger les étrangers déjà rendus, sans compter ceux qui arrivent à tout moment. Retournera-t-on à Borgo ? C'est découdre trois lieues et demie de chemin, qu'il faudra retracer pour la troisième fois, lorsqu'il y aura passage sur la rivière. L'évêque de Québec se décide pour ce dernier parti. Dei s'y prêta avec quelque peine, mais on ne raisonne pas. Un voiturin moins honnête que lui n'y eût pas voulu entendre. Nous rentrons donc dans la ville, à soleil couchant. Autre misère : il ne s'y trouve plus d'auberge. Celle où nous avions logé la nuit précédente, ne voulut pas de nous. On y attendait la duchesse douairière de Modène avec un grand accompagnement. Inutilement observa-t-on que cette princesse ayant aussi le Taro à passer pour venir, nous n'aurions plus besoin de l'auberge si elle venait, parce que ce serait le signal que nous y pourrions passer comme elle, et que tant qu'elle ne le passerait pas, elle ne pourrait occuper l'auberge. Tout cela fut inutile.
Condamné à loger dehors, l'évêque de Québec se rappela qu'il ëtait près d'une cathédrale, par conséquent de l'évêché. Il envoie M. Turgeon sommer Tévêque de donner l'hospitalité à nn de see confrères. La proposition fut acceptée et nous nous y rendîmes aussitôt. Le voiturin et les mulets logèrent où ils purent ; mais la voiture fut introduite dans la cour de Tévôché, et il y eut place chez l'évêque hospitalier pour les deux voyageurs et pour \e fidèle Johu.
L'évêque qui est le comte Louis de San- Vitale, âgé de 47 slub, n'en montrant pas 86, a été promu à ce siège depuis environ deux ans, sur la nomination de Marie-Louise, sa souveraine. H n'a qu'un couvent (ce sont des Capucins) et quatre paroisses dans 8a ville épiscopale, et 36 au dehors. Son diocèse n'a que 40 milles de long. La comparaison de cette étendue avec celle du diocèse de Québec ofiVait une difi^érence assez saillante, pour donner matière à la conversation de la soirée. Le prélat se conduisit envers ses hôtes avec toute l'attention et la politesse qu'il était raisonnable d'attendre d'une personne de son état. Il leur donna de bons lits dans de très grands appartements, et aurait bien pu loger 40 étrangers sans se mettre à l'étroit ; car son palais est un édifice immense à plusieurs étages, dans lequel il demeure seul avec son secrétaire et quatre à cinq domestiques. Il parle français et son secrétaire aussi. Le lendemain, il fit dire la messe dans sa chapelle domestique à l'évêque de Québec, qui eût préféré l'église à laquelle le palais est contigu. Mais ce n'est pas l'usage des évêques en Italie. Ils ne paraissent même aux offices publics de leur cathédrale, que dans les grandes fêtes de l'année.
28. — Celui-ci nous apprit que l'évêque voisin, celui de Plaisance, âgé de 86 ans, n'avait que trois à quatre ans d'épiscopat, et que lorsque la princesse Marie-Louise le nomma au Pape, celui-ci ne put s'empêcher de dire : " Que faites-vous là ? Vous voulez que j'établisse cet évêque à l'âge où il devrait résigner, s'il était déjà promu." Il lui accorda néanmoins des bulles, et avec d'autant plus de raison, qu'il connaissait parfaitement bien ce petit diocèse,
l'ayant administré depuis de longues années en qualité de grand vicaire.
L'évêque de Québec ne voulait quitter Borgo qu'à bonne enseigne, et avec la certitude de n'être pas obligé de s'y replier encore. Le voiturin qui était au guet, apprit de bonne heure que des voitures avaient traversé 1q Taro, ce matin, et ne manqua pas de le venir presser de partir. L'évêque hospitalier fit des efforts pour le retenir du moins à dîner ; mais assuré du passage, il aima mieux s'y rendre sans délai et prit congé de lui vers les dix heures du matin. En sortant de la ville, il rencontra la duchesse de Modëne avec une longue suite de voitures, ce qui le confirma dans l'espérance de parvenir, ce jour-là même, à Parme sans difiSlculté. Le temps était fort beau. De bonne heure après midi, il arriva pour la seconde fois sur les bords du Taro, où il fallut attendre prës de deux heures pour passer à son tour.
La rivière a en cet endroit trois chenaux. On passe à gué le premier et le dernier. C'est seulement pour celui du milieu, large d'un demi-arpent, qu'il faut faire usage du bateau. Il y passa dans cette seule journée une centaine de voitures, tant de celles qui venaient que de celles qui allaient. Le traversier, qui a coutume de demander un écu par voiture, profita de la circonstance pour doubler son tarif, et comme il met environ vingt minutes à charger, à passer et à décharger, et que son bateau contient trois voitures, il s'ensuit que par vingt minutes il gagnait six piastres. C'est ce que l'on appelle savoir profiter de l'occasion. Au surplus, la princesse de Parme a senti l'inconvénient de cette traverse ; car elle a fait commencer, depuis environ trois ans, un superbe pont, qui donnera lieu de franchir sans frais et sans retard toute cette rivière. Les piliers de pierre, au nombre de 18, sont entièrement finis, et l'on commence à bander les arcades de briques qui doivent les joindre les uns aux autres et supporter le pavé du pont. Ou y travaillait lors de notre passage avec beaucoup d'activité, et ce n'étaient pas seulement des hommes qui exécutaient ces travaux, mais encore des femmes de journée, les unes portant le boyard, les autres faisant rouler des brouettes, etc.
Il reste une lieue et demie à faire, aprës le passage de Taro, pour arriver à Parme. Le premier objet qui se présente sur la route, est un arc de triomphe élevé tout auprës du chemin, en mémoire du passage du Pape en 1814, au retour de sa captivité. On y lit cette inscription : '' Anno MDCOCXIV, 8« Kal. Aprilis, Plus VII Pontifex Maximus . Beatiss. ad Tarum ab exercitibuB Fœderatorum primum exceptas, ë Gallia in Romanam Sedem postliminio tandem revertens hac processit festaque in urbe substitit horas 45."
On ne se fait pas d'idée de la joie qu'excita non seulement dans toute l'Italie, mais encore dans toute la France, le retour du Pape. Napoléon, forcé de le mettre en liberté pour se ménager un peu de popularité dans la décadence de ses afiaires, ne voulut pas lai permettre de retourner par la même partie de la France par où il était venu de Savone à Fontainebleau, parce qu'il craignait qu'il ne fit trop de sensation parmi des peuples qui le connaissaient déjà, et lui avaient donné de grands témoignages d'intérêt et de vénération. Il l'obligea donc de prendre sa route parles départements du midi. Mais cette précaution fut inutile. Partout les peuples vinrent en foule se prosterner aux pieds du Vicaire de J.-C. Les protestants de cette partie de la France montrèrent un empressement à le vénérer peu inférieur à celui des catholiques. Au passage d'un pont, dans le Languedoc, la foule se trouva si grande, que l'officier brutal qui commandait le détachement, insulta le peuple, lui reprocha son zële et demanda : " que feriez- vous donc si c'était l'empereur qui passât?" — " Ce que nous ferions, répondirent-ils tous d'une voix, nous le jetterions dans la rivière." L'officier furieux continuant de les haranger: *' avez- vous soif, s'écriërent-ils ? " Il entendit ce langage et se tut enfin, craignant qu'ils n'entreprissent de le désaltérer. Ce récit est du P. Fontana, alors général des Barnabites et aujourd'hui cardinal, qui avait été, comme beaucoup d'autres du clergé romain, conduit en France et emprisonné pour la cause du Souverain Pontife, et revenait à sa suite.
L'évêque de Québec arriva à Parme assez tôt pour avoir le
loisir de visiter la cathédrale et le baptistère, édifice totalement séparé de l'église, ayant à part ses murs, ses fenêtres, son dôme etc., le tont d'un genre entièrement loué des connaisseurs. La nuit le surprit au sortir du palais du cardinal Caselli, octogénaire et évêque du lieu, auquel il alla rendre ses devoirs.
Parme est renommée par son fromage appelé Parmesan, gran-, lement estimé dans ce pays et dans les alentours, depuis Milan usqu'à Ancône. On ne croit la soupe bonne qu'autant qu'elle en îst couverte. Aussi ne présente-t-on jamais la soupe sans mettre luprès de la soupière une assiette pleine de ce fromage pulvérisé. Chacun en prend ce qu'il veut ; mais à peine est-il fondu, que le )ouillon file comme ferait de la mêlasse ou du miel, et que Ton a le la peine à porter sa cuiller à la bouche, sans la voir suivre d'une :raînée de fromage qu'on a beaucoup de peine à détacher. Mais 2' est le goût du pays. Chacun a le sien, et il n'y a que les étrangers qui le trouvent ridicule.
Dei est matinal, et nous fait ordinairement lever à 4 heures et partir à 5. Quelquefois les portes de ville par où il faut sortir, sont encore fermées et il faut attendre. Le bruit court qu'il y a des brigands sur les chemins, qui s'introduisent, le soir, dans les hôtelleries, s'informent si les voyageurs doivent partir de grand matin, et vont se mettre en embuscade sur le chemin par où ils doivent passer. On cite à tort et à travers des voitures qui ont été arrêtées, pillées, ont eu leurs vitres cassées, etc. Dei n'en croit rien et, au surplus, se rassure sur ce que plusieurs voitures voyageant ensemble, il leur serait aisé de venir à la défense les uns des autres, en cas d'attaque. Une pratique assez singulière dans le pays que nous parcourons, est de couvrir d'une espèce de basin blanc de forme carrée, le dos des bœufs attelés, et il y en a un très grand nombre ; car on ne se sert ici de chevaux ou de mulets que pour conduire les voyageurs. Tous les autres transports sont faits par des bœufs attelés par 2, par 4, par 6, mais tous revêtus de cet uniforme.
29. — Nous arrivons pour dîner, ce jour-là, à Reggio ; cette ville est située au milieu d'une campagne très fertile. Elle appartient
au duché de Modëne. Sa population est de 14,000 âmes. Ses rues sont belles et larges. Sur la grande place, est une statue de Brennus fort estimée. Nous faisons un tour par la ville, entrons dans une petite église fort jolie, puis dans une autre plus riche et plus grande. Une messe basse y commençait. Le célébrant était très actif; elle dura à peine dix minutes. Il est vrai que le servant, quoique laïque, lui aidait un peu ; car ce fut lui qui découvrit le calice pour l'offertoire et le recouvrit après les ablutions. On n'est pas difficile sur cet article en Italie, pas même à Rome ; et lorsque des étrangers en expriment leur surprise à des prêtres assez scrupuleux pour éviter pareille indécence, ils lèvent les épaules et vous répondent : " Que voulez- vous ? C'est un abus."
Depuis Plaisance, ce ne sont plus les cordonniers qui bordent les rues, mais les tailleurs et les couturiers. Les rez-de-chaussées en sont garnis, surtout auprès des fenêtres, que la température du pays permet de tenir ouvertes même en cette saison. Il n'y fait pas plus froid qu'en Canada à la fin d'août, nonobstant la continuité des pluies qui sembleraient devoir amener du froid. Cependant il est remarquable qu'il n'y a pas plus d'oiseaux (peut-être y en a-til moins) que dans l'Amérique du Nord, en pareille saison. Ce contraste paraît assez singulier.
Il paraît que l'on cultive avec beaucoup de succès le lin et le ^ chanvre dans cette partie du pays. Les voitures en grand nom — . bre que l'on rencontre sur les chemins, sont encombrées de ballots de filasse de la plus belle qualité. Il n'y a pas une femme, soi'" — vieille, soit jeune, pas une fille, soit grande, soit petite, qu-rf ne soit chargée d'une quenouille et d'un fuseau. Habituées ^^ filer du matin au soir, elle le font en marchant, comme si ell^ ^ étaient assises, dans les rues et sur les chemins, comme à la maison.
Nous arrivons à Modène trop tard pour la visiter (les jours sont forts raccourcis à la fin d'octobre), mais assez tôt pour allai* à la cathédrale, et nous édifier d'un salut qui se chantait à l'uti des autels les plus voisins du bas de l'église, auquel assistait tout le chapitre avec beaucoup de recueillement, environné d'ijn peu-
pie nombreux et d'une attitude touchante. La derniëre duchesse de Modëne a résigné sa principauté à son fils, jeune prince qui donne beaucoup d'espérances, et s'est r^^tirée à la cour d'Autriche, d'où elle vient lui rendre visite tous les ans. C'est elle que nous avions rencontrée avec sa suite, le matin du jour précédent. Modëne compte environ 90,000 habitants. C'est la patrie de plusieurs savants de distinction.
, Ifous y passons la nuit, et l'ayant quittée de bonne heure le lendemain, nous arrivons dans la matinée à Castel-Franco, la première place de l'Etat de l'Eglise, où nous rencontrons une garnison des soldats du Pape !