CHAPITRE PREMIER
Baisons de ce voyage. — Compagnons Trente jours de traversée. — Liver-
pool Visite à Sir John Sherbrooke. — Londres. — Les émigrés Français.
— L'évêque apprend que Tévêché de Québec a été érigé en métropole. — Mémoires du Prélat. — Sa réception à Cirencester par Lord Bathurst, secrétaire des colonies. — Biens des Sulpiciens. — Cantorbury, Douvres.
Depuis trois ans, le bruit circulait en Canada que l'Evêque de Québec allait faire le voyage de l'Europe. Ce bruit s' étant accrédité, plusieurs personnes de son clergé le pressèrent d'accomplir un voyage dans lequel ils croyaient apercevoir l'avantage de la religion du pays. D'autres particuliers, catholiques et protestants, poussés par divers motifs, la plupart peu dignes d'être considérés,
exprimèrent le même vœu dans diverses circonstances. Sir John Sherbrooke, avant de laisser Québec, au mois d'août 1818, lui fit promettre de faire ce voyage, qu'il lui faisait envisager comme pouvant être tout ensemble avantageux à sa santé, à son pays et au clergé catholique à la tête duquel il se trouvait placé.
Enfin cédant à toutes ces invitations et persuadé d'ailleurs qu'un évêque du Canada pourrait se montrer avec quelque avantage pour sa religion, aux Cours de Rome et de S* James, il se décida à partir, non sans beaucoup de répugnance du côté de sa santé et de la multitude d'aflaires avec lesquelles il fallait rompre pour se mettre en route, heureux d'avoir pour coadjuteur un homme aussi sage, aussi prudent et aussi justement respecté que M^ l'évêque de Saldes, auquel il laissa, sans inquiétude, son diocèse à gouverner pendant cette absence.
Muni de l'agrément et des lettres de recommandation de sa grâce le Duc de Richmond et des personnes du pays les plus connues en Angleterre, ayant consacré trois semaines à mettre autant d'ordre que possible dans ses afiaires ecclésiastiques et temporelles, assisté de M*" P.-Flavien Turgeon, son secrétaire, qui, depuis un an, l'avait supplié de l'emmener dans ce voyage, si jamais il avait lieu, et de M. J.-J. Lartigue, prêtre du Séminaire de Montréal, conduit en Angleterre pour les affaires de sa communauté, ayant emprunté des religieuses de l'Hopital-Général de Québec, le nègre François Cazeau, vulgairement nommé John, pour lui servir de domestique de voyage, et après s'être recommandé à Dieu en prenant congé de sa cathédrale, l'évêque de Québec, au milieu d'un concours de citoyens et d'ecclésiastiques, qu'il laisse à d'autres le soin de décrire, s'embarque le samedi, 3 juillet, entre midi et une heure, à bord du Brig le George Symes^ du port de 285 tonneaux, capitaine Bushby, lequel déjà à la voile, semblait s'impatienter qu'on n'eût pas devancé l'heure déterminée pour le départ. Aussi ne perdit-on pas de temps. Dès le même soir, nous passâmes devant St-Jean Port Joly ; le lendemain, dimanche, nous atteignîmes les Pèlerins, le lundi, l'isle du Bie, le mardi, le Mont-Louis ; le mercredi nous perdîmes de vue la
Baîe de Gaspé et le Tourillon, et poussés d'an fort vent largue mieux calculé pour la route que pour l'estomac des passagers, nous passâmes, le jeudi, en revue l'isle Brîon, lesislesaux Oiseaux et parvînmes, à soleil couché, à l'isle St-Paul, qui est par les travers du Cap Ray, isle de Terreneuve, et du Cap Nord, isle du Cap Breton. Voilà plus de 600 milles parcourus d'un seul trait en moins de six jours. N'est-ce pas d'un bon augure pour le reste du voyage ? Le vent largue tient le vaisseau continuellement penché : on a peine à ne pas tomber en marchant, soit sur le pont, soit dans la chambre ; chacun songe un peu à son mal ; l'un se plaint de ne pouvoir garder aucun aliment, l'autre au milieu de l'agitation du vaisseau, fait panser chaque jour une jambe avariée, dont une écorchure faite en montant à bord le premier jour, s'est changée en une plaie qui demande un traitement suivi. Le maître du vaisseau est un brave homme, plein d'honnêteté envers ses passagers et voulant bien mériter d'eux. Sa conversation, du reste, toute bornée aux choses de sa route et de sa profession, ne saurait être fort intéressante. Entre nous, nous parlons des excursions à faire dans les différentes parties de l'Europe, des amis que nous avons laissés en Canada, de l'intérêt que prennent les amis de la religion à notre voyage, des conséquences que des personnes crédules tireront de l'apparition d'une comète qui s'est montrée, pour la première fois, le jour de notre départ et qui continue de paraître tous les soirs.
8 juillet. — Ce que la route nous a présenté de plus curieux jusqu'à ce moment, est l'immense multitude d'oiseaux blancs qui couvrent les deux isles nommées isles-aux-oiseaux et les font paraître comme si elles étaient couvertes de neige. Peu de vaisseaux en vue hier et aujourd'hui ; point du tout le jour précédent. Lundi 5, une frégate allant à Québec, apparemment celle qui était annoncée comme devant y transporter Lord Bishop Mountain et un commissaire de la marine.
9. — Le vendredi matin, on apercevait très clairement la terre du Cap Breton et la partie de Terreneuve la plus voisine de nous.
Le samedi, nous dépassons, sans les voir, les îsles de St-Pierre et de Mîquelon.
11. — Le soir, nous entrons sur les bancs. Il est aisé de s'en apercevoir à la brume qui commence et se résout bientôt en pluie. Celui que l'on nomme Green bank est franchi dans le cours du dimanche. Le vent est fort, mais très prës, fait considérablement pencher le vaisseau et trébucher les passagers.
12. — Le lundi 12, le George Symes devance trois vaisseaux partis soit de Québec, soit de quelque autre port de l'Amérique du Nord avant lui. Ils ne sont pas les premiers auxquels il ait joué pareil tour, depuis qu'il est en route. N"ous entrons le même jour sur le grand banc. La brume redouble vers le soir. Oapt. Bushby passe la nuit sur le pont, craignant de donner sur quelque bâtiment pêcheur ou sur quelque isle de glace, comme il n'est pas sans exemple qu'on en rencontre, même en cette saison.
13. — Aujourd'hui est le dixième jour révolu depuis le départ de Québec, et voilà plus de 1000 milles de bonne route, c'est-àdire plus du tiers du chemin à parcourir pour arriver à Liverpool où va le George Symes.
15.— Le vent continue de nous porter en route. Capt. Bushby avoue n'en avoir jamais eu d'aussi constamment favorable.
16. — Nous voilà hors des bancs, mais non hors de la brume qui ne se dissipe que vers le soir et fait place à un calme assez désagréable s'il continuait. Heureusement il est remplacé dëa le lendemain par un vent doux et favorable qui se soutient tout le jour.
18. — Voici le 3® dimanche que nous passons à bord. Dans des vaisseaux commandés par des catholiques dans les voyagea du golfe, on réunissait tout le monde pour sanctifier ces jours-là par la prière commune, une lecture, une exhortation, etc. Ici, ce n'est plus la même chose : dès le premier jour, nous sommes convenus que chacun ferait en particulier ses exercices du dimanche, le peu de catholiques qui se trouvent à bord n'étant point de qualité à être admis dans la chambre, et n'y ayant pas d'entrepont où l'on puisse les assembler. Une raison particulière s'oppose aujourd'hui atout
rassemblement, c'est que le vent devenu assez fort pour nous faire parcourir 8 milles par heure, met le vaisseau dans une agitation extrême, et M' Lartigue, dans un excës de mal de mer, plus aisé à imaginer qu'à décrire. Un autre passager (M' Kawy) déjà affligé des fièvres tremblantes qu'il apporte du Haut-Canada, se trouve peu préparé à endurer en sus le mal de mer et en paraît fort incommodé. Ce M' Kawy est un des commis ou associés de la Compagnie du Nord-Ouest, et passe en Angleterre avec deux canadiens engagés au service de la même compagnie pour y rendre témoignage de l'occupation du Fort William par le Comte de Selkirk en 1816, et des actes de propriété qu'il y fit tout l'hiver suivant, démarche imprudente qui a grandement nui aux aflTaires de ce seigneur et pourrait lui attirer quelque fâcheuse disgrâce.
19. — Le vent qui s'est soutenu toute la nuit, nous a prodigieusement avancés. Il se ralentit dans le cours de cette journée, mais pour redoubler le soir. Le capitaine vérifie avoir fait plus de 160 milles dans les derniëres 24 heures. Il n'aura pas un compte moins avantageux à rendre aujourd'hui. D'aprës ses observations très fréquentes et trës attentives, nous touchons aux deux tiers du voyage, avec l'espérance d'apercevoir la terre de l'Europe dans le cours de la semaine prochaine. Cependant nous ne complétons que le 17® jour depuis l'embarquement. A quoi attribuer une marche si rapide, sinon aux ferventes prières des bonnes âmes que nous avons laissées au Canada? Point de vent contraire jusqu'à prescrit ; peu de largue, presque toujours ouest, nord-ouest, c'est-à-dire vent arrière, puisque notre route sur l'Atlantique doit tendre yersV Est sud-est. Les habitants de la mer ne sont pas tout à fait indiflfiSrents à notre passage. Hier et aujourd'hui, ils se sont présentés en nombre autour du Georges Symes, comme pour en égayer les passagers par leurs sauts et leurs culbutes, tantôt accompagnant le vaisseau, tantôt le devançant de quelques brasses, comme pour hâter sa route. Ce sont sans doute ces gambades de poissons autour des vaisseaux, qui ont fait imaginer aux pcëtes payeus, des sirènes, des nymphes, des poissons
Le samedi, nous dépassons, sans les voir, les isles de St-Pierre et de Miquelon.
11. — Le soir, nous entrons sur les bancs. Il est aisé de s'en apercevoir à la brume qui commence et se résout bientôt en plaie. Celui que Ton nomme Green bank est franchi dans le cours du dimanche. Le vent est fort, mais très prës, fait considérablement pencher le vaisseau et trébucher les passagers.
12. — Le lundi 12, le George Sjmes devance trois vaisseaux partis soit de Québec, soit de quelque autre port de l'Amérique du Nord avant lui. Ils ne sont pas les premiers auxquels il ait joué pareil tour, depuis qu'il est en route. Nous entrons le même jour sur le grand banc. La brume redouble vers le soir. Capt. Bushby passe la nuit sur le pont, craignant de donner sur quelque bâtiment pêcheur ou sur quelque isle de glace, comme il n'est pas sans exemple qu'on en rencontre, même en cette saison.
13. — Aujourd'hui est le dixième jour révolu depuis le départ de Québec, et voilà plus de 1000 milles de bonne route, c'est-àdire plus du tiers du chemin à parcourir pour arriver à Liverpool où va le George Symes.
15. —Le vent continue de nous porter en route. Capt. Bushby avoue n'en avoir jamais eu d'aussi constamment favorable.
16. — Nous voilà hors des bancs, mais non hors de la brume qui ne se dissipe que vers le soir et fait place à un calme assez désagréable s'il continuait. Heureusement il est remplacé dëa le lendemain par un vent doux et favorable qui se soutient tout le jour.
18. — Voici le 3* dimanche que nous passons à bord. Dans des vaisseaux commandés par des catholiques dans les voyages du golfe, on réunissait tout le monde pour sanctifier ces jours-là par la prière commune, une lecture, une exhortation, etc. Ici, ce n'est plus la même chose : dès le premier jour, nous sommes convenus que chacun ferait en particulier ses exercices du dimanche, le peu de catholiques qui se trouvent à bord n'étant point de qualité à être admis dans la chambre, et n'y ayant pas d'entrepont où Ton puisse les assembler. Une raison particulière s'oppose aujourd'hui atout
rassemblement, c'est que le vent devenu assez fort pour nous faire parcourir 8 milles par heure, met le vaisseau dans une agitation extrême, et M' Lartigue, dans un excès de mal de mer, plus aisé à imaginer qu'à décrire. TJn autre passager (M"^ Kawy) déjà affligé des fièvres tremblantes qu'il apporte du Haut-Canada, se trouve peu préparé à endurer en sus le mal de mer et en paraît fort incommodé. Ce M"^ Kawy est un des commis ou associés de la Compagnie du Nord-Ouest, et passe en Angleterre avec deux canadiens engagés au service de la même compagnie pour y rendre témoignage de l'occupation du Fort William par le Comte de Selkirk en 1816, et des actes de propriété qu'il y fit tout l'hiver suivant, démarche imprudente qui a grandement nui aux affaires de ce seigneur et pourrait lui attirer quelque fâcheuse disgrâce.
19. — Le vent qui s'est soutenu toute la nuit, nous a prodigieusement avancés. Il se ralentit dans le cours de cette journée, mais pour redoubler le soir. Le capitaine vérifie avoir fait plus de 160 milles dans les dernières 24 heures. Il n'aura pas un compte moins avantageux à rendre aujourd'hui. D'après ses observations très fréquentes et très attentives, nous touchons aux deux tiers du voyage, avec l'espérance d'apercevoir la terre de l'Europe dans le cours de la semaine prochaine. Cependant nous ne complétons que le 17® jour depuis l'embarquement. A quoi attribuer une marche si rapide, sinon aux ferventes prières des bonnes âmes que nous avons laissées au Canada? Point de vent contraire jusqu'à prescrit ; peu de largue, presque toujours ouest, nord-ouest, c'est-à-dire vent'arrière, puisque notre route sur l'Atlantique doit tendre versV Est sud-est. Les habitants de la mer ne sont pas tout à fait indifférents à notre passage. Hier et aujourd'hui, ils se sont présentés en nombre autour du Georges SymeSy comme pour en égayer les passagers par leurs sauts et leurs culbutes, tantôt accompagnant le vaisseau, tantôt le devançant de quelques brasses, comme pour hâter sa route. Ce sont sans doute ces gambades de poissons autour des vaisseaux, qui ont fait imaginer aux poètes payeus, des sirènes, des nymphes, des poissons
Le samedi, nous dépassons, sans les voir, les îsles de St-Pierre et de Miquelou.
11. — Le soir, nous entrons sur les bancs. Il est aisé de s'en apercevoir à la brume qui commence et se résout bientôt en pluie. Celui que l'on nomme Green bank est franchi dans le cours du dimanche. Le vent est fort, mais très près, fait considérablement pencher le vaisseau et trébucher les passagers.
12. — Le lundi 12, le George Symes devance trois vaisseaux partis soit de Québec, soit de quelque autre port de l'Amérique du Nord avant lui. Ils ne sont pas les premiers auxquels il ait joué pareil tour, depuis qu'il est en route. Nous entrons le même jour sur le grand banc. La brume redouble vers le soir. Capt. Bushby passe la nuit sur le pont, craignant de donner sur quelque bâtiment pêcheur ou sur quelque isle de glace, comme il n'est pas sans exemple qu'on en rencontre, même en cette saison.
13. — Aujourd'hui est le dixième jour révolu depuis le départ de Québec, et voilà plus de 1000 milles de bonne route, c'est-àdire plus du tiers du chemin à parcourir pour arriver à Liverpool où va le George Symes.
15.— Le vent continue de nous porter en route. Capt. Bushby avoue n'en avoir jamais eu d'aussi constamment favorable.
16. — Nous voilà hors des bancs, mais non hors de la brume qui ne se dissipe que vers le soir et fait place à un calme assez désagréable s'il continuait. Heureusement il est remplacé àhè le lendemain par un vent doux et favorable qui se soutient tout le jour.
18. — Voici le 3® dimanche que nous passons à bord. Dans des vaisseaux commandés par des catholiques dans les voyages du golfe, on réunissait tout le monde pour sanctifier ces jours-là par la prière commune, une lecture, une exhortation, etc. Ici, ce n'est plus la même chose : dès le premier jour, nous sommes convenus que chacun ferait en particulier ses exercices du dimanche, le peu de catholiques qui se trouvent à bord n'étant point de qualité à être admis dans la chambre, et n'y ayant pas d'entrepont où l'on puisse les assembler. Une raison particulière s'oppose aujourd'hui atout
rassemblement, c'est que le vent devenu assez fort pour nous faire parcourir 8 milles par heure, met le vaisseau dans une agitation extrême, et M' Lartigue, dans un excës de mal de mer, plus aisé à imaginer qu'à décrire. Un autre passager (M*^ Kawy) déjà affligé des fièvres tremblantes qu'il apporte du Haut-Canada, se trouve peu préparé à endurer en sus le mal de mer et en paraît fort incommodé. Ce M' Kawy est un des commis ou associés de la Compagnie du Nord-Ouest, et passe en Angleterre avec deux canadiens engagés au service de la même compagnie pour y rendre témoignage de l'occupation du Fort William par le Comte de Selkirk en 1816, et des actes de propriété qu'il y fit tout l'hiver suivant, démarche imprudente qui a grandement nui aux aflFaires de ce seigneur et pourrait lui attirer quelque fâcheuse disgrâce.
19. — Le vent qui s'est soutenu toute la nuit, nous a prodigieusement avancés. Il se ralentit dans le cours de cette journée, mais pour redoubler le soir. Le capitaine vérifie avoir fait plus de 160 milles dans les derniëres 24 heures. Il n'aura pas un compte moins avantageux à rendre aujourd'hui. D'après ses observations trës fréquentes et très attentives, nous touchons aux deux tiers du voyage, avec l'espérance d'apercevoir la terre de l'Europe dans le cours de la semaine prochaine. Cependant nous ne complétons que le 17® jour depuis l'embarquement. A quoi attribuer une marche si rapide, sinon aux ferventes prières des bonnes âmes que nous avons laissées au Canada? Point de vent contraire jusqu'à présent ; peu de largue, presque toujours ouest, nord-ouest, c'est-à-dire ventarrière, puisque notre route sur l'Atlantique doit tendre versVEst sud-est. Les habitants de la mer ne sont pas tout à fait indifférents à notre passage. Hier et aujourd'hui, ils se sont présentés en nombre autour du Georges SymeSy comme pour en égayer les passagers par leurs sauts et leurs culbutes, tantôt accompagnant le vaisseau, tantôt le devançant de quelques brasses, comme pour hâter sa route. Ce sont sans doute ces gambades de poissons autour des vaisseaux, qui ont fait imaginer aux pcëtes payeus, des sirènes, des nymphes, des poissons
traînant le char de Neptune, etc. Le chrétien se contente d'y reconnaître la main bienfaitrice du Souverain Créateur de tous les éléments et de se rappeler ces belles paroles du psalmiste : Hoc mare magnum et spatiosum manibus : illic repHlia quorum non est numerus. Animalia pusilla cum magnîs : illic naves pertransitant.
22. — A bord de ce vaisseau on jette régulièrement le loch d'heure en heure. Chaque jour à midi, le capitaine, aprës avoir pris hauteur, marque très soigneusement et très confidemment^ en crayon, sur un carte marine, ce qu'il a fait de bonne route depuis le midi du jour précédent, avouant toutefois qu'il pourrait bien y avoir quelque petite erreur sur la longitude.
24. — Aujourd'hui, gros vent de sud-sud-ouest peu avantageux, faisant pencher trës désagréablement le vaisseau. Les passagers, incapables de se tenir sur leurs pieds, ne savent que faire de leurs personnes dans la chambre et n'osent paraître sur le pont, parce qu'ils en sont chassés par une grosse pluie qui se prolonge jusqu'au lendemain, dimanche. A midi, capt. Bushby croit être encore à 114 milles des premiers atterrages ; mais il se trompe de moitié. Terre ! Terre ! C'est l'Irlande qui commence à montrer ses côtes. Mizen Head, Cape Clear se présentent clairement aux regards empressés des voyageurs à leur lever.
Le 9, nous vîmes la dernière terre d'Amérique, savoir le Cap Eay dans l'Isle de Terreneuve. Celle d'Europe, s'apercevant aujourd'hui, il s'ensuit qu'en 17 jours, nous avons parcouru l'espace qui les partage. Ce ne serait pas une marche extraordinaire pour une frégate ou pour un vaisseau allège, mais il faut songer que le Georges Symes est chargé en plein et ne tire pas moins de 15J pieds d'eau.
L'Albion ne se montre pas encore. Nous n'en sommes 'pas moins dans le voisinage du Canal de St-Georges, à trois lieues ou environ de la terre d'Irlande, et le vent prenant de la force et nous menant bien en route, nous allons saluer, quoique d'un peu loin, les ports de Kingsdale, de Cork et de Waterford, avant la fin du jour.
80. — Vain espoir ! Le calme a tout à coup succédé au bon vent, et au calme le vent contraire. Voilà quatre jours perdus à louvoyer, à essayer, de toute manière, à franchir le canal. Nous n'avons encore vu d'Européens que les équipages de 4 ou 5 chaloupes irlandaises qui nous ont successivement abordés, le 26, pour demander du rhum et du pain, offrant en échange du maquereau de leur pêche et quelques patates. Une journée de bon vent nous aurait conduits, des le 27, à Liverpool, et nous n'avons pas encore aperçu l'Angleterre, tant la brume est constante et tant les bordées nous éloignent de la Côte.
31. — Nous voici néanmoins au delà de Wareford, de Tuskar Rock, apercevant les montagnes du comté de Wicklow qui touche à celui de Dublin. Aujourd'hui se découvre l'isle d'Anglesea, sur le bord du pays de Galles. Nous en faisons le demi-tour dans la journée, mais avec quelle difficulté ! A quelques instants prës, le vent est constamment debout. Vers le soir, se présente un pilote sortant d'un sloop stationné dans le parage où nous nous trouvons. Il y a, aux approches de Liverpool, onze de ces sloops ; chacun d'eux contient un certain nombre de pilotes, quelquefois huit, quelquefois douze, tous associés et détachant l'un d'eux pour conduire tels vaisseaux qui passent par la station où ils se trouvent. Jamais un sloop n'empiète sur un autre sloop, ni un pilote sur un autre pilote. Ils servent tous à tour de rôle. On estime le profit annuel de chaque individu parmi eux à enxiron 150 liv. sterl.
V^ août. — Le George Symcs continue de louvoyer tout le dimanche et toute la nuit suivante.
2. — Le lundi matin, nous nous trouvons dans l'entrée de la rivière Mersey. Encore quelques milles et le vaisseau sera à Liverpool. Mais les passagers ennuyés de tant de longueurs et ne pouvant se résoudre à attendre la marée du soir, font les derniers milles en chaloupe et débarquent à midi, ayant passé à bord du vaisseau 30 jours révolus.
Quelle ville que celle-ci ! Quel bruit, quelle obscurité, quelle petitesse des premières vues que Ton rencontre, quelle puanteur
occasionnée par la vapeur du charbon de terre ! Tout en est affecté : têtes, poitrines, linges, murs, appartements. Il faudrait beaucoup de temps pour écrire tout ce qu'elle offre d'abord de curieux et ensuite de désagréable aux yeux d'un étranger, surtout lorsqu'il n'a pas encore voyagé en Angleterre.
Liverpool, quoique une des villes les plus commerçantes et les plus peuplées du Royaume (elle contient environ 100,000 âmes), n'a cependant pas le titre de cité. C'est un bourg qui envoie deux députés au parlement. Ici, comme dans presque tout le reste du pays, il y a des gens et des églises de toutes les sectes. La plupart sont des dissenters qui, en se séparant de l'Eglise anglicane, n'en sont devenus que plus violents contre la religion catholique. Celle-ci compte 18,000 âmes dans Liverpool, qui se partagent pour l'instruction chrétienne et pour la réception des sacrements entre quatre chapelles, dont deux sont desservies par des Bénédictins et deux par des prêtres séculiers. Le plus distingué entre ces derniers, et celui qui dessert la chapelle la plus considérable, est M' Ths Penswick, âgé de 47 ans, homme d'une conduite extrêmement respectable. Il a sous sa direction une école de charité qui ne compte pas moins de 600 enfants catholiques. Ce fut à Cooper-Hill et dans la chapelle de M"" Penswick que l'évêque de Québec et ses deux compagnons célébrèrent leur première messe en Angleterre. Elle est de construction gothique, bien exécutée, toute de brique, comme sont la plupart des édifices de Liverpool, ayant néanmoins un portique en pierre de taille enrichi de pilastres, etc., mais sali, comme tous les autres, par la vapeur du charbon de terre, en sorte que l'on donnerait cinquante ans d'existence à un édifice qui en a à peine trois. Ce que l'intérieur offre de plus remarquable est 1^ un grand châssis au-dessus de l'autel, où sont peintes sur verre les images de quelques saints, interpersées de fieurs et autres ornements bien exécutés, 2^ la propreté extrême des bancs et des autres parties de la nef et des tribunes, propreté digne d'un peuple qui a, comme celui d'Angleterre, la bonne coutume de ne jamais cracher par terre, 3' l'ordre gothique auquel est assujetti non seulement l'édifice en dedans
et en dehors, mais encore tout le tabernacle, les chandeliers et tout ce qu'il y a d'ornements sur l'autel, qui lai-même est une pièce d'assez mauvais goût, placé au-dessus de quatre degrés et supporté par des pieds, comme le serait le bas d'un buffet de salle dont il a presque la forme. Cette chapelle est sous l'invocation de S. Nicolas. La seule remarquable après celle-là est celle de S. Pierre dans Seel street, desservie par deux bénédictins. Elle fut construite par les soins de feu M'^ Macdonell, mort il y a trois ou quatre ans, qui était lui-même un prêtre de cet ordre, et frère du Capt. John Macdonell et du Père Augustin, tous deux morts à Traça die, dans l'Isle du Prince Edouard. Cette chapelle un peu moins grande que celle de St-Nicolas, mais rendue vaste par la double galerie qui en garnit le dedans, a l'avantage de posséder plusieurs ouvrages de marbre ou d'une composition si approchante du marbre, qu'il est très aisé de s'y tromper, tant ils sont unis et luisants. Deux colonnes, quatre pilastres, deux chaires, l'autel, le gradin, tous de cette matière, avec des couleurs diversifiées, sont des morceaux charmants. L'évêque de Québec célébra sa seconde messe dans cette chapelle, la troisième dans celle de la S'' Vierge aussi desservie par des Bénédictins, autrefois brûlée par les protestants dans la chaleur de la prétendue réforme, et pour cette raison, rebâtie dans un endroit très renfermé à! Edouard Street^ de manière qu'il y faut entrer par une espèce de porche. Celle de St- Antoine, où il alla dire sa quatrième messe, située à l'extrémité Nord de la ville, est entièrement l'ouvrage d'un émigré français qui la dessert, nommé l'abbé Gérardeau. Le bon goût n'a présidé ni à sa construction ni à sa décoration. On l'appelle assez improprement le bijou de M. Gérardeau. Elle mériterait une dénomination toute différente.
7. — On sait que ni ces chapelles ni celles des sectes qui ne sont pas de l'église anglicane, n'ont droit d'avoir ni clocher, ni cloche. Mais on y supplée par la précision avec laquelle les offices y commencent à l'heure marquée, et cette heure est suffisamment annoncée par la quantité d'horloges publiques qui se trouvent dans tous les quartiers de la ville.
Les édifices les plus remarquables à Liverpool sont 1" l'église de S. Paul, faîte sur le modelé (en raccourci) de S. Paul de Londres, 2^ le superbe clocher gothique de l'église de S. Nicolas, bâtie sur les ruines d'une ancienne chapelle catholique, dont la tour avait été conservée jusqu'à ces années derniëres et écrasa, en s'écroulant, à la fin d'un oflice de dimanche, plus d'une vingtaine d'enfants, accident qui donna lieu à la construction du clocher qui l'accompagne aujourd'hui, 3'^ la flëche de l'église de S. Thomas, très fine, ayant 200 pieds d'élévation au-dessus de la terre, et néanmoins toute de pierres de taille jusqu'à la pointe. Elle est si bien liée dans toutes ses parties, qu'on la voit branler lorsque ses cloches sonnent, 4^ l'église de S. Pierre, dans la tour de laquelle il y a un carillon attenant à l'horloge, qui joue un air de trois minutes, à toutes les trois heures du jour et de la nuit, par le moyen d'un énorme cylindre fait sur le même système que ceux des serinettes. Les marteaux frappent sur des cloches suspendues dont la- plus grosse pëse 2,400 liv. Dans cette église (le nom d't'^glise en ce pays ne s'applique qu'aux églises anglicanes, toutes les autres s' appelant chapelles), on trouve des preuves de l'inconséquence des protestants, y ayant non seulement des figures de chérubins en plusieurs endroits et un saint nom de Jésus au-dessus de l'autel, mais encore un tableau représentant la pénitence de S. Pierre. Tous les alentours de cette église formant une grande enceinte, sont couverts de monuments. Il en est de même de toutes les autres églises et chapelles. On y enterre sans difficulté, sans craindre d'insalubrité résultant de cette pratique, dans les parties même les plus peuplées d'une ville de 100,000 habitants. Les cimetières qui sont au dehors, ne servent que de supplément à l'insuffisance de ceux de la ville. Les prêtres catholiques, lorsqu'ils font des sépultures dans les caveaux de leurs chapelles ou dans les petits cimetières y adjoignant, y président en surplis et en étole et y font les prières et cérémonies de l'Eglise. Lors même que le corps d'un catholique doit recevoir sa sépulture dans le cimetière commun hors de la ville, les ministres anglicans, soit par délicatesse ou par paresse, s'abstiennent d'y
aller. Le prêtre, en habit séculier, se rend à la maison du défunt, y fait les prières de la sépulture et Sje joint au convoi pour accompagner le corps au cimetière, d'où il revient sans cérémonie, comme il y est allé.
De tous les édifices qui décorent Liverpool, le plus beau, sans contredit, est la Bourse, The JExchange^ bâti sur trois faces, orné de portiques et de hautes colonnes de pierre formant une galerie de plein pied au dedans de l'enceinte. Chaque face peut avoir de 80 à 100 pieds de long autour d'une place pavée en grandes et superbes pierres plates. Vers le fond de cette place, est érigé en bronze un monument en l'honneur de l'amiral Nelson, auquel on désirerait dix pieds d'élévation de plus, pour faire paraître dans toute leur beauté les huit superbes statues qui le décorent.
Il manquait quelque chose à la décoration de cette superbe place. On y a pourvu en élevant, sur le quatrième côté, un édifice détaché qui emprunte de la beauté de la Bourse et lui donne de la sienne. C'est leTown Hall ou la maison de ville dont le dedans et le dehors se disputent en magnificence. Ici, tout respire la grandeur : rez-de-chaussée, étages, grandes et petites colonnes, frises, chapiteaux, frontons sur les quatre faces, dôme extrêmement élevé, surmonté d'une statue représentant la Grande Bretagne, du haut duquel on domine les toits de la plus considérable partie de la ville, sans compter la vue de la rivière Mersey et d'une partie de la mer d'Irlande. Si l'Angleterre présente de plus beaux points de vue et des édifices plus nobles, ce ne peut être qu'un très petit nombre. Dans l'intérieur de la maison de ville, se trouve une suite de salles qui n'ont pas moins de 20 à 25 pieds d'élévation. On y peut recevoir à la fois plus de 2,000 personnes. Ici, ce sont des niches, et dans ces niches, des urnes, les unes de marbre, les autres d'argent massif, là, des escaliers dont les rampes sont de cuivre très poli, les barreaux d'acier, les marches de marbre ou d'une pierre extrêmement fine ; plus loin, un appartement où se trouvent peints en grand le Prince de Galles et le Duc de Clarence ; ailleurs, les appartements particuliers du maire, le ti:ésor de la cité, la Cour de Justice où il siège avec ses Alder-
men. C'est dans la maison de ville que ce maire prête serment, après son élection, qu'il assemble son Conseil, appointe les requêtes, donne les fêtes publiques. " Elle est assez vaste, pour tout cela. Chaque jour ajoute à sa magnificence, et en ce moment même, on enrichit de nouveaux ornements sa décoration intérieure.
La corporation de Liverpool est très riche ; son revenu annuel n'est pas de moins de £40,000. Une de ses grandes sources de profit sont les grands docks ou bassins dans lesquels on fait entrer tous les vaisseaux, à la faveur de la marée haute pour charger et décharger. Ces bassins bordent la riviëre Mersey et tiennent à la ville. Les vaisseaux paient à la corporation tant par jour, tout le temps qu'ils y sont, et il y en a pour le moins trois ou quatre cents à la fois. Ils y entrent par des écluses placées d'espace en espace. La vue de l'épaisse muraille qui borne ces bassins du côté de l'eau, a quelque chose d'imposant, et donne, des l'abord, une haute idée du commerce immense de cette ville qui a des rapports avec toutes les parties de l'univers.
A une petite distance de Liverpool, il y a des carrières de marbre. Aussi y a-t-il peu de maisons, soit anciennes, soit nouvelles, où l'on n'en trouve d'employé soit en parquet, soit en escaliers, soit en devanture de cheminées. Mais ce que l'on trouve, sans même sortir de la ville, ce sont des pierres énormes, de gris jaunâtre, aisées à scier ou à tailler et propres à toute espèce d'édifices et de grande architecture. On en peut juger par les blocs actuellement réunis autour d'une église en construction et dont une partie est déjà travaillée pour être mise en colonnes. Les nombreuses et élégantes maisons qui se construisent sur de nouvelles et superbes rues, dans la haute partie de la ville où ne parvient pas l'odeur désagréable dont on est affecté dans les rues beaucoup trop étroites de la ville ancienne, donnent une preuve journalière de l'excellence de ces pierres, par le soin que prennent tous les particuliers d'en border leurs portes et leurs fenêtres et d'en faire leurs portiques et entrées, quoique le reste de l'édifice soit de briques aussi généralement que les toits sont d'ardoise.
Il y a exception à faire en faveur de quelques édifices doijt les
toits et les poteaux et colonnes sont de fer. Telle est une des églises anglicanes de la haute ville, tel est un hangard ou tout ce qu'on voudra, placé sur le bord d'un des docks et long d'au moins 70 pieds.
Il y a à Lîverpool un lyceum^ un muséum^ un atheneum^ un jardin botanique et diflKrents autres établissements pour l'encouragement des arts et le soulagement de l'humanité souffrante. Les deux plus dignes d'attention de ces établissements sont l'atheneum et l'asile des aveugles, le premier par la manière trës singuliëre dont il fut établi, il y a 20 ou 25 ans ; le second, par Tordre admirable avec lequel sont élevés les aveugles, au nombre de 10 i, qu'il contient en ce moment. La société qui préside à cet établissement, le conduit avec une attention et une intelligence qui ne laissent rien à désirer. Les édifices sont faits sans épargne et forment, au milieu d'une vaste cour, quatre corps de logis d'environ 150 pieds de long sur deux étages. Partout vous trouvez des aveugles de tout âge dans des halles différentes pour les garçons de celles qui sont occupées par les filles. On ne se fait pas d'idée de la variété des ouvrages qui sortent de leurs mains. Câbles, cordons, ficelle?, toiles au métier, tapis, plateaux, chaussons, chapeaux de paille, paniers, chaises, paillassons, pantouffles, etc., etc. Tout cela est ensuite porté dans une boutique qui tient à l'emplacement, et vendu au profit du comité qui subvient à l'entretien des aveugles. Apres qu'ils ont passé un certain nombre d'années dans cet asile, on leur donne une petite partie de leur gain journalier, laissant à leur industrie d'en tirer le meilleur parti possible. Ceux d'entre eux qui ont quelque disposition pour la musique vocale ou instrumentale, y sont exercés régulièrement, et lorsque l'évêque de Québec visita cet asile, rien ne lui parut plus attendrissant que la réunion des voix d'une quinzaine d'entre eux, qui chantaient alors en concert, accompagnés d'un orgue placé dans l'appartement qui leur sert de chapelle, et où un ministre va leur faire le service divin tous les dimanches à 8 heures du soir, en attendant une église qui se construit actuellement pour eux. Une seule chose manque au
bonheur de ces infirmes rassemblés : c'est d'être instruits dans les principes de la vraie foi. Mais il y a peu d'apparence qu'ils y parviennent, d'aprës l'éduca tion complètement protestante qu'on a soin de leur donner.
L'évêque de Québec n'avait rien à faire à Liverpool. Il y passa néanmoins 10 jours, parce qu'il fut obligé d'attendre la réponse d'une lettre qu'il écrivit de là à Londres, pour se procurer une information dont il avait besoin.
Ce délai lui donna le loisir de prendre connaissance de l'état de la religion dans cette partie de l'Angleterre. On sait que tous les catholiques du Royaume sont divisés en quatre districts, savoir : ceux de Londres, du milieu, de l'Ouest et du Nord, chacun desquels est gouverné par un Vicaire Apostolique, ayant son titre épîscopal in partibus wfidelium. Le district du Nord, Northern District^ où l'évêque de Québec se trouvait alors, est composé des comtés suivants : Northumberland, Cumberland, Westmoreîand, Lancanshîre, York, Durham et Cheshire. Ce district est le plus étendu des quatre et celui qui renferme le plus de catholiques, puisqu'on en estime le nombre à 150,000, dont 100,000 dans le seul comté de Lancashire. Liverpool n'est que la seconde ville de ce comté ; Lancaster en est la capitale. L'évêque préposé à la conduite de ce grand et consolant troupeau, est, en ce moment, un octogénaire nommé D^ Gypson ; il a pour coadjuteur D' Smith, consacré depuis plusieurs années et demeurant avec lui, auquel, par un eflfet de la faiblesse de l'âge, il permet de faire moins de fonctions épiscopales à mesure qu'il a plus de besoin de suppléant. C'est donc le vieil évêque qui, assisté de deux personnes qui le soutiennent par dessous les bras, fait lui-même les ordinations, consacre les huiles, etc., non sans quelque inquiétude pour les personnes ou les matières sur lesquelles il applique les rites de l'Eglise. Le Saint-Siège informé de l'état des choses et de la répugnance du D"" Gibson à résigner sa place, a, dit-on, autorisé le coadjuteur à agir indépendamment de lui et même contre sa défense ; mais celui-ci, par une déférence bien estimable pour son supérieur, n'a pas encore voulu
faire usage de ce pouvoir, et se borne apparemment à suppléer en secret à ce que le vieillard a mal exécuté en public.
9. — Il y a, dans le district du Nord, 138 prêtres, presque tous anglais, dont 75 séculiers, 37 Bénédictins,22 Jésuites, 7 Dominicains et 2 Récollets. Tous les prêtres séculiers sont missionnaires. Il en est de même des religieux, si Ton excepte cinq Bénédictins qui tiennent la maison professe d'Ampleforth, près d'York, où ils ont 8 novices et 40 écoliers. Il faut aussi excepter quatre ou cinq Jésuites qui sont à la tête du collège de Stony-Hurst, dans le Lancashire, et y réunissent des écoliers au nombre de 200. Il y a, à Durham, un troisième collège composé de 120 écoliers, sous l'inspection immédiate du Vicaire A.postolique.
Ce district n'est pas même dépourvu de monastères de religieuses. Il y en a quatre : un à Durham, deux dans la Yorksbire et un dans la ville même d'York.
Les étrangers ne soupçonneraient pas que la religion catholique eût autant de ressources dans un royaume où elle a été en proie à tant et de si violentes persécutions. Mais Dieu s'y était réservé des élus, et l'on peut dire, à la louange des catholiques anglais, qu'ils sont les sujets de l'empire les plus paisibles. Le gouvernement leur rend cette justice, mais n'a encore pu se résoudre à leur émancipation, par diverses considérations politiques dont la plus vraisemblable est la jalousie qu'en éprouverait le turbulent peuple d'Irlande, qui est regardé comme indigne de cette faveur et auquel on ne veut pas l'accorder. On pourrait ajouter à cela l'opposition constante du clergé anglican, dont les prélats croient apercevoir la ruine dans l'émancipation des catholiques. Ceux-ci continuent de pétitionner le Parlement pour leur émancipation, parce qu'ils voient avec peine les familles nobles de leur communion exclues des places auxquelles leur naissance les appelle. Il est remarquable que le premier duc, le premier comte et le premier baron d'Angleterre soient catholiques. Ajoutez-y plusieurs autres lords et barons obligés de vivre dans leurs terres, sans prendre aucune part aux afiaires publiques, privation qui devient pour eux une tentation continuelle d'abandonner la religion à
laquelle ils en sont redevables, et qui les fait trembler pour la persévérance de leurs enfants.
Payer la dîme au clergé protestant, porter leur part des charges communes des paroisses anglicanes où ils se trouvent enclavés, contribuer à l'entretien et au rétablissement des églises d'un culte qu'ils abhorrent, n'est pas ce qui afflige le plus les catholiques anglais. Ils regardent ces assujettissements comme les autres taxes publiques qui leur sont imposées en commun avec les autres sujets du Royaume. Ils voient, avec plus de sensibilité, l'obligation humiliante d'aller devant le ministre anglican répéter les mariages qu'ils ont contractés devant leurs pasteurs, condition sans laquelle les mariages ne seraient pas reconnus en loi. Le ministre, sans tenir compte, sans même s'informer du mariage préalablement célébré dans l'Eglise catholique, leur fait donner de nouveau leur consentement et subir toutes les cérémonies de la sienne. Tout ce qu'ils ont pu gagner jusqu'à présent, a été de ne pas se mettre à genoux devant lui. Les Espagnols et Irlandais catholiques ne veulent pas entendre à cette présentation devant le ministre protestant, lorsqu'ils se marient en Angleterre, et leur répugnance, procédant d'attachement à leur religion, est assurément louable. Mais qu'en résulte-t-il quelquefois ? Que le mari et la femme venant à se brouiller, font divorce, sous prétexte qu'ils ne sont pas légalement mariés, et, lorsqu'en conséquence, ils veulent se marier à d'autres, ils donnent lieu à une question également délicate et difficile à résoudre, savoir s'ils sont libres aux yeux dé Dieu, comme aux yeux de la loi. On prépare une représentation à ce sujet qui doit être soumise à la considération du Parlement.
Du reste, sous une infinité de rapports, l'émancipation ferait plus de mal que de bien aux catholiques, en réveillant la vanité, l'ambition de parvenir aux places qui leur seraient ouvertes, et en les jetant, au préjudice de leur foi et de leur morale, dans les sociétés protestantes. Les habitants du Canada se félicitent beaucoup de n'avoir jamais eu à gémir sous les privations qu'endurent les catholiques en Angleterre. Hélas ! s'ils considéraient la chose
sous le rapport de la religion, ils reconnaîtraieût qu'ils n'y ont rien gagné.
La liberté de la religion ne consiste pas précisément à faire des processions dans les rues, à porter les sacrements au dehors avec solennité, à faire marcher la croix et le clergé à la tête d'un convoi. Cet extérieur a assurément son avantage et donne à nos cérémonies une pompe dont Dieu peut tirer sa gloire. Mais indépendamment de tout cet extérieur, on peut dire que la religion est libre, lorsque les fidèles peuvent, sans être inquiétés, en faire les exercices dans leurs maisons et dans leurs églises, entendre la parole de Dieu, chanter ses louanges et participer aux sacrements. Les catholiques anglais ont cet avantage et l'apprécient beaucoup, lorsqu'ils se rappellent qu'il fut un temps où la peine de mort était prononcée contre tout prêtre qui était convaincu d'avoir dit la messe et contre tout fidële convaincu d'y avoir assisté, où des prêtres d'une certaine description, par exemple les Jésuites, n'avaient pas même la liberté d'exister dans ce royaume, soit qu'ils exerçassent ou non. Aujourd'hui, le gouvernement n'y regarde plus, et quoiqu'il n'ignore pas qu'il y a dans le royaume, non seulement des ecclésiastiques séculiers, mais encore des reli- *gieux, il se rassure sur ce que la loi ne les reconnaît pas comme tels, mais seulement comme des particuliers. En effet, ils ont soin de ne pas s'appeler përes ni frères, même entre eux, ni de porter des noms de religion hors de la maison professe : chacun est qualifié Monsieur et porte son nom de famille. Parmi les Bénédictins anglais, le Përe Joseph est M' Fisher, le Père Bëde, M'' Day, le Përe Antoine, M' Slover, et ainsi des autres. Trois ou quatre d'entre eux prêtent leurs noms pour former un trust qui acquiert des fonds et les régit pour la communauté. Chacun de ces trustées fait son testament et lëgue à un autre de la communauté sa part apparente de la propriété. Le vœu de pauvreté n'en souffre point. Chaque religieux employé dans une mission prend sur le revenu son nécessaire et tient compte du surplus à la communauté, quelquefois même au préjudice des chapelles qui, en général, sont mal pourvues d'ornements. Ils mënent
petit train, ainsi que les prêtres séculiers, tant de la ville que de la campagne, sont logés à l'étroit, mais proprement et même élégamment habillés, poudrent leur cheveux et portent des bas de soie pour aller en compagnie. A voir deux ou trois jeunes bénédictins se tenir par-dessous le bras et marcher dans les rues, vous les prendriez pour des jeunes bourgeois ou pour des commis de la ville. En général, ils sont jolis garçons, bien élevés, sachant se tenir en compagnie et ayant des manières aimables. Pendant le séjour de Tévêque de Québec à Liverpool, il eut occasion de dîner chez un particulier où se trouvaient à table douze prêtres anglais, dont huit étaient bénédictine. Ils avaient tenu une assemblée au chapitre de leur Ordre, le jour précédent, dans une auberge où ils avaient dîné ensuite. Deux semaines auparavant, les Jésuites en avaient fait autant. Cela ne souffre pas de difla.culté dans ce pays, parce que les uns, comme les autres, n'ont pas de moyen de s'assembler autrement.
Depuis le temps de la prétendue réforme en Angleterre, les Bénédictins ne portent l'habit de leur Ordre qu'au moment de leur vêture et de leur profession. Ils sont fort anciens dans l'Eglise de ce Eoyaume, et font remonter leur origine jusqu'à son Apôtre, S. Augustin.
Du temps d'Elizabeth, ils furent tous proscrits et ceux qui ne subirent pas la mort, n'y purent échapper qu'en fuyant dans des pays étrangers. Il n'en restait plus qu'un ; encore était-il prisonnier dans la Tour de Londres. Voulant, à quelque prix que ce fût, conserver l'existence de son Ordre, on prétend que, dans sa prison même, il donna l'habita deux postulants qui firent profession après que la persécution fut ralentie.
Du reste, ni les Bénédictins, ni les Jésuites d'Angleterre ne s'accordent bien avec les prêtres séculiers. L'esprit de corps qui les anime, les porte comme inévitablement à accaparer tout ce qu'ils peuvent et à ne trouver de bon que ce qui se fait par eux. Les évêques eux-mêmes qui, avant leur épiscopat, appartenaient à des corps réguliers, leur préfèrent le clergé séculier, comme plus souple, plus à la main, plus obéissant, au lieu que les reli-
gîeux mettent sans cesse en avant leurs exemptions et leurs privilèges, cherchent des protecteurs et ne voudraient. dépendre que de leurs supérieurs claustraux, même pour ce qui regarde le ministère des âmes essentiellement subordonné à la direction des évoques. Dans le siècle dernier, les religieux anglais avaient tant gagné de terrain dans cettQ Eglise, que Ton n'y reconnaissait qu'à peine l'autorité des vicaires apostoliques, et que le Pape Benoit XIV, pour remettre les choses sur le pied où elles devaient être et pour réprimer les entreprises des réguliers, fut contraint de donner la Constitution Apostolicum ministerium, qui réglait leur exemption et rétablissait les vicaires apostoliques dans leurs droits épiscopaux usurpés par les entreprises des moines. Cette constitution est conservée comme la base de la discipline qui dirige, depuis ce temps, l'Eglise catholique d'Angleterre \
1 — La constitution Apostolicum minis teriiim a.ya,ieni été donnée en 1753 et, à l'époque du voyage de M»' Plessis, elle avait besoin d*être remplacée par une autre. Aussi, lorsque Mer Wiseman fut mis à la tête de l'Eglise en Angleterre, il comprit tout de suite la nécessité d'un changement pour la meilleure administration des affaires religieuses. Il s'adressa au Saint-Siège, et après trois ans d'efforts, il réussit à obtenir l'établissement de la hiérarchie catholique. Le bref est du 24 septembre 1850. Londres eut un archevêque et 'ïiêine un cardinal. M»^ Wiseman aimait beaucoup les religieux, il en fit entrer un grand nombre dans son diocèse de Westminster. Mais il ne pou- ^«it toujours obtenir d'eux les services dont il aurait eu besoin. Et ce pas- ®*ffe de la lettre suivante qu'il écrivait au P. Faber, en 1852, corrobore bien ^® <iue disait M»*" Plessis quelques années auparavant :
" ^hen I came to London, there was not a single community of men. •lnei»e were two Jesuits en garçon in a house, that was ail. Now it is différent.
I. The Jesuits hâve a splendid church, a large house, several priests,
"©aides Westminster. Scarcely was 1 settled in London, that I applied to
theii» gupgpiQj. to establish hère a community in due form...I also asked for
niissîonnaries to give retreats to congrégations, etc. I was answered on both
ae^ds, that dearth of subjects made it impossible. Hence we bave under
tbetn only a church, which by its splendour attracts and absorbs the wealth
oC t\ro parishes, but maintains no schools, and contributes nothing to the
éducation of the poor at its very door. I could say muoh more, but Iforbear.
L'évêque de Québec voulant être témoin de la manière dont l'office div^in se faisait dans cette ville, assista le dimanche, à la grand'messe de la chapelle de S. Nicolas, et à vêpres de celle à' Edmond Street. Il fut édifié dans l'une et dans l'autre de la tenue des fidëles dans le lieu saint. On n'y voit ni ricaneries, ni tournoiement de tête, ni salut, ni . caqueterie, comme chez les Français. Chacun abîmé dans la méditation, semble ne voir que Dieu et soi-même dans le lieu saint, et reste constamment à genoux depuis le commencement de l'offertoire jusqu'au dernier évangile. La grand'messe ne fut allongée ni par l'aspersion, n; par la bénédiction du pain, ni par le chant de l'Introït, du Graduel ou de la Communion (ces choses sont inconnues dans les chapelles anglaises), mais bien par le Kyrie, le Gloria etc, chantés en plusieurs parties par des voix d'hommes et de femmes accompagnées de l'orgue, avec force répétition des mêmes paroles, surtout de VAmen du Credo, chanté au moins en dix façons-
" 2. The Redemptorists came to London as a inissionary order, and cheerfuUy approved of and authoiised their coming. When they were settl^^ down, I spoke to them of my cherished plan of missions to and among fYi^m poor. I was told that this was not the purposo of their institute in towns^ -
** 3. The Passionists I brought first to England 1 got them placed ^
Aston HaU, and thence they hâve spread They hâve never given m^
stroke of work among the poor "
Le Cardinal Manning, on peut l'aflSrmer, n'aimait pas beaucoup les r^l gieux et bien des fois il se plaignit amèrement de leur esprit d'indépendarKi? et de Pabus qu'ils faisaient de leurs privilèges. Bientôt la lutte éclata entx-< lui et les Jésuites. La cause fut portée à Rome et le 22 mai 1881, par 1« bulle Romanos Pontijices, le Pape mit fin à la querelle et fit des règlemen /^is qui sont encore en force aujourd'hui.
Les ordres religieux sont infiniment utiles à l'Eglise. Mais comme dans le clergé séculier, tout n'est pas parfait chez eux j et de là des difficultés et des contestations plus ou moins graves qai ont besoin d'être réglées par l'autorité suprême du Saint-Siège. Il faut de la mesure en tout et les choses les plus excellentes peuvent devenir nuisibles par l'abus que l'on en fait. Voir : The Life and Time of cardinal Wiseman^ Wilfrid Ward^ et Life of Manning hy E» S, Purcell,
M. Penswick expliqua avec beaucoup de dignité l'évangile du dimanche ; son homélie fut écoutée trës attentivement.
Lee vêpres de l'autre chapelle consistèrent dans le chant de deux ou trois psaumes détachés et dans la récitation du Te Deum 6t d'une longue suite de prières, le tout en anglais, faite avec beaucoup de grâce et d'un ton fort pénétrant, par l'un des bénédictins desservant cette chapelle (M' Brower), revêtu d'un surplis fin et d'un e large étole, à genoux sur le premier des cinq degrés de l'autel, et ayant devant lui un tabouret surmonté d'un <î<>U88in sur lequel reposait son livre. Le chant fut plus grave que celui que nous avions entendu le matin. Il n'y avait point de voix de femmes, mais l'orgue était touché par une pieuse demoiselle qui s'en acquitte fort bien.
Quant aux cérémonies, on n'y entend rien dans ces chapelles. I^eux enfants remarquables par leur modestie, chaussés en bas î>lancs et en souliers rouges qu'ils prennent et laissent dans la sacristie, et revêtus de surplis trës blancs sur une soutane rougè, sans chandeliers, sans encensoir : voilà tout le clergé. Le sanc- "tua.îre trop petit n'en saurait contenir davantage et il n'y a point de chœur,
Xes chantres sont tous dahs la tribune en avant de l'orgue. 10. — Avant de quitter Liverpool, l'évêque de Québec avait besoin de savoir où prendre Sir John Sherbrooke, ci-devant gouverneur en chef du Canada, avec lequel il avait à traiter de quel- ^vies affaires, et supposé que ce général demeurât sur la route de ■Liverpool à Londres, il ne voulait pas s'exposer à revenir sur ses pas pour le trouver. C'est pour cela qu'il avait écrit à ses banquiers, M" Cox et Greenwood, qu'il savait être à Londres. Leur ïéponse reçue le 9, lui apprit qu'il demeurait, en effet, à michemin de cette capitale, entre Notingham et Southwell, dans un village du nom de Calverton. Ce fut vers cet endroit, quoique détourné, qu'il se décida à diriger sa route. Le mardi fut employé aux préparatifs du voyage, et l'on partit à cinq heures du matin, le mercredi, par le stage, dont l'évêque avait retenu les
quatre places de dedans pour lui, ses deux prêtres et son domestique, afin d'éviter, du moins pour ce premier jour, de se trouver avec des gens mal assoitis. Une partie du bagage fut laissée pour être transportée à Londres, dans quelque autre voiture d'eau ou de terre. Celui qui en était chargé l'envoya par eau, c'est-àdire par des canaux pratiqués tout le long de cette route à travers les terres.
11. — Les coaches toujours traînés par quatre chevaux au grand trot,condui8ent les voyageurs avec une agréable rapidité. Sur toutes les routes, vous en rencontrez, à chaque pas, chargés de monde dedans et dehors et encombrés de bagage sur l'impériale. Indépendamment des quatre ou six personnes de l'intérieur, il y en a quelquefois jusqu'à douze au dehors, tant au devant qu'au derrière de la voiture, tous mieux assis et plus à l'aise qu'on ne serait porté à le croire. Dans ce nombre doivent être comptés le cocher et le garde chargé du soin du bagage. Les cochers ne disent jamais mot à leurs chevaux ; le gratid fouet dont ils sont munis suffit pour les stimuler. Tout au plus, ils sifflent quelquefois. Dans les chemins les plus étroits, dans les petites rues de village, vous ne voyez jamais une voiture en heurter une autre, tant est grande la dextérité avec laquelle ils les conduisent.
On croirait à peine en Canada que, sur une route de 200 milles, comme celle qui mène de Liverpool à Londres, il n'y ait pas une seule ornière. Cependant la chose est littéralement vraie, non seulement pour cette partie, mais pour toutes les autres du Royaume. Aussi les chemins d'Angleterre sont-ils reconnus pour les plus beaux du monde.
La campagne est en général assez riante, mais monotone. Les champs sont petits, carrés, tous clos en petites haies de verdure, interspercées d'arbres d'environ 20 à 25 pieds de haut. Il y a des collines assez fréquentes, mais toutes semblables, sur une étendue de plusieurs centaines de milles. Qui en a vu une, a vu toutes les autres. Point de forêts, pas même de bosquets : rien qui soit digne d'être comparé à la charmante variété de sites que présente le district de Québec. Il est vrai que nous voyageons
ici dans Tintérieur. Peut-être y a-t-il auprès de la mer, des campagnes aussi belles que celles qui bordent le St-Laurent.
On était alors dans le temps de la moisson, beaucoup plus forte eu foin qu'en grain, quoique celui-ci fût très beau. Déjà une partie des champs était labourée pour recevoir le grain qui se sème régulièrement en automne.
Les maisons des fermiers, quelquefois éparses dans les campagnes, et plus souvent réunies on village, annoncent bien leur pauvreté. Elle sont extrêmement petites, toutes de pierre, couvertes de paille, d'ardoise ou de tuiles cannelées comme des gauffres. On ne voit presque pas de granges. Le peu qui en existent sont fort étroites et suffisent apparemment à loger le grain. Quant au foin, on ne le met pas en bottes, mais en mules allongées qui ont a-sez la forme de granges, et que Ton tranche avec une sorte de grand couteau, soit pour en nourrir les animaux sur les lieux, soit pour l'aller vendre dans les villes, à tant la livre ou le quintal. On regarde comme économique (et peut-être a-t-on raison) de le garder d'une année sur l'autre. Ainsi le foin que les animaux mangent en 1819, est celui qui a été fauché en 1818. Nous passâmes, ce premier jour, par les villes de Warrington, Knutsford, Macelensfield, Leck, Ashborn et Derby, capitale du Derbyshire, et arrivâmes, à soleil couché, à îfottingham, capitale du comté de même nom. Nous avions fait environ 80 milles. Il était temps de dîner pour des voyageurs qui n'avaient rien pris depuis 10 heures du matin. On nous servit des viandes réchauf- 'fées à la hâte, parce que nous étions pressés de nous rendre, ce soir-là même, à Southwell, qui en est distant de 16 à 17 milles. Nous y arrivâmes fort tard, le cocher ayant plusieurs fois manqué sa route dans l'obscurité de la nuit. L'auberge où nous logeâmes, est, si l'on en croit l'hôt elière, la maison même où le roi Charles I, poursuivi par ses sujets, fut fait prisonnier. Cette auberge s'appelle Saracen head ou Tête de Zarazin.
Tout le monde sait que les auberges d'Angleterre sont les meilleures d'Europe. Propreté, honnêteté, abondance et variété de nourriture, bons lits, chambres à part etc. Mais on ignore
quatre places de dedans pour lui, ses deux prêtres et son domestique, afin d'éviter, du moins pour ce premier jour, de se trouver avec des gens mal assoitis. Une partie du bagage fut laissée pour être transportée à Londres, dans quelque autre voiture d'eau ou de terre. Celui qui en était chargé l'envoya par eau, c'est-àdire par des canaux pratiqués tout le long de cette route à travers les terres.
11. — Les coaches toujours traînés par quatre chevaux au grand trot,conduisent les voyageurs avec une agréable rapidité. Sur toutes les routes, vous en rencontrez, à chaque pas, chargés de monde dedans et dehors et encombrés de bagage sur l'impériale. Indépendamment des quatre ou six personnes de l'intérieur, il y en a quelquefois jusqu'à douze au dehors, tant au devant qu'au derrière de la voiture, tous mieux assis et plus à l'aise qu'on ne serait porté à le croire. Dans ce nombre doivent être comptés le cocher et le garde chargé du soin du bagage. Les cochers ne disent jamais mot à leurs chevaux ; le grafid fouet dont ils sont munis suffit pour les stimuler. Tout au plus, ils sifiient quelquefois. Dans les chemins les plus étroits, dans les petites rues de village, vous ne voyez jamais une voiture en heurter une autre, tant est grande la dextérité avec laquelle ils les conduisent.
On croirait à peine en Canada que, sur une route de 200 milles, comme celle qui mène de Liverpool à Londres, il n'y ait pas une seule ornière. Cependant la chose est littéralement vraie, non seulement pour cette partie, mais pour toutes les autres du Royaume. Aussi les chemins d'Angleterre sont-ils reconnus pour les plus beaux du monde.
La campagne est en général assez riante, mais monotone. Les champs sont petits, carrés, tous clos en petites haies de verdure, interspercées d'arbres d'environ 20 à 25 pieds de haut. Il y a des collines assez fréquentes, mais toutes semblables, sur une étendue de plusieurs centaines de milles. Qui en a vu une, a vu toutes les autres. Point de forêts, pas même de bosquets : rien qui soit digne d'être comparé à la charmante variété de sites que présente le district de Québec. Il est vrai que nous voyageons
ioî. dans rintérieur. Peut-être y a-t-il auprès de la mer, des campa^jgnes aussi belles que celles qui bordent le St-Laurent.
On était alors dans le temps de la moisson, beaucoup plus forte eu. foin qu'en grain, quoique celui-ci fût très beau. Déjà une pa^rtie des champs était labourée pour recevoir le grain qui se B^xue régulièrement en automne.
Xeb maisons des fermiers, quelquefois éparses dans les campagnes, et plus souvent réunies on village, annoncent bien leur paiavreté. Elle sont extrêmement petites, toutes de pierre, couvertes de paille, d'ardoise ou de tuiles cannelées comme des gSLuffres. On ne voit presque pas de granges. Le peu qui en existent sont fort étroites et suffisent apparemment à loger le grain. Quant au foin, on ne le met pas en bottes, mais en mules allongées qui ont a-sez la forme de granges, et que Ton tranche avec une sorte de grand couteau, soit pour en nourrir les animaux sur les lieux, soit pour l'aller vendre dans les villes, à tant la livre ou le quintal. On regarde comme économique (et peut-être a-t-on raison) de le garder d'une année sur l'autre. Ainsi le foin que les animaux mangent en 1819, est celui qui a été fauché en 1818. Nous passâmes, ce premier jour, par les villes de Warrington, Knutsford, Macelensfield, Leck, Ashborn et Derby, capitale du Derbyshire, et arrivâmes, à soleil couché, à Nottingham, capitale du comté de même nom. Nous avions fait environ 80 milles. Il était temps de dîner pour des voyageurs qui n'avaient rien pris depuis 10 heures du matin. On nous servit des viandes réchauf- •fées à la hâte, parce que nous étions pressés de nous rendre, ce Boir-là même, à Southwell, qui en est distant de 16 à 17 milles. Nous y arrivâmes fort tard, le cocher ayant plusieurs fois manqué sa route dans l'obscurité de la nuit. L'auberge où nous logeâmes, est, si l'on en croit l'hôt elière, la maison même où le roi Charles I, poursuivi par ses sujets, fut fait prisonnier. Cette auberge s'appelle Saracen head ou Tête de Zarazin.
Tout le monde sait que les auberges d'Angleterre sont les meilleures d'Europe. Propreté, honnêteté, abondance et variété de nourriture, bons lits, chambres à part etc. Mais on ignore
peut-être qu'outre le prix assez fort que Ton donne aux hôteliers^ il faut encore faire aux domestiques une gratification qu'ils deman-.KiKn dent avec importunité. Si vous avez passé plusieurs jours dans la^^ M\i même maison, il n'est aucun d'eux qui ne croie avoir droit à une^^ «3^ récompense. Celui-ci est le waiter ou premier écuyer de la maison,^ m: ij, cette fille a fait votre chambre; celui-là a fait quelques arpentai ^^g pour vous indiquer une maison que vous ne connaissiez pas, ce^^^jg petit garçon vous a servi le déjeuner ou le thé : autant de gena^ ^^^g qui veulent être récompensés, qui l'exigent, qui se plaignent qu vous ne leur donnez pas assez et vous font des reproches. Il ai est de même des voituriers. Vous payez au maître d'un stage 01 vous entrez, ce que la loi ou la coutume alloue, selon la distanc» ^^e où vous allez. Mais vous n'êtes pas quitte. Lorsque vous laisse ^z cette voiture pour passer à une autre, il faut payer tant au ga":^»-dien du bagage et tant au cocher. Si Ton voyage en chaise, il n' ^ a pas de gardien, mais il faut payer davantage au cocher, etcelLa revient souvent, parce que l'on change plus souvent de chais^^s que de stages. Les pauvres voyageurs, les étrangers surtout, soi^^^ dévorés par ces fripons. Il paraît que dans les auberges et 1^^® maisons de poste, les domestiques et cochers n'ont pas de gag^^j mais vivent des présents des voyageurs ou des hôtes. Celui q,*^^ nous avait conduits de Nottingham à Southwell, murmura be^*^" coup de ce qu'outre le prix de la voiture, on ne lui avait doa*^ que deux shellings de récompense. ^
12. — L'évêque de Québec, s'il eût mieux connu le pays, aur^*^ pu s'épargner le voyage de Southwell, puisqu'il fut obligé ^^^ revenir sept milles sur ses pas, le lendemain, pour trouver le vri*' lage de Calverton qu'il cherchait. Ce fut là, dans l'un des pl^^^ misérables endroits d'Angleterre, au fond d'une vallée dépour\r ^^^ d'ombrage, près d'un petit ruisseau qui coule à peine, qu'il r^"*^' contra Sir John Sherbrooke, retiré dans une maison assez qç^^"' cieuse, seul avec sa dame et quelques domestiques, et occupé ^3-^ la construction d'u-ne plus grande, à deux arpents de là, éga^ï^ ment à l'extrémité de ce méchant village qui n'a rien de vivac^^' Sa jambe et son bras gauche étaient dans le même état qu'à &<^^ 1
<3épart du Canada. Il marchait, une partie du jour, à l'aide d'une <?anne et passait le reste du temps sur son canapé. Du reste, xxiémoire exquise, jugement très sain, cœur ouvert et loyal, ^timant toujours le Bas-Canada et prenant au bonheur du pays xxn intérêt plus vif qu'on ne devrait l'attendre d'un homme comj>lëtement retiré des affaires. Il répondit avec sagacité et de la ïjieilleure grâce du monde, aux nombreuses questions que l'évoque lui proposa sur les différents objets de son voyage, mais comme la vue de plusieurs personnes réunies le fatigue, il refusa de voir Messieurs Lartigue et Turgeon, que l'évêque avait dessein <ie lui présenter, le lendemain, en passant. Après environ deux heures de conversation, il se sépara de ce brave homme, probablement pour ne le jamais revoir ! Ce fut dans cette triste pensée qu'il vint rejoindre ses compagnons à Southwell, et y passa le reste dé la journée.
On est étonné de trouver dans cette petite ville, qui ne vaut guère que la moitié de celle des Trois-Eivières, en Canada, une église dont la construction a dû coûter des sommes immenses. Elle ne date pas de moins de 6 à 700 ans. C'était une collégiale et elle paraît avoir conservé ce titre depuis qu'elle est devenue protestante, puisqu'entre les inscriptions funéraires du cimetière qui l'environne se trouvent celles de plusieurs Doyens, -archidiacres. Chanoines et de leurs épouses. Quant aux inscriptions catholiques, les pierres en sont si vieilles et si enfoncées en terre, qu'il est impossible de les lire.
Ce vaste édifice, d'architecture gothique, est peut-être un des P^Us beaux monuments de l'ancienne religion d'Angleterre. On P^^t sans exagération, lui donner de trois à quatre cents pieds de loug sur cent pieds de large dans la nef. Du fond de l'une des ^eux chapelles au fond de l'autre, il n'y a pas moins de 160 à •^^0 pieds. Quatre énormes colonnes de pierre de taille placées à Une égale distance des quatre angles, formés par la rencontre de ^^ nef avec ces deux chapelles, soutiennent quatre arches cintrées ^ ^a voûte de l'église, qui servent de base à une tour quadranguwre élevée d'environ cinquante pieds au-dessus de l'édifice et
dont les faces peuvent en avoir 40 de large. Elle est terminée dans son extrémité supérieure par une corniche surmontée de festons et de petites pyramides, comme il est d'usage dans le gothique, mais sans perdre sa forme. Il en est de même de deux autres tours quarrées qui s'élëvent à Talignement du portail, moins larges et moins hautes que la première. Ces trois tours, ce portail et tout le mur extérieur de l'église sont en pierre de taille, ainsi que tous leurs ornements sculptés et ciselés. Les modillons qui bordent et terminent la corniche qui règne tout autour de l'église au haut des murs, sont des représentations de têtes humaines, ayant chacune des figures différentes, le tout orné d'arches, de pilastres, de guirlandes et d'œils de bœuf, de même matière. Les divisions mêmes des châssis, ou plutôt des fenêtres qui ne s'ouvrent pas, les barreaux qui reçoivent les vitre8,ordînairement taillées en forme de lozanges très petites et par conséquent très multipliées : tout cela est en pierre et suppose dans les anciens dont nous nous permettons de mépriser les ouvrages, une habileté à manier le ciseau que l'on ne trouverait pas chez les modernes.
Du reste, il ne faut pas croire qu'un édifice aussi antique se soit conservé sans altération. L'inclémence des saisons a miné, dégradé, pourri, détaché plusieurs ornements et beaucoup de pierres. Des arbrisseaux ont cru et fait effort dans les murs. L'ancien toit s'est usé ; la vieille charpente a été remplacée par une nouvelle plus basse, défigurant l'édifice et commençant à son tour à devenir ancienne.
Outre les deux chapelles qui donnent à cette église la forme d'une croix, il y en a plusieurs autres qui ont leur ouverture dans la nef ou dans le chœur, mais qui, apparemment, pour n'avoir pas été construites en même temps que l'église, ne sont pas en symétrie comme les deux premières. Comme l'on a entièrement perdu de vue la destination primitive de ces dépendances, il est possible que l'on donne le nom de chapelle à ce qui était autrefois sacristie ou cloître de chanoines.
Si cette église eût été cathédrale et non collégiale, on prendrait pour l'ancien évêché un autre édifice de même genre que l'église,
qui n'en est séparée que par une distance d'environ 60 pieds, dont les ouvertures sont taillées de la même manière, qui a des pilastres creux pour cheminées, et dont les gouttières sont, comme celles de l'église, des tuyaux sortant de gueules de lions ou au txes animaux dont les têtes en pierre de taille sont placées aux diflE^rents angles de la corniche.
Hies grandes fenêtres de cette église sont très hautes et très larges. Les portes, au contraire, tant de front que latérales, extrêmement basses. C'était apparemment le goût du temps. Le cor*]ps de l'église est pavé en grandes pierres plates et unies et séparé en trois nefs, sans bancs, ni chaises, ni quoi que ce soit pouT s'y asseoir. La raison en est évidente, c'est que cette triple nef n'est jamais occupée autrement que comme promenade publique, le chœur étant beaucoup plus que suffisant pour contenir le doi:i"ble de ce qu'il y a de fidèles anglicans dans la ville.
Oe chœur a, en effet, plus de 120 pieds de long et est séparé de la nef par un double mur dont les deux parties sont bien à dix pieds l'une de l'autre. Elles sont unies par une porte placée au milieu et surmontée d'un bel orgue. Les niches de pierre de taille qui garnissent tout le mur intérieur de l'église, sont de marlDre dans le chœur. On ne voit pas bien quelle pouvait être la destination des unes et des autres, sinon de contenir des statues de saints qui ne s'y trouvent plus. Au-dessous de ces niches q^i sont régulièrement vers le haut du mur, avec des allées ^t passages pour aller des unes aux autres, se trouvent un peu au-cleggu8 du plancher de bas, de chaque côté du chœur, un certain nombre de stalles de marbre, enrichies de petites colonnes ^t terminées par le haut eu plusieurs arches concentriques, comme " est ordinaire dans les édifices gothiques. Ces stalles ne sont pas occupées par les protestants. Ils en ont de plus basses, en bois et en plus petit nombre. Elles ne laissent qu'un petit passage au * lûilieu du chœur, et comme encore il reste de chaque côté beaucoup d'espace entre ces stalles et les anciennes, l'intervalle est rempli de longs bancs clos, en face les uns des autres, sans
compter une galerie au-dessus du chœur, également remplie de bancs qui se regardent.
Le jour où l'évêque de Québec visita cette basilique, était celui de la naissance du Prince de Galles. Il y avait oflSce et il voulut voir comment il s'exécutait. Pour cette fin, il se plaça dans un coin de la galerie d'où il était aisé d'apercevoir ce qui se passait dans le chœur. TJn révérend, avec assez de dignité, présidait la cérémonie. 11 était assisté d'un bon chantre, habillé comme lu~ en long surplis et de 7 à 8 enfants de chœur, les uns en surplis j les autres en habit laïque. Ils chantèrent quelques pseaume^ accompagnés de l'orgue, que jouait une demoiselle, et entremêlé*^ de longues prières prononcées ou plutôt déclamées par le mini^ tre. C'est la manière anglaise de faire les prières publiques, es là-deesus la pratique des prêtres catholiques n'est pas diflférentJ de celle des protestants. Au surplus, ce ministre, en sus de S( clergé, n'avait pas plus de deux ou trois auditeurs, si l'on excepte quelques curieux qui n'eurent pas la même patience gi ?e nous d'assister jusqu'à la fin de la cérémonie.
13. — Cependant il fallait reprendre la route de Londres, et I'czidû convint que ce serait le lendemain, vendredi. N'y ayant pas t3e stage dans l'endroit, il fut résolu que l'on partirait en chaise ^:3e poste. La difi'érence qu'il y a entre ces deux sortes de voitur^a, consiste en ce que le stage peut donner place à quatre ou six p^i*: sonnes partagées entre deux sièges qui se font face en dedans, et en recevoir au dehors, tant devant que derrière, un nombre encore plus grand, sans préjudice du bagage dont le dessus de l'impériale est quelquefois encombré. Sur cette voiture il n'y * jamais moins de quatre chevaux, au lieu qu'il n'y en a que deux sur celle que l'on nomme chaise, qui est aussi à quatre roues et couverte, mais n'a qu'un siège et ne peut recevoir de bagage a^ dehors que ce qui peut trouver place sous le siège du cocher, nî au dedans plus de deux ou trois voyageurs. La chaise coûte plu'^ que le stage, mais on y est plus en liberté, et voilà pourquoi l'évêque et ses compagnons, après en avoir essayé, continuèrent d'en faire usage le reste de la route, John trouvant sa place
auprès du cocher, tantôt sur son siëge, lorsqu'il se trouvait assez large, tantôt un peu plus bas sur le bagage, tantôt à la place même du cocher, lorsque celui-ci préférait monter sur un de ses chevaux pour les faire mieux aller. Mais la plupart des voyageurs, par économie, préfèrent le stage comme mieux accommodé aux moyens des gens de toute caste qui, dans ce pays, surtout en été, sont toujours sur les routes. Il y a telle maison auprès de liOndres, où il n'arrive pas moins de 700 stages par jour. Quand aux gens riches, ils voyagent d'ordinaire avec leurs propres voitures, et c'est sans contredit la manière la plus commode et la plus indépendante.
Les principales villes que nous traversâmes, ce jour-là, furent N"ewark, Grantham et Stanford. Dans la derniëre de ces places, il y a trois églises à trës petite distance, dont l'antique genre de construction fait bien voir qu'elles datent de plus loin que la prétendue Réforme. On en peut dire autant d'une plus considérable q^ui se trouve à Grantham, et en général de toutes les structures gothiques, avec des tours carrées servant de clochers, que l'on rencontre, soit en ville, soit en campagne. Il faut avouer que sur cet article, les protestants d'Angleterre sont forts modestes et aiment mieux s'accommoder tout uniment des églises qu'ils ont ravies aux catholiques, que d'en construire à leurs frais.
En approchant de la capitale, le pays devient plus sombre, les a-rbres plus fréquents dans les haies ; il y a même des bocages et des forêts dans les propriétés des seigneurs. Mais, soit habitude, soit préjugé, soit insuffisance du bois, les seigneurs, comme les particuliers, se chauffent avec du charbon de terre.
On ne voit ici ni tremble, ni merisier, ni érable, ni cèdre, mais iea ormes, des peupliers, des chênes, des hêtres chargés de fênes 6U cette saison, des saules, des tilleuls, des marronniers et des sycomores. Ces deux dernières espèces sont les plus grands fi'i'bres que le pays nous ait présentés jusqu'à ce jour. Le hêtre, ,q ^*orme, le tilleul, le chêne, ont les feuilles plus petites et plus J allongées qu'en Canada. Les arbres résineux que l'on rencontre \À en très petite quantité, ont aussi le bouquet plug petit que les
nôtres. Cela est surtout remarquable dans le pin. Du reste, 1 pin et le sapin et Tépinette etc., sont si petits qu'ils sembler plutôt transplantés d'ailleurs que naturels au sol d'Angletern
Les moutons qui paissent en grand nombre sur tous les coteau: sont trop gras pour être mangés avec plaisir. Leur laine est pi unie et plus fine que celle des nôtres, mais ils sont beaucoup pi petits. Les chevaux, au contraire, ceux surtout qui servent transport des marchandises, du foin, des charbons etc., sont d'u taille fort au-dessus de tout ce que nous voyons en Canada. F ZZ traînent des voitures à quatre roues extrêmement grandes ^^ lourdes à proportion. On les encombre d'effets jusqu'à quinze ^^ vingt pieds d'élévation au-dessus des essieux. On croit voir d^ montagnes ambulantes. Aussi les charretiers n'hésitent-ils pi ^ lorsque la charge le demande, à atteler non seulement trois m^ ( quatre, mais souvent six et huit chevaux sur ces énormes vc^zz) tures.
Dans les comtés les plus voisins de la capitale, on commence ^ rencontrer des ânes, et plus on s'en approche, plus ils devienne^^t communs. Pour conduire de petites voitures, pour porter d^^5 denrées au marché, cet animal sobre et docile est d'une utili '^é inconcevable. Il serait digne de nos sociétés d'agriculture d'^^fl faire venir en Canada et de les y faire propager. Ils s'acclimat:^ raient très vite, et pourquoi l'âne n'y serait-il bon à rien, lorsqa^ii est d'une si grande ressource dans toutes les parties de l'Europe ? On s'est trop prévenu contre cet animal par le mauvais succès de quelques premiers essais. Plus d'attention pour le premier hiror à ceux que l'on importerait, les mettrait en état de soutenir miea:x l'hiver suivant. Leurs écroits nés dans le pays, n'y seraient p^ plus étrangers que nos veaux ou nos poulains et, en peu d'années, on aurait à se louer de lui avoir procuré cette classe d'excelleatfl serviteurs.
Les hôtelleries prennent un air de dignité remarquable, à mesure que vous vous avancez vers la capitale. Un aubergiste et sa femme vous reçoivent à leur porte d'aussi bonne grâce qu'an lord ou une lady recevraient des amis qui viendraient les visiter. -^
Cela fait, ils disparaissent, donnent leurs ordres etc., vous laissent à la discrétion d'un intendant qui prend soin de vous, avec un air de noblesse qui ferait honneur au premier gentilhomme d'Angleterre. Table garnie, chambres séparées, lits élégants et propres : rien n'est épargné. Il court au-devant de tous vos besoins. Seulement, à votre départ, le gentilhomme ouvre la inain et, en sus du compte de l'hôtellerie qu'il vous présente, reçoit avec reconnaissance le shelling de gratification que vous lui donnez.
Nous couchâmes à 30 milles de Londres. La nuit obscure et avancée ne nous permettait pas de nous en approcher davantage. Le lendemain, avant sept heures, nous avions repris la chaise de poste.
Les haies ne bordent plus les terres aussi régulièrement que dans les parties les plus éloignées. Le commerce rapproche tout On commence à trouver des clôtures de bois, faites avec des douves, telles qu'on les importe du Canada ou de la Baltique.
Quelques granges et autres bâtiments autour des maisons, sous leurs toits de tuiles, sont environnées de planches. C'est ce que l'on ne trouve pas vers l'intérieur du royaume.
14. — Des voitures allant au marché, des ânes chargés de denrées, des troupeaux de bœufs ou de moutons, qui courent, sans le savoir, à la boucherie, remplissent le chemin et embarrassent la inarche. Les villages deviennent plus fréquents et se touchent les uns les autres. La grande ville se découvre enfin. Les yeux des voyageurs sont à peine assez grands pour la contempler, ^ais qu'aperçoivent-ils ? — Un nuage de fumée exhalée par le charbon de terre et ne laissant voir les rues et les maisons qu'en P^tit nombre. Enfin, entre onze heures et midi, chacun arrive à s^ti auberge, ajoutant à la fatigue du voyage l'ennui que donnent Inévitablement l'agitation des habitants et les criailleries des ^^tideurs de bagatelles qui remplissent les rues et les places.
Que dire de Londres qui n'en ait déjà été dit? — Que par un '^^censement fait en 1811, cette métropole mesurée à quatre ailles do rayon sur toutes les faces, ayant pour centre l'église de
S. Paul, se trouvait être d'un million trente- neuf mille âmes. Les naissances qui y ont eu lieu depuis cette date, ont dû compenser amplement le vide laissé par les Français qui Pont quitté pour rentrer dans leur patrie depuis la restauration de Louis XVIIL La population a donc augmenté, du moins de tous les nouveaux habitants qui sont venus d'ailleurs s'y établir.
15. — L'évêque de Québec, venu en Angleterre par motif d'affaires et non par curiosité, n'avait que peu de temps à donner à la visite des objets qui fixent les regards et occupent les recherches des étrangers dans cette capitale. Il était plus essentiel pour lui de cultiver les gens que de voir des curiosités. Aussi se borna-t-il à rencontrer ceux qui pouvaient lui être utiles, et à ne voir des beautés de Londres, dans ce premier séjour, que l'abbaye de Westminster, l'église de S. Paul et l'asile de Chelsea.
16. — Il faudrait des semaines pour visiter Westminster, avec ses dépendances, et des volumes pour en donner une description exacte. Que l'on se figure une église gothique, longue de 360 pieds, large de 72 dans la nef et de 195 dans la croix ; la nef divisée en trois, chacune des deux parties latérales séparée de celle du milieu par deux rangs d'arches qui occupent l'énorme distance du pavé au carré de l'édifice ; à l'extrémité de cette triple nef, on entre par deux portes de fer dans le chœur où sont couronnés les rois et les reines d'Angleterre.
Derrière l'autel de marbre qui termine le chœur, se trouve une chapelle autrefois dédiée à S. Edouard le Confesseur, dont elle porte encore le nom et enferme les cendres. On y monte par un escalier. Le corps du saint est contenu dans une boîte ou caisse qu'on ne voit pas, parce qu'elle est couverte et environnée d'une tombe de pierre en mosaïque. Ce tombeau, autrefois objet de culte pour les Anglais, n'est plus autre chose aujourd'hui qu'un monument national. Le corps du saint y repose en paix au milieu de ceux de dix autres rois et reines, dont quelques-uns n'étaient peut-être pas fort dignes dé lui faire compagnie.
Dans cette chapelle ee conservent aussi les deux méchants fauteuils qui servent au couronnement des rois et des reines
d'Angleterre. Sous le siège de celui du roi, on. voit la célèbre JacoVs stone ou pierre de Jacob, qui passe pour avoir été apportée d'Ecosse par Edouard T. Les écrivains irlandais ne sont pas d'accord sur cette origine et prétendent que cette pierre vient de chez eux, que, suivant un ancien oracle, celui qui serait assis dessus aurait toujours la souveraineté d'Irlande, et qu'en conséquence, lorsque Henri II eût subjugué leur pays, il crut nécessaire de transporter cette pierre en Angleterre pour assurer sa conquête. Elle n'a, du reste, rien de remarquable. Elle est d'an gris blanchâtre, brute, plate et carrée. On revêt ces deux faateuils de velours lorsqu'ils doivent servir, et ce n'est pas sans besoin. Mais qui ne s'étonnerait de l'idée superstitieuse attachée à la conservation de cette pierre !
Après la chapelle d'Edouard le Confesseur vient celle de Henri VII, On appelle ainsi l'addition que ce prince fit, à l'extrémité orientale de cette église, d'un édifice d'une construction très estimée et qu'il destina à sa sépulture et à celle de sa famille. La première pierre de cette chapelle fut posée en 1503. La construction coûta £14,000 d'alors, qui répondent à 280,000 liv. strl. d'aujourd'hui. La chapelle a 99 pieds de long, 66 de large et 54 de l^aut. Elle est ornée au dehors de 14 tours proportionnées à la S^^ndeur de l'édifice. Le toit se termine en une demi-sphère d'où ®OTtent cinq espèces de petites chapelles ou retraites, dans chacune ^^squelles on entre par une arche qui a sa base sur le pavé. C'est ^^ns la nef de cette chapelle que se tient le chapitre de l'Ordre ^Xi Bain. Les bannières des chevaliers sont suspendues tout autour, ^liacune portant le nom de celui à qui elle appartient. Le tout ■^Wt une fort jolie garniture de pendants à 16 ou 20 pieds de terre, ^Out autour de la nef.
Outre Henri VII, dont la tombe n'a pas coûté moins de "^10,000, et divers autres princes et princesses qui ont trouvé leur ^^pulture dans cette chapelle, on y voit le singulier contraste du tombeau de la reine Elizabeth figurant avec celui de Marie, reine û'EcoBse. Ils sont tous deux d'une magnificence si uniforme et placés avec tant de symétrie, de chaque côté de celui de Henri VU,
que Ton ne soupçonnerait pas que Tune des deux ait été l'innocente victime cruellement sacrifiée à la barbarie et à la jalouse ambition de l'autre. Un autre contraste moins frappant, mais encore assez singulier, que présenteWestminster, est de trouver enterrés dans la grande nef de l'église, à 12 pieds l'un de l'autre, deux antagonistes politiques constamment en guerre, pendant leur vie, savoir : Charles Fox et William Pitt. Le monument de ce dernier, fort éloigné de son corps, est au-dessus de la porte d'entrée de l'église. Il y figure, avec un très grand nombre d'autres, qui en garnissent tout l'intérieur et dont les corps reposent au-dessous du pavé. Poëtes, historiens, philosophes, médecins, guerriers, mathématiciens : tous les grands hommes et les génies célèbres ont, dans ces derniers temps, trouvé des monuments dans cette église. Les chapelles, au nombre de neuf, qui environnent le chœur (sans compter celles de S. Edouard et de Henri VII), contiennent, en général, des monuments plus anciens de princes, ducs, marquis etc., dont les corps imités en bronze, sont couchés tout leur long par-dessus leurs tombes, avec le costume de leur siëcle. La plupart de ces seigneurs étant morts avant la Réforme, il n'est pas rare de trouver des statues de même métal, à genoux et priant autour de leurs tombeaux.
L'église de Westminster a subi plusieurs variations remarquables. D'abord, c'était une abbaye fondée par Segbert, roi des Saxons orientaux, sous l'invocation de S. Pierre. L'abbé et les religieux furent contraints de la remettre à Henri VIII, qui la changea en une collégiale de chanoines séculiers, avec un doyen à leur tête, et bientôt en fit une cathédrale à laquelle il donna pour diocëse le comté de Middlesex, à l'exception de la paroisse de Fulham qui resta sous la jurisdiction de l'évêque de Londres. Edouard VI détruisit la cathédrale et rétablit la collégiale. Marie, qui lui succéda, voulut que cette église rentrât dans son état primitif et redevînt une abbaye. Apres elle, Elizabeth, en 1560, détruisit ce qu'avait fait sa sœur, et rétablit la collégiale qui consiste en un chapitre composé d'un doyen, de douze chanoines séculiers et trente enfants de chœur, de douze aumôniers^
de ctoristes, d'un bedeau, d'un organiste, d'un maître d'école et de quarante enfants, qu'on appelle les écoliers du roi ou de la reine. Tel est l'établissement qui subsiste aujourd'hui.
ri y a encore, auprès de l'église, des restes de l'ancien cloître et ci u chapitre des moines, édifice hardi en ce qu'un seul pilier, fixé au milieu, recevait et supportait de hautes arcades s' élevant de "tous les angles de l'édifice qui était octogone.
A^iiprës de cette abbaye était l'ancien palais des rois, détruit et remplacé par ce que l'on appelle la place de Westminster, entre l'abbaye et la Tamise. Sur cette place est la halle de Westminster, Westminster Hall. Elle est après le théâtre d'Oxford, le plus vaste appartement qui soit au monde, sans colonnes. Elle» a 74 pieds de large et 275 de long. C'est de là que le roi part pour s'aller faire couronner dans l'église de Westminster. Il y revient dîaer ensuite. On dit que Richard II qui répara cette salle, autrefois construite par Guillaume le Roux, y donna à manger à 10,000 personnes à la fois. Ce fut dans cette salle que Charles I s^bit le procès où il fut condamné à mort. C'est là que sont jugés les pairs et autres grands fonctionnaires de l'Etat, sur les accusations formées par la Chambre des Communes. La haute Cour de Chancellerie, la Cour de l'Echiquier et celle des plaidoyers communs donnent sur cette salle imposante, mais dépourvue de ^^^te décoration, si ce n'est dans les occasions solennelles ci-des- ®^ s mentionnées, auxquelles on la revêt d'une tenture.
Dans le même groupe d'édifices se trouvent aussi les deux ^^^ambres du Parlement, toutes deux trop petites pour leur objet. ^^8 curieux qui veulent assister à quelque débat intéressant de ^ Chambre des Communes, sont obligés de se rendre douze ^^nres d'avance pour y trouver des places. La chose paraîtra fort ^ -^oyable à quiconque saura qu'une partie des galeries est occupée f^^^T des membres qui autrement ne pourraient suivre les délibérations, et que ce qui reste de places pour les étrangers, ne vaut I^^s trois fois la galerie de la Chambre d'Assemblée du Bas- ^Hnada. Celle d'Angleterre est encore remarquable par la vétusté
de ses boîsures, de ses bancs surtout, où l'on voit des éeorchures, des aiguillettes arrachées etc.
La Chambre des Lords, quoique sombre, a néanmoins plus de dignité ; l'appartement est élevé, les boisures en bon état, les murs couverts d'une tapisserie à l'aiguille représentant la célèbre Armada de Philippe II pour la conquête de l'Angleterre, et le sort malheureux de cette espèce de Croisade dans laquelle plusieurs souverains du continent étaient imprudemment entrés, à la sollicitation de Sixte V. Les sièges de cette salle sont décents et commodes. On vous y montre le banc des évêques, celui de l'opposition etc. A la tête de la chambre est le dais et le trône du roi ; au-dessous, trois énormes sacs de laine, Woolsacks^ longs d'environ six pieds, larges de quatre, et hauts de deux, sur le premier desquels s'assied le Chancelier, orateur né de cette chambre. Les deux autres sont pour les juges, lorsqu'ils sont appelés pour être consultés sur quelque point de loi important.
Derrière la chambre des Pairs est un appartement de même largeur, mais beaucoup plus court, y adjoignant et communiquant par deux portes à deux battants, une de chaque côté du trône. C'est dans cet appartement que le roi fait pose, quand il vient au Parlement, et c'est par l'une de ces portes qu'il y entre. Cet appartement est aussi orné, dans une de ses extrémités, d'un dais au-dessous duquel on déposait les différents membres de la famille royale après leur mort, pour être de là transportés à la sépulture. Il est devenu inutile depuis leur résidence à "Windsor, car c'est là qu'il leur a plu de mourir et d'être enterrés, et l'on ne prend pas la peine de les apporter à Londres, pour les faire retourner à Windsor.
La Chambre des Pairs est assez grande pour eux, mais on ne conçoit pas qu'elle puisse être suffisante pour l'admission des Communes au dehors de la barre, et ceci doit modérer les membres du Conseil Législatif du Bas-Canada dans les plaintes qu'ils font de la petitesse de leur chambre. En voilà assez, pour cette fois, sur les édifices de Westminster. Passons à S. Paul.
Cette église, la cathédrale de l'évêque de Londres, est construite
en forme de croix, enrichie de trois portiques, l'un à l'Ouest,
J^autre au Nord, le dernier au Sud. Le portique de l'Ouest, qui
ojrne la grande porte d'entrée, est composé de douze colonnes
d'ordre corinthien (car il n'y a rien de gothique dans cet édifice),
dont les bases portent sur le premier degré d'un perron de 22
ma,xche8, de marbre noir, qui sont de toute la largeur du portique.
Xiee douzes grandes colonnes sont surmontées de 8 autres d'ordre
coxnposite. Les deux autres portiques sont également ornés de
colonnes, mais en moindre nombre que celui de l'Ouest. Des
qiaa,tre angles formés par la figure de croix donnée à l'édifice,
s'élèvent quatre dômes, chacun surmonté d'une boule et d'une
croix dorées. Us ne servent qu'à faire ressortir le dôme principal
dont le diamètre, pris de dehors en dehors, est de 145 pieds.
H est environné extérieurement d'une galerie de 430 pieds de
cîroonférence. On y monte par un escalier doux de 280 marches.
Si l'on va à la seconde galerie qui est au-dessus du dôme et au
pied de la lanterne, on fait 254 degrés de plus, ce qui égale 534.
I^^éTêque de Québec s'arrêta là, s'y trouvant assez élevé pour
contempler toute la ville et ses alentours, autant que la fumée le
l^i put permettre. En montant 80 degrés de plus, il se serait
trouvé à la boule dorée qui a 6 pieds de diamëtre et dans laquelle
donze personnes pourraient tenir à la fois. De là au haut de la
^^oîx, il y a encore 30 pieds, de sorte que la hauteur totale de
^®tte église au-dessus de son pavé, est de 434 pieds ; la longueur
^1 0 • la largeur commune de la nef, 100 ; la largeur dans la
^J'oîx, c'est-à-dire du portique du nord à celui du sud, 280 ; la
^^rconférence totale en dehors 2292. Dans l'un des deux clochers
4^î sont au portail de l'église, il y a une horloge dont le cadran
^ S7 pieds de diamètre. Les heures sont frappées par un marteau
^^x" une cloche du poids de 11,470 liv. Cette cloche n'est jamais
^ise en branle ; quand on la sonne, c'est en frappant le battant
loutre une de ses parois ; encore n'est-ce que dans des occasions
'^ï^B rares, telles que la mort de quelqu'un de la famille royale,
^^ celle de l'évêque de Londres ou du doyen de cette église, qui
eat toujours l'évêque de Lincoln.
Dans l'intérieur du grand dôme sont peints en fresque les différents travaux de S. Paul. Mais Thumidité a détruit une partie de cette peinture, et le reste ne tardera pas à avoir le même sort.
Des colonnes, des niches, des architraves, des guirlandes, etc., sont choses aisées à faire, surtout pour un architecte aussi intelligent que rétait Christophe Wren. Mais à quoi tout cela mënet-il dans une église protestante, où il n'y a rien de vivant ? En entrant dans celle-ci, vous croyez entrer dans un désert. Chacun y va et vient, se promené, cause tout haut, parce qu'il n'aperçoit rien de religieux qui lui en impose. D'ailleurs, cette église, même sous un point de vue matériel, n'est pas un ouvrage parfait. Les portes, surtout la grande, sont beaucoup trop étroites pour leur hauteur. C'est un défaut qui frappe les yeux des moins habiles connaisseurs. L'église est remarquablement sombre. Pour y mettre quelque ornement, il a fallu occuper une partie des niches et des arcades par des monuments de poëtes, d'animaux, de généraux, entre lesquels on remarque celui de l'amiral Nelson, dont le corps repose sous le pavé de l'église, celui du général Abercrumbie, tué en Egypte dans la derniëre guerre avec la France, celui du major général Brock, qui eut le même sort à Queenstown, dans le Haut-Canada, le 13 8^^^ 1812, tous assez mal représentés et servant à provoquer la critique des connaisseurs. Apparemment on continuera de remplir cette église de monuments, celle de Westminster n'en pouvant plus recevoir. Sous ce rapport elle deviendra un objet de curiosité. Les libertins y trouveront un aliment à leur lubricité, si les statues que l'on y ajoutera sont aussi immodestes que celles qu'on y a déjà placées autour des grands hommes dont on veut immortaliser la mémoire ; mais la religion n'y gagnera pas en proportion de ce que le libertinage y trouvera d'attrayant.
Chaque monument est orné d'une inscription. La plus remarquable de toutes est celle de l'architecte Wren, mort en 1723, à l'âge de 81 ans, et enterré sous le pavé de cette église. Elle finit par ces mots : Lector^ si monumentum quœriSy circumspice. C'est sous la direction de ce seul architecte, par les soins d'un même
maçon et sous l'épiscopat d'un même ëvêque de Londres, que cet édifice, à quelques ornements près, fut achevé en 1710, c'est-à-dire dans l'espace de 35 ans, la première pierre en ayant été posée le 21 juin 1675.
La nef n'est vraiment occupée qu'une fois par an, savoir, dans le seul jour où l'on y réunit plus de 5,000 enfants des écoles de charité, auxquels on fait un sermon. Le reste du temps, il s'y fait ~un office trois fois le jour. Il commençait au moment oùl'évêque ^e Québec s'y trouva. Tout se passait dans le chœur. Deux cha- 3ioines, un chantre, environ 10 enfants de chœur y parurent en «urplîs sales, ouverts par devant, sans robes par-dessous, et chan- "tërent des psaumes, récitèrent des prières avec beaucoup de pré- <îipitation et d'un air fort dissipé, leurs yeux le plus souvent fixés Ters une quinzaine de curieux qui assistaient dans le vestibule du •<hœur et au-dessous de l'orgue, n'y ayant que trois ou quatre "bonnes femmes entrées dans le chœur qui parussent prendre part ^ l'office divin, quoique l'église contînt beaucoup d'allants et de menants entrés de préférence à cette heure, parce qu'au moment ^u service, on peut être admis gratuitement dans l'église, au lieu <}u'aux autres heures de la journée, on n'y peut entrer qu'en payant. Cette église construite aux frais de la nation, a coûté un Tnillion et demi de livres sterling.
Chelsea est un hôpital militaire situé au sud-ouest de Londres et fondé par Charles II, en faveur des soldats devenus infirmes ou rais hors de service par les blessures qu'ils ont reçues en guerre. En ce moment, il ne compte pas plus de 500 sujets de tout âge, logés, nourris, habillés etc., aux frais du gouvernement. Ils occupent un édifice digne de la munificence royale. Il a trois faces de près de deux cents pieds chaque, et, au milieu, une vaste cour où ils peuvent se promener et délasser. Pour y entrer, on traverse un grand porche qui partage en deux tout le front de l'édifice. Sous ce porche sont deux perrons qui se font face l'un à l'autre, l'un conduit à la chapelle, l'autre au réfectoire. Ces deux appartements sont de mêmes dimensions et occupent tout le premier étage de ce premier corps de logis. Dans la direc-
tion du même porche, se présente, au milieu de la cour, la statue équestre du roi fondateur. Cette cour est séparée, par un treillis, d'un parterre et d'une haie d'arbres de haute futaie qui conduisent aux bords de la Tamise. Les soldats n'ont pas la liberté d'entrer dans ce parterre. C'est le point d'où l'on peut mieux apprécier la régularité et la symétrie qui rëgnent non seulement dans l'édifice principal, mais encore dans tous ceux qui en dépendent et font partie de l'établissement. Telles sont les cuisines, l'apothicairerie, le logement des médecins, des serviteurs, des femmes employées au service de la maison, l'infirmerie où. l'on soigne ceux qui sont actuellement en remèdes etc. On n'a rien épargné de ce qui pouvait rendre ce séjour commode à des hommes qui ont bien mérité de leur patrie. Ceux des soldats qui professent la religion catholique, ont la liberté de l'exercer et d'en remplir les devoirs dana une chapelle de ce voisinage, où un prêtre émigré de France, l'abbé Voyau de Frauvus, chanoine honoraire du chapitre royal de S. Denis, a réuni les catholiques peu nombreux et très pauvres de cette partie de Londres. Lorsqu'il est appelé pour administrer quelqu'un des soldats malades, on le reçoit avec toutes sortes d'égards, et il les mérite personnellement, étant vrai gentilhomme et prêtre de mérite. Il se lamente et avec raisou, que les enfants des soldats catholiques soient élevés protestants, dans un nouvel établissement, situé au même lieu de Chelsea et à une petite distance de l'hôpital. Cette maison porte le nom d'asile des enfants. Ils y sont au nombre de 1500, tous habillés en uniforme, les garçons bien séparés des filles, menés à l'église deux à deux, tous les dimanches, au son du tambour, ayant leurs écoles, leurs dortoirs, réfectoire etc., dans un vaste bâtiment remarquable par son grand portique, l'un des plus beaux qui soient à Londres.
17. — ^L'évêque de Québec ayant pris logement dans le quartier de Manchester, adopta pour sa chapelle journalière celle de King^s streety connue sous le nom de Chapelle Française, comme étant la plus voisine de sa demeure. Elle fut commencée dans le temps de l'émigration, par les soins de feu M"" Bourret, prêtre
de St-Sulpîce, à une époque où les prêtres émigrés de France par milliers, en 1792 et années suivantes, et d'abord principalement à liondres, s'étaient jetés dans ce quartier, ainsi qu'un certain nombre de familles nobles émigrées comme eux. Les uns et les ari:it;res se réunirent enfin dans cette chapelle : lesévêques, comme les prêtres, les princes français, comme les citoyens qui s'étaient emf uis par affection pour eux. On commença à y faire réguliëremoiit l'office divin et à y prêcher en français tous les dimanches. Quoiqu'il soit extrêmement incommode par sa petitesse et par la puanteur du mews, par lequel on passe pour en trouver la porte, e"t par l'aboiement presque continuel des chiens de chasse entretenus par un particulier dans une cour adjacente, les ambassadeurs français en ont néanmoins fait leur chapelle depuis la restauration du roi de France, qui donne, chaque année, 24,000 francs poxar l'entretien de l'édifice, des chapelains et d'une école de cliarité qui en dépend. Elle n'a rien de remarquable que l'autel ^n tombeau, bien peint et passablement bien doré. Les tableaux sont trës communs, le linge et les ornements en bon état. Il y a ^i^o chape et des dalmatiques de chaque couleur, diacre et sousdiacre tous les dimanches, un petit orgue. La messe et vêpres sont chantées à la tribune, par des laïques, entre lesquels il y a d'^tesez bonnes voix. C'est le chant Grégorien qui y domine. C5ea chantres sont d'une piété reconnue et de mœurs respectables. ■I^^puis la rentrée de la plupart des familles françaises dans leur Patrie, les catholiques anglais ont commencé à fréquenter cette ^i^stpelle devenue un peu plus spacieuse, et s'y tiennent beaucoup Pl^8 religieusement que les Français. Ils ont l'excellente coutume ^^ ee tenir debout aux versets sanctum et terribile nomen ejus, sit- '^^'nien Domini henedictum^ non nobis Domine^ non nobis, et au ^i<iria Patri tout du long, autant de fois qu'il revient dans * ^"ffice. C'est la pratique de toutes leurs chapelles ; les Français ^^ s'y conforment pas, et peut-être même n'y font-ils point ^^flexion.
19. — Les ecclésiastiques français, d'abord sans autre ressource
^^e ce qu'ils pouvaient avoir sauvé d'argent dans leur émigration,
furent accueillis, comme Von sait, de la maniëre la plus compatissante et la plus hospitalière par le gouvernement Britannique, qui leur a donné d'abondants et de généreux suppléments, chaque année, depuis leur entrée en Angleterre jusqu'à la restauration de Louis XVIII. Cette générosité ne se bornait pas au clergé, mais s'étendait aussi aux familles émigrées. Cette bonne œuvre, depuis la restauration, est continuée par le gouvernement français, en faveur du reste de ces émigrés nécessiteux, tant laïques qu'ecclésiastiques.
Mais il ne faut pas croire que tous aient compté exclusivement sur les secours du gouvernement pour vivre. Un grand nombre de prêtres comprirent, des le commencement de l'émigration, qu'il valait mieux gagner leur pain que de rester à la charge publique. C'est pourquoi, après avoir pris hauteur, plusieurs embrassèrent le commerce, d'autres enseignèrent le français dans des familles anglaises, et il y en a qui ont fait de petites fortunes par ce métier ; d'autres se jetèrent dans différentes professions séculières, les uns avec plus, les autres avec moins de danger pour leur état, que plusieurs ont entièrement abandonné et oublié, sans respect pour leurs engagements ; d'autres s'étant appliqués à apprendre l'anglais, se trouvèrent en état de travailler au saint ministère, et il y a peu de villes en Angleterre où l'on ne trouve quelque prêtre français à la tête d'une congrégation. Un certain nombre rentra en France à la paix d'Amiens, un plus grand nombre encore au retour du roi en 1814. Il en est mort plusieurs mille en Angleterre, et, entre autres, 16 à 17 évêques, tous enterrés dans le cimetière de S. Pancrace, de sorte qu'il ne reste plus dans ce royaume qu'un seul prélat très âgé, savoir, M^' de Thémines, évêque de Blois, et environ 200 prêtres, dont plus de 150 dans le district de Londres, la plupart employés dans les chapelles publiques ou dans celle des ambassadeurs ; d'autres célébrant la messe dans des maisons particulières et y entendant les confessions des fidèles avec permission de l'Ordinaire, d'autres aimant mieux rester sans fonctions que de signer une formule proposée par leVicaire Apostolique, à tous les prêtres français exerçant
<3anB le District de Londres, sous peine de suspense ipso factOy con- -fcre tous ceux qui ne la souscriraient pas purement et simplement élans un délai fixé. La formule était ainsi conçue : " Ego infraecriptus profiteor et declaro me summo Pontifici Pio Papse VII tatpote Ecclesîae Capiti subesse nieque communicare illis omnibus l:anquam Ecclesise membris, qui ipsi Pii VII communione conj iinguntur." On a peine à concevoir comment des prêtres catholiques pouvaient hésiter à faire une telle déclaration. Cependant telle est la force des préjugés et de l'esprit de parti, que des liommes pieux et bien intentionnés ont craint d'engager leur conscience en la faisant, persuadés que parce que des évêques et des prêtres ont obtenu des places en France, sans avoir assez explicitement rétracté leur ancienne adhésion à la constitution civile du clergé condamnée par Pie VI, comme héritique et schîsmatique, ils ne pouvaient être en communion avec eux sans tomber aussi dans l'hérésie et le schisme. Mais puisque le chef de l'Eglise les souffre et ne juge pas nécessaire de les ségréger, de quel droit des particuliers prétendraient-ils les condamner? Cette conduite ne rappelle-t-elle pas celle des ouvriers du përe de famille dans la parabole de l'ivraie, qui voulaient l'arracher immédiatement. Vis imus etcolligimus ea f S'ést-on séparé des évêques appelants de la Bulle UnigenituSy qui était un jugement doctrinal ^^vit aussi bien que les décrets de Pie VI sur la constitution civile du clergé? D'ailleurs appartient-il à des prêtres de réformer ce que feit le souverain Pontife? Quelques-uns de ces prêtres se sont néan ^oîns rendus, lors de la publication du Bref du Pape qui approu- ^^it l'ordonnance du Vicaire Apostolique de Londres. D'autres ^^t rétracté leur signature ; d'autres ont adressé à ce prélat des ^^t très injurieuses; d'autres enfin, au mépris de la censure, con- ^^^Uent d'entendre les confessions dans leur logis et de célébrer Prtvément. Heureusement ce n'est que le plus petit nombre et le ^oins éclairé des ecclésiastiques français d'Angleterre. Ils ne ^ont suivis que de très peu de fidèles, de sorte que cette petite église va inévitableinent s'éteindre au premier jour. L'ambassadeur de France n'est pas le seul qui ait une cha-
pelle à Londres. Ceux de Sardaîgue, de Portugal, de Baviër et d'Eepagne en ont aussi. Les chapelains qui les desservent, ai nombre de trois ou quatre dans chacune, exercent leur ministër» en faveur des fidèles de la ville. Ces chapelains sont, pour h plupart, anglais. Ceux d'Espagne, de Portugal et de Bavière s< plaignent amèrement de ce que les ambassadeurs auxquels il appartiennent, ont introduit dans leurs chapelles, des chantres e des chanteuses de l'opéra, la plupart protestants et de mauvais» vie, qui, en chantant les louanges de Dieu avec leurs bouche profanes, déshonorent sa maison par les irrévérences qu'ils i commettent, par la dissipation qu'ils causent, par les curieux qu'ilp y attirent, comme au théâtre. Sur l'observation qu'en fi l'évêque de Québec à quelques-uns d'eux, ils répondirent qu'il avaient fait à ce sujet des remontrances inutiles aux ambassa deurs. La chose est d'autant plus singulière, qu'il est du beai ton, pour les ambassadeurs, de ne pas assister aux offices publics excepté aux fêtes annuelles, mais de se faire dire une messe basse les uns à midi et demi, les autres à une heure.
Outre les chapelles des ambassadeurs, il y en a neuf autres dans les difl:erents quartier de la capitale, ouvertes à la piété deî fidèles, et cinquante-deux dans les diffi^rents comtés qui com posent le District de Londres, dans lequel on compte 88 ecclésias tiques chargés de la desserte des 90,000 catholiques, précieux ai Gouvernement par la tranquillité, l'obéissance aux lois, l'éloigné ment de toutes les assemblées séditieuses, où ils sont maintenu: par leurs pasteurs. Les prêtres catholiques mettent leur gloire î ce qu'aucun de leurs fidèles ne prennent part aux insurrectioni capables d'alarmer, telles que celles à la tête desquelles se son dernièrement montrés les Hunt et les Francis Burdett.
Les comtés qui forment ce District sont ceux d'Essex, Hartford Bedford, Buckingham, Sussex, Kent, Middlesex, Surrey, Berk shire et Hampshire, auxquels il faut ajouter les isles de Jersey e Guernesey. Le vicaire apostolique préposé à cette partie di l'Eglise Catholique d'Angleterre, est M*"^ Guillaume Poynter évêque titulaire de Halie, homme qui, par sa prudence et ss
condescendance envers le gouvernement, a su, sans compromettre les principes de la foi ni de la discipline essentielle, s'attirer le respect et la confiance des secrétaires d'Etat, comme il jouit depuis longtemps de celle du St-Sifege, dont il est le vicaire pour touteë les Provinces Britanniques des Indes Orientales et Occidentales, qui ne sont d'aucun diocëse.
Pour procurer d'une manière plus solide le bien spirituel de ces colonies et en même temps diminuer l'excès d'occupation qu'elles lui donnaient, il obtint, l'année dernière, des deux Cours de Rome et de Londres, l'établissement de deux nouveaux vicaires apostoliques. L'un des deux est bénédictin anglais, connu à Liverpool, d'où il est natif, sous le nom de D'^ Slater. Il fut consacré à Rome en 1818, sous le titre de Ruspe dans la Byzacène. Sa mission principale est l'isle-de-France, d'où sa jurîsdiction s'étend sur le Cap de Bonne-Espérance, l'isle de Madagascar et Botany Bay, où il peut se rendre du lieu de sa l'ésîdence en 75 jours. Il se disposait à partir prochainement pour sa destination, assisté de six à sept prêtres, lorsque l'évêque de Québec eut le plaisir de le rencontrer à Londres et de faire ^ïïiplemcnt connaissance avec lui.
19. — Il ne vit pas avec moins d'intérêt le D^ Buckley, ci-devant <5hapelain de la chapelle de Portugal à Londres, puis supérieur du Séminaire Anglais de Lisbonne et enfin consacré à Londres, le 29 juin dernier, par le D' Poynter, sous le titre de Gerra^ pour desservir, en qualité de Vicaire Apostolique, les isles Britanni- Sl^os du Golfe du Mexique, telles que la Trinidad, la Grenade, Ste- I^Ucie, Tobago etc. Il doit se rendre à son poste au mois de décem- ■^re. C'est ainsi que le royaume de Dieu regagne d'un côté ce au'il perd de l'autre.