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L'évêque de Québec avait entrepris le voyage d'Europe

Pou.r divers objets, dont le premier était d'obtenir la division de

®oix diocèse, soit en évêchés suftragants, soit en coadjutoteries ou

Vicariats apostoliques. Cette affaire demandait à être traitée avec

beaucoup de délicatesse et de ménagement auprès de la Cour

^'Angleterre. Sa bonne réputation, méritée ou non, auprès de

cette Cour, lui faisait apercevoir quelque espérance de succès. ŒZ premier point gagné, il aurait pu en obtenir un autre et finaL ment retirer Tépiscopat du Canada de l'état précaire où il ava—-

été depuis la conquête de ce pays par l'Angleterre, c'est-à-dii

depuis près de 60 ans. Mais voilà qu'en arrivant à Londres, apprend par une lettre de son coadjuteur, que peu d'heures apr^ son départ de Québec, il y est arrivé des Bulles du St-Siège, qp^ érigent son Eglise en métropole et lui donnent, au lieu de suftVs-gants, deux Vicaires Apostoliques Ecossais, l'un pour le Hau^ Canada, l'autre pour le Golfe St-Lanrent, division inadéquat ^ qui ne remplissait qu'une partie de son plan, pouvait faire ombrais au clergé canadien et rendait deux autres sièges plus difficiles obtenir. Il avait déjà été question de ces deux sujets pour ètm < Vicaires Apostoliques, et l'évêque croyait en avoir assez dit à H Cour de Rome, par ses lettres de la fin de 1817, pour l'engage' à suspendre cette opération jusqu'à nouvel avis de sa part. Mar^J c'est surtout l'érection de Québec en métropole, sans en avo-^: auparavant communiqué avec le Gouvernement Britannique, qi^l'évêque considéra comme une mesure propre à déconcerter to^ * tes les siennes. Aussi n'approcha-t-il qu'en tremblant le ministM. des affaires coloniales (Lord Bathu-rst), auquel il ne voulut p£S dissimuler où en était rendu les choses. Cette information prc-^ duisit toute la mauvaise humeur à laquelle on devait s'attendra Dès le lendemain. Lord Bathurst appela le W Poynter pour 1l-^ faire ses plaintes contre la Cour de Rome et le prier d'y écrier pour témoigner son mécontentement. Quant à l'évêque de Qu^ bec, il se contenta de faire parvenir à ce Seigneur trois petit mémoires, le premier demandant l'agrément du Cabinet Britarr:^ nique pour solliciter auprès du St-Siège deux divisions additioirra nelles de son diocèse, savoir celle du district de Montréal ^ celle des terres arrosées par les rivières qui se déchargent dam- Baie d'Hudson, et offrant pour occuper ces deux places, deu:^ sujets canadiens dont il cautionnait la loyauté et les principes.

Le second mémoire contenait des considérations politiques poo-arrêter les desseins formés contre la propriété des Messieurs d^-

Séminaire de Montréal. Le troisième tendait à obtenir des lettres patentes pour mettre en trust le Séminaire de Nicolet et assurer son existence.

L'évêque de Québec n'attendait pas de réponse immédiate à ces mémoires. Il était raisonnable que le Secrétaire d'Etat prit du temps pour les considérer. Mais il s'attendait qu'il lui signifierait son désir do le voir à Cirencester, sa maison de campagne, où se trouvait, en cette saison, Lady Bathurst, avec laquelle il avait exprimé son empressement de faire connaissance, comme l'en avait prié le Duc de Richmond, frëre de cette dame. Il s'attendait que Lord Bathurst le présenterait, comme il s'y était engagé, au Prince Régent, qui devait se trouver en ville, le 26. Point du tout; le 26 même, Lord Bathurst part brusquement pour sa campagne, sans autre avis, et laisse l'évêque de Québec dans la conviction que la mauvaise humeur du Secrétaire d'Etat s^étendait sur sa personne et qu'il ne pourrait rien faire avec lui.

30. — Les choses en étaient là, lorsqu'il reçut de Sa Seigneurie une lettre datée du 30, lui faisant des excuses d'avoir quitté Londres précipitamment et l'invitant, dans les termes les plus honnêtes, de l'aller voir ou la semaine suivante, ou celle d'après, à Cirencester où sa famille était réunie.

31. — Cirencester est à 90 milles de Londres, du côté de l'Ouest. Quand la distance eût été plus grande, l'évêque de Québec n'aurait pas délibéré sur un voyage qu'il considérait comme de nature ^ avancer ses aftaires. Il se hâta donc de répondre que dès les preïniers jours de la semaine suivante, il aurait l'honneur de se rendre à l'invitation de Sa Seigneurie. Après avoir recommandé ce voyage à Dieu, il se mit en route, le lundi, 6 septembre, avec Bon secrétaire, par la voie de la diligence. Cette partie de l'Angleterre n'offre rien, en ce qui concerne la campagne, qui soit fort différent de ce qu'ils avaient vu en venant de Liverpool à Londres. La ville d'Uxbridge, par laquelle ils passèrent, ce jour- \ n'est autre chose qu'un bourg ordinaire. Celle d'Oxford est d'une autre importance par son antiquité, par son titre de cité, par les 13 paroisses entre lesquelles est divisée sa population

d'environ 8,000 âmes, par les 19 collëges qui composent sa céli bre Université. C'est ici un des quartiers généraux (Cambridg est Tautre) et un des foyers du Protestantisme. Cependant beai coup de monuments et de pratiques y déposent en faveur à l'ancienne religion. Le nom et la qualité des fondateurs, lacrosE de l'évêque Wickam, conservée comme une précieuse relique dar une armoire du sanctuaire de la chapelle de New-College^ Tobl gation du célibat imposée à une certaine classe de bacheliers, h prières pour les fondateurs défunts, dont on les charge tous le ans, et qu'ils ne remplissent pas, le genre même et la distributio des collëges et des églises ; tout trahit des enfants criminels qi se sont révoltés contre leur mëre.

La nuit qui se fermait ne permit à l'évêque de Québec que d donner un coup d'oeil sur beaucoup d'objets dignes d'inspectio plus longue. Il ne put refuser son admiration à deux statues d bronze placées sur un piédestal, au devant de la chapelle de Neu Collège^ l'une représentant un Philistin, l'autre Samson qui 1 terrasse avec la mâchoire d'âne dont le Livre des Juges fait mer tion. Il est vrai que les deux statues sont parfaitement nues, mai les statuaires ne sont nullement scrupuleux sur cet article. Le antiques exposés dans le Château du Louvre, à Paris, et dar celui de Versailles, et les jardins des Tuileries et du Luxembourg en font voir bien d'autres de cette espèce.

7. — Le lendemain matin, il fallut partir à 5 heures pour profite de la diligence. La pluie commença à tomber comme nous laii sions Oxford et rendit assez difficile la récitation des matinei dans la voiture, à raison du brouillard dont le ciel était couver

L'Université d'Oxford étant en vacances, lorsque nous y pai sâmes, nous fûmes privés d'entendre les deux ou trois coups qu donne tous les soirs, un peu après neuf heures, la cloche de 1 mille livres pesant, qui se trouve dans un des nombreux clochei de cette ville, et dont le son pénètre dans tous les collèges, e donne le signal du coucher. Un enfant de l'hôtel où nous logions nous en dédommagea par le son d'une harpe qu'il maniait ave une grande facilité. Il est vrai qu'il fallut payer le plaisir ; ca

après avoir laissé son instrument, il ne manqua pas de faire le tour des chambres et de demander quelque chose pour le petit musicien. C'est ainsi qu'en Angleterre on tire parti de son industrie, moyen d'amasser bien préférable à la mendicité qui y est justement et sévèrement proscrite, et à la pratique de laquelle peu de gens osent se hasarder.

A la sortie d'Oxford, on passe successivement sur six à sept ponts de pierre, dont quelques-uns couvrent de petits ruisseaux, d'autres, des cavités tout à fait desséchées en cette saison. Mais il est bon d'observer qu'en Europe, on n'est pas avare de ponts de pierre et que l'on aime mieux en faire un (toujours en voûte), pour couvrir solidement non seulement un ruisseau, mais mémo un petit fossé qui traverse le chemin, que d'y jeter à faux frais, comme l'on fait en Canada, deux ou trois pièces de bois qu'il faut souvent renouveler, et qui, présentant toujours une élévation rapide au-dessus du chemin, font bondir les voitures, au risque de les briser.

Nous ne vîmes de ville un peu considérable, dans cette matinée, que celle de Warriugton que nous traversâmes, et à onze heures, nous étions rendus à Cirencester, vieille et petite ville où l'on ne dompte que 5,000 habitants, sans nulle augmentation depuis près d'un siècle. L'église, ancienne comme la ville, est remarquable P3.r des fondations de rentes annuelles assez considérables dont ^^ tableau, ainsi que celui des fondateurs, est exposé sur un des ^Urs intérieurs de l'église, comme il est assez d'usage, non seulement en Angleterre, mais dans les autres parties de l'Europe, ^^ec cette différence que, dans les églises catholiques, beaucoup de bienfaiteurs sont donnés sous le nom JCun inconnu^ au lieu ^.'ie chez les protestants, chacun est jaloux que son nom paraisse, La famille Bathurst tient une place distinguée parmi les bienfaiteurs et fondateurs de cette église. Aussi a-t-elle une chapelle assez vaste qui lui est appropriée, dans laquelle se trouvent les ^embeaux, les épitaphes et les bustes de ses différents membres, ^ns préjudice d'un banc vaste et orné qu'elle occupe dans le centre de la tribune de l'église, la plus saillante. L'une des rues de la

ville aboutît à une porte cochëre, et cette porte est l'entrée d'une espèce de parterre en gazon, au fond duquel se montre toufc entière la superbe maison que l'évêque de Québec était invité à* visiter. Elle occupe la partie de devant d'un parc qui n'a pa»moins de cinq milles et demi de profondeur sur environ un demî^ et en certains endroits, un mille entier de large. Des bosquets^ des verdures, des petits sentiers en grand nombre, bien entretenus^ quelques grottes en pierres de taille, une nappe d'eau, des mai —

Bons de domestiques, une troupe de daims, quelques ponts etc

Tout cela suffit pour contenter le goût sérieux d'un seigneur:anglais. Mais qu'un français, un italien tirerait un bien autr^ parti de cette terre, si elle lui appartenait, surtout si, pour l'enjoliver, il pouvait, comme le comte de Bàthurst, disposer annuellement de 25,000 liv. sterl. de revenu ! On y. verrait des jets d'eau, des rochers, des cascades, des statues etc. La maison même prendrait sous sa main une forme plus élégante, et, sans peut-être avoir un ameublement plus précieux au-dedans, se présenterait à l'extérieur avec plus d'avantage et de magnificence et mériterait le nom de château qu'on ne saurait donner à celle qui existe, quoiqu'elle soit belle et élégante pour le pays où elle se trouve. Ce qu'il y a de plus remarquable est que la maison est placée de telle manière qu'elle enfile le clocher de l'église de Cirencester, et que, de quelque distance qu'on la considère, du côté du parc, pourvu que ce soit en droite ligne, elle semble porter sur le milieu de son toit, ce clocher qui en est éloigné de plusieurs arpents en avant. A trois quarts de mille derrière la maison et dans la même direction, se trouve une colonne de pierre surmontée d'une statue de même matière représentant la reine Anne d'Angleterre. C'est un tribut de reconnaissance que l'agent du présent comte de Bàthurst a cru devoir à cette souveraine, pour l'avoir appelé, le premier de sa famille, à la dignité de Pair du Royaume. Cette colonne, y compris sa base et la statue, a 62 pieds de haut, sur une grosseur proportionnée. C'est, sans contredit, ce que le parc ofire de plus précieux. Ce même seigneur, contemporain et ami d'Alexandre Pope, ayant fait placer un buste de ce poète sur une

^es grottes de pierre qui ornent le même pare, les protestants du voisinage, peu endurants, même à cette époque, sur l'article de 1b, papauté, et se persuadant que c'était le buste du Pape que l'on ^,vait ainsi érigé au mépris de la Réforme, vinrent de nuit, renversèrent et mirent en pièces l'image du pauvre poète qui, à la "hérité, avait professé toute sa vie, la religion catholique, mais qui, ^ous le rapport de la pitié, était bien au-dessous de ce que l'on ^oit attendre d'un Pape» La licence de ses poésies suffit pour le <;aractérîser.

Il serait difficile de rendre compte de toutes les honnêtetés dont l'évêque fut comblé de la part de Lord Bathurst et de sa famille. Il ne put obtenir de retourner à l'auberge qu'il avait retenue dans la ville. Il fallut qu'il logeât chez Sa Seigneurie, et reçut tous les services que des domestiques honnêtes et bien dressés s'empressèrent de lui rendre, avnsi qu'à son secrétaire. Un somptueux et élégant dîner où se trouvèrent plusieurs gentilshommes respectables, amis de la maison, et dont tous les honneurs furent pour le Prélat ; une veillée aussi amusante qu'elle le pouvait être, prolongée jusqu'à minuit ; le lendemain, 8, mêmes politesses à déjeuner etc., etc. Mais l'évêque de Québec avait été conduit à Cirencester par des vues plus sérieuses que celles de courir après ces signes d'égard et de respect. Il obtint, dans la matinée, une audience privée de ce seigneur et le mit tout uniment sur le chapitre de ses trois mémoires. La réponse du Secrétaire d'Etat sur le troisième (celui qui concernait leâ lettres patentes demandées pour le Séminaire de Nicolet), fut qu'il n'y apercevait nulle difficulté. Sur le second, relatif au Séminaire de Montréal, Mylord voulut entrer en composition, proposant de faire au gouvernement une cession de biens-fonds de ce séminaire, et de lui laisser des maisons, des fermes, des rentes etc., autant qu'il en serait nécessaire pour la subsistance de ses membres actuels et de leurs successeurs. La réponse à cette proposition que l'évêque savait avoir déjà été faite par le Duc de Richmond, au supérieur du Séminaire de Montréal, fut qu'à la vérité l'évêque diocésain avait un intérêt général à tous les biens ecclé-

BÎastîques de son diocèse, mais que cela n'allait pas jusqu'à pouvoir en disposer, parce que ceux qui en étaient en possession, en avaient le domaine direct ; que, d'aprës les instructions données en différents temps aux gouvernements du Canada, les Séminaires de Québec et de Montréal devaient être maintenus dans la possession de tous les biens dont ils avaient des titres valables à la conquête du pays ; que, par conséquent, il n'entrait nullement dans les vues de S. M. de déposséder M" de Montréal, s'ils prouvaient qu'à l'époque de cette conquête, ils étaient propriétaires légaux de leurs biens. Or, ils se croyaient munis de pièces suffisantes pour prouver cet article, et que si les différents rapports des officiers de la Couronne, tant au Canada qu'en Angleterre, avaient conclu différemment, c'est qu'ils n'avaient pas les documents que ces messieurs pourraient offrir; qu'un des mem — bres de leur maison, actuellement à Londres, pourrait, si Sa Seigneurie voulait bien lui accorder une audience (ce qu'il promit sans difficulté), lui donner là-dessus des preuves satisfaisantes, et qu'au surplus, il serait toujours temps d'en venir à une transaction, si le Séminaire contre l'attente de l'évêque, ne satisfaisait pas un gouvernement qui ne cherchait qu'à être éclairé. Lord Bathurst parut satisfait de ces réponses et n'insista pas sur i proposition. Il objecta davantage contre les deux nouvelles divisions sollicitées par l'évêque, en faveur du Diocèse de Québec. Mais celui-ci s'aperçut qu'il objectait en homme qui recule et qu'il ne voulait pas le désobliger. Il insista donc sur la propriété de la mesure et la nécessité d'y accéder sans délai, parce que la — saison le pressait de partir pour l'Italie, et qu'il ne pouvait partir^" sans être muni du consentement du Cabinet de St-James à la division qu'il méditait, et dans laquelle il n'avait absolument nul autre intérêt que celui de rendre à ses compatriotes tous les sor — -^ vices qui dépendraient de lui, dans la ligne qu'il considérait^""^ comme la plus essentielle à leur vrai bonheur ; que c'était dans^^

cette unique vue qu'il avait entrepris un voyage pénible et dan '

gereux, et que, comme son motif était pur, il était aussi noble et^ digne de toute considération.

A ce langage, Lord Bathurst amena pavillon et finit par dire à révêque que, le lundi suivant, il trouverait une lettre de lui à l'office colonial, puis ayant fait préparer une élégante voiture ouverte, attelée de deux chevaux, avec deux hommes de livrée, dont l'un servait de cocher, l'autre, monté sur un cheval à part, allait au devant pour ouvrir et fermer les barrières, il prit l'évêqae avec lui, lui fit faire dans le parc une promenade d'environ une heure et demie, où il ne fut plus question que de matières indifférentes. Enfin, après une collation prise au retour, ils se séparèrent et l'évêque, ayant pris congé de la famille, ne songea plus qu'à regagner la capitale. Il laissa Cirencester à quatre heures du soir, par la voie de la diligence, arriva à Oxford à 10 heures, courut avec son secrétaire, d'hôtel en hôtel, pour trouver une Toiture qui se rendît immédiatement à Londres, et n'en put obtenir une qu'après onze heures. Encore le cocher se réserva-t-il ^e ne partir qu'à minuit, dans l'espérance de trouver des voyageurs pour remplir son coach qui était de six places, et il tint parole ; mais heureusement pour eux, il ne s'en trouva que deux autres, savoir, un petit écolier et une jeune dame, au moyen de quoi ils voyagèrent fort à l'aise, ce que l'on ne saurait faire à six «ur deux sièges, parce que les places du milieu sont toujours "incommodes.

9. — On s'étonnera peut-être de voir des demoiselles sans leurs 3)arent8, ou déjeunes dames sans leurs époux, voyager ainsi de Jour et de nuit, seules avec des hommes qu'elles ne connaissent pas. Cependant rien de plus commun en Angleterre. Plusieurs' demoiselles avaient déjà successivement fait voiture avec nous, dans ce même voyage, et ce n'était là que la répétition de ce qui arrive tous les jours. Il y a tant de respect en Angleterre, pour les mœurs publiques, qu'une honnête femme ou fille peut faire le 1»ur du royaume dans toutes les sortes de voitures et dans toutes «ortes de compagnies, avec la plus parfaite sécurité.

10.— Il était près de neuf heures du matin, lorsque l'évêque de <iuébec fut de retour à Londres, assez fatigué de son voyage, Uïais ne regrettant ni cette fatigue, ni les 12 ou 13 livres sterling

qu'il avait dépensées dans cette excursion, puisque les objets qu'il avait si fort à cœur s'en trouvaient un peu plus avancés.

13. — Il ne manqua pas de se rendre, le lundi suivant, au bureau des Afïaîres Coloniales; mais le sous-secrétairo d'Etat qui lui avait lui-même réitéré, par un billet du samedi précédent, l'invitation de s'y trouver, lui dit qu'à la vérité, il avait reçu, le matin, une lettre de Lord Bathurst qui lui annonçait une dépêche pour lui, mais qu'apparemment il avait oublié de l'enfermer dans sa lettre, ce qu'il attribuait à la courte vue dont Sa Seigneurie est affligée. Il est plus vraisemblable que Mylord était embarrassé des termes dans lesquels il construirait cette dépêche, sur la rédaction de laquelle son désir d'obliger l'évêque se trouvait combattu par la crainte de fortifier le parti de l'opposition, très fort en ce moment contre les ministres d'Etat ; qu'il avait soumis cette dépêche à l'examen de M"" Goulborn, sous-secrétaire, et que celuici avait fait quelques observations d'après lesquelles elle devait être retouchée. Quoiqu'il en soit, l'évêque de Québec déclara à M' Goulborn que son départ, fixé au mercredi matin, aurait toujours lieu, et le pria d'adresser cette dépêche, quand elle serait venue, à une personne qu'il lui indiqua et qui la lui ferait tenir à Paris. Mais qu'arriva-t-il ? — Que le 15, de grand matin, la dépêche de Lord Bathurst, datée du 15 même, du bureau de Downing Street dont il était éloigné de 90 milles, mais assurément signée de lui, et délivrée sans doute au porteur, des le 14, fut remise k l'évêque de Québec, qui n'eut que le temps de la parcourir précipitamment, comme il allait monter en voiture. Elle était conçue de manière à mettre l'évêque en état de postuler des Bulles pour les deux évêques qu'il désirait faire établir, l'un dans le district de Montréal, l'autre dans le territoire arrosé par les rivières qui se déchargent dans la Baie d'Hudson. Le consentement de Son Altesse Royale le Prince Régent était donné à la promotion des deux sujets proposés par l'évêque de Québec, mais le mot cCévêque n'était articulé en faveur ni de l'un ni de l'autre. Quiconque aura quelque idée du ministère Britannique, concevra l'embarras où. ces sortes d'affaires mettent les ministres, d'après les restes de

préjugés existants et les ménagements qu'ils sont forcés Je prendre pour ne se pas compromettre. Le premier qui fut évêque de Québec après la conquête du Canada, se serait estimé très heureux s'il eût obtenu pour sa consécration une autorisation égale à celle que contenait cette dépêche, en faveur des deux sujets dont il était question. Mais après 18 à 20 mois de postulation, il n'obtint rien du tout. Seulement on lui fit savoir indir^ctement que, s'il se faisait consacrer, le gouvernement n'en dî fait rien et fermerait les yeux sur cette démarche. Ah ! quel (îlmangement en mieux depuis cette époque, et combien l'Eglise i -MSM. Canada ne doit-elle pas à la divine Providence pour avoir a:r:Mnené doucement et fortement les choses au point où nous les v^zz^yons !

L'évêque de Québec, dans les trois dernières semaines de son

s&jour à Londres, avait occupé, avec son secrétaire, au moyen de

tr-^ZDis guinées par semaine, sans compter la nourriture, quatre

a^i^3)artement8 très propres et bien meublés chez un citoyen de

^ ^andford Street^ nommé Balbirnie, fervent méthodiste, assidu

a^^^ oc assemblées de sa secte, comme aux prières communes du

îi^ ^tin et du soir qu'il faisait avec sa famille, consistant en son

^C>ouseetune jeune servante, à la fin desquelles ils chantaient

régulièrement entre eux un pseaume à demi voix, de manière

'^^^nmoins à pouvoir être entendus des appartements d'en haut.

^ ^^^ ne saurait imaginer de gens plus honnêtes, plus paisibles que

^^xnx-là, ou sur les mœurs desquels la religion parût agir avec

Pl ^^8 de succès. Que de catholiques, même parmi ceux qui passent

P^^^ iir exemplaires, chez lesquels leur religion n'opère pas d'une

^^^^^nière aussi prononcée et aussi frappante ! Ils se rassurent sur

^^ qu'ils possèdent la vraie foi, et c'est sans doute un précieux

^^^^ntage. Mais quel est le plus près du royaume des cieux ? Est-ce

^^ catholique qui a la foi sans les œuvres, ou l'hérétique qui a les

^^^vres sans la foi? Faut-il damner sans miséricorde ceux qui

^^ "^ent bien et qui ne croient pas ? — Non, la charité ne le saurait

P^ïrmettre. Il faut donc espérer que Dieu leur tiendra compte de

^^Var bonne foi, de leur ignorance invincible, des bonnes œuvres

qu'ils font ou qu'ils croient faire, et qu'avant leur mort, il W Mf^ éclairera intérieurement et invisiblement sur les points de do ^z::>octrine qu'ils ont ignorés, sans qu'il y eût de leur faute, puisqu'enfi^^tAii sans cette connaissance et adhésion, ils no sauraient mourir daizx^^^n! la paix de Dieu. Sine fide impossibile est placere Deo ^.

Il y a 72 milles de Londres à Douvres. L'évêque de Québec ^dbec et son secrétaire firent cette route par une diligence de quatcK .^Stre

1 — Depuis Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'Eglise catholique est le moye ordinaire pour arriver au salut. Mais en fait, un très grand nombre d'homm» restent ignorants de cet admirable moyen préparé par la miséricorde et sagesse divines. Il ne s'ensuit pas qu'ils sont voués à une damnation inéu table. Car il n'y aura de condamnés pour n'être pas entrés dans TEgUa que ceux qui, l'ayant connue, auront résisté à l'ordre de Dieu et à sa qui ne manque à personne. Quant aux autres, ils seront sauvés s'ils obsc vent ce qu'ils connaissent de la loi divine. Il faut distinguer entre le cor] et l'âme de l'Eglise. C'est avec cette distinction et les brièves explicatior qui précèdent qu'il faut entendre l'axiome que " hors de l'Eglise il n'y apî de salut."

Inutile d'ajouter que les catholiques appartenant au corps et à Pâme l'Eglise ont à leur disposition de puissants moyens de salut qui sont refusai aux païens et aux hérétiques de bonne foi. Mais chacun sera jugé suivar ses œuvres: tous les bons seront récompensés et tous les méchants serot punis.

Mki" Plessis se trouvait au milieu d'une excellente famille protestante doi la bonne foi para'ssait évidente. Les membres do cette famille non seul ment faisaient des bonnes œuvres, mais encore ils pouvaient avoir la T divine, c'est-à-dire la foi aux vérités suflfisantes pour le salut. Il n*est pi nécessaire qu'ils aient eu la foi catholique au même degré que nous. C'est ^^ ce sens qu'il faut interpréter les paroles de l'évêque : ** la foi sans les œuvrer* les œuvres sans la foi." •

Même distinction à faire pour ces derniers mots : " Dieu les éclairera int:::^ rieurement et invisiblement sur les points de doctrine qu'ils ont igiiorés.i«— sinejide impossibile est placere DeoJ^ Pour qu'un protestant de bonne f^ soit sauvé, il n'est pas nécessaire qu'il soit éclairé sur tous les articles de foi catholique, mais seulement sur ceux qui sont nécessaires au salut.

La doctrine de M»'^ Plessis est excellente pour le fonds, mais ses expr^^ fiions m'ont paru manquer d'exactitude théologique et avoir besoin d'exp ^ cations et de commentaires. Voir : L'Ami du Clergé^ vol. 16, page 47"^ Perronej constitution de V Eglise du Chris tj où l'on trouve des citations impc:^ tantes de S. Augustin et de Bellarmin.

places, ayant pour compagnie une dame anglaise qui allait à Ramsgate et un prêtre français, (M"^ Chouvy) ci-devant carme, aujourd'hui sécularisé et professeur d'histoire ecclésiastique de l'Université de Lyon, venu en Angleterre pour visiter le3 bibliothëques, car il est homme savant et très curieux des bonnes éditions des livres anciens et modernes.

15. — Vers les 3 heures de l'aprës-midi, on fit pose à Cantorbery

j)our changer de voiture. Cette pose ne devait durer qu'une

demi-heure. L'évêque et ses deux compagnons ecclésiastiques en

jprofitërent pour courir à l'église primatiale, qui est un superbe

odifice gothique, long de 514 pieds, tenu proprement, orné des

ixi.onuments de plusieurs de ses anciens évêques catholiques, sans

pr-éjudice de quelques-uns des prélats protestant? qui leur ont

siaccédé. Le tombeau de S. Thomas ne subsiste plus. Il .fut

ciôtruit par les protestants dans le temps de la prétendue réforme,

xn^s on montre la porte latérale par où ses assassins entrèrent,

1' endroit où il tomba sous leurs coups. La pierre qui. reçut son

8a,ng fut portée à Rome et remplacée par une autre qui, en effet,

n'^st pas de même qualité que le reste du pavé de l'église. Ou

xn.ontre dans une chapelle, derrière le grand autel, un grand fau-

toiail de pierre dans lequel s'asseyaient autrefois les rois d'Essex

pour être couronnée, et où s'assied aujourd'hui le Primat lorsqu'il

pï'ond possession de son église. Enfin, l'ancien cloître des moines

si^tsiste encore, et l'on réfiéchit avec douleur que de véritables

^^lîgieux sont remplacés par des chanoines hérétiques. Cette

^Slise moins remarquable par ses monuments que celle de West-

^^îrster, qui en a de tant d'espèces différentes, la surpasse du

^^té de l'ordre et de la propreté et a été beaucoup mieux con-

sei*^ée au dedans et au dehors. Une seule chose déplaît dans

^^a églises gothiques, et elle est commune à toutes, c'est que

^oxiime elles ont toutes beaucoup d'élévation, il est devenu néces-

Qaîre de les soutenir au dehors par des arcs boutants qui les envi-

^c^tinent et sont prolongés jusqu'à la hauteur des sablières \

1" — Ici révêque de Québec est évidemment dans Terreur. Il s'imagine que ^ ^st après coup que Ton a songé à ajouter des arcs-boutants aux églises

Au reste, il ne faut pas croire que la beauté de cette église ait assez de charmes pour mériter la présence de son archevêque. Il ne s'y montre qu'une ou deux fois l'an pour les ordinations. Le reste de l'année, il demeure à Londres, dans le palais de Lambeth, et laisse l'église primatiale aux soins d'un doyen dont les services suffisent à son peuple qui ne désire rien de plus.

La nuit et la pluie nous prirent à une petite distance de Oantorbcry, où un défaut de calcul dans les voituriers, nous avait détenus beaucoup plus longtemps que nous n'aurions voulu. Il était plus de 7 heures, lorsque nous arrivâmes à Douvres, dans une auberge nommée l'Hôtel-de-Paris, maison tumultueuse, remplie d'étrangers de toute espèce et où il fut assez difficile de nous procurer un méchant repas en maigre, quoique, par respect pour le mercredi des Quatre-temps, nous n'eussions pris, dans tout le cours de la journée, qu'une trës légère collation vers midi. Deux paquebots se disposaient à partir, le lendemain au matin, pour Calais. Les deux maîtres de ces vaisseaux se disputaient, le soir, à qui nous traverserait, et le lendemain, 16 septembre, ils ne vou-

gothiques, mais ils en font nécessairement partie ; ils sont de l'essence du style, gothique, plus peut-être que Togive. Comment en effet pourrait-on imaginer que des voûtes en pierre suspendues à des hauteurs prodiiieuses pussent se soutenir pendant des siècles, appuyées seulement sur des naurs verticaux percés de larges fenêtres ? N'est-il pas évident qu'il faut des forces additionnelles pour contrebalancer la poussée terrible de ces voûtes sur les murailles, qui s'effondraient inévitablement si elles n'étaient renforcées par des arcsboutants ? *^ Demander une église gothique sans arcs-boutants, dit Violet-le-duc, c'est demander un navire sans quille ; c'est pour l'église comme pour le navire une question d'être ou de n'être pas." Ils sont non seulement nécessaires mais encore agréables et constituent des ornements admirables où se révèlent la science et le goût exquis des architectes du moyen-âge. Imaginez les cathédrales de Cologne, de Paris, de Chartres, sans arcs-boutants ! Ce défaut de connaissances architecturales n'est pas du tout surprenant chez le Prélat. A cette époque, on se bornait à étudier les ordres ionique, corinthien et composite. Les styles roman et gothique étaient peu connus ici. Et en savons-nous beaucoup plus maintenant ? On enseigne sans doute l'architecture dans les collèges, mais pas assez, et l'on rencontre encore des prêtres et des laïques instruits qui n'en savent pas le premier mot et qui en parlent tout de même.

lurent de nous ni l'un ni l'autre ; car on mit tant de délai à nous expédier à la douane, que le plus prêt des deux perdit patience et se contenta d'amener ceux des voyageurs qui avaient été expédiés avant nous ; tandis que l'autre, voyant qu'il lui en restait trop peu pour faire une traverse profitable, prétexta le gros vent qui soufilait et la pluie qui tombait en abondance, pour remettre sa traverse au jour suivant. Son vrai motif était de donner le temps à un plus grand nombre de passagers de s'assembler, prévoyant bien que nul ne pourrait lui échapper, parce qu'en effet, le vent était assez fort pour empêcher son compétiteur de revenir ce jour-là. Il ne fut pas trompé dans son attente, car il arriva tant de voyageurs dans le cours de la journée, qu'il n'en eut pas moins de 50 à son bord le lendemain.

Condamné à passer le jeudi tout entier à Douvres, par une pluie affreuse qui ne lui permettait pas de parcourir la ville, l'évêque de Québec consacra cette journée à des occupations de cabinet. Il écrivit plusieurs lettres, une entre autres à Lord Bathurst, pour le remercier de celle qu'il avait reçue de lui à son départ de Londres. Ayant fait tirer des copies de cette dépêche de Sa Seigneurie, il en transmit une à Sir John Sherbrooke et une au IV Poynter, par reconnaissance de l'intérêt qu'ils voulaient bien prendre, l'un et l'autre, à la principale affaire qui l'avait conduit en Europe. Enfin, il en transmit une à M. Lartigue, demeuré à Londres et qui se trouvait concerné dans cette négociation.

Comme les Anglais mettent tout à profit et multiplient les métiers pour gagner de l'argent ! De la fenêtre auprès de laquelle l'évêque de Québec avait établi son bureau, ce jour-là, il s'amusa beaucoup à lire l'enseigne suivante sur le front de la maison d'un nommé Ledger, qui n'est séparée de l'Hôtel-de-Paris que par une rue assez étroite: "Ledger, bookseller, stationer, lottery, library, printing office, stamps, fire, médecines, maps, music, pcrfumery, agent to Richardson & Co., London". Voilà, pour un seul homme, beaucoup de moyens de gagner sa vie !

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