‹ Journal d'un voyage en Europe, 1819-1820Chapitre 8 sur 39 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Wetherall et sa famille. — Fontainebleau. — Sens. — Encore les mendiants Auxerre. — Le grand vicaire Viarre et Napoléon I. — Ignorance

religieuse du voiturin. — Châlons. — Le vin en abondance. — Mâcon. — Trévoux et Villefranche. — Les Frères des Ecoles Chrétiennes. — Lyon. — Les hôpitaux, les églises, Fourvières. — Les cérémonies à la cathédrale. —

Le cardinal Fesch Le vicaire général Courbon. — Bal donné au palais

épiscopal par le duc de Raguse Départ de Lyon.

IS septembre. — Rendus à la raaîson où était la voiture de six ces intérieures dont deux étaient retenues pour nous, nous y uvâmes trois autres personnes qui se disposaient à faire le 7age de Lyon par la même voiture, savoir : un M. Wetherall, itilhomme anglais avec sa dame et sa nièce. Ces personnes, Dique étrangères, nous convenaient beaucoup mieux que des magnoles français avec lesquels nous aurions pu parler notre gxxe. Ces protestante, tout en nous mettant dans la nécessité parler anglais, nous laissèrent beaucoup plus libres pour nos îrcices de piété, et. Dieu merci, nous n'en omîmes aucun penit tout ce voyage, pas même le chapelet et la lecture spirituelle. la vérité, la discrétion exigeait que nous les fissions chacun à •t et tout bas ; mais aussi dès qu'ils nous voyaient réciter l'office

quelque autre prière, ils se privaient par respect de nous par-

et même de parler entre eux.

Le voiturin n'était pas le maître du carosse, qui appartenait à

particulier de Lyon, où il s'en retournait, mais simple cocher, ^^2 mal appris ; du reste complaisant et désirant do contenter ^x qu'il conduisait, dans l'espoir d'en obtenir quelque récom-

pense à la fin du voyage, et, pour cette raison, ne ménagea, xr^t pas trop les deux excellents chevaux qui traînaient la voiture*

Nous ne traversâmes, ce jour-là, aucune ville, ayant laissé ce^Ale de Corbeil à notre gauche, sans y entrer. Il était convenu q^^ae nous ferions une pause sur le haut du jour pour déjeuner et qu'avant soleil couché, nous arrêtions pour dîner, au lieu où nczsus devions passer la nuit. Mais qu'arrivait-il ? — que souvent la première pause ne se faisait qu'à midi, et l'autre à la nuit ferm ée, de sorte que l'évêque et son secrétaire prirent bientôt le parti d^ déjeuner le matin avant de monter en voiture et de dîner à^^ la première pause ; ceci les sépara pour les repas, de leur compag "»ie anglaise, qui à peine était sorti du lit lorsque le moment de pa^^tir arrivait.

Nous arrêtâmes, le premier jour, dans un pauvre village nom me Essone et allâmes coucher à Fontainebleau, dans une hôtell^^ne voisine du château royal de cette ville. Ce fut là que Bonapa*— -r(e rencontra, en 1804, le souverain Pontife qui venait en Fra ^ce pour le couronner. Ce fut aussi là que le même Pontife passD^^ la dernière année de sa captivité, y ayant été transféré de Savc^- "e, dans l'espérance qu'avait l'empereur, de l'amener à une cession de sa principauté, au moyen d'une rente qu'il voulait lui assure»:^" et de la conservation des évêchés les plus voisins de Rome cont-mus sous le nom d'évêchés suburbicaires. Le Pape refusa péremp» ^oirement d'adhérer à cette convention. Nonobstant ce refus, T^^nipereur n'eut pas honte de la mettre sous les yeux de son c(^ rps législatif, comme un concordat signé du Pape et de lui, en et ate du 25 janvier 1813. Ce ne fut que longtemps après que l'on f"* instruit de la fausseté de cette pièce ^

Le château de Fontainebleau est quelque chose de si par^^ait dans son genre, au jugement de ceux qui l'on vu, par, ses ap^^ar-

1 — J'invite ceux qui ne l'ont pas fait, à lire les articles extrêineix^ ^^^ remarquables publiés par S. K. le cardinal Mathieu sur le Correspon^^^^^ (1902-1903) et intitulés: Le Concordat de 1801. C'est traité de main de maître et c'est absolument original.

— ossements, par sa chapelle, par ses peintures, ses statues, sesjardins, ses bosquets, etc., qu'on est surpris que Louis XIV ne s'en soit pas contenté, et ait voulu construire celui de Versailles. Mais quand on arrive à Fontainebleau à nuit close, que l'on en part le lendemain au petit jour, et que l'on n'a que le temps de jeter un coup d'oeil sur la façade de cet édifice, il est difficile de décider si Louis XIV avait tort ou raison.

29. — Aujourd'hui il a fallu célébrer intérieurement la fête de S. Michel et 16®"'** anniversaire de la consécration de l'église de THôtel-Dieu de Québec. Nous traversons les deux petites villes de Moret, département de Seine-et-Marne et de Villeneuve-La- Guyard, département d'Yonne, pour gagner Sens que nous traversons tout entière, le voiturin (car c'est toujours lui qui décide du logement) ayant choisi son auberge au-delà de la ville, à l'entrée d'un faubourg. Le soleil était couché.

L'évêque de Québec et son secrétaire revinrent immédiatement sur leurs pas pour adorer le Saint-Sacrement et visiter la cathédrale supprimée par le concordat de 1801 et changée en paroisse. Ils trouvèrent une église assez vaste et ornée, qui leur sembla bien tenue ; mais il leur fallut une bougie pour en voir les deux monuments les plus remarquables, savoir celui du cardinal du Prat, qui se réduit à un tombeau de marbre, dépouillé de toutes ses décorations dans le temps des ravages des Huguenots et placé du côté de l'évangile, un peu en arrière du maître-autel, et celui du Dauphin, fils de Louis XV, qui occupe le milieu du chœur. C'est un ouvrage qui fait honneur à l'habileté du statuaire qui Ta exécuté en beau marbre blanc. Les génies, les vertus et autres symboles qui le couvrent sont quelque chose de parfait, une épitaphe courte, mais expressive, fait sentir ce que la France a perdu par sa mort anticipée. Une colonne placée à mi-chemin entre Fontainebleau et Sens marque le lieu où la mère de ce vertueux prince rencontra Louis XV, lorsqu'elle vint de Pologne pour répouser.

La ville de Sens fut, pendant un temps considérable, la capitale des Gaulois nommés Senones Galli^ par conséquent l'objet de

plusieurs expéditions des Romains qui avait entrepris de U détruire. Elle était une place formidable pour ces temps où 1« armes à feu n'étaient pas connues. Dans l'état où sont aujourd'h^^ Jî^ ses fortifications, elle ne soutiendrait pas six heures de siëge.

30. — Le jeudi, vers midi, nous arrivâmes à Joigny, et allâm -Miziei prendre gîte encore dans un faubourg, où l'on nous conduisît, traversant la rivière d'Yonne qui le sépare de la ville, où now-^ n'entrâmes pas et où il nous coûta de revenir à pied, le jour éta', très chaud, la distance longue et la pause que nous faîsîo: devant être courte. L'évêque se rendit auprès du pont, da l'espérance de rencontrer quelqu'un qui pût l'instruire dos par cularités de la ville. Mais il ne trouva qu'un sabotier peu capatS^^b/e de le satisfaire, et regretta ce petit voyage par la quantité •- de mendiants jeunes et vieux qui l'assaillirent sur sa route, chsLC^^an faisant son histoire pour mieux exciter sa compassion, tellem^^eat qu'une petite fille criait de toutes ses forces en le poursuivai — nt ; "j'ai des yeux de veau, mon bon monsieur, assistez-moi, car^^p^'ai des yeux de veau."

Que font donc ces mendiants dans les années de disette, pu^aîsqu 'ils crient si fort dans un temps d'abondance? Les gens <i6 bonne foi, dans cette partie de la France, prétendent n'av ^r>ir point vu d'année qui valût celle-ci : bétail, foin, raisin, légunL^3S, tout abonde. Il faut avoir des protections, nous disait un prê fcï"^ de campagne, pour trouver 75 sols de 35 livres de frome:»^*» ce qui dans notre manière de compter en Canada, mettrait 1^ minot de blé au-dessous de 50 sols, car ce n'est pas dans tous 1^' endroits du pays que le minot de ce grain pèse 70 livres.

Nous quittâmes Joigny, sans le regretter, pour nous avan^^^ vers Auxerre où nous arrivâmes le même soir. Les approches ^ cette ville sont très riantes et sa position le long de l'Yonne ^^ peut manquer d'y ajouter. Elle fait une espèce de centre où 1^ denrées sont apportées de tous les alentours. Elle les reçoit da' ses bateaux qui les conduisent dans la Seine, où l'Yonne décharge, et de là à Paris, cette cité insatiable où tout se dévar On serait tenté de croire qu'il est difficile d'alimenter ces grand

villes. Point du tout. Ce sont des gouffres où chacun va porter ses productions : la mer ses poissons, les champs leurs grains, les forêts leur bois, les jardins leurs fruits. On n'y manque de rien et quiconque avec un peu d'argent veut vivre médiocrement et n'est pas obligé de tenir un état, trouvera dans les rues ou sur les marchés de Londres, de Lyon, de Paris, de Liverpool, de Glasgow ou de Bordeaux, de quoi se nourrir à beaucoup meilleur marché qu'il ne ferait en campagne ou dans de petites villes.

On était alors au fort de la vendange. Les alentours d'Auxerre garnis de vignobles occupaient un grand nombre de personnes. Des jeunes filles, arrivant de leur journée, chantaient et sautaient dans les rues. Cette gaieté ajoutée à la beauté de la ville, à ses grands édifices, à sa superbe rue qui borde la rivière, à l'aspect des fertiles coteaux qui la décorent tout autour, donnait à l'endroit un air délicieux.

Auxerre autrefois évêché, mais supprimé comme beaucoup i' autres par le concordat de 1801, est célèbre par son ancien îvêque S. Germain. Il existe encore dans la ville une église de 50n nom, ci-devant desservie par les Bénédictins qui y avaient une ibtaye. Son corps y est conservé et le peuple continue d'en faire 'objet de sa vénération. L'évêque de Québec n'eut pas l'occasion fe la visiter, il était trop tard. Tout ce qu'il put faire, fut d'aller •asser la soirée avec M. Viarre, vicaire général de l'évêque de 'royes pour cette partie, ancien chanoine et curé actuel de la ^"tliédrale changée en paroisse. Ce brave homme est peut-être "^ de ceux qui se conduisirent avec plus d'énergie en 1815. ^poléon, sortie de l'isle d'Elbe, comme l'on sait, vers la fin de ^vrîer, arrêta à Auxerre dans sa route pour Paris. A peine y ^t«il arrivé qu'il fit demander M. Viarre. Celui-ci donna pour ^Ponse qu'il ne pouvait y aller ce soir-là. Son vrai motif était ^^ prendre conseil des autres prêtres de la ville qui furent d'avis l^'U devait y aller, mais dont aucun n'osait l'accompagner. Il se l^cida à faire seul cette démarche, mais prit encore son temps. ^^ lendemain était le mercredi-saint. Il célébra la messe et assista

eneuito à un office public qui se faisait dans son église. Pressé à diverses instances par le préfet du département, homme droit et son ami, mais faible et tremblant à chaque parole de Bonaparte, il se rendit enfin, et sans user des termes de sire, ni d'empereur, ni de majesté, il lui dit simplement : "on m'a dit que vous désiriez me voir et me voici." — " Je voudrais savoir, lui dit Napoléon, si le clergé sait ce qu'il doit à son souverain." — " Ces sentiments, répondit le curé, sont gravés dans nos cœurs." — " Pourquoi le clergé se mêle-t-il d'influencer les peuples dans les matières politiques?"— "Vous nous avez laissé trop peu de conndératioa pour que notre influence soit à craindre." — " Le clergé est trop riche." — " Il s'en faut de beaucoup et vous l'avez reconnu, en ajoutant au premier traitement que vous nous aviez d'abord assigné." A ces mots, l'empereur devient furieux et se met en devoir de donner du pied dans le derrière du bon curé, qui prudemment se retire de reculons et dit sans s'émouvoir : " Dieu bénisse ceux qui nous veulent du bien." " Qu'avez-vous fait.là, qu'avez-vous fait, dirent ensuite à M. Viarre ceux qui avaient été témoins de cette scène ? Quoi vous avez parlé si hardiment à l'empereur ! Ne craignez- vous pas qu'il vous fasse mourir ? " — " S'il était maître de la France, répondit le curé, je pourrais craindre un pareil sort; mais dans un temps où il cherche à la reconquérir, il se gardera bien de faire une action qui serait plus nuisible qu'utile à ses intérêts." Ce Napoléon aurait voulu que, même après son abdication faite depuis un an, le clergé français continuât de maintenir ses intérêts au préjudice de ceux du roi rétabli, et trouvait fort mauvais qu'il en eût agi autrement. Lorsqu'il était passé à Lyon, quelques jours avant d'arriver à Auxerre, il avait logé à l'archevêché et occupé, le soir, le lit d'où le duc d'Angoulême était sorti le matin. Dans le court séjour qu'il y fit, il avait fait appeler par cinq fois différentes M. l'abbé Courbon, vicaire général aussi logé à l'archevêché, et dans presque tous ses entretiens il ne faisait que répéter les plaintes contre le clergé. D'où l'on peut conclure que s'il avait réussi à reprendre la souveraineté, le clergé aurait fort mal passé son temps. Dieu

ne l'a pas voulu ; raais le clergé n'a pas beaucoup à se louer du roi rétabli ou de ceux qui renvironnent.

1®' octobre. — Le vendredi, nous ne vîmes que des villages, savoir : Hermenton, Bussy-le-bois où nous dînâmes, et Rouvray qui fut la dernière pause de cette journée. Ces villages sont généralement composés de maisons malpropres, construites de terre liée avec du foin, couvertes de chaume ou de pierres plates, épaisses et assez mal ajustées. Les habitants, hommes et femmes, se ressentent de cette saleté. On ne soupçonnerait pas, à les voir, qu'ils sont dans une année d'abondance. Il n'est pas nécessaire d'ajouter que les presbytères et même les églises ont leur part de négligence et de malpropreté. Ce jour-là et le suivant, nous rencontrâmes une prodigieuse quantité de voitures chargées, les unes de marchandises sèches, les autres, en plus grand nombre, de futailles pour recevoir le nouveau vin ; presque toutes allant à Auxerre où le raisain abonde plus qu'en nul autre lieu de l'ancienne Bourgogne où nous voyageons ces jours-ci.

2. — Ici comme dans le nord de la France, les champs ne sont pas séparés par des clôtures, mais seulement par des bornes de pierres. Il s'en suit que chacun est obligé de faire garder ses troupeaux, qui autrement ravageraient peut-être les champs voisins. Aussi n'est-il pas rare d'apercevoir de tout côté : ici un bouvier, là une bergère, plus loin un berger, chacun avec un ou deux chiens qui réunissent les animaux, quand ils se dispersent trop. Cette vie pastorale rappelle l'âge d'or tant vanté par les poètes dans leurs idylles.

Ce que nous appelons charroi ou charroyage, s'appelle ici roulage, et les charretiers se nomment rouliers. Or quoique la multitude des roulages et des rouliers ne soit pas propre à rendre les chemins bons, il faut avouer qu'ils le sont plus qu'on ne devrait s'y atendre. La police y tient soigneusement la main. Partout vous voyez sur un des côtés du chemin, des amas de matériaux prêts à y être étendus. Or ces matériaux sont ni des pierres qui s'expolient, ni de la terre qui est bientôt transformée en boue, mais de petits cailloux plats, tels qu'on en trouve dans le lit de

presque toutes les rivières. C'est là que les particuliers vont lea prendre, lorsque les eaux basses laissent les battures à découvert. Ils les transportent sur le chemin et les y arrangent en pyramides, comme on arrange les boulets auprès d'une batterie. Dès qu'un tas de ces petites pierres a été étendu sur le chemin, il est incontinent remplacé par un autre. Ces^petits cailloux forment une superficie solide qui s'enfonce avec le temps, mais ne se détruit point et peut toujours servir de base à une autre. Ajoutez qu'on a soin de tenir les chemins bombés et de bien entretenir les fossés qui les bordent, en sorte que l'humidité provenant des arbres régulièrement plantés de chaque côté, ne les affecte nullement. Peut-être que le même mode employé en Canada, où l'on peut presque partout se procurer de petits cailloux de cette espèce, y procurerait des chemins aussi avantageux, surtout auprès des villes où ils sont ordinairement impraticables.

2. — Nous voici dans le département de la Côte d'Or qui occupe une grande partie du ci-devant duché de Bourgogne. De Boavray nous passons à Saulieu, gros bourg avantageusement placé sur une éminence. L'évêque apprend qu'il y a un hôpital ; il va le visiter avec son secrétaire. Il y trouve un très petit nombre de lits, mais en bon état, et les malades bien soignés par des sœurs nommées Sœurs de S^* Marthe, dont toute la communauté consistait en quatre sujets, deux professes et deux novices. Ce sont des filles séculières, non cloîtrées et faisant des vœux simples. Leur habit est une robe noire pour les professes, blanche pour les novices ; la coifture des unes et des autres est un long chapeau de carton revêtu de toile, sans bord, et ayant, à peu de chose près, la forme d'un pain de sucre. Point de guimpe, ni bandeau, ni voile, ni cornette, mais un mouchoir de toile sur le cou. Elles ont un jardin assez spacieux, une vaste maison, un désir bien édifiant de servir un plus grand nombre de pauvres, mais trop peu de moyens, tant pour leur propre subsistance que pour celle des malades. Le temporel de l'hôpital est administré par une commission de la municipalité qui ne seconde pas toujours leurs vues.

L'évêque de Québec alla aussi voir le curé de cette ville et le

trouva trës avancé dans une^hydropisie de poitrine qu'il ne paraît pas soupçonner. Son vicaire, jeune homme de peu de tête, pleure sur la maladie de son curé et ne fait que l'aggraver sans le vouloir.

Ni les Sœurs de S'® Marthe ni le curé ne reconnurent la personne qui leur rendait cette visite. L'évêque de Québec avait pris le parti de faire ce voyage incognito, revêtu d'une espëce de soutanelle, sans rabat, et sans porter, du moins sans montrer ordinairement sa croix pectorale. L'état où est la France rend presque indispensable cette manière de voyager, surtout à ceux qui sont obligés de prendre gîte dans les auberges. Il ne se faisait donc connaître soit pour ecclésiastique, soit pour évêque, que dans les lieux et aux personnes qui en valaient la peine.

Passant, ce jour-là, aaprës d'une méchante église de campagne^ il la trouva si vieille, le clocher en si mauvais état, la couverture tellement détachée des sablières, qu'il la crut abandonnée. Au moment où il faisait part de cette conjecture, madame Wetherall lui fit apercevoir trois ecclésiastiques qui causaient ensemble le long du chemin. Il descend de voiture, fait connaissance avec eux ; il se trouve que l'un des trois était curé de cette vieille église, et les deux autres, des curés voisins qui venaient de célébrer avec lui la fête de S. Léger, patron de la paroisse, qui se faisait ce jour-là. Un peu avant le soleil couché, nous arrivons à une petite ville nommée Arnay-le-duc. C'est là que nous devions passer la nuit, li'évêque aperçut tant de saleté dans l'Hôtel du Grand St- Jacques^ où s'était arrêté le voiturin, que dans l'espoir de trouver un meilleur gîte, il se rendit au presbytëre du lieu. Le curé n'y était point. Par manière de délassement, il était allé, depuis quinze jours, à quelques lieues de là, faire les vendanges. Mais il y trouva un jeune vicaire extrêmement honnête qui l'engagea à prendre logis chez lui. Il se garda bien de le refuser. M. Turgeon se joignit à lui ; John survint (car cette petite famille ne se séparait point) ; le vicaire fit trës bien les choses. Ses hôtes qui avaient assez mal dîné, firent honneur à sou souper frugal mais suffisant. Le lendemain, qui était le dimanche du Saint-Rosaire, M. Turgeon

célébra la messe de grand matin, Tévêque y assista. Il n'y avait pas de temps pour en dire deux, et peut-être que, moins prës d'une église, ils en auraient encore été privés l'un et l'autre ; car le voiturin, quand on lui parla, le samedi, de la messe du lendemain, pour laquelle il était convenu de donner du temps, avait répondu en homme plus versé dans la route de Lyon que dans son catéchisme : '' la messe, la messe ; eh bien vous la direz dans la voiture. N'avez-vous pas des livres avec vous?" Nous nous séparâmes de ce bon vicaire sans savoir son nom, mais bien reconnaissants de ses procédés. Pour lui, très content d'avoir hébergé des hôtes dont la compagnie lui semblait si honorable, il se promettait beaucoup de louanges de la part de son curé pour lequel il fut chargé de nos compliments. Il vint nous reconduire à l'aa- •berge où la voiture se préparait, et nous nous remîmes en route.

3. — Une première côte se présente à monter, puis une seconde, puis une troisième, toutes fort douces mais fort longues. Nous nous trouvons dans une grande plaine sans culture, chose surprenante dans un pays où l'on connaît le prix de la terre ; mais on nous informe un peu plus loin que c'est une commune réservée pour la pâture des bestiaux.

Après avoir beaucoup monté, nous commençons à descendre même assez rapidement. Nombre de villages, les uns plus près, les autres plus loin, se présentent à nos regards. De loin on aperçoit celui où devait se faire la première pause de ce jour ; il se nomme la Roche-Pau, tirant son nom d'un vieux châteai]^ flanqué de bastion^, garni de meurtrières, surmonté d'un donjoti^ mais abandonné et en ruines. Il appartînt autrefois aux ducs Savoie, puis passa aux comtes de Pau, dont le nom marié à rocher voisin a fait nommer le village la Roche-Pau. On était à la messe de paroisse. L'évêque, avant d'entrer à l'aubergs^ -^ se rend aussitôt à l'église, espérant en avoir du moins une parti- ^ Point du tout. Il rencontre les paroissiens qui sortaient du servi C3( divin. Ces villageois paraissent bons enfants, lourds et sirapl^^^ dignes de figurer avec ceux dont on trouve les mœurs et le langage dans nos vieux recueils de Noëls. Après avoir fait av^<?

son secrétaire l'adoration du Saint-Sacrement dans une église remarquable par sa pauvreté, il passe au presbytère et trouve le curé prenant un dîner encore plus pauvre, qu'il partageait avec une vieille femme du quartier. Ce curé est un homme de lettres, honnête et bien élevé, ayant vu la bonne compagnie. Cela est aisé à reconnaître. Lors de la Révolution, il émigra en Italie, en peu d'années se trouva posséder assez bien l'italien pour enseigner la rhéthorique en cette langue. Il fait un grand éloge de révêque de Spolëte, mort depuis, qui l'avait reçu avec beaucoup de générosité. Il prétend que la grande difficulté des Français pour parler l'italien, vient de leur mauvaise manière de prononcer Tu. Il voudrait que pour nous rapprocher de toutes les autres nations de l'Europe, nous prononçassions oUj non u. Il en a écrit à l'Institut de France et n'a pas encore reçu de réponse.

Apres être remontés en voiture, nous continuons de descendre beaucoup plus qu'il ne semblait nécessaire pour reprendre notre niveau du matin.

Des pierres numérotées et placées de demi-lieue en demi-lieue marquent la distance de Paris à Lyon. Pourquoi les géographes nous disent-ils que cette dislance n'est que 100 lieues, puisqu'avant d'arriver à Châlons, on trouve 200 de ces pierres qui complètent les 100 lieues ? Or, de Châlons à Lyon, il y a au moins 20 lieues, peut-être 25. On n'a pas le secours des pierres pour en juger, parce qu'elles prennent de là une autre direction. Mais a.vec des chevaux qui vont d'un train uniforme et sur un chemin ^e même nature, on peut estimer les journées les unes pour les autres. Or d'après cette estimation, 100 lieues ayant été faites en ^ jours, il en fallait plus de 20 pour occuper les deux jours et <3eini que nous passâmes encore sur cette route.

Arrivés à Châlons, département de Saône-et-Loire, après la

riuit fermée, il était impossible d'y rien observer. L'hôtellier,

IM. Goujon, qui pour son malheur a fait des études, dont il n'a

T'emporte qu'une dose de pédanterie, n'était pas d'une conversa-

"tion assez instructive, quoiqu'il y mêlât quelques mots latin?,

pour nous mettre au courant de l'état et des antiquités de la ville.

Ce qu'il eut de plus intéressant à nous apprendre, fut qu'il avfii^^t donné logement, deux semaines auparavant, à la reine d'Esj^^aigne, jeune princesse Saxonne de 16 à 17 ans, qui s'en alls^^t épouser Ferdinand VII, veuf d'une infante de Portugal.

4. — Nous quittâmes Châlons, le lundi matin, assez tard po^tiiar reconnaître que c'est une jolie ville, propre, bien bâtie, ayant 43 e belles places et environnée d'agréables maisons de campagizE ^. Elle est sur la rivière de Saône que nous aperçûmes pour la p:r-^miëre fois. Elle a, en cet endroit, environ la largeur de la rivife:«Te St-Charles à Québec, au-dessus du pont Scott. Elle devient jp^MT endroits plus étroite, mais acquiert rarement de»la largeur .av^tint son arrivée à Lyon. Mais elle est profonde.

Notre pause de midi fut à Tournus, ville ou village de la co^«^séquence de Saulieu ou d'Arnay-le-duc. Nous y trouvâmes "txn curé bourru (car chaque pays fournit son monde), qui dans sa politique étroite attribuait aux Anglais tout ce que la Franche avait souffert dans ces dernières années, notamment l'évasion de Bonaparte, de l'isle d'Elbe, d'où il ne serait jamais sorti, disait-il» si les Anglais l'eussent mieux gardé.

Nous vîmes avec plus de plaisir le propriétaire d'un pressoir voisin, occupé de tirer parti du fruit de la vigne, et assurant q"^^® le raisin était si abondant, cette année, que l'on était forcé d'^^ arrêter souvent la récolte, sans quoi les pressoirs ne pourraie^^t suffire à l'écraser, ni les cuves à le recevoir.

Partout on fait trois qualités de vin. Le premier et sans oo^' tredit le meilleur est celui qui coule d'une cuve pleine de grapp^^> de lui-même et sans être pressé. Quand il a cessé de couler, on met des hommes dans la cuve où ils sautent et s'agitent pend»^^ plusieurs heures, ayant d'abord du raisin jusqu'au cou, mais q.^^ s'affaisse bientôt et donne, en s'écoulant, la seconde qualité. O^ tire ensuite ce raisin de la cuve, on le porte au pressoir, on l'y réunit en pain, comme des pommes dont on veut faire du cidr^> et en l'écrasant avec force, au moyen d'un arbre carré et plac^ horizontalement, que l'on fait peser dessus par degrés, on exprima la troisième qualité de vin. Alors il ne reste plus des grappes qa^

j raisins écrasés et les petites branches qui les portent. Mais ce Bte même n'est pas perdu, car on le passe à l'alambic, et la [ueur qui en sort par ce moyen est de l'eau-de-vie qui est pota- B au bout de dix mois, comme le vin lui-même commence à tre au bout de trois ou quatre.

Il y a beaucoup d'autres opérations pour améliorer le vin, pour évenir les accidents auxquels il est sujet et pour mêler ensemble i différentes qualités, de manière à lui donner plus ou moins do ree ou de saveur. En Italie, il y a tel vin qui n'est bon que and on l'a fait bouillir et qui alors devient excellent. M"" Wetherall observe que les cultivateurs de France commen- Qt la journée plus matin et laissent le champ plus tard que ceux Angleterre. En cela il leur rend justice. Il est surpris et nous ssi de n'apercevoir que des bœufs de couleur blanche, soit us les champs, soit dans les chemins de cette partie de la •anee. A la vérité, c'est quelque chose de singulier que de ut-être mille bœufs que nous avons occasion d'apercevoir dans DÎns de trois jours, il ne s'en rencontre pas un seul d'une autre uleur. Explique cela qui voudra.

l^ous arrivons le soir à Mâcon, ancien évêché qui a eu le même rt de Châlons, Sens et Auxerre. Cette ville est agréablement uée des deux côtés de la Saône, qui est ici bordée de quais de 3rre entretenus avec beaucoup de soin. On nous conduit à une ste auberge, qui est l'entrepôt ordinaire d'une diligence qui va

Châlons à Lyon par cette rivière, dans des bateaux appropriés îette fin. Les passagers en grand nombre arrivèrent à l'auberge

moment où nous finissions de souper. Comme ils étaient tous ançais, ils ne manquèrent pas de faire grand bruit. Cette nation bruyante. Vingt d'entre eux réunis fatiguent plus les oreilles t* leurs criailleries que ne feraient deux cents Anglais de même édition. Ils rembarquèrent à 4 heures du matin et nous partî- 'S à 8. Nous ne manquâmes pas de considérer avec complai- ^ce les nombreux et vastes jardins potagers qui environnent ^con et pourvoient cette ville d'une prodigieuse quantité de îumes. Mais ce qui abonde en France en ce moment et qu'on

ne cesse d'apercevoir en vente, des deux côtés du chemin depui Calais jusqu'ici, mais encore bien plus ici qu'à Calais, c'est 1 raisin de toute espëce. De superbes grappes vous sont offerte pour un liard ^ et, en marchandant, on peut les avoir à moindr prix. Aussi ne se passe-t-il point de jour sans que nous en ach( tîons pour nous-mêmes et pour en faire politesse aux dames qu faisaient voiture avec nous, sans préjudice de celui qui est présent pour dessert dans toutes les hôtelleries.

5. — î^ous passons aujourd'hui au-devant de la ville de Trévoux sise do l'autre côté de la Saône. En lisant le Journal de Trévou: et le Dictionnaire de Trévoux^ on est porté à croire que c'est dan cette ville que ces deux productions ont été rédigées. Point di tout : elles l'ont été à Paris par des Jésuites qui, dans l'espéraac< du prochain établissement d'une de leurs maisons à Trévoux, ei datèrent ces deux ouvrages par anticipation. Leur établissemenl dans cette ville paraît n'avoir jamais eu lieu.

Vers quatre heures du soir, nous arrivons à Villefranche, vill du diocèse de Lyon. Après avoir retenu des places dans ua hôtellerie, l'évêque de Québec se rend à l'église paroissiale. Il , trouve en prière un vénérable prêtre dont l'attitude l'édifie et L touche. C'était le curé du lieu, M. Genevais, âgé de 75 ans, mai beaucoup plus actif qu'on ne le devrait attendre de son âge. 3 est adoré de ses deux vicaires, qui nonobstant leurs efforts pou l'imiter, désespèrent d'être jamais aussi zélés ni aussi fervents qa lui. Il est toujours le premier à l'ouvrage et le dernier au repo^ M. Genevais est respecté non seulement de ses paroissiens, ma^" encore des autorités constituées qui s'empressent de seconder s^ bonnes vues. Il est ami et protecteur d'une communauté d'IT sulines qui viennent de se rétablir dans cette ville ainsi que de Frères des Ecoles Chrétiennes qui y ont une de leurs maisons. conduisit l'évêque de Québec et son secrétaire chez les uns et 1^ autres. Ces Ursulines ne sont pas encore en clôture et il n'y

1 — Le quart d'un sou.

qTx'une partie d'entre elles qui aient repris l'habit régulier. Les aizitres ne tarderont pas à en faire autant.

Xes Prëres des Ecoles Chrétiennes, autrefois nommés Frères ignorantins, sont devenus en France un sujet de discussion entre les amis et les ennemis de la religion. Ceux-ci attaquent leur méthode d'enseignement comme beaucoup trop lente, et voudraient lui substituer la méthode lancastrienne. Ceux-là sentent très bien qu'elle est plus expéditive, mais prétendent que l'autre instruit les enfants plus à fond. Leur vraie raison est que la méthode lancastrienne étant sous la protection et inspection immédiate des officiers du gouvernement chez lesquels la religion n* abonde pas, on craint avec raison qu'elle ne soit pas assez chrétienne.

lies Frëres ignorantins enseignent à lire et à écrire et à servir I^îeu, et c'est beaucoup. Ils seraient encore plus estimables, s'ils donnaient à leurs élèves quelques principes de propreté et s'ils ^eur en montraient l'exemple.

M. Genevais pressa beaucoup l'évêque de Québec de souper et de coucher dans la grande maison qui lui sert de presbytère. N^' ayant pu obtenir qu'il y soupât, parce que son souper était prêt à l'auberge, suivant les ordres qu'il y avait donnés, et qu'il devait lui servir aussi de dîner qu'il n'avait pas encore pris ce jour-là, il insista sur ce qu'il y vînt au moins coucher, ce qu'il fit avec M. Turgeon et le fidèle John. Le brave curé lui plut l^^^ucoup par son édifiante conversation qui dura assez avant dans ^^ Boirée, et ce ne fut qu'après la prière commune de la famille î^^ l'on se retira.

6. — Le lendemain, M. Genevais célébra la messe de grand '^^•tin, pour procurer la consolation de l'entendre à ses hôtes qui, ^pr^ès un déjeuner frugal, se séparèrent de lui et de ses braves ^^<iaires, et se remirent en route.

Il ne restait plus que six lieues à faire pour se rendre à Lyon. ^^Ts la moitié du chemin, M. Wetherall et ses dames ayant fait P^Visepour déjeuner, l'évêque de Québec et son secrétaire, enga- 8^^ par le beau temps et par le beau chemin, en prirent occasion

ne cesse d'apercevoir en vente, des deux côtés du chemin depuis 3 Calais jusqu'ici, mais encore bien plus ici qu'à Calais, c'est le^ J raisin de toute espèce. De superbes grappes vous sont offertes ^ pour un liard ^ et, en marchandant, on peut les avoir à moindre^^^i prix. Aussi ne se passe-t-il point de jour sans que nous en ache-.^ tions pour nous-mêmes et pour en faire politesse aux dames qa" / faisaient voiture avec nous, sans préjudice de celui qui est présenti pour dessert dans toutes les hôtelleries.

5. — Nous passons aujourd'hui au-devant de la ville de Trévous sise do l'autre côté de la Saône. En lisant le Journal de Trévou et le Dictionnaire de Trévoux^ on est porté à croire que c'est dan cette ville que ces deux productions ont été rédigées. Point di tout : elles l'ont été à Paris par des Jésuites qui, dans l'espérana^ du prochain établissement d'une de leurs maisons à Trévoux, ^'mn datèrent ces deux ouvrages par anticipation. Leur établissemem-lî dans cette ville paraît n'avoir jamais eu lieu.

Vers quatre heures du soir, nous arrivons à Villefranche, vill^ du diocèse de Lyon. Après avoir retenu des places dans uim^ hôtellerie, l'évêque de Québec se rend à l'église paroissiale. H JT trouve en prière un vénérable prêtre dont l'attitude l'édifie et X« touche. C'était le curé du lieu, M. Genevais, âgé de 75 ans, m&îô beaucoup plus actif qu'on ne le devrait attendre de son âge. I^ est adoré de ses deux vicaires, qui nonobstant leurs efforts poi:i-i* l'imiter, désespèrent d'être jamais aussi zélés ni aussi fervents qtx® lui. Il est toujours le premier à l'ouvrage et le dernier au repo^- M. Genevais est respecté non seulement de ses paroissiens, ma»"*^ encore des autorités constituées qui s'empressent de seconder a^^ bonnes vues. Il est ami et protecteur d'une communauté d'TI'^^'' sulines qui viennent de se rétablir dans cette ville ainsi que d^® Frères des Ecoles Chrétiennes qui y ont une de leurs maisons. J-*conduisit l'évêque de Québec et son secrétaire chez les uns et l^^ autres. Ces Ursulines ne sont pas encore en clôture et il n'y ^

1 — Le quart d'un sou.

qia'une partie d'entre elles qui aient repris Thabit régulier. Les autres ne tarderont pas à en faire autant.

Les Frères des Ecoles Chrétiennes, autrefois nommés Frëres igtiorantins, sont devenus en France un sujet de discussion entre les amis et les ennemis de la religion. Ceux-ci attaquent leur méthode d'enseignement comme beaucoup trop lente, et voudraient lui substituer la méthode lancastrienne. Ceux-là sentent très bien qu'elle est plus expéditive, mais prétendent que l'autre instruit les enfants plus à fond. Leur vraie raison est que la mothode lancastrienne étant sous la protection et inspection immédiate des officiers du gouvernement chez lesquels la religion n'abonde pas, on craint avec raison qu'elle ne soit pas assez ctà rétienne.

Xes Frëres ignorantins enseignent à lire et à écrire et à servir Dieu, et c'est beaucoup. Ils seraient encore plus estimables, s'ils donnaient à leurs élevés quelques principes de propreté et s'ils ^eiir en montraient l'exemple.

!M. Genevais pressa beaucoup l'évêque de Québec de souper et de coucher dans la grande maison qui lui sert de presbytère. IT' ayant pu obtenir qu'il y soupât, parce que son souper était pi'êt à l'auberge, suivant les ordres qu'il y avait donnés, et qu'il devait lui servir aussi de dîner qu'il n'avait pas encore pris ce joiir-là, il insista sur ce qu'il y vînt au moins coucher, ce qu'il fit; avec M. Turgeon et le fidèle John. Le brave curé lui plut "^^ucoup par son édifiante conversation qui dura assez avant dans ^^ eoirée, et ce ne fut qu'après la prière commune de la famille î^ ^ l'on se retira.

C — Le lendemain, M. Genevais célébra la messe de grand °^^.tiD, pour procurer la consolation de l'entendre à ses hôtes qui, ^P^X'ès un déjeuner frugal, se séparèrent de lui et de ses braves ^•-^^aires, et se remirent en route.

Il ne restait plus que six lieues à faire pour se rendre à Lyon, ^^rs la moitié du chemin, M. Wetherall et ses dames ayant fait P^-Tase pour déjeuner, l'évêque de Québec et son secrétaire, eugSL- 8^^ par le beau temps et par le beau chemin, en prirent occasion

de devancer la voiture à pied. Ils marcbërcnt l'espace d'ao-j^ lieue, montant toujours et parvinrent enfin à un point d'élévatior -* qui leur fit découvrir un paysage admirable. La vues'yper^^^ dans les champs, les vignes, les châteaux, les vergers, les boa^ quets, les maisons de plaisance, les perspectives que forme un^^

suite de montagnes étagées les unes au-dessus des autres dans 1 i

partie septentrionale. Dieu semble avoir voulu réunir dans point unique toutes les richesses de la belle nature qu'il ne di tribue ailleurs que par portions et avec une sorte d'économi^ai Soyons de bonne foi : il faut avouer que la vue de la côte A. n Nord près de Québec, tant vantée et avec tant de raison, estiafî^ rieure à celle-ci. Reste à savoir si la suite de ce voyage novM^ procurera la vue d'un paysage préférable ou même comparaMe à celui de St-Joachim \

Cependant la voiture nous attend, nous y remontons,et entre midi et une heure, nous prenons logis à Lyon dans V Hôtel de VJEarops^ maison extrêmement vaste, assez malpropre, mais avantageuse, en ce sens qu'elle n'est séparée de la métropole et de l'archevêclié que par l'un des ponts qui traversent la Saône. Dans le désir de bien connaître cette célèbre ville, l'évêque de Québec, arrivé le mercredi, se décida à y demeurer jusqu'au lundi suivant.

Lyon est une ville trës remarquable entre celles des ancienaes Gaules. C'était un entrepôt pour les armés romaines dans . 1® temps de leurs conquêtes. Sous le règne d'Auguste, Plancu» y conduisit la première colonie romaine. Cette ville donna naissance aux empereurs Claude et Caligula et au césar GWt»- Plusieurs empereurs y ont successivement fait une résidence dô plusieurs mois. En 1745, on y voyait encore des restes de leuf^

1 — Je ne sais ce qu'un étranger penserait du paysage de Saînt-Joacbi*''** Quant à moi, je ne le trouve pas si beau que cela. Du haut du Cap Tourmente, la vue s*étend au loin et très loin ; mais le fleuve paraît rétréci, 1^' isles s'aplatissent comme des crêpes. Ce qui, d'après moi, l'emporte àe beaucoup, c'est la vue du haut de la montagne de Saint-Pacôme. Il y a p^^ d'endroits comparables à celui-là. Mais il est peu connu et pou fréquent*

laÎB, amphithéâtre, aqueduc, bains, etc., dont on ne fait plus 3ntion. Il paraît qu'elle fut d'abord construite partie sur la re droite de la Saône, au-dessus de son confluent avec le Rhône, Ttie sur une montagne voisine de 8 à 900 pieds d'élévation, ésentement nommée Fourviëres. Bientôt la ville occupa le rrain qui est entre la Saône et le Rhône, et c'en est aujourd'hui partie la plus peuplée. Enfin elle traversa le Rhône, à la gaule duquel elle s'étend présentement. En s' allongeant par son itrémité inférieure, elle parvient bientôt au confluent des deux nëres et vraisemblablement ira plus loin. Quoique ses manufactures de soie, d'étoffes, de galons et inges d'or et d'argent aient beaucoup perdu par le goût coliîhet qui s'est emparé de la France dans le siècle dernier, elle n'a .8 cessé d'être pour le commerce, une des principales, peut-être core la première des villes de ce royaume. On y compte >O,000 habitants.

Plusieurs ponts, les uns de bois, les autres de pierre et en plus and nombre, facilitent le passage des deux rivières, de sorte .'en toute saison on peut aisément communiquer de toutes les rties de la ville. Ces rivières sont bordées, des deux côtés, de ais larges qui font de très belles rues, si l'on en excepte l'inrnmodité d'avoir sans cesse les pieds moulus par les cailloux intus dont elles sont pavées, ainsi que tout le reste de la ville ote et basse. Quant à la largeur que la relation de M. Allan itler attribue à toutes ses rues, elle est encore à trouver. Au titraire, elles sont généralement si étroites, si sombres par les Uts édifices qui les bordent, que dans cette saison, à trois Ures et demie du soir, on a besoin d'allumer des chandelles tis les ateliers et dans les boutiques, et qu'il y a de quoi s'étonf que les gens ne soient pas écrasés par les voitures qui y passent 35cilement une à une.

Il y a à Lyon deux places remarquables : l'une est celle des "vaux dont il sera parlé plus bas ; l'autre nommée la place de âllecourt, régulièrement carrée, ayant environ trois cents pieds ^t chaque face. Elle est sur la partie de la ville qui se trouve

entre les deux rivières et passe pour une des plus belles du monde. • Le duc de Villeroy y avait fait ériger une statue de bronze repré- — sentant Louis XIY, au-dessus de deux autres statues dont Tune ^

figurait le Rhône et l'autre la Saône, toutes trois de taille héroï

que et excellemment bien exécutées, comme Ton en peut jugerr:» par les deux dernières transportées et conservées dans rhôtel r de ville, depuis que le vandalisme de la Révolution Française \ mis en pièces celle de Louis XIV et détruit un monument quii faisait tant d'honneur aux beaux-arts.

Cet hôtel de ville est un édifice digne de fixer l'attention d'un observateur qui n'aurait pas vu celui de Liverpôol auquel il est»^, certainement inférieur, quoiqu'il ait beaucoup de mérite, soi*^ dans le plan soit dans l'exécution.

Deux autres édifices placés sur la rive droite du Rhône, fon- t encore honneur à cette ville : l'un est l'Université, ci-devant l^ve collège des Jésuites ; l'autre le grand hôpital, édifice iramenswEB que l'on se propose d'agrandir encore, au moyen de quoi sa façad -^3 n'aura pas moins de 500 pieds. Il est surmonté d'un dôme ac»- dessous duquel est fixé l'autel en vue des quatre salles principale fi placées en croix. Il est desservi par 6 aumôniers, par 180 Sœuirfi et 70 Frères et peut contenir 2,000 malades. Il n'y en a que L S à 1600 dans le moment. Ces Soeurs et ces Frères n'appartiennei3.t à aucune congrégation. Ce sont proprement des serviteurs et d^fi servantes qui, partie par piété, partie pour avoir une petite 8ut>sistance assurée, se consacrent au service des malades. Ilssorm't sous la juridiction entière du premier aumônier, qui peut les cot3-gédier quand il lui plaît, ce qui n'est pas encore arrivé. L'hôpital les loge, les nourrit, les éclaire et donne pour leur entretien ^ chaque Frère 100 francs, à chaque Sœur 70. Ils font tout l'oi:^'' vrage du dehors et du dedans de l'hôpital, comme la cuisine, 1^^ lavages, l'entretien de l'ordre et la propreté dans les lits, dar»^ les salles, les chambres, les cours, les allées, etc. On les réanî-'^ pour la prière du matin et du soir. Ils mangent dans un réfec^toire commun où se fait une lecture de piété; les Sœurs y on» ^ leur table séparée de celle des Frères qui mangent en mên»-^

temps qu'elles. A une troisiëme table se réunissent les aumôniers, les médecins, le proviseur et autres principaux officiers de la ma^ison. C'est toujours le premier aumônier qui préside.

Xes Prëres sont habillés en redingote de couleur, les Sœurs en robes noires avec une cornette blanche pour coiffure. Après plusieurs années de bonne conduite, on permet aux uns et aux autres d'émettre des vœux simples pour le temps qu'ils seront dans la maison, et aucun n'eu est encore sorti. Apres cette espèce de profession, les Frères portent la redingote noire et les Sœurs une petite croix d'argent. Or pour parvenir à cet habit noir et à cette petite croix, il ne leur coûte pas de subir quatre ou cinq années d'épreuve. Intérim chacun fait son devoir avec zèle et émulation, et l'hôpital y trouve son compte. Il faut avouer que cette espèce de communauté est très ingénieusement imaginée.

Ijes revenus de l'hôpital sont administrés par une commission de la municipalité, qui se trouve composée des citoyens les plus religieux ; d'où il résulte que les aumôniers en obtiennent tout ce qu'ils veulent, et ils ont soin de ne vouloir que ce qui est raisonnable. Ce sont tous de jeunes prêtres, le premier d'entre eux ne montre pas plus de 36 ans. Mais ils sont très bien choisis.

Ijyon présente à la vénération des fidèles beaucoup d'objets

ex:trêmement précieux. Que l'on se rende sur la montagne de

Pourvières, on les y trouvera réunis en grand nombre. On sait

9^e le premier de ses évêques fut S. Pothin qui eut l'honneur de

coiironner son épiscopat par la palme du martyre. Ce fut sur cette

^c>i]tagne, où apparemment étaient son église et sa demeure,

?^* après avoir été roué de coups et traîné dans les rues, il fut

Jâ-î^sé dans une petite caverne où il expira. Or cette caverne et le

^^cilier dont elle fait partie ont été revêtus d'une voûte dans

^^SL'uelle sont conservées, dans des caisses de pierre de taille bien

^^^llées, et ses reliques et celles de plusieurs autres qui souffrirent

^^ xnort en même temps que lui.

*V. — Dans le même caveau est érigé un autel où tout prêtre est ^^ îuie, quand il lui plaît, à célébrer la sainte messe pour honorer ^^^ héros de la foi. Il fut consolant pour l'évêque de Québec de

voir de ses yeux, à la lueur de quelques flambeaux, la caverne où^a::: était mort ce glorieux défenseur de la vérité et de vénérer ses^^^t dépouilles mortelles et celles de ses bienheureux compagnons. Il J n'y a nulle inscription dans ce caveau, mais bien dans une cha- - — , pelle fort élégante, construite immédiatement au-dessus, laquelle appartient à l'hospice nommé V Antiquaille dont il sera parlé ci-aprës.

Un peu plus loin que la chapelle de S. Pothin, se trouve Téglis^^. de S. Irénée, son successeur dans cet évêché, disciple de S. Poly- --^ carpe de Smyrne, et connu par les efforts qu'il fit, à la prière dt^^^i Pape S. Eleuthëre, pour accorder les opinions des évêques oriei^^. taux avec celles des occidentaux sur le jour de la célébration d— ^ la Pâque, question qui ne fut terminée qu'en 375 par le premier r Concile de Nicée. S. Irénée s'est encore rendu célëbre par s^^ s quatre livres contre les hérésies, ouvrage immortel, dans lequ^3l il a exposé d'avance les artifices des hérétiques de tous les siècles. C'est un des plus anciens écrits que nous ait transmis l'histoirr^ ecclésiastique.

Mais ce grard évêque est bien autrement illustre par 1^ martyre qu'il endura, en 202, sur cette même montagne de Focl rviëres et avec lui 19,000 autres chrétiens sans compter les femmc^s et les enfants. C'est ce qu'atteste une inscription placée à l'entra ^ du souterrain de cette église, où l'on voit à travers une grille (i^ fils de fer le prodigieux amas de ce qui reste de leurs ossemenfc'^- TJne tradition constante parmi les fidèles de cette ville est qm ^9 dans cette occasion, il fut répandu une si grande quantité c3.^ sang, qu'il coulait à grands flots d'une extrémité à l'autre ^^^ bourillons ; c'est le nom de la rue qui conduit de la montagne d^ Fourvières à la Saône.

L'église souterraine de S. Irénée est ornée de colonnes et m:^^ reçoit de lumière que ce qu'il en faut pour la célébration des SS- Mystères et pour inspirer un respect religieux à ceux qui la fr^^ queutent. Mais on n'y trouve plus les reliques du saint évêqt»^- Les Huguenots du XVIème siècle brûlèrent son corps en haîn^ de la vénération que lui portaient les catholiques. Sa tête avdî*

été conservée ; les révolutionnaires français sont venus à bout de la détruire. Lyon est un des lieux où la rage révolutionnaire a commis le plus d'excës. Elle refusa de se soumettre aux décrets de lu fameuse Convention qui s'était saisie des rênes de l'autorité. Le résultat en fut un siëge en forme qu'elle eut à soutenir contre les armées des prétendus patriotes. Par malheur elle succomba, et des lors devint l'objet de toute la fureur d'un conquérant sanguinaire. Les caves de l'hôtel de ville converties en prison et en cachots furent remplies d'une foule de citoyens, dont le plus grand crime était d'avoir fait leur devoir. Ils étaient conduits un à un devant un tribunal de sang, qui rarement manquait de les trouver coupables, tellement que lorsqu'un prisonnier était appelé pour y comparaître, tous les autres lui faisaient leurs adieux, ne s'attend SLnt plus à le revoir ; la sentence rendue était à l'instant exécutée, a,TJi moyen d'un guillotine érigée sur la place des terreaux, tout a.Tx-devant de l'hôtel de ville, en sorte que les prisonniers pouv-^ient compter le nombre de fois que s'abattait le cruel couteau d^ cet instrument, dont la chute faisait résonner les voûtes où ils étirent enfermés dans les différents caveaux, à l'un desquels le g'c^^lier donnait le nom de conciergerie, pour tirer de l'argent des P^i-Tents et amis de ceux qu'il y faisait passer, quoiqu'ils n'y f\iss^nt pas mieux traités que dans les autres parties. C'est ce que P^iit attester M. l'abbé Sauvage de Chatillonet, présentement au S^oninaire de Montréal, qui passa trois mois au nombre des pri- ^^^xiniers, et que la Providence préserva, contre son attente, du '^^^^"t de presque tous ses compagnons. C'était en 1793.

lEn même temps que l'on mettait à mort avec certaines forma-

^"t^g judiciaires, les prisonniers de l'hôtel de ville, un beaucoup

' ^s grand nombre d'autres étaient fusillés par centaines dans

^^ différentes rues et places de la ville, mais principalement

^^^ lieu nommé les Brotteaux, champ voisin de la partie la plus

^^^xivellement habitée. On estime à 7,000 le nombre de ceux qui

^^ x^ent massacrés tant de cette manière que par le moyen de la

ë^îllotine. D'où il suit que Lyon moderne a ses martyrs comme

^yon ancienne, avec cette différence que les nouveaux n'ont pas

voir de ses yeux, à la lueur de quelques flambeaux, la caverue oi était mort ce glorieux défenseur de la vérité et de vénérer seai dépouilles mortelles et celles de ses bienheureux compagnons. Il n'y a nulle inscription dans ce caveau, mais bien dans une cha pelle fort élégante, construite immédiatement au-dessus, laquelle appartient à l'hospice nommé V Antiquaille dont il sera parlé ci-aprës.

Un peu plus loin que la chapelle de S. Pothin, se trouve l'églis^^ie de S. Irénée, son successeur dans cet évêché, disciple de S. Poly —

carpe de Smyrne, et connu par les efforts qu'il fit, à la prière à\ -^

Pape S. Eleuthëre, pour accorder les opinions des évêques oriei^k^ — taux avec celles des occidentaux sur le jour de la célébration d^^ la Pâque, question qui ne fut terminée qu'en 375 par le premi^ r Concile de Nicée. S. Irénée s'est encore rendu célèbre par s^ s quatre livres contre les hérésies, ouvrage immortel, dans lequ^^l il a exposé d'avance les artifices des hérétiques de tous les siècles. C'est un des plus anciens écrits que nous ait transmis l'histoic^o ecclésiastique.

Mais ce grard évêque est bien autrement illustre par l-O martyre qu'il endura, en 202, sur cette même montagne de Foil rvières et avec lui 19,000 autres chrétiens sans compter les femm <3S et les enfants. C'est ce qu'atteste une inscription placée à l'entr^^ du souterrain de cette église, où l'on voit à travers une grille c3Lô fils de fer le prodigieux amas de ce qui reste de leurs ossemenfc^- Une tradition constante parmi les fidèles de cette ville est qm^» dans cette occasion, il fut répandu une si grande quantité <3-^ sang, qu'il coulait à grands flots d'une extrémité à l'autre ct'^^ bourillons ; c'est le nom de la rue qui conduit de la montagne <3-^ Fourvières à la Saône.

L'église souterraine de S. Irénée est ornée de colonnes et T^^ reçoit de lumière que ce qu'il en faut pour la célébration des SS- Mystères et pour inspirer un respect religieux à ceux qui la fr^" quentent. Mais on n'y trouve plus les reliques du saint évêqti^- Les Huguenots du XVIème siècle brûlèrent son corps en haîo^ de la vénération que lui portaient les catholiques. Sa tête avai* ^

â -fcé conservée ; les révolutionnaires français sont venus à bout de

1^^ détruire. Lyon est un des lieux où la rage révolutionnaire a

(5<i>mmis le plus d'excès. Elle refusa de se soumettre aux décrets

dL ^ la fameuse Convention qui s'était saisie des rênes de l'autorité.

T~^^ résultat en fut un siëge en forme qu'elle eut à soutenir contre

1^^ fi armées des prétendus patriotes. Par malheur elle succomba,

et dès lors devint l'objet de toute la fureur d'un conquérant san-

g*x::iinaire. Les caves de l'hôtel de ville converties en prison et en

e^^<îhots furent remplies d'une foule de citoyens, dont le plus grand

cx*îme était d'avoir fait leur devoir. Ils étaient conduits un à un

4 ^ vaut un tribunal de sang, qui rarement manquait de les trouver

co-upables, tellement que lorsqu'un prisonnier était appelé pour y

comparaître, tous les autres lui faisaient leurs adieux, ne s'atten-

d ^nt plus à le revoir ; la sentence rendue était à l'instant exécutée,

a^xn. moyen d'un guillotine érigée sur la place des terreaux, tout

a» x:i.-devant de l'hôtel de ville, en sorte que les prisonniers pou-

^^îent compter le nombre de fois que s'abattait le cruel couteau

d^ cet instrument, dont la chute faisait résonner les voûtes où ils

étrsaient enfermés dans les différents caveaux, à l'un desquels le

ffc^^lier donnait le nom de conciergerie, pour tirer de l'argent des

P^Tents et amis de ceux qu'il y faisait passer, quoiqu'ils n'y fus-

^^ï^t pas mieux traités que dans les autres parties. C'est ce que

P^xit attester M. l'abbé Sauvage de Chatillonet, présentement au

^^minaire de Montréal, qui passa trois mois au nombre des pri-

^^^^>nniers, et que la Providence préserva, contre son attente, du

^^^^^^ de presque tous ses compagnons. C'était en 1793.

lEa même temps que l'on mettait à mort avec certaines forma-

^^^^8 judiciaires, les prisonniers de l'hôtel de ville, un beaucoup

P-*- Vis grand nombre d'autres étaient fusillés par centaines dans

1^^ différentes rues et places de la ville, mais principalement

^^^^ lieu nommé les Brotteaux, champ voisin de la partie la plus

^^^nvellement habitée. On estime à 7,000 le nombre de ceux qui

^^ X'eat massacrés tant de cette manière que par le moyen de la

S^xillotine. D'où il suit que Lyon moderne a ses martyrs comme

X ^^on ancienne, avec cette différence que les nouveaux n'ont pas

été canonisés. Au contraire, on vient d'établir aux Brotteaux uine église non encore finie et dans laquelle néanmoins on célëbre totJts les jours la messe, tant pour remercier Dieu de la gloire dont jouîesent ceux qui ont été massacrés en état de grâce, que pour Te repos des âmes de celles des victimes de la Révolution, q[iai seraient encore endettées envers la justice divine. Remontons à Fourvières.

Outre les monuments de piété déjà mentionnés, il en est encore de bien dignes d'attirer l'attention. Le premier est, auprès de l'église de S. Irénée, une esplanade d'environ 200 pieds de long et de 50 de large, autour de laquelle sont distribuées douze stations représentant en bas-reliefs de marbre les principales circonstances de la passion de N.-S. A l'extrémité méridionale, s^^r trois grandes marches de pierres finement taillées, s'élëve urie croix sur laquelle est l'image du Sauveur mourant ; au-dessows est une chapelle qui tient lieu de sépulcre. On y descend p^-^ un escalier de 10 à 12 marches, qui conduit à un autel souterrain où la messe se célëbre de temps en temps. L'esplanade est ^ découvert ; les fidèles y peuvent entrer en tout temps, et ce cs^ *' vaire que l'on aperçoit de loin donne un relief particulier à 1 ^ montagne sur la cime de laquelle il est placé.

8. — A quelque distance de là, se trouve l'églipe nommée ^ ^ N.-D. de Fourvières, attenant ci-devant à un monastère supprim-^^' desservie présentement par 12 prêtres séculiers, du nombre ^ ^ ceux que l'âge ou les infirmités rendent incapables d'un ministè»^ plus actif que celui de confesser et de répéter leurs anciens sermor^ au peuple. Ils ne baptisent, ni n'enterrent, ni ne visitent les mal^ des. Seulement ils attendent les pèlerins et les confessent aiitarrr qu'ils le désirent. L'un d'eux est chargé de recevoir les rétrib^ tions de messes qu'ils apportent et de les partager entre lui et s^ confrères. Or ces pèlerins et ces messes sont en très grand nombr Car quoique cette chapelle ait été recherchée de tout temps, el l'est bien davantage depuis le printemps 1805, époque où le So' verain Pontife étant repassé par Lyon, à son retour du couronD ment de Bonaparte, fut conduit à cette église, y célébra la mesf

^t accorda une indulgence pléniëre, à perpétuité et pour tous les jours de l'année, aux fidèles qui la visiteraient en état de grâce, ^ans leur imposer Tobligation de se confesser ni de communier. Il fit plus, car après cette messe, il se transporta sur un balcon qui est au derrière de la sacristie, et au son de toutes les cloches ot au bruit de l'artillerie, il bénit solennellement la ville et le iîîocèse de Lyon, dont il apercevait la plus grande partie, du lieu 4§levé où il était placé.

C'était le 19 avril; depuis ce temps, chaque année, à pareil j our, le Chapitre de la métropole se rend processionnellement à lï.-D. de Fourvières et y chante la messe. Des paroisses entières y viennent des différentes parties du diocèse, et les fidèles de la ville y affluent sans cesse, principalement le samedi, jour consaoré dans toute l'Eglise catholique au culte de la Ste-Vierge.

Invité de prendre part à cette dévotion, l'évêque de Québec y alla célébrer la messe le samedi qu'il se trouvait à Lyon, et fut é<3ifié du concours de peuple qui s'y rendait de tous les quartiers de la ville. Mais il ne le fut pas de trouver près de quatre-vingts naendiants, en station des deux côtés du chemin par lequel on y iiionte et qui n'est pas de moins d'un demi-mille. Il le fut encore moins de ce qu'outre les singeries de ceux établis sur cette route, dont ïes uns allongaient la main pour faire voir les chapelets qu'ils récitaient, les autres affectaient de se tenir à genoux Vour faire accroire qu'ils priaient, les autres récitaient leur prières à haute voix pour en imposer aux passants, il s'en trouva ^>^e demi-douzaine qui, sans respect pour le lieu saint, le poursuivirent jusqu'au milieu de l'église. Ne vaut-il pas mieux donner une ou deux piastres à un aumônier ou au curé d'une Paroisse, pour les distribuer à de vrais indigens qu'ils connaissent, ^Ue de les éparpiller, sou par sou, à une bande de gueux dont la Moitié abusent de la sainteté de la religion pour saigner les l^onnêtes gens et gratifier leur paresse ? N'est-il pas plus digne d Une charité discrète et chrétienne, de ménager ses aumônes pour soulager un particulier ou une famille qui se trouve dans ^^ besoin certain et est trop timide pour demander, que de céder

— lit) —

aux împortunités de ceux qui n'ont pas honte de tyranieer ain-^i les gens, et de leur faire, sans mérite, une aumône qu'ils exto "Moquent et dont les neuf-dixièmes font mauvais usage, de l'aveu de tout le monde ? ^

L'église de N.-D. de Fourviëres n'est nullement proportionn^Se à la multitude de personnes qui la fréquentent. Elle estcoiai-«truite irrégulièrement. Au lieu d'avoir une nef ou trois, elle c^u a deux. Sa petitesse donne prétexte au peuple de franchir 3e balustre du sanctuaire et de se placer jusque sur les marches d^s autels pour entendre la messe. C'est un désordre auquel on wuie fait assez d'attention ni en France, ni en Italie. Le sanctuai :Mre n'est pas fait pour les laïques. Ajoutons à cela que cette* peti 'ite église est remplie d'oblations plus capables de jeter du ridica ïe sur la religion" catholique que de l'édifier. Telles sont de petites images en gravure que l'on permet aux fidèles d'attacher ai» ^ colonnes et aux murs de l'église. Tela sont de petits cœurr^ jambes, pieds de cire, qu'ils suspendent en très grand nombi^® autour des autels. Plus occupés de leurs maux corporels que ^-^ ceux de leurs âmes, ils espèrent toujours quelque miracle poc*-^ leur guérison et se persuadent qu'il y a quelque vertu attachée -^ des offrandes ridicules. Ainsi celui qui a mal au pied, fait fondc^"^ en cire l'image d'un pied et l'apporte à la S*® Vierge. Celui qi-^^^ a une plaie à la jambe, fait faire une petite jambe de cire, etain^^^ du bras, de la main, du cœur, etc. N'y a-t-il pas en toc cela une petite dose de superstition, et n'est-ce pas pèche contre le culte légitime qui est dû à Dieu et à ceux qu'il a glc^ rifiée, que de prétendre en obtenir des faveurs et des effets surn^

] — Je suis heureux de pouvoir dire que tout cela est changé comme bi^ d'autres choses et pour le mieux. Je suis allé deux fois à Lyon etjen'pas eu à souffrir des obsessions des quêteux. Mais le règlement de la sacrL lie ne me va guère et déplaît à plusieurs. Un prêtre qui veut dire la mese à l'intention des chapelains ou de l'église, reçoit un honoraire ; mais s' tient à son intention, alors il lui faut payer l'amende et verser la somme « quinze sous, je crois, entre les mains du sacristain. C'est une cérémonie de on pourrait exempter les pèlerins. Quant aux quêteux, je crois qu'ils émigré à Lourdes.

-fcurels par des moyens qui n'y sont propres ni de leur nature, ni j)ar ^institution de Dieu, ni par celle de l'Eglise ?

9. — De N.-D. de Fourviferes, l'évêque de Québec passa à l'An-

-tîquaîlle déjà mentionnée, dont le nom, non plus que l'apparence

extérieure, ne saurait donner l'idée dé ce. qu'elle contient. C'est

-cin hôpital construit dans le penchant de la montagne, établisse-

opaent remarquable et par son étendue que l'on ne soupçonnerait

j^as, et par la variété des objets qu'il embrasse, et par l'ordre

^Kimirable avec lequel il est tenu. Il renferme 200, tant vieillards

que vieilles femmes infirmes, 80 fous, 135 folles, un nombre de

:6.11e8 perdues que l'on y renferme par punition, des jeunes gens

infectés de mal vénérien et qui n'en sortent qu'après qu'ils sont

guéris, et après beaucoup de promesses d'une meilleure vie qu'ils

ja'observent pas. Ces différentes espèces de personnes sont toutes

dans des salles séparées, les loges des fous donnant sur une cour,

celles des folles sur une autre. Tous les matins, on les met dehors

pour la journée, excepté ceux et celles qui ont besoin d'être à la

chaîne. Nous vîmes les uns et les autres. C'est quelque chose

d'humiliant pour l'humanité et de plaisant tout ensemble, que

<l'en tendre les propos et de suivre les gestes d'une troupe de gens

destitués de raison, les uns gais, babillant, chantant, les autres

rêveurs, allant, venant, se débattant, etc. Ne serait-ce pas le

^onde en raccourci ? Combien qui ne sont pas enfermés à l' Anti-

<iuaille et dont les vues, les projets, la conduite ne sont pas

^îoux raisonnes ?

Entre les fous détenus dans ce refuge, se trouvent trois prêtres ^^^quels la tête a tournée pendant la Révolution de France. L'un ^'eux prit l'évêque de Québec pourK S. P. le Pape, et M. Turg^on pour la duchesse d'Angoulême, et leur adressa ses compliments en ces différentes qualités. 36 Sœurs et 12 Frères, de la m^nie espèce que ceux et celles du grand hôpital, donnent leurs . s^ina à cet excellent établissement, qui se trouve composé de 700 P^i^onnes en tout, ayant à leur tête un aumônier, jeune homme ^^trêmement pieux et honnête, devant lequel tremblent et fous et ^^Uea, et libertins et libertines, et qui exerce son ministère pastoral

en faveur de ceux de l'établissement qui sont capables d'en prc fiter. Il étend ses soins à un hôpital militaire situé à quelque pas du sien, et se plaint beaucoup de la dépravation des soldai qui le remplissent, gens sans mœurs et sans religion. En revanch» il se loue extremement.de la bonne conduite des citoyens respe tables qui forment la commission chargée du temporel de l'Ant quaille, ainsi que des officiers qui, sous leurs ordres et sous L siens, remplissent les places de médecin, de procureur, d'apoth caire, etc. Ils ont leur logement auprès du sien, et il y a une peti salle très décente et bien meublée dans laquelle les membres c la commission viennent tenir leur bureau une fois la semaine.

Le séminaire de St-Irénée n'est pas un des établissements 1< moins importants de là ville de Lyon. Il était ci-devant tenu pt les Sulpiciens. Bonaparte les renvoya, on ne sait trop pourquo puisqu'il les laissa en même temps subsister dans les autres pa ties de la France. MM. les grands vicaires les ont remplace par d'autres prêtres qui ne tiennent à aucune congrégation, ma sont bien choisis, et conduisent avec une sagesse remarquable le 200 élèves que l'on y compte actuellement. Régularité, ferveui amour de l'étude, habitudes ecclésiastiques, zèle pourle|p.lut de âmes : tel est l'esprit dominant de ces séminaristes et de leui directeurs.

MM. les grands vicaires ont profité des vacances dernière pour donner, tant par eux-mêmes que par les supérieurs et dire( teurs du séminaire, une retraite aux curés du diocèse. Il s'y son rendus au nombre de 300. Vingt prêtres de la ville étaient choisi pour leur servir de confesseurs. Cette retraite s'est faite ave beaucoup de ferveur. Elle a fini le 25 août, fête de S. Louis.

Outre le grand séminaire de St-Irénée où l'on n'enseigne que I théologie, il y en a trois petits, à une petite distance de la vill épiscopale, entre lesquels se partagent 800 élèves auxquels o enseigne les humanités, la rhétorique et la philosophie, tous coc fiés à des prêtres d'une vertu et d'une vigilance éprouvées. Ent il y a auprès de la métropole un autre établissement de mena espèce, où sont réunis 70 jeunes gens que l'on fait étudier jusqu*

la x-hétorique irKîlusivement, et auxquels deux chanoines sont

olxa^Tgés d'enseigner le chant. L'un des deux leur en donne les

r^g-les générales ; l'autre leur fait répéter la messe qui doit se

clrLSLnter ce jour-là ; et comme cette leçon se donne principalement

le matin, l'établissement se nomme la manécantrerie. Ces jeunes

gons sont sous l'inspection immédiate du Chapitre. On leur

enseigne les cérémonies et ils s'en acquittent extrêmement bien.

I>e tous ces établissements, il résulte que le diocèse de Lyon est

de "tous ceux de France le mieux organisé, celui qui a le plus de

sujets pour occuper les places ecclésiastiques, celui où l'humanité

BOiaffrante trouve plus de ressources, et celui qui réunit, pour

l'entretien de la piété, un plus grand nombre de monuments

vénérables.

L'église principale de Lyon, située sur la rive droite de la Saône, au pied de la montagne de Fourvières, n'est pas seulelïient cathédrale et métropolitaine, mais encore prîmatiale. Celles de Sens, de Bourges, de Bordeaux lui disputèrent autrefois cette prérogative, mais ont été forcées de renoncer à leurs prétentions. T-iea archevêques de Lyon sont demeurés seuls en possession de la qualUé de primats des Gaules, de sorte que l'on pouvait appeler ^ leur tribunal de tous les jugements ecclésiastiques rendus par les autres métropolitains de France. Il paraît néanmoins que depuis longtemps cette primatie s'est réduite à un titre d'honneur sans fonction, et que l'appel simple dos sentences des archevêques <lu royaume est porté directement au Saint-Siège.

Cette église, devenue plus vénérable par la tenue de deux coiieiles œcuméniques, l'un en 1245 sous le pontificat de Inno- ^^nt IV, l'autre en 1274 sous celui de Q-régoireX, est sous l'invocation de S. Jean-Baptiste. C'est un grand édifice gothique ^^nt la nef est très sombre. Le chœur l'est un peu moins, parce <lUe Ton a remplacé par des verres blancs une partie des vitres colorées qui en garnissaient les châssis. Autrefois il n'y avait de tableaux que ceux du chœur, au nombre de quatre qui y sont ^ïicore, tableaux de prix, qui représentent quelques-uns des événements les plus mémorables du peuple Israélite dans le

désert. Depuis un petit nombre d'années, on en a introduit d'autres dans la nef, mais qui ne sont pas encore munis de cadres.

Les premiers évêques de Lyon étant des élevés de l'église de Smyrne, apportèrent avec eux les cérémonies et la liturgie du levant et on les y a conservées. Un des derniers archevêques (M^' de Montazet) réforma l'office sur le modelé du bréviaire de Paris, mais il ne changea rien à la liturgie qui se célèbre encore comme autrefois.

Avant la Révolution française, le Chapitre était nombreux et l'on n'y admettait que ceux qui pouvaient prouver leur noblesse remontant à quatre générations, ce que l'on appelait quatre quartiers de noblesse. Aussi ces chanoines étaient-ils appelés les comtes de Lyon. Depuis le concordat de 1801, leur nombre est réduit, on ne les appelle plus comtes, ils ne sont plus nobles, mais ils sont pauvres et modestes, et cela vaut mieux. Les grands vicaires de l'Archevêque, au nombre de'trois, sans être chanoines, président le chapitre et disputent avec eux d'assiduité au chœur. L'habillement des uns et des autres est un rochet, tel que le portent les évêques, avec une mozette noire, dont le devant est rouge sur une largeur de quatre doigts, bordée d'hermine d^s deux: côtés. Les prébendes simples sont habillés de même, excepté ques leur mozette n'a rien de rouge. Dans les jours solennels, noiE seulement le célébrant, mais encore le diacre et le sous-diacre portent la mitre. La sacristie fut pillée pendant la Révolution mais le cardinal Fesh, nommé archevêque au concordat de 1801 a réparé ses pertes en la garnissant de nouveaux ornements d'un— qualité remarquable. Par considération pour lui ou par un mou» vement de piété, l'impératrice Joséphine fit présent à cette église d'un énorme ostensoir d'argent du poids de 42 marcs \ Le carr dinal (aujourd'hui proscrit comme toute la famille de Bonapart et résidant à Rome) a beaucoup fait pour son église et pour so "diocèôe. C'est à lui qu'on est redevable de tous les tableaux qi* ornent la nef de l'église et les appartements de l'archevêché. Il

1 — Le marc pesant huit onceS; cet ostensoir pèse lui-même 21 livres.

profité de sa faveur auprès de l'empereur, son neveu, pour remettre sur pied plusieurs établissements religieux dont les autres diocèses de France n'ont pu, jusqu'à ce jour, obtenir la restauration. Eloigné de son église, sans apparence qu'il y retourne jaraais, il ne la perd pas de vue, s'y intéresse vivement et n'a pas de plus grand plaisir que d'apprendre que les choses y sont en bon état.

Iiyon est le chef-lieu et le grand noviciat des Frères ignorantîns ou des Ecoles Chrétiennes déjà mentionnés dans ce journal. Le Frère général y a résidé jusqu'à présent ; il est question de le transférer à Paris, comme étant le lieu d'où il pourra plus aisément exercer sa vigilance sur les difiérentes maisons de son ordre, qviî se multiplient merveilleusement, en dépit des efforts de la naalveillance pour les discréditer.

Entre les communautés établies à Lyon, on compte les Ursuli- »es et les Visitandines, dans le monastère desquelles mourut S. François de Sales, et où l'on conserve son cœur, le corps ayant été transporté à Annecy.

C'est aussi dans cette ville que mourut S. Bonaventure, pendant la tenue du second concile en 1274. Ses précieux restes ont ^^ précisément le même sort que ceux de S. Irénée, son corps ^yant été mis en pièces par les Huguenots et sa tête par les révolutionnaires. Sa mémoire n'en est pas moins en vénération dans l' église où il avait été déposé, et qui, après avoir appartenu aux ■^^"anciscains, est devenue une paroisse. L'évêque de Québec y * ^lla dire la sainte messe, le dimanche qu'il passa à Lyon ; mais il voulut assister à la messe solennelle dans l'église primatiale de ot- Jçan^ désirant observer par lui-même les cérémonies qui s'y Pratiquent.

I^our les bien comprendre, le lecteur doit savoir que le chœur <>ccupe par sa longueur un bon tiers de celle de l'église. L'autel ^^ti isolé au milieu de cette longueur, moins éloigné cependant du "^lustre que du rond-point. Lorsque l'archevêque officie, il a son ti^ôtie dans le rond-point même, d'où partent les stalles des cha- ^^ines, placées de chaque côté le long du mur en venant vers

désert. Depuis un petit nombre d'années, on en a introduit d'autres dans la nef, mais qui ne sont pas encore munis de cadres.

Les premiers évêques de Lyon étant des élevés de l'église de Smyrne, apportèrent avec eux les cérémonies et la liturgie du levant et on les y a conservées. Un des derniers archevêques (M^' de Montazet) réforma l'office sur le modèle du bréviaire de Paris, mais il ne changea rien à la liturgie qui se célèbre encore comme autrefois.

Avant la Révolution française, le Chapitre était nombreux et l'on n'y admettait que ceux qui pouvaient prouver leur noblesse remontant à quatre générations, ce que l'on appelait quatre quartiers de noblesse. Aussi ces chanoines étaient-ils appelés les comtes de Lyon. Depuis le concordat de 1801, leur nombre est réduit, on ne les appelle plus comtes, ils ne sont plus nobles, mais ils sont pauvres et modestes, et cela vaut mieux. Les grands vicaires de l'Archevêque, au nombre de'trois, sans être chanoines, président le chapitre et disputent avec eux d'assiduité au chœur. L'habillement des uns et des autres est un rochet, tel que le portent les évêques, avec une mozette noire, dont le devant est rouge sur une largeur de quatre doigts, bordée d'hermine d^s deua côtés. Les prébendes simples sont habillés de même, excepté que leur mozette n'a rien de rouge. Dans les jours solennels, non seulement le célébrant, mais encore le diacre et le sous-diacrportent la mitre. La sacristie fut pillée pendant la Révolution mais le cardinal Fesh, nommé archevêque au concordat do 180L a réparé ses pertes en la garnissant de nouveaux ornements d'un qualité remarquable. Par considération pour lui ou par un moi» vement de piété, l'impératrice Joséphine fit présent à cette église d'un énorme ostensoir d'argent du poids de 42 marcs ^. Le caE dinal (aujourd'hui proscrit comme toute la famille de Bonaparte et résidant à Rome) a beaucoup fait pour son église et pour so* diocèôe. C'est à lui qu'on est redevable de tous les tableaux qc ornent la nef de l'église et les appartements de l'archevêché. H

1— Le marc pesant huit onces, cet ostensoir pèse lui-même 21 livres.

profité de sa faveur auprès de l'empereur, son neveu, pour remettre sur pied plusieurs établissements religieux dont les autres clîoeëses de France n'ont pu, jusqu'à ce jour, obtenir la restauration. Eloigné de son église, sans apparence qu'il y retourne jamais, il ne la perd pas de vue, s'y intéresse vivement et n'a pas clo plus grand plaisir que d'apprendre que les choses y sont en bon état.

Xiyon est le chef-lieu et le grand noviciat des Frëres ignorantîns ou des Ecoles Chrétiennes déjà mentionnés dans ce journal. Le Frère général y a résidé jusqu'à présent ; il est question de le transférer à Paris, comme étant le lieu d'où il pourra plus aisénci ent exercer sa vigilance sur les différentes maisons de son ordre, q.i:iî se multiplient merveilleusement, en dépit des efforts de la malveillance pour les discréditer.

Entre les communautés établies à Lyon, on compte les Ursulii^es et les Visitandines, dans le monastère desquelles mourut S. François de Sales, et où l'on conserve son cœur, le corps ayant été transporté à Annecy.

C'est aussi dans cette ville que mourut S. Bonaventure, pendant la tenue du second concile en 1274. Ses précieux restes ont ^^ précisément le même sort que ceux de S. Irénée, son corps ^yaiit été mis en pièces par les Huguenots et sa tête par les révolutionnaires. Sa mémoire n'en est pas moins en vénération dans 1 église où il avait été déposé, et qui, après avoir appartenu aux ■^^anciscains, est devenue une paroisse. L'évêque de Québec y * ^lla dire la sainte messe, le dimanche qu'il passa à Lyon ; mais il ^^ulut assister à la messe solennelle dans l'église primatiale de ^t- J^an, désirant observer par lui-même les cérémonies qui s'y Pratiquent.

I^our les bien comprendre, le lecteur doit savoir que le chœur ^^eupe par sa longueur un bon tiers de celle de l'église. L'autel ^^t isolé au milieu de cette longueur, moins éloigné cependant du ^^lustre que du rond-point. Lorsque l'archevêque officie, il a son ti^ôixe dans le rond-point même, d'où partent les stalles des cha- ^^ities, placées de chaque côté le long du mur en venant vers

l'autel où elles n'arrivent cependant pas. Elles finissent par deu stalles plus grandes et mieux ornées que les autres. Celle du côl de l'épitre est occupée par l'archevêque lorsqu'il assiste sat oflB.cier. Celle du côté de l'évangile est tenue en réserve, et, lor que le cas y échet, on en fait politesse à un prélat étranger.

Outre le crucifix qui est sur l'autel entre les chandeliers, il en a deux autres, un à chaque bout, en mémoire de la réconcill tion (peu durable) qui se fit au second concile général de Lyoi des deux églises grecque et latine. A l'autel est adossée ur crédence ou buffet couvert d'une nappe et orné d'un paremen mais n'ayant que le marche-pîed, au lieu que l'on monte à l'aut principal par plusieurs degrés. Sur ce buffet, on prépare avant messe solennelle les articles suivants, qui ne sont portés à l'aut qu'à mesure qu'ils sont nécessaires et que l'on rapporte aussiti après, savoir : deux missels, l'un à plat, l'autre sur un pupitn un calice avec sa patène garnie d'une hostie, et par-dessus c carton de forme octogone doublé en toile, couvert d'une étof de soie bordée en or avec de petites soupandes bordées de mêm larges de deux pouces et tombant des 8 côtés ; les burettes ga nies ; un encensoir vide avec sa navette ; près du buffet un réchai avec des pincettes et des charbons ardents ; deux torches éteinte

A environ 10 pieds de ce buffet et à égale distance des stall des chanoines, est un tabouret pour le sous-diacre. En avant ( l'autel et du côté del'épitre, sont deux autres tabourets, l'unpoi le diacre, l'autre pour le célébrant ; et auprès de celui-ci un puj tre mobile soutenu par une verge de fer que l'on peut raccou cir et allonger au besoin. Sur l'autel est un grand corpor étendu, puis une boîte d'argent doré en forme d'un volume in-f jli contenant une copie (que l'on ne voit pas) des évangiles. Cet boîte est placée sur un coussin revêtu de damas et bordé ( galons d'or, entre le milieu de l'autel et le coin de l'évangile.

Le Saint-Sacrement n'est point conservé dans la custode de c autel, mais dans une autre chapelle de l'église, et si la messe de être chantée devant le Saint- Sacrement exposé, un prébend assisté de deux clercs portant des flambeaux, va le cherche

l'apporte, l'expose en présence du célébrant et de ses deux officiers qui ne s'en mêlent nullement, et se retire. C'est ce qui arrive tous les jeudis, jours auxquels cette exposition a réguliërenaent lieu.

Xie diacre et le sous-diacre ajustent leurs amicts et leurs aubes, de manière à faire voir leurs rabats tout entiers. Leurs dalmatîques ont à peu prës la forme des nôtres, excepté que les manches Bont cousues et non ouvertes, comme on les porte en France et en Canada. Par-dessus la dalmatique, ils ont autour du cou une espèce de crémone large de quatre pouces, de même étoffe que le reste de l'ornement et venant sous le rabat où elle s'attache.

Le dimanche, à la fin de sexte, le sous-diacre, portant la croix entre les deux acolytes, sort de la sacristie et entre par une porte latérale du côté de l'épitre, dans la partie du chœur ou du sanctuaire qui est en avant de l'autel, et se rend par l'ouverture du naîlieu du balustre vers le bas de l'église. Les clercs du chœur, les chantres, chapelains, prébendes et chanoines le suivent deux à deux, avec beaucoup de gravité et de silence, jusqu'au bas de la ï^ef, où le célébrant, revêtu du pluvial et assisté du diacre, fait à ^oîx basse la bénédiction du sel et de l'eau, puis entonne Asperges î^e le chœur continue , et, sans changer de place, il donne l'eau l^^nite au clergé et au peuple On revient du chœur en répétant 1 antienne ; chacun retourne à sa place ; le sous-diacre et les acolytes regagnent la sacristie, et le célébrant les suit, après avoir chanté, au pied de l'autel, les versets et l'oraison de l'aspersion. -^^Bsitôt le chœur commence l'introït. Il est remarquable qu'il ^ y a pas d'orgue dans cette église, mais seulement un serpent V^\ accompagne les excellentes voix chargés du chant du chœur. ^^ Sont de jeunes clercs de la manécantrerie susmentionnée, très Surs de leur chant et bien secondés par les chanoines, entre les- ^^bIq il y a des basses-tailles remarquables.

Cependant le célébrant revient à l'autel sans cérémoniaire, sans thuriféraire, mais seulement précédé des deux acolytes, du Fiacre et du sous-diacre. Dès qu'ils ont fait le salut à l'autel, le ^^Ua-diacre part et s'en va au balustre en dedans duquel il s'arrête,

se tourne vers l'autel et s'assied sur un tabouret qui lui est prépar Les acolytes se retirent aussi du balustre, laissant leurs chandelle sur le pavé, à environ dix pieds de l'autel. Le célébrant fait confession seul avec le diacre. Pendant qu'il la fait, un cl^ apporte du buffet à l'autel celui des deux missels qui était sur se pupitre, et après la confession faite, le célébrant, sans encan* l'autel, va au coin de l'épitre lire l'introït etc. Dès que le Glor^* in excelsis est commencé, le sous-diacre quitte le balustre et '^ gravement s'asseoir sur l'autre tabouret qui lui était prépgui derrière l'autel et au milieu du Chapitre. Il se lève à la fin 3 Gloria in excelsis, s'avance vers le buffet, prend le missel qui restait à plat et regagne le balustre, tandis que le célébra» chante les collectes. Rendu à cette place, il y chante l'épit i assis, ayant le missel sur ses genoux, puis revient vers le célébrai sans s'agenouiller ; celui-ci, aussitôt après les collectes, s'est reti : avec le diacre sur les deux tabourets pour eux préparés du c6 ■ de l'épitre. On a apporté et placé sur le pupitre mobile, aupri duquel il se trouve, le missel qui était sur l'autel. C'est dans < missel que le célébrant assis lit l'épitre, le graduel et l'évangil Au lieu de donner la bénédiction au sous-diacre qui vient trouver dans cette place, il semble lui dire quelque chose l'oreille, et celui-ci se retire, donnant le missel, dans lequel il chanté l'épitre, à un clerc qui va le porter sur le pupitre où de se chanter l'évangile. Cependant un autre clerc prend l'ence ^ soir qui est sur le buffet, y met du feu et va faire bénir l'ence i au célébrant encore assis avec le diacre. Cela fait, le diacre lève, va faire la génuflexion avec le sous-diacre, qui pendant bénédiction de l'encens est monté à l'autel et en descend, portfu' sur sa poitrine le coussin couvert de damas et la boîte d'arg^ mentionnée ci-dessus. Ils se rendent tous deux au pupitre ^ doit se chanter l'évangile. Les acolytes revenus du balust^ prennent leurs cierges et les y suivent. Le thuriféraire re^ seul devant l'autel, faisant aller son ensensoir dans toute < longueur, à droite et à gauche, tant que l'évangile dure, sa-J encenser ni l'évangile au commencement, ni le célébrant aprS

Dès que l'évangile est fini, le sous-diacre porte à baiser, d'abord au célébrant, puis à chacun des chanoines et prébendes, non le missel où l'évangile a été chanté, mais la boîte d'argent qu'il a toujours tenue sur sa poitrine et qu'il remet enfin sur la crédence, après quoi il va de nouveau s'asseoir sur son tabouret au milieu du chœur.

Le célébrant, après avoir baisé la boîte d'argent, entonne le Credo. Le diacre le récite avec lui et, comme ils ne se sont assis ni l'un ni l'autre pendant que l'on chantait le Gloria in excelsis^ ils restent aussi debout tout pendant que l'on chante le Crede^ savoir : le célébrant au milieu de l'autel et le diacre loin derrière lui et au-dessus du dernier degré. Après l'évangile, les acolytes ont reporté leurs chandeliers au même lieu où ils les avaient déposés d'abord, et ne les reprennent plus qu'après la messe finie.

Vers la fin du Credo, le sous-diacre quitte sou tabouret et s'approche du buffet ou de la crédence où le diacre va le joindre. Là ils mettent le vin et l'eau dans le calice, et s'en vont à l'autel, où le sous-diacre porte le calice couvert de sa patène avec une hostie par-dessus. Le célébrant reçoit le tout des mains du diacre, fait tout ensemble l'oblation du pain et du vin, bénit l'encens, encense les oblats et l'autel, est encensé et poursuit la messe à l'ordinaire, mais seul jusqu'à ce que le diacre soit revenu du choeur où il va encenser tous les chanoines un à un de deux coups chaque, de sorte qu'il n'arrive auprès du célébrant que vers la fi^ de la préface, landis que le thuriféraire encense le bas-chœur, ^t dépose son encensoir pour ne plus le reprendre, après en avoir ternis les charbons dans le réchaud où ils les avait pris.

-A. la fin de la préface, on allume les deux torches placées auprès

"^ buffet; les acolytes viennent les prendre et se rendent à

^^tel chacun par leur côté, suivis de deux lignes de jeunes clercs

^^ chœur, qui marchent avec une gravité admirable au-devant de

^ ^Utel, à une certaine distance duquel ils se mettent à genoux sur

^^atre rangs, chantent une hymne au Saint-Sacrement pendant

^ élévation et reviennent dans le même ordre, les acolytes étei-

S^ant et déposant leurs torches au même lieu où ils les ont prises.

Le sous-diacre, après Toblation, avait reçue la patëne, non dai^k^ s une écharpe ni de la main droite, mais de la gauche et entre l^^s deux pattes de son manipule, et était venu derrière l'autel aupr^^s de son tabouret, où il l'a tenue fort élevée jusqu'au temps où on a coutume de la reporter. Il revient donc à l'autel à la fin du Pat^ ^, puis uyant reçu la paix du diacre après VAgnus Deij il va l «p donner à chacun des chanoines, un à un, puis aux prébendes. M 1 retourne à l'autel pour la purification et l'oblation, recevant 1^38 burettes d'un des acolytes qui l'y accompagne. Ce n'est pas ImsxI qui essuie le calice, mais le célébrant qui le donne ensuite sê^^ xi diacre avec la patène. Celui-ci le présente au sous-diacre qui 1 e reçoit horizontalement, tenant un doigt sur la patène et l'aut^re au-dessous du calice, et le reporte de la même manière à la cr^dence où il le recouvre du carton octogone dont il a été fait me'MiT.tion ci-dessus ; car à cette messe on ne se sert ni de voile ni de paL ^^ et dans les temps où le calice doit être couvert, le célébrant Xe couvre d'un des côtés du corporal. C'était l'ancien usage mênc»-0 dans les églises où l'on suit le rite latin. Le pale n'a été sépart^^ du corporal que récemment et pour plus grande commodit^^- Aujourd'hui encore la bénédiction de la pale n'est pas séparée ci^ celle du corporal, l'un et l'autre étant destinés au même usag"^^ ad tegendum et involvendum corpus Domini NostrL

Après Vite missa esty le célébrant récite placeat^ baise l'autel, ^* se retire comme il est venu, précédé des deux acolytes et ci*^ diacre et du sous-diacre ; la messe est finie, il n'y a ni bénédictioi^^ > ni dernier évangile. Telle est la manière dont se fait la litarg'î-^ dans l'église primatiale de Lyon. Elle est remarquable par ^5-^ simplicité, par l'exactitude avec laquelle tout se fait à propo^» sans confusion, sans hiatus ; elle l'est peut-être encore davanta-,^"^ par la décence vraiment édifiante avec laquelle tous ceux qui ^ sont employés, jeunes et vieux, s'acquittent de leurs fonction^- La seule chose que l'on puisse reprocher au Chapitre, est la patient?^ avec laquelle il souffre que les laïques s'introduisent dans le ch(B«^ et le sanctuaire, quelque respectueusement qu'ils s'y tiennent. Pourquoi un balustre au-devant du chœur ? Pourquoi une grilte

e fer tout autour, si les fidèles peuvent sans obstacle franchir un et l'autre et y entrer pêle-mêle avec le clergé ? ^

X^a messe finie, le curé de la paroisse (car il y en a un dans et te église) fait le prône et les annonces, tandis que les chanoines e retirent ; après quoi il se dit une messe basse entre onze heures t midi, pour la commodité des particuliers qui n'auraient pu l'enendre. L'après-midi, le Chapitre se rassemble, chante none et ^êpres ; l'ofliciant ne prend le pluvial qu'au capitule et le laisse ^près la dernière oraison, sans sortir du chœur. Peut-être qu'il y t d'autres chapiers et plus d'appareil dans les grandes solennités.

Il était d'usage qu'un chanoine prêchât le peuple après coraplies. Ce devoir est maintenant rempli tous les dimanches par ^. Courbon, le premier des vicaires généraux du cardinal absent. lîet homme de mérite est l'âme du diocèse. Son âge de 72 ans, ' ion Bavoir, sa piété, la manière facile et active avec laquelle il

3 — A vingt ans d'intervalle, j'ai assisté deux fois à la grand'messe chantée ians la primatiale de Lyon, et je crois devoir ajouter quelques mots à Tinté- '^ssante description que le Prélat fait des cérémonies. Voici ce que j'écrirais iiioi-mêiiie sur ce sujet dans mes Notes de voyage publiées sur la Patriey în 1900:

*' 3?our V asperges, tout le clergé précédé de deux suisses se rend au bas de église, se place en cercle, et c'est là que se font solennellement les prières ^® la bénédiction de l'eau. Alors le célébrant vient asperger le peuple, puis ^s olercs qui sont revenus au chœur, et tout le temps on chante des hymnes 'Ppr-opriées. J'ai vu déjà dans cette procession plus de trois cents séminaistes en surplis et rabat. Cette fois les élèves du séminaire n-y étaient pas, *^a.is la maîtrise comptait cent cinquante chantres, et douze chanoines ^^^ompagnaient le célébrant. Celui-ci n'entre pour la messe qu'à la fin du ^y rie et il a pour l'assister huit servants en dalmatiques et deux alcolytes. ^^ <ioup d'œil est superbe et les cérémonies se font avec un soin et une per- ^ction admirables. On ne fait jamais de génuflexions complètes mais des ^^tnî-génuflexions. Au dernier qui iollis peccata mundi du Gloria, tout le ^^^ïide tombe à genoux de même qu'à VIncamatus du Credo, et c'est d'un ^^ès bel effet.

** Quanta la maîtrise, je pense bien qu'elle est la meilleure de France... ^<i sont les soprani qui font les soli du graduel et de l'alleluia et avec quelle douceur et quel charme I... Sons harmonieux, chant mesuré, nuancé, alerte, <ioux et puissant."

se tourne vers l'autel et s'assîed sur un tabouret qui lai est prépar-^. Les acolytes se retirent aussi du balustre, laissant leurs chandelle mr& sur le pavé, à environ dix pieds de Tautel. Le célébrant fait "M» confession seul avec le diacre. Pendant qu'il la fait, un chrmra apporte du buffet à l'autel celui des deux missels qui était sur sc^ri pupitre, et après la confession faite, le célébrant, sans eucens^^r l'autel, va au coin de l'épitre lire l'introït etc. Dès que le Gloi^^^ in excelsis est commencé, le sous-diacre quitte le balustre et ^^^agravement s'asseoir sur l'autre tabouret qui lui était prépa^r^é derrière l'autel et au milieu du Chapitre. Il se lève à la fia A- ^^ Gloria in excelsis, s'avance vers le buffet, prend le missel qui JT restait à plat et regagne le balustre, tandis que le célébrant 't^ chante les collectes. Rendu à cette place, il y chante l'épitar**^ assis, ayant le missel sur ses genoux, puis revient vers le célébrac^^p. t sans s'agenouiller ; celui-ci, aussitôt après les collectes, s'est retia::*^ avec le diacre sur les deux tabourets pour eux préparés du côt>^ de l'épitre. On a apporté et placé sur le pupitre mobile, aupr^^^ duquel il se trouve, le missel qui était sur l'autel. C'est dans as^^ missel que le célébrant assis lit l'épitre, le graduel et l'évangiL ^^« Au lieu de donner la bénédiction au sous-diacre qui vient 'M- ^ trouver dans cette place, il semble lui dire quelque chose ^ l'oreille, et celui-ci se retire, donnant le missel, dans lequel iL ^ chanté l'épitre, à un clerc qui va le porter sur le pupitre où dc^^*-^ se chanter l'évangile. Cependant un autre clerc prend l'ence"»::^^ soir qui est sur le buffet, y met du feu et va faire bénir Pence «:^^ au célébrant encore assis avec le diacre. Cela fait, le diacre ^^ lève, va faire la génuflexion avec le sous-diacre, qui pendant 1^ bénédiction de l'encens est monté à l'autel et en descend, port&o^ sur sa poitrine le coussin couvert de damas et la boîte d'argent mentionnée ci-dessus. Ils se rendent tous deux au pupitre où doit se chanter l'évangile. Les acolytes revenus du balustre prennent leurs cierges et les y suivent. Le thuriféraire reste seul devant l'autel, faisant aller son ensensoir dans toute sa longueur, à droite et à gauche, tant que l'évangile dure, sans encenser ni l'évangile au commencement, ni le célébrant aprèa.

Des que l'évangile est fini, le sous-diacre porte à baiser, d'abord au célébrant, puis à chacun des chanoines et prébendes, non le missel où l'évangile a été chanté, mais la boîte d'argent qu'il a toujours tenue sur sa poitrine et qu'il remet enfin sur la crédence, après quoi il va de nouveau s'asseoir sur son tabouret au milieu du chœur.

Le célébrant, aprës avoir baisé la boîte d'argent, entonne le Credo. Le diacre le récite avec lui et, comme ils ne se sont assis ni l'un ni l'autre pendant que l'on chantait le Gloria in excelsis^ ils restent aussi debout tout pendant que l'on chante le Credo, savoir : le célébrant au milieu de l'autel et le diacre loin derrière Inî et au-dessus du dernier degré. Après l'cvangile, les acolytes ont reporté leurs chandeliers au même lieu où ils les avaient déposés d'abord, et ne les reprennent plus qu'après la messe finie.

V"er8 la fin du Credo, le sous-diacre quitte son tabouret et s'approche du buffet ou de la crédence où le diacre va le joindre. Là ils mettent le vin et l'eau dans le calice, et s'en vont à l'autel, où 1^ sous-diacre porte le calice couvert de sa patène avec une hostie par-dessus. Le célébrant reçoit le tout des mains du diacre, fait tout ensemble l'oblation du pain et du vin, bénit l'encens, ^ï^cense les oblats et l'autel, est encensé et poursuit la messe à 1 Ordinaire, mais seul jusqu'à ce que le diacre soit revenu du choBiir où il va encenser tous les chanoines un à un de deux coups ^'^^que, de sorte qu'il n'arrive auprès du célébrant que vers la ^u de la préface, tandis que le thuriféraire encense le bas-chœur. ^"^ dépose son encensoir pour ne plus le reprendre, après en avoir ^^inis les charbons dans le réchaud où ils les avait pris.

A la fin de la préface, on allume les deux torches placées auprès ^u buffet ; les acolytes viennent les prendre et se rendent à ^'autel chacun par leur côté, suivis de deux lignes de jeunes clercs du chœur, qui marchent avec une gravité admirable au-devant de l'autel, à une certaine distance duquel ils se mettent à genoux sur quatre rangs, chantent une hymne au Saint-Sacrement pendant J'élévation et reviennent dans le même ordre, les acolytes éteignant et déposant leurs torches au même lieu où ils les ont prises.

Le sous-diacre, après l'oblation, avait reçue la patëne, non data, une écharpe ni de la main droite, mais de la gauche et entre Is deux pattes de son manipule, et était venu derrière l'autel auprfe de son tabouret, où il l'a tenue fort élevée jusqu'au temps où on coutume de la reporter. Il revient donc à l'autel à la fin du Patem puis uyant reçu la paix du diacre après VAgnus Deiy il va 1= donner à chacun des chanoines, un à un, puis aux prébendes. E retourne à l'autel pour la purification et l'oblation, recevant les burettes d'un des acolytes qui l'y accompagne. Ce n'est pas liu qui essuie le calice, mais le célébrant qui le donne ensuite au diacre avec la patène. Celui-ci le présente au sous-diacre qui !• reçoit horizontalement, tenant un doigt sur la patène et l'autre au-dessous du calice, et le reporte de la même manière à la crédence où il le recouvre du carton octogone dont il a été fait mention ci-dessus ; car à cette messe on ne se sert ni de voile ni de pales et dans les temps où le calice doit être couvert, le célébrant 1« couvre d'un des côtés du corporal. C'était l'ancien usage même dans les églises où l'on suit le rite latin. Le pale n'a été séparée du corporal que récemment et pour plus grande commodît» Aujourd'hui encore la bénédiction de la pale n'est pas séparée d« celle du corporal, l'un et l'autre étant destinés au même usages ad tegendum et involvendum corpus Domini Nostri.

Après Vite missa est^ le célébrant récite jolaceat, baise l'autel, es se retire comme il est venu, précédé des deux acolytes et d" diacre et du sous-diacre ; la messe est finie, il n'y a ni bénédictiom ni dernier évangile. Telle est la manière dont se fait la liturgi dans l'église primatiale de Lyon. Elle est remarquable par s= simplicité, par l'exactitude avec laquelle tout se fait à propos sans confusion, sans hiatus ; elle l'est peut-être encore davantaç" par la décence vraiment édifiante avec laquelle tous ceux qui sont employés, jeunes et vieux, s'acquittent de leurs fonctions La seule chose que l'on puisse reprocher au Chapitre, est la patiencs avec laquelle il souffre que les laïques s'introduisent dans le chœoet le sanctuaire, quelque respectueusement qu'ils s'y tiennen"* Pourquoi un balustre au-devant du chœur ? Pourquoi une grilE

de fer tout autour, si les fidèles peuvent sans obstacle franchir l'un et l'autre et y entrer pêle-mêle avec le clergé ? ^

JLa messe finie, le curé de la paroisse (car il y en a un dans cette église) fait le prône et les annonces, tandis que les chanoines se retirent ; après quoi il se dit une messe basse entre onze heures et midî, pour la commodité des particuliers qui n'auraient pu l'entendre. L'après-midi, le Chapitre se rassemble, chante none et vêpres ; l'ofiicîant ne prend le pluvial qu'au capitule et le laisse après la dernière oraison, sans sortir du chœur. Peut-être qu'il y a d'autres chapiers et plus d'appareil dans les grandes solennités.

Il était d'usage qu'un chanoine prêchât le peuple après compiles. Ce devoir est maintenant rempli tous les dimanches par M^. Courbon, le premier des vicaires généraux du cardinal absent. Cet homme de mérite est l'âme du diocèse. Son âge de 72 ans, " son savoir, sa piété, la manière facile et active avec laquelle il

1 — A vingt ans d'intervalle, j'ai assisté deux fois à la grand'messe chantée dans la primatiale de Lyon, et je crois devoir ajouter quelques mots à l'intél'^ssante description que le Prélat fait des cérémonies. Voici ce que j'écrivais nioi-mêiiie sur ce sujet dans mes Noies de voyage publiées sur la Patrie^ en 1900:

** IPour V asperges, tout le clergé précédé de deux suisses se rend au bas de

^ église, se place en cercle, et c'est là que se font solennellement les prières

^^ la bénédiction de l'eau. Alors le célébrant vient asperger le peuple, puis

les clercs qui sont revenus au chœur, et tout le temps on chante des hymnes

appropriées. J'ai vu déjà dans cette procession plus de trois cents sémina-

rist^a en surplis et rabat. Cette fois les élèves du séminaire n'y étaient pas,

^^^xs la maîtrise comptait cent cinquante chantres, et douze chanoines

accompagnaient le célébrant. Celui-ci n'entre pour la messe qu'à la fin du

•*^y rie et il a pour l'assister huit servants en dalmatiques et deux alcolytes.

^ ooup d'œil est superbe et les cérémonies se font avec un soin et une per-

^^*'icn admirables. On ne fait jamais de génuflexions complètes mais des

^^^^î génuflexions. Au dernier qui iollis peccaia mundi du Gloria, tout le

^ïxde tombe à genoux de même qu'à VIncamatus du Credo, et c'est d'un

^^^s >)el effet.

Quanta la maîtrise, je pense bien qu'elle est la meilleure de France... ,^ ^ont les soprani qui font les soli du graduel et de l'alleluia et avec quelle , ^^eur et quel charme!... Sons harmonieux, chant mesuré, nuancé, alerte,

^^^ et puissant."

traite les affaires, tout concourt à lui mériter l'estime et raffec— j"^ tion du clergé et du peuple d'un diocèse qui n'apprécie pas eucor- — "■ ses services autant qu'il le devrait, et autant qu'il le fera, quan^ il ne le possédera plus.

L'évêque de Québec eut beaucoup à se louer des honnêtetés c - à s'édifier de la conversation de ce digne ecclésiastique. Quoiqu'i en eût entendu dire beaucoup de bien d'avance, ce qu'il en surpassa encore l'idée avantageuse qu'on lui avait donnée de lui^cr ^ M. Courbon occupe de petits appartements à l'une des extrémité- ^^ de l'archevêché. Depuis la proscription de la famille de Bonaparte^^a^ les officiers du gouvernement français ont l'air do considérer 1^ • palais de l'archevêque de Lyon enveloppé dans cette proscription^^ ^ comme une propriété nationale dont chacun d'eux peut user libre ment. Sur ce principe, le duc de Raguse y donna un grand bal il y a deux ans, faisant danser jusque sous les fenêtres du sanei tuaire où s'étend une pièce non couverte, attenante à l'arche vêché. Les citoyens de la ville, témoins de ce divertissement, ei furent diversement affectés, selon les diverses manières d'env^S —

sager la chose. Mais rien de moins équivoque que les sensation s

du pauvre grand vicaire, qui du fond de son réduit eut les oreilles^s battues et le cœur attristé, toute la nuit, de la manière choquant- -o dont une maison ecclésiastique était changée en un lieu de plaisi^K-, de divertissement et de peut-être quelque chose de pire.

Cependant il fallait continuer la route. Quatre jours de paa^»»e à Lyon devaient être assez pour quelqu'un qui se proposait d'y r^=îpasser au printemps suivant, et auquel il restait encore beaucoup 3Ê^o chemin à faire, dans une mauvaise saison, pour se rendre à Rom^. Le temps s'était maintenu constamment beau, mais il pouvaî. fc devenir mauvais et les chemins aussi. Il était même raisonnable de s'y attendre, dans l'automne et au dernier quartier d'arme lunaison. L'évêque de Québec se prépara donc à quitter cette ville et exécuta son dessein le lundi, 11 octobre au matin. H apprit, avant de partir, la mort du duc de Richmond, gouverneur en chef du Canada.

Page 1