‹ Journal d'un voyage en Europe [microforme]Chapitre 11 sur 59 · UE · texte numérisé non relu

UE

tements, par sa chapelle, Par ses peintures, ses bosquete, ete. qu'on est surpris que Louis XIV ne s’en soit PAS contenté, et ait voulu Construire celui de Versailles, Mais quand on arrive à Fontainebleau à nuit close, que l’on en part le lendemain au petit jour, et que l’on n’a que le temps de jeter un Coup d'œil sur la façade de cet édifice, il est difficile de décider si Louis XIV avait tort Ou raison.

29.— Aujourd’hui il a fallu célébrer intérieurement la fête de S. Michel et 16cm anniversaire de la consécration de l’église de l’'Hôtel-Dieu de Québec. Nous traversons les deux petites villes de Moret, département de Seine-et-Marne et de Vilieneuve-La- Guyard, département d’Yonne, pour Sagner Sens que nous traversons tout entière, le voiturin (car c’est toujours lui qui décide du logement) ayant choisi son auberge au-delà de Ja ville, à l’entrée d’un faubourg. Le solcil était couché, L’évêque de Québec et son secrétaire revinrent immédiatement sur leurs pas pour adorer le Saint-Sacrement et visiter la cathédrale supprimée Par le concordat de 1801 et ch

ses “tatues, ses jardins,

angée en paroisse, vaste et ornée, qui leur sembla bien tenue; mais il leur fallut u o » Savoir celui du Cardinal du de marbre, dépouillé de toutes ravages des Huguenots et placé et celui » Qui occupe le milieu du chœur.

C’est un OuVrage qui fait honneur à lhabiüeté du Statuaire qui c. Les génies, les vertus et autres

uelque chose de Parfait, une épifait sentir ce que Une colonne placée

La ville de Sens fut

, pendant un temps considérable, la capitale des Gaulois nommés

Senones Galli, par conséquent l’objet de

plusieurs expéditions des Romains qui avait entrepris de détruire. Elle était une place formidable pour ces temps où les armes à feu n'étaient pas connues. Dans l’état où sont aujourd’hui ses fortifications, elle ne soutiendrait pas six heures de siège. 30.—Le jeudi, vers midi, nous arrivâmes À Joigny, et allâmes prendre gîte encore dans un faubourg, où l’on nous conduisit, en traversant la rivière d’ Yonne qui le sépare de la ville, où nous n’entrâmes pas et où il nous coûta de revenir à pied, le jour étant très chaud, la distance longu+ et la pause que nous faisions avant être courte. L’évêque se rendit auprès du pont, dans 1] .pérance de rencontrer quelqu'un qui pt l’inciruire des particularités de la ville. Mais il ne tronva qu'un sabotier peu capable de le satisfaire, et regre. ‘a ce petit voyage par la quantité de mendiants jeunes 2t vienx qui l’assaillirent sur sa route, chacun faisant son histoire pour mieux exciter sa Compassion, tellement qu’une petite fille criait de toutes ses forces er. le pou.suivant : “ j'ai des yeux de veau, mon Lon monsieur, assistez-moi, car j'ai des yeux de veau.”

Que font donc ces mendiants dans les années de disctte, puisqu’ils crient si fort dans un temps d’abonda'ce ? Les gens de bonne foi, dans catte partie de la France, prétendent n'avoir point vu d'année qui valût celle-ci : bétail, foin, raisin, légumes, four abonde. Il faut avoir des protections, nous disait un prêtre de campagne, pour trouver 75 sols de 35 livres de froment, ce qui dans notre manière de Compter en Canada, mettrait le minot de blé au-dessous de 50 sols, car ce n’est pas dans tous les endroits du pays que le minot de ce grain pèse 70 livres.

Nous quittimes Joigny, sans le regretter, pour nous avancer vers Auxerre 0* nous arrivâmes le même soir. Les approches de cette ville sont trè: riantes et sa position le long de l'Yonne ne peut manquer d’y ajouter. Elle fait une espèce de centre où les denrées sont apportées re tous les alentours. Elle les recoit dans ses bateaux qui les conduisent dans la Seine, où l'Yonne se décharge, et de là à Paris, cette cité insatiable où tout se dévore. On serait tenté de croire qu’il est difficile d’alimenter ces grandes

, les champs is, les jardins leurs fruits.

£e un peu d'argent y de tenir un état, trou

ndres, de Lyon, de Paris, de Liv 8&ow ou de Bordeaux, de quoi se nourrir

marché qu’il ne ferait en Campagne ou dan

On v’y Manque de rien diocrement et ruës ou str les erpool, de Glasà beaucoup meilleur 3 de petites villes.

Les alentours d’Aux- Un grand nombre de perr journée, chantaient

ajoutée À la beauté de la ville, à ses Srands édifices, à ga superbe rue qui horde la rivière,

à l’aspect des fertiles côteaux qui la décorent tout autour, donnait à l’endroit un air délicieux.

Auxerre autrefois évêché, d’autres Par le concordat ©: évêane &, Germain, Tex À SOn nom, ci-devy.

abbaye, l’objet d de

vera dans les

érre garnis de vignobles OCCupaient Sonnes, Des jeunes filles

et sautaient daus

Mais supprimé comme beaucoup 1801, est célèbre par son ancien £ encore dans Ja ville une église de ÿ avaient une é et le peuple continue d’en faire pas l’occasion ire, fut d’o'ler de l’évêque de curé aciuel de la mme est peut-être

cathédrale changée

un de ceux qui se C plus d'énergie en 1315.

Napoléon, sortie de fisle d’Elb it, vers la fin de février, arrêta à Auxerre dans ga route pour Paris. A peine y fut-il arrivé qu’il fit ‘'emander M. Viarre. Celui-ci donna pour réponse qu’il ne Pouvait y aller ce soir-là. Son vrai motif était de prendre conseil des autre: prêtres de la ville qui furent d'avis qu’il devait Y aller, mais dont aucun n’osait l'accompagner. Il se décida à faire seul cette démarche, ma!; prit encore son temps.

ébra la messe et Assista

Le lendemain était le Mercredi-saint, I] cel

ins, les

"En

ensuite à un office public qui se faisait dans son église. Pressé à diverses instances par le préfet du département, homme droit et son ami, mais faible et tremblant à chaque parole de Bonaparte, il se rendit enfin, et sans user des termes de sire, ni d’empereur, ni de majesté, il lui dit simplement : “on m’a dit que vous Gésiriez me voiret me voici.” — Je voudraissavoir, lui dit Napoléon, si le clergé sait ce qu’il doit À son souverain.” —“ Ces sentiments, répondit le curé, sont gravés dans nos cœurs.”.— Pourquoi le clergé se mêle-t-il d’influencer les peuples dans les matidres politiques ? ”’— Vous nous avez laissé trop peu de con-idération pour que notre influence soit à craindre.” —* Le clergé est trop riche.” Il s’en faut de beaucoup et vous l’avez reconnu, en ajoutant su premier traitement que vous nous aviez d’abord assigné.” À ces mots, l’empereur devient furieux et se met en devoir de donner du pied dans le derrière du bon curé, qui prudemment se retire de reculons et dit sans s’émouvoir : “ Dieu bénisse ceux qui nous veulent du bien.” 4“ Qu’avez-vous fait là, qu’avez-vous fait, dirent ensuite à M. Viarre ceux qui avaient été témoins de cette scène? Quoi vous avez parlé si hardiment à l’empereur! Ne craignez-vous pas qu’il vous fasse mourir ? ”— “ S'il était maître de la France, répondit le curé, je pourrais craindre un pareil sort; mais dans un *emp. où il cherche à la reconquérir, il se gardera bien de faire une action qui serait plus nuisible qu’utile à ses intérêts.” Ce Napoléon aurait voulu que, même après son abdication faite depuis un an, le clergé français continuât de maintenir ses intérêts au préjudice de ceux du roi rétabli, et trouvait fort mauvas qu’il en eût agi autrement. Lorsqu’il était passé à Lyon, quelques jours avant d'arriver À Auxerre, il avait logé à l’archevêché et occupé, le soir, le lit d’où le duc d'Angoulême était sorti le matin. Dans le court séjour qu’il y fit, il avait fait appeler par cinq fois différentes M. l'abbé Courbon, vicaire général aussi logé à l’archevêché, et dans presque tous ses entretiens il ne faisait que répéter les plaintes contre le clergé. D’où l’on peut conclure que s’il avait réussi à reprendre la souveraineté, le clergé aurait fort mal passé son temps. Dieu

ne l’a pas voulu ; mais le clergé n’a pas beaucoup à se louer du roi rétabli ou de ceux qui l’environrent.

1° octobre. — Le vendredi, nou: ne vimes que des villages,

savoir : Hermenton, Bussy-le-bois où nous dînâmes, et Rouvray qui fut la dernière pause de cette journée. Ces villages sont généralement composés de maiso: : malpropres, construites de terre liée avec du foin, couvertes de chaume où de pierres plates, épaisses et assez mal ajustées. Los habitants, hommes et femmes, se ressentent de cette saleté. On ne soupçonnerait pas, à les voir, qu’ils sont dans v : année d’abondance. Il n’est pas nécessaire d'ajouter que les pi 2sbytères et mêtne les églises ont leur part de négligence et de malpropreté. Ce jour-là et le suivant, nous renconerâmes une prodigicuse quantité de voitures chargées, les unes de marchandises sèches, les autres, en plus grand nombre, de futailles pour recevoir le nouveau vin; presque toutes allant À Auxerre où le raisain abonde plus qu’en nul autre lieu de l’ancienne Bourgogne où nous voyageons ces jours-ci,

2.—Ici comme dans le nord de la France, les champs ne sont pas séparés par des clôtures, mais seulement pr des bornes de pierres. Il s’en suit que chacun est obligé d ‘aire garder ses troupeaux, qui autrement ravageraient peut-êtr. 3 champs voi. sins. Aussi n’est-il pas rare d’apercevoir de tout côté: ici un bouvier, là une bergère, plus loin un berger, chacun avec un ou deux chiens qui réunissent les animaux, quand ils se dispersent trop. Cette vie pastorale rappelle l’âge d’or tant vanté par les poètes dans leurs idylles.

Ce que nous appelons charroi ou charroyage, s'appelle ici roulage, et les charretiers se nomment rouliera, Or quoique la multitude des ronlages et les rouliers ne soit pas propre à rendre les chemins bons, il faut avouer qu'ils le sont plus qu’on ne devrait s’y ateñdre. La police y tient soigneusement la main. Partout vous voyez sur un des côtés du chemin, des amas de matériaux prêts à y être étendus. Or ces matériaux sont ni des pierres qui s’expolient, ni de la terre qui est bien‘)t transformée en boue, mais de petits cailloux plats, tels qu’on en trouve dans le lit de

ct

presque toutes les rivières. C’est JA que les particuliers vont les prendre, lorsque les eaux basses laissent les battures À découvert. Ils les transportent sur le cheuin et les y arrangent en pyramides, comme on arrange les boulets auprès d’une batterie. Dès qu’un tas de ces pctites pierres a été étendu sur le chemin, il est incontinent remplacé par un autre. Ces petits cailloux forment une superficie solide qui s'enfonce avec le temps, mais ne se détruit point et peut toujours servir de base À une autre. Ajoutez qu’on a soin de tenir les chemins bombés et de bien entretenir les fossés qui les bordent, en sorte que l’hum ‘ité provenant des arbres régulièrement plantés de chaque côté, ne les affecte nullement. Peut-être que le même mode employé en Canada, où l’on peut presque partout se procurer de petits cailloux de cette espèce, y Procurerait des chemins aussi avantageux, surtout auprès des villes où ils sont ordinairement impraticables.

2.— Nous voici dans le département de la Côte d'Or qui occupe une grande partie du ci-devant duché de Bourgogne. De Rou- Vraÿ nous passons À Saulieu, gros bourg avantageusement placé sur une éminence. L’évêque apprend qu’il y a un hôpital ; il va le visiter avec son secrétaire, Il ÿ trouve un très petit nombre de lits, mais en bon état, et les malades bien soignés par des sœurs nommées Sœurs de S' Marthe, dont ioute la communauté consistait en quatre sujets, deux professes et deux novices. Ce sont des filles séculières, non cloîtrées et faisant des vœux simples. Leur habit est une robe noire pour les professes, blanche pour les novices ; la coiffure des nnes et des autres est un long chapeau de carton revêtu «le toile, sans bord, et ayant, À peu de chose près, la forme d’un pain de sucre, Point de guimpe, ni bandeau, ni voile, ni cornette, mais un mouchoir de toile sur le cou, Elles ont un jardin assez spacieux, une vaste maison, un désir bien édifiant de servir un plus grand nombre de pauvres, mais trop peu de moyens, tant pour leur propre subsistance que pour celle des malades, Le temporel de l'hôpital est administré par une commission de la municipalité qui ne seconde pas toujours leurs vues.

L'évêque de Québec alla aussi voir le curé de cette ville et le

trouva très avancé dans A

parait pas SOupçonner,

tête, pleure sur

sans le vouloir.

Ni les Sœurs de St Marthe n

sonne qui leur rendait cette vis Pris le parti de faire ce

isie de poitrine qu'il ne

i le curé ne reconnurent | ite. L’évêque de Québec Voyage incognito, revêtu d’une espèce de soutanelle, sans rabat, et sans Porter, du moins sans montrer

ordinairement ga croix pectorale. L'état où est la France rend Presque indispensable cette manière de Voyager, surtout À ceux qui sent obligés de prendre gîte dans les auberges, Il ne se faisait donc connaître soit pour ecclésiastique, soit pour évêque, que dans les lieux et AUX personnes qui en valaient la peine. Passant, ce jour-là, auprès d’une méchante église de cam il la trouva si vieille, le clocher en si mauvais é tellement détachée des sablières, qu’il la crut Moment où il faisait part de cette conje lui fit apercevoir trois ecclésiastiques long du chemin. 1] descend de voiture, un des trois ét des curés voisins &er, patron de la Un peu avant le soleil couché, nommée Arnay-le-duc. C’est là

à peravait

pagne, tat, la couverture abandonnée, An Ccture, madame Wethorall qui causaient ensemble le fait connaissance avec eu ait curé de cette vieille qui venaient de célébrer avec lui Paroisse, qui se faisait ce jour-là, nous arrivons À une petite ville

que nous devions passer la nuit, L'évêque Aperçut tant de saleté dans l’ITôtel du Grand St-Jacques

Où s'était arrêté le Voiturin, que dans l'espoir de trouver un meilleur gîte, il se rendit au presbytère du lieu. Le curé n’y était point. Par manière de délassement, il était allé, depuis quinze jours, À quelques lieues de là, faire les vendanges, Maisil y trouva un jeune vicaire extrêmement honnête qui l’engagen À prendre logis chez lui, Il se garda bien de le refuser, M. Turgeon se joignit à lui; John survint (car cette petite famille ne se séparait point) ; le vicaire fit très bien les choses, Ses hôtes qui avaient assez mal dîné, firent honneur à sou Souper frugal mais suffisant. Le lendemain, qui était le dimanche du Saint-Rosaire, M. Turgeon

X; église, et iglise,

célèbra la messe de grand matin, l’évêque y assista. Il n’y avait pas de temps pour en dire deux, et peut-être que, moins près d’une église, ils en auraient encore été privés l’un et l’autre ; car le voiturin, quand on lui parla, le samedi, de la messe du lendemain, pour laquelle il était convenu de donner du temps, avait répondu en homme plus versé dans la route de Lyon que dans son catéchisme : ‘la messe, la messe ; eh bien vous la direz dars la voiture. N’avez-vous pas des livres avec vous ?”’ Nous nous séparâmes de ce bon vicaire sans savoir son nom, mais bien reconnaissants de ses procédés. Pour lui, très content d’avoir hébergé des hôtes dont la compagnie lui semblait si honorable, il se promettait beaucoup de louanges de la part de son curé pour lequel il fut chargé de nos compliments. Il vint nous reconduire À l’auberge où la voiture se préparait, et nous nous remîmes en route.

3.— Une première côte se présente À monter, puis une seconde, puis une troisième, toutes fort douces mais fort longues. Nous nous trouvons dans une grande plaine sans culture, chose surprenante dans un pays où l’on connaît le prix de la terre ; mais on nous informe un peu plus loin que c’est une commune réservée pour là pâture des bestiaux.

Après avoir beaucoup monté, nous commençons À descendre même assez rapidement, Nombre de villages, les uns plus près, ls autres plus loin, se présentent À nos regards. De loin on aperçoit celui où devait se faire la première pause de ce jour ; il se nomme la Roche-Pau, tirant son nom d’un vieux château flanqué de bastions, garni de meurtrières, surmonté d’un donjon, mais abandonné et en ruines, Il appartint autrefois aux ducs de Savoie, puis passa aux comtes de Pau, dont le nom marié à un rocher voisin a fait nommer le village la Roche-Pau. On était À la messe de paroisse. L’évêque, avant d'entrer À l’auberge, se rend aussitôt à l’église, espérant en avoir du moins une partie. Point du tout. Il rencontre les paroissiens qui sortaient du service divin. Ces villageois paraissent bons enfants, lourds et simples, dignes de figurer avec ceux dont on trouve les mœurs et le langage dans nos vieux recueils de Noëls Après avoir fait avec

son secrétaire l’adoration du Saint-Sacrement dans une église remarquable par sa pauvreté, il passe au presbytère et trouve le curé prenant un dîner encore plus pauvre, qu'il partageait avec une vieille femme du quartier. Ce curé est un homme de lettres, honnête et bien élevé, ayant va la bonne Compagnie, Cela est aisé à reconnaître. Lors de la Révolution, il émigra en Italie, en peu d’années se trouva Posséder assez bien l'italien pour ensci. gner la rhéthorique en cette langue. Il fait un grand éloge de l’évêque de Spolète, mort depuis, qui l’avait reçu avec beaucoup de générosité, I] prétend que la grande difficulté des Français pour parler l'italien, vient de leur mauvaise manière de prononcer lu. Il voudrait que pour nous rapprocher de toutes les autres nations de Europe, nous Prononçassions ou, non u. Il en a écrit à l’Institut de France et n’a Pas encore reçu de réponse,

Après être remontés en voiture, nous continuons de descendre beaucoup plus qu’il ne semblait nécessaire pour reprendre notre niveau du matin.

Des pierres numérotées et placées de demi-lieue en demi-liene Marquent la distance de Paris À Lyon. Pourquoi les géographes nous disent-ils que cette distance n’est que 100 lieues, puisqu’avant d'arriver À Châlons, on trouve 290 de ces pierres qui complètent les 100 lieues ? Or, de Châlons à Lyon, il y a au moins 20 lieues, peut-être 25, On n’a pas le secours des pierres pour en juger, parce qu’elles prennent de là une autre direction. Mais avec des chevaux qui vont d’un train uniforme et sur un chemin de même nature, on peut estimer les journées les unes pour les autres. Or d’après cette estimation, 100 lieues ayant été faites en 7 jours, il en fallait lus de 20 pour occuper les deux jours et demi que nous PassÂmes encore sur cette route,

Arrivés À Châlons, département de Saône-et-Loire, après la nuit fermée, il était impossible d’y rien observer. L’hôtellier, M. Gonjon, qui pour son malheur a fait des études, dont il na remporté qu’une dose de pédanterie, n'était Pas d’une conversation assez inetructive, quoiqu'il y mêlât quelques mots latine, Pour nous mettre au courant de l’état et des antiquités de la ville,

Ce qu’il eut de plus intéressant à nous apprendre, fut qu’il avait donné logement, deux semaines auparavant, À la reine d’Espagne, jeune princesse Saxonne de 16 à 17 ans, qui s’en allait épouser Ferdinand VII, veuf d’une infante de Portugal.

4.— Nous quittimes Châlons, le lundi matin, assez tard pour reconnaître que c’est une jolie ville, propre, bien bâtie, ayant de belles places et environnée d’agréables maisons de campagne. Elle est sur la rivière de Saône que nous aperçûmes pour la première 1 is. Elle a, en cet endroit, environ la largeur de la rivière St-Charles À Québec, au-dessus du pont Scott. Elle devient par endroits plus étroite, mais acquiert rarement de la largeur avant son arrivée à Lyon. Mais elle est profonde.

Notre pause de midi fut À Tournus, ville ou village de la conséquence de Saulieu ou d’Arnay-le-duc. Nous y trouvâmes un curé bourru (car chagre pays fournit son monde), qui dans sa politique étroite attribuait aux Anglais tout ce que la France avait souffert dans ces dernières années, notamment l'évasion de Bonaparte, de l’isle d’Elbe, d’où il ne serait jamais sorti, disait-il, si les Anglais l’eussent mieux gardé.

Nous vîmes avec plus de plaisir le propriétaire d’un pressoir voisin, occupé de tirer parti du fruit de la vigne, et assurant que le raisin était ei abondant, cette année, que l’on était forcé d’en arrêter souvent la récolte, sans quoi les pressoirs ne pourraient suffire à l’écraser, ni les cuves à le recevoir.

Partout on fait trois qualités de vin. Le premier et sans contredit le meilleur est celui qui coule d’une cuve pleine de grappes, de lui-même et sans être pressé. Quand il a cessé de couler, on met des hommes dans la cuve où ils sautent et s’agitent pendant plusieurs heures, ayant d’abord du raisin jusqu’au cou, mais qui s'aflaisse bientôt et donne, en s’écoulant, la seconde qualité. On tire ensuite ce raisin de la cuve, on le porte au pressoir, on l'y réunit en pain, comme des pommes dont on veut faire du cidre, et en l'écrasant avec force, au moyen d’un arbre carré et placé horizontalement, que l’on fait peser dessus par degrés, on exprime la troisième qualité de vin. Alors il ne reste plus des grappes que

les raisins écrasés et les Petites branches qui les portent. Mais ce reste même n’est Pa8 perdu, car on le passe À l'alambie, et Ja liqueur qui en sort Par ce moyen est de l’eau-de-vie qui est potable au bout de dix mois, comme le vin lui-même Commence 4

ya beaucoup d’autres Opérations pour améliorer le vin, pour Prévenir les accidents auxquels il est sujet et pour mêler ensemble

force ou de Saveur, En Italie, il Y a tel vin qui n’est bon que Quand on l’a fait bouillir et qui alors devient excellent,

M' Wetherall observe que les cultivateurs de France commençent la journée plus matin et laissent le cham plus tard que ceux d'Angleterre. En cela il leur rend justice. Il est surpris et nous aussi de n'apercevoir que des bœufs de couleur blanche, soit daus les Champs, soit dans les chemins de cette partie de la France. À Ja vérié, c’est quelque chose de singulier que de peut-être mille bœufs que nous aVOns occasion d’apercevoir dans moins de trois jours, il ne s’en rencontre pas un seul d’une autre couleur. Explique cela qui voudra,

Nous arrivons le soir à Mâcon, ancien évêché qui a eu le même sort de Châlons, Sens et Auxerre, Cette ville est agréablement située des deux côtés de la Saône, qui est ici bordée de quais de pierre entretenus avec beaucoup de soin, On nous conduit À une vaste auberge, qui est l’entrepôt ordinaire d’une diligence qui va de Châlons À Lyon par cette rivière, dans des bateaux appropriés à cette fin, Les Passagers en grand nombre arrivèrent à l'auberge au Moment où nous finissions de Souper, Comme ils étaient tous Français, ils ne Manquèrent pas de faire grand bruit, Cette nation est bruyante. Vingt d’entre EUX réunis fatiguent plus les oreilles par leurs criailleries que ne feraient deux cents Anglais de même Condition. Ils rembarquèrent à 4 heures du matin et nous parti. mes À 8. Nous ne Manquêmes pas de Considérer avec complaisance les nombreux et Vastes jardins Potagers qui environnent Mâcon et Pourvoient cette ville d’une Prodigieuse quantité de légumes. Mais ce qui abonde on France en ce moment et qu’on

ee ———.….…———….…—…—…—………— =

ne cesse d’apercevoir en vente, des deux côtés du chemin depuis Calais jusqu'ici, mais encore bien plus ici qu’à Calais, c’est le raisin de toute espèce. De superbes grappes vous sont offertes pour un liard ! et, en marchandant, on peut les avoir à moindre prix. Aussi ne se passe-t-il point de jour sans que nous en achetions pour nous-mêmes et pour en faire politesse aux dames qui faisaient voiture avec nous, sans préjudice de celui qui esi présenté pour dessert dans toutes les hôtelleries.

5.—Nous passons aujourd’hui au-devant de la ville de Trévoux, sise de l’autre côté de la Saône. En lisant le Journal de Trévoux et le Dictionnaire de Trévoux, on est porté à croire que c’est dans cette ville que ces deux productions ont été rédigées. Point du tout : elles l’ont été à Paris par des Jésuites qui, dans l’espérance du prochzs'n établissement d’une de leurs maisons à Trévoux, en datèrent ces deux ouvrages par anticipation. Leur établissement dans cette v'lle paraît n’avoir jamais eu lieu.

Vers quatre heures du soir, nous arrivons à Villefranche, ville Cu diocèse de Lyon. Après avoir retenu des places dans une hôtellerie, l’évêque de Québec se rend à l’église paroissiale. Il y trouve en prière un vénérable prêtre dont l’attitude l’édifie et le touche. C’était le curé du lieu, M. Genevais, âgé de 75 ans, mais beaucoup plus actif qu’on ne le devrait attendre de son âge. Il est adoré de ses deux vicaires, qui nonobstant leurs efforts pour limiter, désespèrent d’être jamais aussi zélés ni aussi fervents que lui. Il est toujours le premier à l'ouvrage et le dernier au repos. M. Genevais est resp. cté non seulement de ses par: 'ssiens, mais encore des autorités constituées qui s’empressent de seconder ses bonnes vues. Il est ami et protecteur d’une communauté d’Ursulines qui viennent de se rétablir dans cette ville ainsi que des Frères des Ecoles Chrétiennes qui y ont une de leurs maisons. Il conduisit l’évêque de Québec et son secrétaire chez les uns et les autres. Ces Ursulines ne sont pas encore en clôture et iln’y a

1] quart d'un sou.

qu’une partie d’entre elles qui aient repris l’habit régulier. Les autres ne tarderont pas À en faire autant.

Les Frères des Ecoles Chrétiennes, autrefois nommés Frères ignorantins, sont devenus en France an sujet de discussion entre les amis et les ennemis de la religion. Ceux-ci attaquent leur méthode d'enseignement comme beaucoup trop lente, ct voudraient lui substituer la méthode lancastrienne. Ceux-là sentent très bien qu’elle est plus expéditive, mais prétendent que l’autre instruit les enfants plus à fond. Leur vraie raison est que la méthode lancastrienne étant sous la protection et inspection iminédiate des officiers du &ouvernement chez lesquels la religion n’abonde pas, on craini avec raison qu’elle ne soit pas assez chrétienne.

Les Frères ignorantins enseignent à lire et À écrire et À servir Dieu, et c’est beaucoup. Ils seraient encore plus estimables, s’ils donnaient à leurs élèves quelques principes de propreté et s'ils eur en montraient ; exemple.

M. Genevais pressa beaucoup l’évêque de Québec de souper et de coucher dans la grande maison qui lui sert de presbytère. N'ayant pu obtenir qu’il y soupât, parce que son souper était prêt à l’auberge, suivant les ordres qu’il y avait dounés, et qu'il devait lai servir eussi de dîner qu’il n'avait Pas encore pris ce jour-là, il insista sur ce qu'il y vînt au moins coucher, ce qu’il fit avec M, Turgeon et le fidèle John. Le brave curé lui plut beaucoup par son édifiante Conversation qui dura assez avant dans la soirée, et ce ne fut qu'après la prière commune de la famille que l’on se retira.

matin, pour procurer la consolation de l’entendre À ses hôtes qui, après un déjeuner frugal, se séparèrent de lui et de ses braves

Vers Ja moitié du chemin, M. Wetherall et ses dames ayant fait Pause pour déjeuner, l’évêque de Québec et son secrétaire, engagés par le beau temps et par le beau chemin, en prirent occasion

de devancer la voiture à pied. Ils marchèrent l’espace d’une lieue, montant toujours et parvinrent enfin à un point d’élévation qui leur fit découvrir un paysage admirable, La vue s'y perd dans les champs, les vignes, les châteaux, les vergers, les bosquets, les maisons de plaisance, les perspectives que forme une suite de montagnes étagées les unes au-dessus des autres dans la partie septentrionale, Dieu semble avoir voulu réunir dans ce point unique toutes les richesses de la belle nature qu'il ne distribue ailleurs que par portions et avec une sorte d'économie. Soyons de bonne foi: il faut avouer que la vue de la côte du Nord près de Québec, tant vantée et avec tant de raison, est inférieure à cehe-ci. Reste À savoir si la suite de ce voyage nous procurera la vue d’un paysage préférable où même comparable à celui de St-Joachim !.

Cependant la voiture nous attend, nous y remontons,et entre midi et une heure, nous prenons logis à Lyon dans l’ Hôtel de l'Europe, maison extrêmement vaste, assez malpropre, mais avantageuse, en ce sens qu’elle n’est séparée dv ia métropole et de l’archevêché que par l’un des ponts qui traversent la Saône. Dans le désir de bien connaître cette célèbre ville, l’évêque de Québec, arrivé le mercredi, se décida à y demeurer jusqu’au lundi suivant.

Lyon est une ville très remarquable entre celles des anciennes Gaules. C'était un entrepôt pour les armés romaines dans le temps de leurs conquêtes. Sous le règne d’Auguste, Plancus y conduisit la première colonie romaine. Cette villes donna naïesance aux empereurs Claude et Caligula et au césar Gta. Plusieurs empereurs y ont successivement fait une résidence de plusieurs mois. ÆEn 1745, on y voyait encore des restes de leurs

1—Je ne sais ce qu'un étranger penserait du paysage de Saint-Joachim, Quant à moi, je ne le trouve pas si beau que cela. Du haut du Cap Tourmente, la vue s'étend au loin et très loin; mais le fleuve paraît rétréci, les isles s’aplatissent comme des crêpes. Ce qui, d’après moi, l'emporte de beaucoup, c'est la vue du haut de Ja montagne de Saint-Pacôme. Il y a peu d’endroits comparables à celui-là, Mais il est peu connu et pou fréquenté.

palais, amphithéâtre, aqueduc, bains, etc mention. Il paraît qu’elle fut d’abord rive droite de la Saône, au-dessus de son Partie sur une montagne voisine de 8 présentement nommée Fourvières.

terrain qui est entre la Saône etle Rh la partie la plus peuplée. Enfin elle traver

che duquel elle s’étend présentement, En s’allongeant par son extrémité inférieure, elle parvient bient

tau confluent des deux rivières et vraisemblablement ira plus loin.

Quoique ses manufactures de soie, d’étoffes, G : galons et franges d’or et d'argent aient beaucoup perdu par le goût colifichet qui s’est emparé de la France dans le sicle dernier, elle n’a Pas cessé d’être pour le commerce, une des principales, peut-être encore la première des villes de ce royaume, On Y Compte 100,000 habitants.

Plusieurs ponts, les uns de bois, les at grand nombre, facilitent le passage de

qu’en toute saison on peut aisément Communiquer de toutes les parties de la ville. Ces rivières sont bordées, des deux côtés, de quais larges qui font de très belles rues, si l’on en excepte l’incommodité d’avoir sans cesse les pieds moulus par les cailloux pointus dont elles sont pavées, ainsi que tout le reste de la ville haute et basse, Quant À la largeur que la relation de M. Allan Butler attribue À toutes ses rues, elle est encore À trouver. Au contraire, elles sont généralement si étroites, si sombres par les hauts édifices qui les bordent, que dans cette saison, À trois heures et demie du soir, on a besoin d’allumer des chandelles dans les atelicrs et dans les boutiques, et qu’il y a de quoi s’éton-

ner que les gens ne soient Pas écrasés p difficilement une à une,

Il ya À Lyon deux lerraux dont il sera par Bellecourt, regulièreme sur chaque face.

dont on ne fait plus Construite partie sur la confluent avec le Rhône, à 900 pieds d’élévation, Bientôt la ville occupa le Ône, et c’en est aujourd’hui

sa le Rhône, À Ja gau-

itres de pierre et en plus s deux rivières, de sorte

ar les voitures qui y passent

places remarquables : l’une est celle des lé plus bas ; l’autre nommée la place de nt Carrée, ayant environ trois cen*s pieds Elle est sur la partie de la ville qui se trouve

entre les deux rivières et passe pour une des plus belles du monde. Le duc de Villeroy y avait fait ériger une statue de bronze représentant Louis XIV, au-dessus de deux autres statues dont l’une figurait le Rhône ct l’autre la Saône, toutes trois de taille héroïque et excellemment bien exécutées, comme l’on en peut juger par les deux dernières transportées et conservées dans l'hôtel de ville, depuis que ie vandalisme de la Révolution Française a mis en pièces celle de Louis XIV et détruit un monument qui faisait tant d'honneur aux beaux-arts,

Cet hôtel de ville est un édifice digne de fixer l’attention d’un observateur qui n’aurait pas vu celui de Liverpool auquel il est certainement inférieur, quoiqu'il ait beaucoup de mérite, soit dans le plan soit dans l’exécution.

Deux autres édifices placés sur la rive droite du Rhône, font encore honneur à cette ville : l’un est l'Université, ci-devant le collège des Jésuites ; l’autre le grand hôpital, édifice immense que l’on se propose d’agrandir encore, au moyen de quoi sa façade n'aura pas moins de 500 pieds. Il est surmonté d’un dôme audessous duquel est fixé l’autel en vue des quatre salles princiveles placées en civix. Il est desservi par 6 aumôuiers, par 180 Sœurs et 70 Frères et peut contenir 2,000 malades. Il n’y en à que 15 à 1600 uans le moment. Ces Seurs et ces Frères v’appartiennent à aucune congrégation. Ce sont proprement des serviteurs et des servantes qui, partie par piété, partie pour avoir une petite subsistance assurée, se consacrent au service des malades. Ils sont sous la juridiction entière du premier aumônier, qui peut les congédier quand il lui plaît, ce qui n’est pas encore arrivé, L'hôpital les loge, les nourrit, les éclaire et donne pour leur entretien à chaque Frère 100 francs, à chaque Sœur 70. Ils font tout l’ouvrage du dehors et du dedans de l'hôpital, comme la cuisine, les lavages, l’entretien de l’ordre et la propreté dans les lits, dans les salles, les chambres, les cours, les allées, etc. On les réunit pour la prière du matin et du soir. Ils mangent dans un réfectoire commun où se fait une lecture de piété ; les Sœurs y ont leur table séparée de celle des Frères qui mangent en même

temps qu’elles. A une troisième table se réunissent les aumOnic los médecins, le proviseur et autres prit maison, C’est toujours le pre.

Ler Frères sont habillés robes noires avec une cornette blanche

sieurs années de bonne conduite, on permet aux uns et aux autres d'émettre des vœux simples pour le temps qu’ils seront dans la Maison, et aucun n’en est encore sorti. Après cette espèce de profession, les Frères portent la redingote noire et les Sœurs une petite croix d'argent. Or pour parvenir à cet habit noir et À cette petite croix, il ne leur coûte pas de subir quatre ou cinq années d’épreuve. Intérim chacun fait son devoir avec zèle et émulation, et l'hôpital y trouve son compte. Il faut avouer que cette espèce de communauté est très ingénieusement imaginée. Les revenus de l’hôpital sont administrés par Je la municipalité, qui se trouve composée de religieux ; d’où il résulte que les aumôniers ce qu'ils veulent, et ils ont soin de ne v raisonnable. Ce sont tous de jeunes eux ne montre ras plus de 36 ans. M Lyon présente à la vénération extrêmement précieux. Que l’on 2 rende sur la montagne de Fourvières, on les y trouvera réunis en grand nombre. On sait que le premier de ses évêques fut S. Pothin qui eut l’honneur de couronner son épiscopat par la palme du martyre. Ce fut sur cette montagne, où apparemment étaient son église et sa demeure, qu'après avoir été roué de coups et traîné dans les rues, il fut laissé dans une petite caverne où il expira. Or cette caverne et le rocher dont elle fait partie ont été revêtus d’une voûte d laquelle sont conservées, dans des caisses de scellées, et ses reliques et celles de plusieurs a la mort en même temps que lui.

T.—Dans le même caveau est érigé un autel où tout prêtre est admis, quand il lui plaît, à célébrer la sainte messe pour honorer ces héros de la foi, Il fut consolant F que de Québec de

rs, icipaux officiers de la -s' Aumônier qui préside,

en redingote de couleur, les Sœurs en

pour coiffure. Après plu-

une cominission s citoyens les plus en obtiennent tout ouloir que ce qui est prêtres, le premier d’entre ais ils sont très bien choisis, des fidèles beaucoup d’objets

ans pierre de taille bien utres qui souffrirent

voir de ses yeux, à la lueur de quelques flambeaux, la caverne où était mort ce glorieux défenseur de la vérité et de vénérer ses dépouilles mortelles et celles de ses bienheureux compagnons. Il n’y a nulle inscription dans ce caveau, mais bien dans une chapelle fort élégante, construite immédiater --t au-dessus, laquelle appartient à l’hospice nommé PAntiquar dont il sera parlé ci-= près.

Un peu plus loin que la chapelle de S. Pothin, se trouve l’église

e S. Irénée, son successeur dans cet évêché, disciple de S. Poly-

«rpe de Smyrne, et connu par les efforts qu'il fit, à la prière du Pape S. Eleuthère, pour accorder les opinions des évêques orientaux avec celles des occidentaux sur le jour de la célébration de la Pâque, question qui ne fut terminée qu’en 375 par le premier Concile de Nicée. $S. Irénée s’est encore rendu célèbre par ses quatre livres contre les hérésics, ouvrage immortel, dans lequel il a exposé d’avance les artifices des hérétiques de tous les siècles, C’est un des pilus anciens écrits que nous ait transmis l’histoire ecclésiastique.

Mais ce grard évêque est bien autrement illustre par le martyre qu’il endura, en 202, sur cette même montagne de Fourvières ct avec lui 19,000 autres chrétiens sans compter les femmes et les enfants. C’est ce qu’atteste une inscription placée à l'entrée du souterrain de cette égli 3, où l’on voit À travers une grille de fils de fer le prodigieux an.as de ce qui reste dc leurs ossements. Une tradition ccustante parmi les fidèles de cette ville est que, dans cette occasion, il fut répandu une si grande quantité de sang, qu'il coulait à grands flots d’une extrémité À l’autre des bourillons ; c’est le nom de la rue qui conduit de la montagne de Fourvières à la Saône.

L'église souterraine de S. Irénée est ornée de cnlonnes et ne recoit de lumière que ce qu’il en fant pour > célébration des S$. Mystères et pour inspirer un respect religieux à ceux qui la fréquentent, Mais on n’y trouve plus les reliques du saint évêque. Les Huguenots du XVIème siècle brûlèrent son corps en haine de la vénération que lui portaient les catholiques. Sa tête avait

été Conservée ; la détruire, Ly ù la rage révolutionnaire a Commis le plus d’excès.

de se soumettre aux décrets de la fameuse Convention qui s'était saisie des rênes de l'autorité.

8e en forme qu’elle ent à soutenir «re les armées des prétendus Patriotes. Par malheur elle succomba,

et dès lors devint l’objet de toute la fureur d’un Conquérant sanguinaire, Les caves de l’hôtel de ville converties en prison et en cachots furent remplies d’une foule de citoyens, dont le plus grand crime était d’avoir fait leur devoir, Il]; étaient conduits un à un devant un tribunal de Sang, qui rarement manquait de coupables, tellement que lorsqu'un prisonnier était appelé pour y CoOMmparaître, tous les autres lui faisaient leurs adieux, ne s’atten. dant plus à le revoir ; la sentence rendue était À l'instant exécutée, au moyen d’un guillotine érigée sur la p'ace des terreaux, tout au-devant de l’hôtel de ville, en sorte que les prisonniers pouvaient compter le nombre de fois que s’abattait le cruel couteau de cet instrument, dont la chute faisait résonner les voûtes où ils étaient enfermés dans les différents CAVCaux, à l’ur. desquels le &eôlier donnait le nom de Conciergerie, Pour tirer de lergent des Parents et amis de CEUX qu'il y faisait Passer, quoiqu’:!, n’y fussent pas micux traités que dans les autres parties. C’est ce que Peut attester M, l'abbé Sauvage de Chatillonet, pr'sentement au Séminaire de Montréal, Qui passa trois mois au nombre des pri- Sonniers, et que la Providence Préserva, contre SOn attente, du sort de presque tous ses COMpagnons, C'était en 1793. En même temps que l’on meftait À mort avec lités Judiciaires, les prisonniers de l'hôtel de y plus grand nombre d’autres étaient fusillés les différentes racs et places de la ville, mais Principalement au lieu nommé /es Brotteaux, champ voisin de la partie la plus

e. On estime à 7,000 le nombre de ceux qui Par le moyen de la

ses Martyrs comme aux n'ont pas

rançais sont venus à bout de

les trouver

Certaines formaile, un beaucoup Par centaines dans

été canonisés. Au contraire, on vient d'établir aux Brottenux une église non encore finie et dans laquelle néanmoins on célèbre tous les jours la messe, tant pour remercier Dieu de la gloire dont jouissent ceux qui ont été massacrés en état de grâce, que pour le repos des Âmes de celles des victimes de la Révolution, qui seraient encore endettées envers la justice divine. Remontons À Fourvières.

Outre les monuments de piété déjà mentionnés, il en est encore de bien dignes d’attirer l'attention. Le premier est, auprès de l’église de S. Irénée, une esplanade d'environ 200 pieds de long et de 50 de large, autour de laquelle sont distribuées douze stations représentant en bas-reliefs de marbre les principales circonstances de la passion de NS. A l'extrémité méridionale, sur trois grandes marches de pierres finement taillées, s'élève une croix sur laquelle est l’image du Sauveur mourant ; au-dessous est une chapelle qui tient lieu de sépulere. On y descend par un escalier de 10 à 12 marches, qui conduit à un autel souterrain où la messe se célèbre de temps en temps. L’esplanade est À découvert ; les fidèles y peuvent entrer en tout temps, et ce calvaire que l’on aperçoit de loin donne un relief particulier à la montagne sur la cime de laquelle il est placé.

8.—A quelque distance de là, se trouve l’église nommée de N.-D. de Fourvières, attenant ci-devant à un monastère supprimé, desservie présentement par 12 prêtres séculiers, du nombre de ceux que l’âge ou les infirmités rendent incapables d’un ministère plus actif que celui de confesser et de répéter leurs anciens sermons au peuple. Ils ne baptisent, ni n’enterrent, ni ne visitent les malades. Seulement ils attendent les pèlerins et les confessent antant qu'ils le désirent, L'un d’eux cet chargé de recevoir les rétributions de messes qu’ils apportent et de les partager entre lui et ses confrères. Or ces pèlerins et ces messes sont en très grand nombre Car quoique cette chapelle ait été recherchée de tout temps, elle l’est bien davantage depuis le printemps 1805, époque où le Souverain Pontife étant repassé par Lyon, à son retour du couronnement de Bonaparte, fut conduit À cette église, y célébra la messe,

ae.

nur"

» à perpétuité et pour tous les Jours de l’année, aux fidi Ï isiteraient en état de grâce, confesser ni de communier, € transporta sur un b

alcon au son de toutes les cloches et au bruit de l'artillerie, il bénit solennellement la v ?

ille et le diocèse de Lyon, dont il APercevait la plus grande partie, du lien élevé où il était placé.

C'était le 19 avril ; Jour, le Chapitre de la N.-D. de Fou rvières Y viennent des diffé ville y affluent sans » Jour consa.

cré dans toute l'Eglise catholique au culte de la Ste-Vicrge.

Invité de prendre part à cette alla célébrer la messe

édifié du concours de peuple qui s'y rendait de tous les qu de la ville, Mais il ne le fut pas de trouver près de quatre-vingts mendiants, en station des deux côtés du chemin par lequel on y monte et qui n’est pas de moins d’un demi-mille. I] Je fut encore moins de ce qu'outre les siugerics de ceux établis sur cette route, dont les uns allongaient la main Pour faire voir le pelets qu’ils récitaient, les autres affectaient de se tenir à genoux Pour faire accroire qu'ils Priaient, les autres récitaient leur Prières À haute voix Pour en imposer aux passants, il &’ une demi-douzaine qui, sans respect pour le lieu suivirent jusqu’au milieu de l’église, Ne aut-il p donner une ou deux piastres À un aumônier Paroisse, pour les distribder à de vrais indigens que de les éparpiller, sou Par sou, À une bande moitié abusent de la sainteté de la rel honnûtes &ens et gratifier leur Paresse ? 8 plus digne d'une charité discrète et chrétienne, de ménager ses aumônes Pour soulager un Particulier ou une famille qui se trouve dans un besoin certain et cet trop timide pour demander, que

, la sacristie, et

depuis ce temps, chaque année, À parcil métropole se rend Processionnellement à et y chante la messe. Des paroisses entières rentes parties du diocèse, et les fidèles de la cesse, principalement le samedi dévotion, l'évêque de Québe

cCy le samedi qu'il se trouv

ait à Lyon, et fut artiers

s cha-

en trouva saint, le pouras mieux OÙ au curé d’une qu'ils Counaissent, de gueux dont la igion Pour saigner les N'est-il p:

de céder

pe © ;

aux importunités de ceux qui n’ont pas honte de tyraniser ainsi les gens, et de leur faire, sans mérite, une aumône qu’ils extorquent ct dont les neuf dixièmes font mauvais usage, de l’aveu de tout le monde ? !

L'église de N.-D. de Fourvières n’est nullement proportionnée à la multitude de personnes qui la fréquentent. Elle est construite irrégulièrement, Au lieu d’avoir une nef on trois, elle en a deux. Sa petitesse donne prétexte au peuple de franchir le balustre du sanctuaire et de se placer jusque sur les marches des autels pour entendre la messe, C’est un désordre auquel on ne fait assez d’attention ni en France, ni en Italie. Le sanctuaire n’est pas fait pour les laïques. A joutons à cela que cette petite église est remplie d’oblations plus capables de jeter du ridicule sur la religion catholique que de l'édifier. Telles sont de petites images en gravure que l’on permet aux fidèles d’attacher aux colonnes et aux murs de l’église. Tels sont de petits cœurs, jambes, pieds de cire, qu'ils suspendent en très grand nombre autour des autels, Plus occupés de leurs maux corporels que de ceux de leurs âmes, ils espèrent toujours quelque miracle pour leur guérison et se persuadent qu’il y a quelque vertu attachée à des offrandes ridicules, Ainsi celui qui a mal au pied, fait fondre en cire l’image d’un pied et l’apporte à la St Vierge. Celui qui a une plaie à la jambe, fait faire une petite jambe de cire, et ainsi du bras, de la main, du cœur, etc. N'y a-t-il pas en tout cela une petite dose de superstition, et n’est.ce pas pécher contre le culte légitime qui est dû À Dieu et à ceux qu'il a glorifiés, que de prétendre en obtenir des faveurs et des effets surna-

1—Je suis heureux de pouvoir dire que tout cela est changé comme bien d'autres choses et pour le mieux. Je suis allé deux fois à Lyon et je n'ai pas eu à souffrir des obsessions des quêteux, Mais le règlement de la sacristie ne me va guère et déplait à plusieurs, Un prêtre qui veut dire la messe à l'intention des chapelains ou de l'église, reçoit un honoraire ; mais s'il tient à son intention, alors il lui faut payer l'amende et verser la soinme de quinze sous, je crois, entre les mains du sucrist in. C'est une cérémonie dont on pourrait exempter les pèlerins, Quant aux quêteux, je crois qu’ils ont

: émigré à Lourdes.

turels par des moyens qui n’y sont propres ni de leur nature, ni par l'institution de Dieu, ni par celle de l'Eglise ?

9.- De N.-D. de Fourvières, l’évêque de Québec passa à l’Antiquaille déjà mentionnée, dont le nom, non plus que l'apparence extérieure, ne saurait donner l’idée de ce qu’elle contient. C’est un hôpital construit dans le penchant de la Montagne, établissement remarquable et par son étendue que l’on ne SOupçonnerait Pas, et par la variété des objets qu'il embrasse, et par l’ordre admirable avec lequel il est tenu. Il renferme 200, tant vieillards Ce vieilles femmes infirmes, 80 fous, 135 folles, un nombre de filles perdues'que l’on y renferme par Puuition, des jeunes gens infectés de mal vénérien et qui n’en sortent qu'après qu’ils sont guéris, et après beaucoup de promesses d’une meilleure vie qu'ils n’observent pas. Ces différentes espèces de Personnes sont toutes dans des salles séparées, les loges des fous donnant sur une cour, celles des folles sur une autre. Tous les matins, on les met dehors pour la journée, excepté ceux et celles qui ont besoin d’être à la chaîne. Nous vîmes les uns et les autres. C’est quelque chose d’humiliant pour l'humanité et de plaisant tout ensemble, que d'entendre les Propos et de suivre les gestes d’une troupe de gens destitués de raison, les uns gais, babillant, char 4 t, les autres rêveurs, allant, venant, se débattant, ete. Ne serait-ce pas le monde en raccourci ? Combien qui ne sont pas enferinés à l’Antiquaille et dont les vues, les projet, la conduite ne sont pas mieux raisonnés ?

Entre les fous détenus dans ce refuge, se trouvent trois prêtres auxquels la tête a tournée pendant la Révolution de France. L'un d'eux prit l’évêque de Québec pour N.S8, P. le Pape, et M. Tur- &geon pour la duchesse d'Angoulême, et leur adressa ses compliments en ces différentes qualités, 36 Sœurs et 12 Frères, de la même espèce qe ceux et celles du grand hôpital, donnent leurs soins à cet excellent établissement, qui se trouve composé de 700 personnes en tuut, ayant à leur tête un aumônier, jeune homme extrêmement pieux et honnête, devant lequel tremblent et fous et folles, et libertins et libertines, et qui exerce son ministère pastoral

en faveur de ceux de l'établissement qui sont capables d’en profiter. Il étend ses soins à un hôpital militaire situé à quelques pas du sien, et se plaint beaucoup de la dépravation des soldats qui le remplissent, gens sans mœurs et sans religion. En revanche, il sc loue extrêmement de la bonne conduite des citoyens respectables qui forment la commission chargée du temporel de l’Antiquaille, ainsi que des officiers qui, sous leurs ordres et sous les siens, remplissent les places de médecin, de procureur, d’apothicaire, etc. Ils ont leur logement auprès du sien, et il y a une petite salle très décente et bien meublée dans laquelle les membres de la commission viennent tenir leur bureau une fois la semaine.

Le séminaire de St-Irénée n’est pas un des établissements les moins importants de la ville de Lyon. Il était ci-devant tenu par les Sulpiciens. Bonaparte les renvoya, on ne sait trop pourquoi, puisqu'il les laissa en même temps subsister dans les autres parties de la France. MM. les grands vicaires les ont remplacés | par d’autres prêtres qui ne tiennent à aucune congrégation, mais | sont Lien choisis, et conduisent avec une sagesse remarquable les 200 élèves que l’on y compte actuellement. Régularité, ferveur, amour de l’étude, habitudes ecclésiastiques, zèle pour le salut des âmes : tel est l'esprit dominant de ces séminaristes et de leurs directeurs.

MM. les grands vicaires ont profité des vacances dernières pour donner, tant par eux-mêmes que par les supérieurs et directeurs du séminaire, une retraite aux curés du diocèse, Il s’y sont rendus au nombre de 300. Vingt prêtres de la ville étaient choisis pour leur servir de confesseurs. Cette retraite s’est faite avec beaucoup de ferveur. Elle a fini le 25 août, fête de S. Louis.

Outre le grand séminaire de St-Irénée où l’on n’enseigne que la théologie, il y en a trois petits, À une petite distance de la ville épiscopale, entre lesquels se partagent 800 élèves auxquels on enseigne les humanités, la rhétorique et la philosophie, tous confiés à des prêtres d’une vertu et d’une vigilance éprouvées, Enfin il y a auprès de la métropole un autre établissement de même espèce, où sont réunis 70 jeunes gens que ln fait étudier jusqu’à

la rhétorique inclusivement, et auxquels deux chanoines sont chargés d’enseigner le chant. L'un des deux leur en donne les règles générales ; l’antre leur fait répéter la messe qui doit se chanter ce jour-là ; et comme cette lecon se donne principalement le matin, l'établissement se nomme la manécantrerie. Ces jeunes gens sont sous l’inspection immédiate du Chapitre. On leur enseigne les cérémonies et ils s’en acquittent extrêmement bien.

De tous ces établissements, il résulte que le diocèse de Lyon est de tous ceux de France le mieux organisé, celui qui a le plus de sujets pour occuper les places ecclésiastiques, celui où l'humanité souffrante trouve plus de ressonrces, et celui qui réunit, pour l'entretien de la piété, un plus grand nombre de monuments vénérablec.

L'église principale de Lyon, située sur la rive droite de la Saône, au pied de la Moutagne de Fourvières, n’est pas seulement cathédrale et métropolitaine, mais encore primatiale. Celles de Sens, de Bourges, de Bordeaux lui disputèrent autrefois cette prérogative, mais ont été forcées de renoncer À leurs prétentions, Les archevêques de Lyon sont demeurés seuls en Possession de la qualité de primats des Gaules, de sorte que l’on pouvait appeler à leur tribunal de tous les jugements ecclésiastiques rendus par les autres métropolitains de France. Il paraît néanmoins que depuis longtemps cette primatie s’est réduite À un titre d'honneur sans fonction, et que l'appel simple des sentences des archevêques du royaume est porté directement au Saint-Siège.

Cette église, devenue plus vénérable par la tenus de deux conciles œcuméniques, l’un en 1245 sous le puntificat de Innocent IV, l’autre en 1274 sous celui de Grégoire X, est sous l’invocation de $, Jean-Baptiste. C’est un grand édifice gothique dont la nef est très sombre. Le chœur l’est un peu moins, parce que l’on a remplacé par des verres blancs une partie des vitres colorées qui en garnissaient les châssis. Autrefois il n’y avait de tableaux que ceux du chœur, au nombre de quatre qui y sont encore, tableaux de prix, qui représentent quelques-uns des événements les pius mémorables du peuple israëlite dans le

désert. Depuis un petit nombre d'années, on en à introduit d’autres dans la nef, mais qui ne sont pas encore munis de cadres.

Les premiers évêques de Lyon étant des élèves de l’église de Smyÿrne, apportèrent avec eux les cérémonies et la liturgie du levant et on les y a conservées. Un des derniers archevèques (MF de Montazet) réforma l'office sur le modèle du bréviaire de Paris, mais il ne changea rien à la liturgie qui se célèbre encore comme autrefois,

Avant la Révolution française, le Chapitre était nombreux et l’on n’y admettait que ceux qui pouvaient prouver leur noblesse remontant à quatre générations, ce que l’on appelait quatre quartiers de noblesse, Aussi ces chanoines étaient-ils appelés les comtes de Lyon. Depuis le concordat &e 1301, leur nombre est réduit, on ne les appelle plus comtes, ils ne sont plus nobles, mais ils sont pauvres et modestes, et cela vaut mieux. Les grands vicaires de l’Archevêque, au nombre de trois, sans être chanoines, président le chapitre et dispatent avec eux d’assiduité au chœur. L’habillement des uns ct des autres est un rochet, tel que le portent les évêques, avec une mozette noire, dont le devant est rouge sur une largeur le quatre doigts, bordée d’hermine des deux côtés, Les prébendés simples sont habillés de même, excepté que leur mozette n’a rien de rouge. Dans les jours soleunels, non seulement le célébrant, mais encore le diacre et le sous-diacre portent la mitre. La sacristie fut piilée pendant la Révolution ; mais le cardinal Fesh, nommé archevêque au concordat de 1801, a réparé ses pertes en la garnissant de nouveaux ornements d'une qualité remarquable. Par considération pour lui où par un mouvement de piété, l’impératrice Joséphine fit présent à cette église, d’un énorme ostensoir d'argent du poids de 42 marcs!, Le cardinal (aujourd’hui proscrit comme toute la famille de Bonaparte et résidant À Rome) a beaucoup fait pour son église et pour son diocèse. C’est À lui qu’on est redevable de tous les tableaux qui ornent la nef de l’église et les appartements de l’archevêché. Il a

l—Le marc pesant huit onces, cet ostensoir pèse lui-même 21 livres.

profité de sa faveur auprès de l’empereur, son neveu, pour remettre sur pied plusieurs établissements religieux dont les autres diocèses de France n’ont PU, jusqu’à ce jou r, obtenir la restauration, Eloigné de son église, sans Pparence qu’il y retourne jamais, il ne Ja perd pas de vue, s'y intéresse vivement et n’a pas de plns grand plaisir que d'apprendre que les choses y sont en bon état. ’

Lyon est le chef-lieu et le £&raud noviciat des Frères ignorantins où des Ecoles Chrétiennes déjà mentionnés dans ce journal. Le Frère général y a résidé jusqu’à présent ; il est question de Je transférer à Paris, comme étant le lieu d’où il Pourra plus aisément exercer sa vigilance sur les différentes maisons de son ordre, qui se multiplient merveilleusement, en dépit des eftorts de la malveillance Pour les discréditer,

Entre les Communautés établies À Lyon, on compte les Ursulines et les Visitandines, dans le monastère desquelles mourut S. Francois de Sales, et où l’on conserve son cœur, le Corps ayant été transporté À Annecy.

C’est aussi dans cette ville que mourut S, Bonaventure, pendant la tenue du second concile en 1274. Ses précieux restes ont eu précisément le même sort que ceux de S. Irénée, son corps ayant été mis en pièces par les Huguenots et sa tête par les révolutionnaires. Sa mémoire n’en est Pas moins en vénération dans l’église où il avait été déposé, et qui, après avoir appartenu aux Franciscains, est devenue une paroisse, L’évèque de Québec y alla dire la sainte messe, le dimanche qu’il passa À Lyon ; mais il voulut assister À ]a messe solennelle dans l’église primatiale de St-Jean, désirant observer par lui-même les cérémonies qui sy pratiquent.

Four les bien Comprendre, le lecteur doit savoir que le chœur 9ccupe par sa longueur un bon tiers de celle de l’église. L'autel est isolé au milien de cette longueur, moins éloigné cependant du: balustre que du rond-point, Lorsque l’archevêque officie, il a son trône dans le rond-point même, d’où Parïtent les stalles des cha. noines, placées de chaque côté le long du mur en venant vers

mm mc

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l'autel où elles n’arrivent cependant pas. Elles finissent par deux stalles plus grandes et mieux ornées que les autres. Celle du côté de l’épitre est occupée par l’archevêque lorsqu'il assiste sans officier. Celle du côté de l’évangile est tenue en réserve, et, lorsque le cas y échet, on en fait politesse à un prélat étranger.

Outre le crucifix qui est sur l’autel entre les chandeliers, il y en a deux autres, un à chaque bout, en mémoire de la réconciliation (peu durable) qui se fit au second concile général de Lyon, des deux églises grecque et latine. A l’autel est adossée une crédence ou buffet couvert d’une nappe et orné d’un parement, mais n’ayant que le marche-pied, au lieu que l’on monte à l’autel principal par plusieurs degrés. Sur ce buffet, on prépare avant la messe solennelle les articles suivants, qui ne sont portés à l’autel qu’à mesure qu’ils sont nécessaires et que l’on rapporte aussitôt après, savoir : deux missels, l’un à plat, l’autre sur un pupitre; un calice avec sa patène garnie d’une hostie, et par-dessus un carton de forme octogone doublé en toile, couvert d’une étoffe de soie bordée en or avec de petites soupandes bordées de même, larges de deux pouces et tombant des 8 côtés ; les burettes garnies ; un encensoir vide avec sa navette ; près du buffet un réchaud avec des pincettes et des charbons ardents ; deux torches éteintes.

À environ 10.pieds de ce buffet et À égale distance des stalles des chanoïnes, est un tabouret pour le sous-diacre. En avant de l'autel et du côté de l’épitre, sont deux autres tabourets, l’un pour le diacre, l’autre pour le célébrant ; et auprès de celui-ci un pupitre mobile soutenu par une verge de fer que l’on peut raccourcir et allonger au besoin. Sur l’autel est un grand corporal étendu, puis une boîte d’argent doré en forme d’un volume in-folio, contenant une copie (que l’on ne voit pas) des évangiles. Cette boîte est placée sur un coussin revêtu de dumas et bordé de galons d’or, entre le milieu de l’autel et le coin de l’évangile.

Le Saint-Sacrement n’est point conservé dans la custode de cet autel, mais dans une autre chapelle de l’église, et si la messe doit être chantée devant le Suint-Sacrement exposé, un prébe- 16, assisté de deux clercs portant des flambeaux, va le cheri

’ etire. C’est ce qui arrive tous les jeudis, jours auxquels cette exposition a régulièrement lieu,

Le diacre et le sousde manière À faire y tiques ont à peu prè sont Cousues et non

diacre ajustent leurs amicts ct leurs aubes, oir leurs rabats tout entiers.

Leurs dalma- 8 la forme des nôtres,

excepté que les manches les porte en France et en Canada. Par.

ont autour du cou une espèce de crémone large de quatre pouces, de même étoffe que le

ous le rabat où elle s'attache.

Le dimanche, à la fin de sexte, le sous-diacre, portant la croix

entre les deux acolytes, sort de la sacristie et entre Par une porte latérale du côté le l’épitre, dans la -artie du chœur où du sanctuaire qui est en avant le l’autel, et se rend par l'ouverture du milieu du balustre vers le bas de l’église. Les clercs du chœur, les chantres, chapelains, prébendés et chanoines le suivent deux À deux, avec beaucoup de gravité et de silence, jusqu’au bas de la

nef, où le célébrant, revêtu du pluvial et assisté d voix basse la bénédicti

» et, sans changer de place, il donne l’eau et au peuple On revient du chœur chacun retourne à sa place ; lytes regagnent la sacristie, chanté, au pied de l'autel, les versets Aussitôt le chœur commence l’introït.

n'y a pas d'orgue dans cette ég qui aCCOmpagne les exce!

Ce sont de jeunes clercs sûrs de leur chant et bi quels il y a des basses.

Cependant le cé thuriféraire, mais diacre et du sous-diacre.

sous-diacre part et

bénite au clergé en répétant l’antienne ; le sous-diacre et les aco-

et le célébrant les suit, après avoir et l’oraison de l’aspersion.

Il est remarquable qu’il lise, mais seulement un serpent

lentes voix chargés du chant du chœur,

sans cérémoniaire, sans des deux acolytes, du Dès qu’ils ont fait le salut À l'autel, le s’en va au balustre en dedans duquel il s’arrête,

se tourne vers l'autel et s’assied sur un tabouret qui lui est préparé. Les acolytes se retirent aussi du balustre, laissant leurs chandeliers sur le pavé, À environ dix pieds de l’aatel. Le célébrant fait la confession seul avec le diacre. Pendant qu'il la fait, un clerc apporte du buffet à l'autel celui des deux missels qui était sur son pupitre, et après la confession faite, le célébrant, s +4 encenser l'autel, va au coin de l’épitre lire l’introït ete. Dè ç le Gloria in excelsis est commencé, le sous-diacre quitte le balus-re et va gravement s'asseoir sur l’autre tabouret qui lui était préparé derrière l’autel et au milieu du Chapitre. Il se lève à la fin du Gloria in excelsis, s'avance vers le buffet, prend le missel qui y restait À plat et regagne le balustre, tandis que le célébrant chante les collectes. Rendu À cette place, il y chante l'épitre assis, ayant le missel sur ses genoux, puis revient vers le célébrant sans s'agei uüiller ; celui-ci, aussitôt après les collectes, s’est retiré avec le diacre sur les deux tabourets pour eux préparés du côté de l'épitre. On a apporté et placé sur le pupitre mobile, auprès duquel il se trouve, le missel qui était sur l'autel. C'est dans ce misse’ que le célébrant assis lit l’épitre, le graduel et l’évangile. Au lieu de donner la bénédiction au sous-diacre qui vient le trouver dans cette place, il semble lui dire quelque chose À l'oreille, et celui-ci se retire, donnant le missel, dans lequel il a chanté l’épitre, à un clere qui va le porter sur le pupitre où doit se chanter l’évangile, Cependant un autre clerc prend l’encensoir qui est sur le buffet, y met du feu et va faire bénir l’encens au célébrant encore assis avec le diacre. Cela fait, le diacre se lève, va faire la génuflexion avec le sous-diacre, qui pendant la bénédiction de l’encens est monté À l’autel et en descend, portant sur sa poitrine le coussin couvert de damas et la boîte d'argent mentionnée ci-dessus. Ils se rendent tous deux au pupitre où doit se chanter l’évangile. Les acolytes revenus du balustre prennent leurs cierges et les y suivent. Le thuriféraire reste seul devant l'autel, faisant aller son ensensoir dans toute sa longueur, à droite et À gauche, tant que l’évangile dure, sans encenser ni l’évangile au commencement, ni le célébrant après.

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