CHAPITRE QUATRIÈME
Départ de Lyon. — La Savoie, __ Leg Alpes, le Passage de Chaille, — Les. Echelles, Chambéry, __ Les Savoyards, — Le Marquis de Vivalda, — Mont Cenis, L'hospice, — Le Piémont, — Leg vignes. — Turin, Le Saint-Suaire, Les Chanoines, L'évêque de Sergiopolis, La Lombar die, — Milan, — Le dôme, Les cérémonies du rite Ambrosien. Plai sance, — [a langue latine. Inondation du Taro, — Réception chez l'évêque de Borgo di San Donino, — Parme, — Modène, Les Etats du Pape,
11 Octobre. Un marché écrit et signé entre M. Targeon et un nommé Fisterre nous assure jusqu’À Milan les services de ce voiturin qui, pour le prix de £20, donne à John une place dans le cabriolet de sa Voiture et laisse tout l'intérieur à notre disposition, avec liberté de nous associer des COMpagnons, s’il sen présente de Convenubles, dont les frais de Passage seront en déduction de la somme convenue, La voiture est de quatre places, pourrait au besoin loger 6 Personnes, Elle est Commode et bien close, ferme à clef quand on veut, de sorte que le bagage que l’on y laisse est en sûreté pour la nuit. Nos trois malles saisies sur Je derrière Avec une chaîne et un Cadenas sont également à l'abri des voleurs, Mais au lieu de Con venir que nous nous Contenterions d’être nou rris Comme le sont ordinairement les hôtes, le cocher, qui s'oblige de Payer dans les hôtelleries Pour notre souper Comme pour Je logement, à stipulé que nous serions nourris à table d'hôte. Ce n’est Pas tout. Fisterre est bourru et malhonnête, Enfin ses » L’ont pas de train. Sur trois lourde, l’un porte un séton
» l'autre à une rétention d'urine, C’est néanmoins
avec cet équipage qu’il faut, dans la première semaine, traverser la Savoie, franchir les Alpes et atteindre la capitale du Piémont.
Nous laissons Lyon au petit jour et entrons bientôt dans le département de l’Isère, qui fait partie de l’ancien Dauphiné. Il est réglé que nous n’arrêterons pas pour déjeuner, mais qu’au moyen de deux verres, dont nous faisons emplette, et de six bouteilles d’excellent vin dont M. l'abbé Courbon nous a fait présent pour le voyage, nous déjeunerons dans la voiture avec du pain et des fruits (poires, chataignes, raisins), ou du fromage de gruyère que l’on trouve en abondance à 16 sols la livre dans tous les villages de ce pays.
Nous nous arrêtons pour dîner dans un lieu nommé La Verpellière. En visitant la pauvre église de cette paroisse, il est aisé de reconnaître qu’elle a pour curé quelque bon vieillard qui n’aperçoit plus les toiles d’araignées, ni ne peut distinguer le linge blanc d’avec le sale. Notre entrée au presbytère nous montre en effet un octogénaire presque aveugle, qui prenait son dîner, essuyant sur sa soutane qu’ilne dis‘inguait pas de sa serviette, la sauce et la graisse attachées à ses doigts. Il avoua aux deux voyageurs qu’il disait la messe à tâtons, et que, pour un homme de son Âge, il faisait plus qu’on ne devait attendre. Le bonhomme pourrait faire encore quelque chose de plus, savoir : de résigner un bénéfice qu’il n’est pas capable d'occuper. Mais il n’est pas donné À tout le monde de savoir se retirer à propos. Le reste de cette journée n'offrit rien qui soit digne d’être mentionné. Nous allâmes coucher à la Tour-du-Pin, après la nuit fermée. ILeureusement cette petite ville n’a pas de quoi piquer la curiosité des voyageurs.
12.— Le mardi avant neuf heures du matin, nous arrivions au pont Beauvoisin. C’est tout ensemble un pont et une ville. Le pont est construit sur la rivière Guyer. La ville est sur les deux rives. D'un côté, il y a douane et garnison françaises ; de l’autre, douane et garnison piémontaises ; cette place étant frontière entre les deux puissances, l’un des bouts du pont en France, l’autre en Savoie.
Le duché de Savoie était, avec le Dauphiné, le Pays des anciens Allobroges. La famille de ses souverains est fort ancienne. Elle à pour tige un ce’tain Humbert aux blanches Mains, qui était Comte d’une partie de la Savoie en 1025. L'empereur Sigismond, en 1416, érigea ce comté en duché, et il paraît que la Principauté de Piémont en était considérée comme une dépendance. Le traité d’Utrecht, en 1713, ajouta la Sicile aux Possessions des ducs de Savoie. Ils la cédèrent, en 1720, en échange de l’isle de Sardaigne, dont ils se qualifièrent rois et qui fut la seule propriété que leur laissèrent les conquêtes des Français, en réunissant le Piémont et la Savoie à Ja France. Le Congrès de Vienne de 1515 a mieux traité le roi de Sardaigne ; car non seulement il Jui à rendu ses anciens Etats de terre ferme, mais Y à ajouté tout ce qui formait l’ancienne république de Gênes. La Savoie à environ 70 lieues de long du sud au nord, sur 75 de large. Elle est toute dans les Alpes.
Il y a différentes voies pour traverser ces cffrayantes montagnes. Les principarx Passages sont ceux du Saint-Bernard, du Simplon et du: :; l'enis, C’est vers ce dernier que se dirigea l'évêque de Qué est plus au sud que les deux autres et Passe pour le plus aisé, Mais il ne faut pas croire que tout le passage des Alpes se réduise à ces grandes Montagnes ; il est fort long, présente Plusieurs points difficiles À franchir, et ce n’est Jamais ni dans un jour ni dans deux que l’on peut réussir À s’en retirer,
Nous entrimes dans les Aipes sans nous en apercevoir et prosque aussitôt après avoir passé le pont Beauvoisin. Le premier endroit difficile qui se présenta fut le Passage de Chailles. Par une pente presque insensible, nous ROUS trouvons portés À une graude hauteur, dans une Montagne autour de laquelle il faut tourner l’espace d’une denie-lieue, dans un chemin d’où vous Apercevez À gauche un “ommet très élevé, et à droito un précipice profond dont la Vue seule est capable d’effrayer, Il cat vrai que le chemin est assez spacieux pour que deux carrosses puissent s’y rencontrer, et qu’il est bordé du côté du Précipice
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par un petit mur de trois pieds d’élévation. Ce mur ne paraît ni assez ancien pour être attaché aux Romains, ni assez moderne pour être l’ouvrage de Napoléon, ou même des révolutionnaires qui les premiers pénètrent en Italie. Il faut donc qu’il ait été fait ou par quelqu'un des ducs de Savoie, ou par les armées françaises, du ten ps que la Lombardie était disputée entre les rois de France et les empereurs d’Autriche, savoir dans le 15° et le 16° siècles. Quoiqu'il en soit, lors de la fonte des neiges, il doit être dangereux de faire le passage de Chailles, parce qu’il est toujours à craindre qu’on ne soit écrasé soit par une avalanche ou chute de neige, soit par quelque pierre se détachant du rocher. Nous allâmes dîner, ce jour-là, dans un village qu’on appelle Les Echelles, lequel, quoique placé sur un terrain fort uni, a néanmoins tiré son nom d’un rocher situé à quelque distance de là, qu'on n’a pu franchir, pendant bien des siècles, qu'au moyen d’échelles que l’on y suspendait pour l'usage des voyageurs. Quelles difficultés ne dut pas éprouver Annibal, lorsque le premier, il osa, à la tête d’une grande armée, affronter des montagnes comme celles ci ! On conçoit à peine comment il put réussir à faire gravir des hommes et des chevaux et des éléphants, dans des chaînes de rochers où tout était contre lui. ANihil mortalibus ardui est. Hor. On ne connaît pas au reste l’endroit précis où ce héros passa les Alpes. L'opinion commune est qu’il prit sa route plus au sud que le passage dont il s’agit. Mais enfin il les passa, et cela seul suflirait pour immortaliser son courage et donner une idée de la hardiesse de ses conceptions.
Le rocher nommé les Echelles n’a guère moins de 300 pieds de haut sur 4 arpents d'épaisseur. Il est traversé par une espèce de grotte qu’il semble qu’on aurait pu ouvrir pour donner un passage. Apparemment on craignit que les pierres mal liées qui la forment ne fussent pas assez solides. Emmanuel IT, duc de Savoie, par une entreprise digne d’un souverain, fit ouvrir, dans le rocher même et tout auprès de cette gratte, un passage d’environ 20 pieds de large où toutes espèces de voitures peuvent aller en liberté. Le chemin se trouve ainsi bordé de deux rochers
Es
nt
. l’abbé lratte, curé
vifs, dans lesquels on aperçoit encore les traces des barres à miner et autres instraments de fer que lo
MY a employés. Il a dû être tiré de là plus de 29,000 toises de pierre, dont une partie sans doute a été employée à exhausser etaplanir le chemin, qui de ce lieu conduit dans la plaine et qui lui-même à exigé un long et pénible travail. On ne sai
t en quel temps a commencé tout set Ouvrage, mais une inscription fixée sur un des côté seur du rocher apprend au
Napoléon, ami des gr:
s de l’épais- * Passants qu’il a été fin: en 1674.
indes entreprises et jaloux peut-être de l'honneur que cette opération donnait À la mémoire d'Emmanuel
IL, s’avisa, dans les dernières années de son règne, de f le même rocher, À environ dix arpents de l'endroit où Sage d’Emmanuel II. Il ne rompit pas le roc hauteur, mais se Contenta d pieds, large de 30, longue q
aire percer est le pasher dans toute sa oûte haute de 24 e 900, qui n’a d'autre cintre que le même sous lequel on l’a creusé fort habilement, ot qui par sa lon- Sueur et par l'obscurité qui y règne nécessairement, surtout vers le iuilieu, Pourrait devenir Par la suite une retraite pour les malfaiteurs et un Passage dangereux Pour les voyageurs. elle a été Continuée par ordre du roi de $ de Napoléon. Il ne reste plus « cende de là dans la et celle de Chailles.
N'importe, ardaigne après la chute qu'à y Pratiquer un chemin qui dessuperbe plaine qui est entre cette Montagne L’évêque de Québec, sur les instances de du village des Echelles, aimable garçon qui accompagné jusque-là, Consentit À parcourir cette voûte d’une extrémité À l’autre, admira la superbe vuc que l’on à de la Porte qui dégorge sur la vallée, porte hurte de 24 pieds comme tout le reste de Ja voûte, mais qu'on à peine À apercevoir ou même À SOUpÇOnner, tant elle est peu de chose dans la façade d’un rocher aussi Prodigieusemant haut, où elle est moins appaait une porte de Cave au bas d’une maison de
l'avait
rente que ne ser cinq à six étages.
Fisterre n’était sion, et il nous en punit ; voiture, aprè e, i] ne voulut plus
dois rame.
detre r-threrr 9 pps
aller que le pas, quoique le chemin fût beau, descendant insensiblement entre deux montagnes assez éloignées l’une de l’autre. Elles présentaieut des deux côtés de fort beaux paysages. Mais on aurait pu les voir assez sans aller aussi lentement, et même en apercevoir un plus grand nombre. Grâce à la mauvaise humeur du voiturin, la nuit vint nous y surprendre, et était close depuis plus d’une heure, lorsque nous arrivâmes à Chambéry, capitale de la Savoie. M. Dessoles, oncle du ministre des affaires étrangères de France, est évêque de cette ville. Par son crédit auprès de Bonaparte dont i! était zelé partisan, il a obtenu que son siège fut érigé en archevêché, en attendant des suffragants qu’il n’a pas encore, mais qu’il espère qu’on rétablira bientôt à Annecy, à St-Jean de Maurienne et à Moustiers, où il existait ci-devant des évêchés, engloutis, comme beaucoup d’autres, dans le concordat de 1801; au moyen de quoi la Savoie se trouvera suffisamment pourvue. Jusqu’alors l’archevêque continuera de gouverner les paroïsses, au nombre de plus de 1200, entre lesquelles se divise le duché. L’évêque de Québec avait rencontré ce prélat à Paris, chez le cardinal Périgord et l’aurait revu avec intérêt, abstraction faite des princines politiques qu’il a professés pendant les 100 jours. Mais à 7 heures du soir en cette saison, il n’est plus temps d'aller rendre visite À un personnage de qualité, à moins que ce ne soit une ancienne et intime connaissance. Or l’évêque de Québec n’était pas rendu à ce point avec celui de, Chambéry ; il aima donc mieux lui laisser ignorer son passage, et garder l’incognito dans l’auberge où il fallut manger à une table d’hôte assez grossièrement composée, heureux d’y rencontrer deux jeunes dames et deux gentilshommes français, dont la conversation honnête le dispensa d’entrer en société avec les gens qui se trouvaient à l’autre extrémité de la table.
Il désirait beaucoup voir l’abbé Gazel, docteur de Navarre, lequel, après avoir émigré en Angleterre au commencement de la Révolution et être allé de 1À en Canada, où il demeura trois à quatre ans, regagna l’Europe en 1796, et de retour en Savoie, sa patrie, y occupe maintenant les places de chanoine de l’église de
a même ville,
‘imprimerie. Mais M.
8€0D, envoyé À son lovi $ ener à l'évêque de
Québec, rapporta qu’il é: * Pour profiter des
Vacances qui duraient e ait revenir qu’à la fin
df mois. I] fallut don ans y avoir rien vu, Car nous en Partîmes, ] vant le jour.
13.— A soleil levé, ré, auprès de la ville de Montmélian. C’es environ quinze lieues au-dessous de Montr trouve Grenol Capitale du Dauphiné,
La route ne ville, mais bien ve
rs Aiquebelles, entrée de la partie
aussi la plus digne d’être vue de toute la Savoie, Ce: l’on nomme Ja Maurienne, et qui si grand nombre de je
era cette avant midi.
» Inais pout-ôtre
s tous ceux
vie, quoique la plupart
Pays que la Savoie.
Le curé d’Aiguebelles (M. Langlois son village un évêque logé chez lui, ne voulut pas souffrir qu’il dinât à l
pressa de Partager son pot, et le traita en vérit
6 avec une affection ct des égards propres à lui donner une idée tré
}, inforr tout auprès de auberge, mais Je
né qu'il y avait dans
voir, depuis son
après celui-]} :
ersation ne se bien qu’on lui avait déjà dit des curés général assez Pauvres, puisque leur revenu fixe n’est pour les prêtres amovibles, et Canton, qui répondent À nos archiprê € qu’un douzième OU Un quinzième du total une (car chaque Paroisse forme un es €) ajoute 2 à 300 france au revenu des
Manière du supplément,
tres et qui ne sont guèr * Quelqnefois Ja ccinm pèce de municipalit uns et des autres, par
Avec cela et leur grande économie, ils trouvent moyen de se soutenir, Ils se voient, deux par deux, assez fréquemment, mais Jamais en grand nombre, excepté lorsqu'ils se réunissent chez le curé du canton pour les conférences écclésiastiques, qui ont lieu une fois par mois, et dont celui-ci rend compte à l’évêque diocésain, qui envoie un autre sujet de conférence pour le mois suivant.
Les ecclésiastiques savoyards font profession de régularité ct d’une résidence sévère, ayant pour principe de ne jamais découcher de leurs presbytères. Ils voyagent à pied, car outre que leurs finances ne leur permettent pas d’avoir des voitures, ils s'éloignent si peu de leurs demeures et les chemins de communication d’une cure À l’autre sont si courts et si penteux, que des voitures ne leur serviraient de rien. Il est rare qu’il y ait une lieue entre deux paroisses ; souvent elles ne sont pas éloignées de la moitié de cette distance. Tous portent l’habit long, s’appliquent à la prédication qui leur est fort recommandée, et respec-
dre réflexion contre ses aberrations politiques. C’est en français qu’ils aunoncent Ja parole, et le peuple les entend, quoiqu'il ait un patois très particulier. On frémissait autrefois en Canada du projet qu'avait un Souverneur (feu Sir Fréderice Haldimand) d’y introduire des prêtres savoyards. Mais certes s'ils étaient alors aussi bien formés qu’aujourd’hui, l’acquisition n’eut pas été mauvaise. Ces sujets sont tous sortis du séminaire de Chambéry, où l’évêque a soin d’appeler pour directeurs des prêtres du premier mérite et de la plus grande régularité. On ÿ compte en ce moment près de 150 séminaristes,
Toute petite qu’est la Savoie, il n’est Pas rare d’y trouver des ecclésiastiques devenus curés qui ne sont jamais sortis de leur pays. Celui qui a été d’un côté jusqu’à Turin ou de l’autre jusqu’à Grenoble, passe pour un homme qui a beaucoup couru,
C’est bien autre chose s’il a vu Lyon, ou Milan, ou Gênes. Les autres se rangent autour de lui et l’écoutent en silence r-conter les choses merveilleuses qu’il a rencontrées dans ces longues et
extraordinaires €XCursions. Quelle doit être leur surprise de voir chez eux des hommes qu Canada. ! La géographie leur apprend qu’il existe un te] Paÿs ; mais que l’on ôse de là venir en Italie, c’est une entreprise dont Ja hardiesse a Peine À leur entrer dans la tête, I] faut cependant avouer que les Savoyards ont un peu perdu de cette badauderie, depuis que les armées françaises ont fréquenté leur Pas, et ju’une Partie de leurs jeunes gens ont été assujétis À Ja Conscription.
La petite ville d’Aiguebelles est situé
e sur la rivière d’Areq.
Pour arriver au Mont Cenis, il f;
iut remonter cette rivière, Ou, si l’on veut, 1a côtoyer en allant vers sa source l’espace de 15 à 18 lieues et Ja traverser 9 À 10 fois avant de sortir de la Maurienne, Mais sur d'excellents Ponts de pierre, Le chemin qui Ja borde, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, est extrêmement bien entretenu, Il n’y a point de doute que les armées françaises w’y aient travaillé pendant la dernière guerre. En plusieurs endroits, on reconnaît qu’il a été détourné, redressé où changé de place depuis un petit nombre d'années. La rivière doit être grosse dans le temps de la fonte des neiges. En cette saison, ruisseau qui sérpente au fond d’une longue y s’élargit et Vous découvre de forts jolis Platins, tantôt se resserre de manière à VOus persuader que vous êtes au bout de votre chemin et qu’il n'y à plus issue, Cette vallée est Conustamment bordée de hautes mont. znes, dans lesquelles on aperçoit des villages À toutes les distances, mais qui paraissent si inclinés, qu’on
atiquer des sen-
ce n’est qu’un allée, qui tantôt
Quentés que par des chèvres, Néanmoins ils 8
ont habités par des familles qui y ont le
urs maisons, leurs églises, leurs curés, et plat pays.
fcilement un second,
paroisse À l’autre (càr chaque village a la sienne), et l’on pourra se faire une idée de la hauteur de la partie des Alpes qui se trouve dans la Maurienne. On conçoit que les édifices de ces petits villages, suspeudus, pour ainsi dire, en l'air, n’ont rien de magnifique. Ce sont en effet de petites maisons écrasées, mais construites de pierre et couvertes de tuiles. Les villages les plus près des cîmes, à plus forte raison ceux qui sont sur les cîmes mêmes, doivent éprouver de grands froids en hiver. Cependant on n’aperçoit presque point de bois dont ils puissent se chauffer, si ce n’est que quelques branches dont il font des fagots. Dans leur disette, ils amassent et conservent les cottons de blé-d’inde pour en faire du feu. Peut-être aussi trouvent-ils, loin de là et sur “8 sommets, quelques bois de réserve qu’ils transportent avec des mulets, car ils ne sauraient faire usage de voitures dans des cavées, des ravines, des rochers, des précipices où il est impossible de pratiquer des chemins à cet eftet.
Du reste, ce pauvr: jeuple est industrieux. On en peut juger par le soin qu’ils ont ‘:e mettre À profit tout ce qu’ils ont de terre cultivable. Si dans un rocher aride, il se trouve ça et là quelque petit coiu de terre, vous y apercevez ou le chaume du peu de grain qu’il a été possible d’y semer, ou une petite prairie, ou autant de pieds de vignes qu’on a trouvé moyen &’y en planter. Les châtaignes qui abondent dans tout ce pays, sont une ressource que la Providence 4 ménagée à ces pauvres colons, lorsque la viande, le pain et les patates leur manquent ; et il faut avouer que la châtaigne, telle qu’on la trouve ici et dans toute l’Italie, est de toutes les espèces de noïx la plus nourrissante, et qu'avec ce fruit on peut se passer de beaucoup d’autres choses. Les villages que lon trouve sur les bords de la rivière d’Areq sont apparemment plus étoftés que ceux qui pendent daus les montagnes. Cependant il y en a d’assez misérables. En général, on y trouve plus de fenêtres. Souvent les châssis ne sont remplis que de papier collé, et tel qui garnit de grilles de fer les fenêtres de sa maison, n’a pas de châssis pour les fermer.
Cette route étant la plus fréquentée de toutes celles qui condui-
he —
sent en Italie, on ÿ rencontre assez souv
pleines de voyageurs, les aut
de caisses, de ballots, de fatailles etc. Les gens du pays ont la manie de laieser pendre continuellement au inuseau de leurs bêtes de‘charge, des sacs longs de 15 À 18 pouces, qui sont remplis d'avoine, le matin, mais qui étant épuisés en peu d'heures, ne servent plus qu’à les embarrasser le reste du jour. On voit bien les cochers sur les places de Londres et de Paris suspendre au nez de leurs chevaux de semblables sacs, ordinairement faits de crin, afin qu’ils ÿ prennent de la nourriture, tandis que les facres
sont en repos. Mais s'il se présente quelque occasion d’être
employés, le premier soin qu’ils ont est de serrer ces sacs, Il est particulier aux Savoya-ds de les leur laisser du matin an soir et sans nécessité, ce qui doit beaucoup incommoder ces pauvres animaux, surtout Pendant une marche prolongée,
15. - Nous couchâmes, ce jour-là, dans un village nommé Lachambre. A la même auberge que nous, se trouva un gentilhomme piémontais, le marquis de Vivalda qui, d voiture, venait de Chambéry avec son fils élevé qui converse scnsémeut, m ferait passer Pour un imbécile auprès de bien des gens qui ne se ° acraient Pas la peine de l’entendre raisonner. Ila 16 À 17 = Le marquis l'aime uniquement et voudrait le pousser. Le moyen qu’il se propose, est de lui faire obtenir une place entre les aides-de-camp du roi de Sardaigne, Puisse-t.il remplir ses espérances ! Ce pauvre marquis qui, du reste, a l’air assez grôlé, était fort inquiet de l’état de son cheval, qu’il craignait d’avoir forcé ce jour-là. L’évêque de Québec lui dit en soupant : “ M. le marquis, laissez à quelqu'un d'ici le soin de vous suivre tout doucement demain avec votre voiture, afin de ne le pas exposer à manquer tout À fait. Nous avons quatre places dans le carosse. Je suis Montez-y ainsi que monsieur votre fils.
reux de vous rendre ce petit asrvice.” son cheval était mieux le lendemain. I] » NOUS devança même, mais fut si recon-
ent des voitures, les unes rés traînées par des bœufs, chargées
ans sa propre , Jeune homme bien ais que sa difficulté À s’énoncer