‹ Journal d'un voyage en Europe [microforme]Chapitre 17 sur 59 · CES · texte numérisé non relu

CES

a son palais auprès de église métropolitaine ; le légat occupe celui du gouvernement, auprès de l’église collégiale de S. Pétrone. Ce saint, ancien évêuue de la même ville, est représenté par une statue de marbre, assise au-dessus de la Frincipale entrée de ce palais. Elle y figure assez mal avec celle de Neptune, qui su-monte une belle fontaine, placée À une distance à peu près égale de la coliégiale et du palais. Celui-ci est un immense édifice, dont il faut parcourir trois pans avant de trouver le légat, qui n’occupe que le quatrième, et cela au second étage, où l’on ne parvient qu'après avoir décrit deux longs et larges escaliers, qu’on devrait plutôt appeler des plans inclinés, ou des côtes formées de briques inclinées et verticalement posées, qui ne sont retenues que par des chuïnes de pierre, aussi verticales, placées de deax en denx pieds, sur toute la largeur de l'escalier. Aussi raconte-t-on que Charles Quint, devant «voir une entrevue dane ce palais, avec le pape Paul III, y monta tout uniment à cheval, et il faut avouer que ces escaliers conviendra’:nt mieux à des chevaux qu’à des gens de pied. .

L’évêque de Québec eut beaucoup à se louer de la réception que lui firent ces deux Eminences. M. Turgeon eut, à l'ordinaire, sa petite part de ces honnêtetés. Le cardinal Spina était en dernier lieu archevêque de Gênes. Il vient de résigner ce siège, qui a été donné zu vicaire général des Barnabites, le P. Lambruschini. Avant d’être caru.nal, il avait été archevêque de Crinthe in partibus infidelium. Ce fat lui qui accompagna Pie VI dans son exil, l’assista À Valence dans sa dernière maladie, lui ferma les Jeux, conserva son corps dans un cercueil de plomb, le fit enterrer militairement, quelque temps après, pour empêcher le clergé intrus de faire ses funérail. 8, et après que Bonaparte fut établi premier consul, obtint de le rapporter À Rome, où il a été déposé dans le souterrain de la basilique 4 , 8. Pierre. Il dit qu’il n’y a rien de vrai de tout ce que le général de Mark ou du Mark a écrit du séjour et de la maladie de ce Souvernin Pontife, et qu’il ne put s'empêcher de le déclarer À sa dame, lorsqu’étant devenue veuve, elle crut lui faire un beau présent en lui envoyant un exemplaire

de ce livre, comme contenant des faits dont il avait lui-même été témoin.

81.— L'évêque de Québec, décidé à passer à Bologne le dimanche et le lundi, alla, le premier de ces deux jours, célébrer la messe dans une jolie petite église appartenant aux religieuses Clarisses, détruites par les Français et non encore rétablies, faute de moyens, et par l’impuissance du gouvernement de leur donner l’assistance nécessaire. Au commencement de sa messe, on ouvrit un guichet au-dessus du gradin de l’autel où il célébrait, et il aperçut tout à coup, au fond d’une petite chapelle attenant à cet autel, une figure noire magnifiquement habillée et assise dans un riche fauteuil environné de cierges ardents. Ce spectacle l’eût singulièrement frappé, s’il ne se fût immédiatement rappelé que l’on conservait dans cette église le corps de sainte Catherine, surnommée de Bologne, religieuse professe du même couvent, morte en 1463 et canonisée en 1712. Il ne manqua pas d’entrer dans cette chapelle après la messe, pour examiner de plus près ce saint corps. C’est quelque chose d’admirable que sa conservation. Il y a quatre sièc'es et demi qu’elle est morte. Sa peau a noirci. Du reste, elle est dans toute sa chair, quoiqu’un peu “tirée ; l’évêque lui baisa les pieds, et ainsi firent ceux qu’ l’acompagnaient (ses pieds sont nus, maïs entiers). On conserve là près, dans une armoire, un bréviaire et un autre livre de dévotion, tous deux écrits de sa main, ainsi qu’un petit violon de sa façon, assez mal bâti, dont elle s’amusait en récréation, dans les dernières années de sa sainte vie, accompagnant du son de cet instrument, ces paroles de l’Ecriture : Et Gloria ejus in te videbitur, qu’elle répétait sans cesse et où elle trouvait sa consolation. On conserve aussi, dans une fiole, de l’eau qui sortit de son corps, 18 jours après su’elle fut morte. Ce corps est dépouillé et lavé une fois tous les ans. Les fidèles se partagent l’eau de cette lavure et la conservent dans leur maïson. Le lavage fait, la sainte est de nouveau revêtue d’une robe magnifique ornée de pierreries et d’argent, et remise dans son fauteuil jusqu’à l’année suivante. Ce fauteuil est élevé de deux ou trois degrés au-dessus du pavé de

la chapelle, C’est là qu’une pauvre religieuse ignorée de tout le monde, pendant sa vie, mais connue de Jieu, qu’elle servait sans ostentation, reçoit anjourd’hui les hommages des rois et des peuples, tandis que son âme bienheureuse jouit de la vue de son céleste Epoux. Nimis honorati su: amici tui Deus !

L’évêque désirait assister, ce jour-là, à la grand’messe de la collégiale de S. Pétrone. Elle allait finir lorsqu'il y arriva, mais il s’y trouva assez tôt pour voir des laïques, même des bonnes femmes assises dans | etalles que les chanoines ne suffisaient pas à remplir, sans compter que, jusque sur les degrés de l’autel, il y avait une foule de toutes sortes de gens. Cet autel est très avancé vers le balustre ; il est environné de degrés tout autour et a deux faces. Le célébrant se tient du côté du chœur, et comme il fait face au peuple, il chante Dominus vobiscum et donne la bénédiction sans se détourner. Cette église plus belle et plus grande que la métropole, a un grand nombre d’autels, tous richement ornés et garnis de tableaux et de statues de prix. Lorsque le cardinal Légat assiste à unc église le dimanche, c’est À celle de S. ‘'étrone.

Sur le pavé de cette collégiale, est tracée la famet : snéridienne

1—Le 10 janvier 1883, j'avais le grand bonheur «le voir à mon tour le corps conservé de sainte Catherine de Bologne, et je puis dire que je n'ai jamais rien vu d’aussi merveilleux. 4 Elle est assise—Je cite mes notes de voyage sur un trône magnifique dans la chambre où elle est morte. Elle est revêtue d'une chape de drap d’or, ayant une mitre sur la tête. Elle a encore toute sa Chair qui est noircie, excepté à un endroit sur le menton, où l’on rapporte que l’Enfant-Jésus la baisa un jour. Le visage, les mains et les pieds sont découverts ; et la peau, les ongles, tout cela est parfait. Je l'ai vue de très près, j'ai touché ses mains flexibles et leur ai fait toucher mon chapelet. Quel miracle 1” Tous les corps de saints que l’on dit conservés, n'ont pas été préservés comme celuilà de la corruption du tombeau, Plusieurs sont enduits de cire, comme celui de S. Léonard de Port-Maurice, d’autres sont à peine visibles, et il faut une foi extraordinaire pour y découvrir le miracle de la conservation ; quant à celui-là, on en dira ce que l'on voudra ; moi, j'ai été absolument émerveillé et j'y ai vu la main de Jeu, Au reste, il demeurera certain que l’Italg a produit un nombre phénoménal de saints, dont les âmes sont en possession de la gloire céleste, et dont les corps justement vénérés raies un jour pour entrer dans le triomphe éternel.

s'rmaler Ssebnal

du savant Cassini, dans le milieu d’une longue bande de cuivre placée tout exprès au niveau du pavé. Du côté où est cette méridienne, se trouve aussi une belle horloge ayant dans un même pilier de l’église, à six ou huit pieds au-dessus du pavé, deux cadrans, dont l’un donne l’heure astronomique, l’autre l’heure italienne, Car il faut savoir que les Italiens ne divisent pas leur cadran en 12 heures, comme le nôtre, mais en 24, ct qu'ils ne comptent pas à partir de midi ou minuit, comme nous faisons, mais d’un coucher de soleil à l’a ire, et, comme le soleil se couche plus tôt ou plus tard, suivant qu’il est plus ou moins éloigné de l’Equateur, il en résulte que le commencement de leurs 24 heures, et par conséquent leur midi, sont sujets à de grandes variations. En décembre, lorsqne nous avons midi, ils comptent 19 heures. Eu juin, au lieu de 19 heures à midi, ils n’en ont que 16. Il n’y a donc qu'aux équinoxes qu’ils se rapprochent de nous, mais à leur manière, c’est-à-dire qu’ils ont 6 heures lorsque nous avons minuit, et que notre midi est à leurs 18 heures. Il faut du temps pour se faire à ce langage : ‘“ A quelle heure est la grand'messe dans telle église ?— A 14 heures. Et Vêpres ?— A 21 heures; le dîner, à 19 henres, le salut À 23, etc”” Eh bien, les Italiens ne connaissent pas de meilieure manière de conduire leurs horloges, et on réussirait autant À faire adopter aux Anglais la graduation du thermomètre par Réaumur, qu’aux Italiens notre manière de compter les heures.

Le cardinal Oppizoni conduisit, le soir, l’évêque de Québec à un couvent de Visitandines, qu’il rétablit à ses propres frais, dont les religieuses lui viennent de Novare. Il n’y en a encore qu’une partie de rendues, mais pleines de zèle et de désir de se rendre utiles aux jeunes personnes de leur sexe, pour l’éducation desquelles on les a appelées dans ce diocèse.

1°’ novembre. —Le lendemain, jour de la Toussaint, après avoir dit la messe à S. Pétrone, il voulut assister à l'office de la métropole. Cette église est redevable d’une partie de sa décoration à la magnificence de Benoît XIV, qui en fut afthevêque, du temps qu’il était cardinal, connu sous le nom de Prosper Lambertini, et

qui l’affectionnait tant, qu’il la garda, même après être devenu pape. Sa plus grande richesse sont les corps des saints martyrs Vital et Agricola, conservés dans la chapelle souterraine, où il n’y a pas moins de cinq autels.

L’archevêque ne célébrait pas solennellement ; seulement il assistait paré. On suit le cérémonial romain à Bologne ; on le suit aussi À Québec. Néanmoins les cérémonies de Québec et celles de Bologne ne se ressemblent nullement. Elles se font ici avec beaucoup plus de précipitation et beaucoup moins de dévotion, de la part de petits clercs au-dessous de l’âge de 15 ans et même de 12, dont les têtes mouvantes ne font pas d'honneur à la tonsure dont elles sont ornées, Il ne ge trouvait presque personne dans l’église. Assez souvent les cathédrales sont peu fréquentées. Le mauvais temps de ce jour pouvait être une raison de plus pour le peuple de ne se pas fouler à l’église. Il pleuvait tant, que l’évêque de Québec ne put visiter ni l'Université, ni la célèbre tour nommée Asinelli, qui passe pour la plus haute d’Ita. lie, et qui a, en effet, 376 pieds d’élévation. Ilen fut dédommagé par la visite du cimetière, où il fut conduit par le cardinal Légat, entre la messe et vêpres, comme on en était convenu le jour précédent, Un cimetière! La belle curiosité, dira-t-on ! Oui, celui de Bologne en est une, et peut-être ce qu’il y a de plus beau À y voir. C’est une ancienne Chartreuse placée À une demi-lieue de la ville. Elle est composée, comme toutes les autres, de cloîtres ou galeries couvertes, au milieu desquelles sont d’anciens jardins, cours où parterres quien remplissent le vide; ces carrés ou parterres dans lesquels on a planté des cyprès, sont autant de cimetières où les corps du commun peuple sont enterrés symétriquement, Les gens plus distingués, formant par conséquent le petit nombre, trouvent leur place sous le pavé des galeries. Deux corps bout À bout peuvent aisément loger dans la largeur de ces galeries. On les y met de manière que leurs pieds sont opposés les uns aux autres. Une rangée de colonnes soutient le plafond de la galerie du côté du parterre. Ces colonnes sont appuyées sur un petit mur de 18 pouces de haut. Or ce petit mur

suffit pour recevoir les épituphes simples de ceux dont les têtes sont rangées auprès. Le fond de la galerie est un mur plein, sur lequel on place,pour les autres, non seulement de plus longues épitaphes, mais encore des urnes, des piédestaux, des bustes, des statues, qui font honneur aux défunts, et encore plus aux sculpteurs qui les exécutent. Il est un de ces monuments qui a un mérite particulier et qui est fini tout nouvellement. Il s'agissait d’y perpétuer la mémoire d’un époux et d’une épouse de la famille Caprara, morts à un petit intervalle l’un de l’autre, et qui ont laissé deux filles en mourait. L'artiste a mis au fond d’une espèce de grande niche appuyée sur le pavé, un piédestal qui s'élève à hauteur d'appui. Sur l’un des coins du piédestal est placée une urne. C’est celle du premier mort des deux époux. Une des deux filles, de grandeur humaine, a l’air d’arriver; elle porte l’autre urne et s’avance, comme pour la placer auprès de la première. Rien de plus naturel que son attitude. Il semble qu’en apportant cette seconde urne, elle dit À tout le monde : “ On ne s’était pas trompé : nos chers parents devaient se suivre de très près.” Quelque parfaite que soit cette figure, elle n’est cependant pas ce que le monument offre de plus admirable. Sa sœur, placée À son opposite, a la tête légèrement inclinée, comme une personne qui voudrait contenir sa douleur ; elle a ses habits couverts d’un long voile prenant sur sa tête et prolongé jusqu'aux pieds. A travers ce voile, on voit ses habits, l’enfoncement des yeux, de la bouche, la proéminence du nez, des lèvres et des autres parties saillantes du corps ct de la face. Rien de tout cela n’étonnerait, si ce voile était de quelque étoffe transparente. Mais il est de marbre blanc, comme tout le reste du monument, et voilà qui suppose, dans le statuaire, une habileté extrêmement précieuse : celle d’avoir imité la transparence de la gnze ou de la mousseline, dans une matière qu: s’y prête aussi peu que celle sur laquelle il travaillait, L'église, les diverses chapelles et caveaux qui en dépendent, et qui occupaient beaucoup de place chez les Chartreux, qui disaient tous la messe en même temps, et auxquels il fallait, par conséquent, beaucoup d’autels : tout cela est pavé de sépultures plus ou

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moins distinguées. Des cimetières entiers, soit de couvents, soit de paroisses, ont été transportés dans cet endroit, le seul de Bologne où l’on enterre présentement. On nous montra, par exemple, un caveau de sacristie, dans lequel sont réunis tous les morts d’un ancien couvent de Capucins. Comme il y a dans cette chartreuse un grand nombre de cloîtres au rez-de-chaussée, dont chacun présente un Parterre et quatre faces de galerie, le cimetière Pourra suffire très lougtemps aux besoins de la ville, À laquelle on se propose de le joindre prochainement, par une suite d’arcades de même espèce que celles qui bordent, de chaque côté, les plus belles rues de Bologne, et qui y sont d’une grande ressource pour les gens de pied contre le soleil et contre la pluie.

Il n’y a que 18 ans que la Chartreuse à été convertie en cimetière, et depuis cette date, on y a déjà conduit 56,000 morts, sans compter le transport des anciens ossements, c’est-à-dire que dans ce petit nombre d’années, les cinq-sixièmes de la ville ont payé ce tribut, car on ne compte à Bologne que 65,000 habitants. Ce rapprochement a quelque chose d’effrayant dans un climat qui, de l’aveu de tout le monde, n’a aucune mauvaise qualité. Il est donc vrai que les hommes ne naissent que pour courir rapidement vers la mort.

Comme il n’est aucune famille de la ville qui n'ait de ses proches dans l’église, dans les chapelles, caveaux, cloîtres ou parterres de la Chartreuse, il en résulte que la commémoration des morts y est célébrée avec un immense Concours de peuple. Dès la veille, les cierges de toute grosseur y sont portés par centaines, et quoique le jour ne fût pas fort avancé, lorsque nous y allâmes, les aumôniers nous dirent qu'il y en avait déjà beaucoup de rendue,

Le cardinal Légat voulant Procurer À l’évêque de Québec la connaissance d’un homme extraordinaire, avait pris dans la voiture l'abbé Mezzofante, professeur de langues orientales à l’'Université. C’est quelque chose d’étonnant que la facilité avec laquelle cet ecclésiastique, qui paraît être Agé de 40 ans ou environ, se met dans la tête toutes les langues qu’il veut apprendre,

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