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Par exemple, il n’a jamais été ni en France, ni en Angleterre. Néanmoins, soit qu’il parle anglais ou français, c’est avec une pureté de langage et une exactitude de prononciation qui ferait croire qu'il a passé la moitié de sa vie dans un de ces royaumes, et la moitié dans l’autre.
Décidé à partir le lendemain, l’évêque de Québec alla, le soir, à travers une forte et grosse pluie, prendre congé du cardinal archevêque, auquel il ne manqua pas, dans leur courte conversation, de faire mention du plaisir avec lequel il avait vu l'abbé Mezzofante. Il a beaucoup de mérite, répondit Son Eminence ; malheureusement il est fils d’un menuisier, ” L’évèque ne l’en trouvait que plus estimable ; mais la noblesse a une autre manière de voir.
2.—Nous remontâmes en voiture au petit jour. On ne voit pas plus d’oiseaux en Italie, en cette saison, que dans l’Amérique du Nord. Cependant la température y est aussi douce qu’en Canada, au commencement de septembre. Les pluies qui nous accompagnent, depuis notre arrivée à Turin, n’ont produit presque aucun froid, et jamais que pour quelques instants. Les chemins continuent d’être fort beaux. Inutilement ferait-on ici mention de la distance qu’il y a d’un lieu à un autre. Il suffit de dire que les trois mules de Dei nous font faire 12 lieues par jour ou à peu près, et que les villes sont assez également partagées, pour que nous en voyions une ou deux dans la journée, sans compter celle où nous arrêtons pour coucher. ,
Aujourd’hui nous traversons Sun Niccolo, et Imola, ci-devant l'évêché du Pape actuel, lorsqu'il était cardinal Chiaramonte, et patrie de S. Pierre Chrysologue, pour aller coucher à Faeuza, où nous arrivêmes assez tôt pour en saluer l’évêque, M“ Etienne Bousignori.
Faenza est dans la Romagne. Elle était autrefois recommandable par sa fine vaisselle de terre. Nulle part on ne la fuisait aussi bien. Dans toute l’Europe, on voulait des assiettes de Faenza, d'où est venu chez les Français le mot de fayence. Elle
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est moins recherchée depuis que deux manufactures de ce genre se sont accréditées, l’une en Saxe, l’autre à Marseilles.
Le mercredi, nous Passons à Forli, anciennement Forum Livii, pour aller dîner à Césenne. Ces deux villes sont fort jolies. La dernière, plus considérable que l’autre, a une bonne citadelle, un hôtel de ville estimé, une fontaine ornée de statues. (C’est la patrie de Jacques Mazzoni, qui, après avoir soutenu une thèse très brillaute À Bologne, y fut reçu docteur en théologie, À l’âge de 18 ane, C’est aussi la patrie des Papes Pie VI et Pie VIL Ce dernier y passa deux jours, à son premier retour de France, Une statue de marbre est placée en l'honneur de Pie VI, dans la façade du palais où il prit naissance. Nous entrons à la cathédrale. On y finissait un service dont le cardinal Castiglioni, évêque du lieu, fit l’absoute. I] s’acquittait de cette cérémonie avec beaucoup de
3.— Les représentations autour desquelles ont fait les absoutes en Italie, ne sont Pas, comme les nôtres, en forme de cercueil Couvert d’un drap mortuaire. C’est un échafaudage, en forme de pyramide, qui prend de dessus le pavé et s'élève de 8 À 10 pieds, sans drap mortuaire, mais orné, tout À l’entour, de cartons représentant des ossements, la mort avec ga faulx, etc. et terminé Par une tête de mort. Ici cette tête était affublée d’une mitre, ce qui nous fit comprendre que cet obit se faisait pour les évêques de Césenne,.
Le service ayant fini tard et le dîner devant être immédiate. ment suivi du départ, l’évêque de Québec ne vit pas de temps de rendre ses hommages au cardinal évêque. Nous nous remîmes donc en route pour atteindre le village de Saviniano, où nous devions coucher,
Plus nous allons, plus nous rencontrons de voitures chargées de très belle filasse. La quantité en cst étonnante, et doit procurer de l’argent À cette partie du pays, soit qu’on en fasse de la toile sur le lieu même, soit qu’on l’exporte en nature, ce qui est plus vraisemblable, d’après le soin avec lequel les bottes en sont liées,
Le chemin est fort élevé au-dessus des champs. Dans la partie
la plus voisine de chaque côté, sont cultivées de grandes cannes ou (comme nous disons) sarbacannes, de la qualité de celles dont on fait usage dans les églises du Canada. Ici où le bois est rare et précieux, on les emploie à faire des petites clôtures en losanges autour des jardins, à soutenir des vignes trop éloignées des arbres, à étendre du linge pour le faire sécher, etc. On continue de trouver de ces sortes de cannes en quantité, jusqu’à l’entrée des Apennins et même jusqu’à Rome.
Saviniano consiste en une seule rue, mais très large et très longue. On y compte 2,000 âmes partagées en deux paroisses et desservies par une trentaine de prêtres. Nous entrons dans une église À soleil conchant. On y commençait l'office des morts. Au milieu €. la nef, était érigée en leur mémoire une pyramide comme celle de la cathédrale de Césenne, excepté qu’elle n’était -as terminée par une mitre. Le peuple arrivait en foule. Nous avions pris place au balunstre, et peut-être y aurions-nous tenu à genoux jusqu’à la fin de l'office, mais des bonnes feinmes, survenues après nous, nous donnèrent tant de coups de coude, qu’il fallut renoncer à la partie.
Nous logeîmes dans une auberge qui s’annonçait assez mal. Heureusement nous y étions seuls, et les gens, par leur empressement et leur bonne volonté, suppléèrent à ce qui manquait du côté de l’ameublemeiit et ne demandèrent qu’un pri : très médiocre. Il est vrai que nous ne leur fimes pas grande dépense, Depuis quelque temps, notre souper consistait en une soupe au lait, et nous continuâmes de même, aussi longtemps qu’il fût possible de le faire.
Outre la dévotion pour les morts dont les habitants de Saviniano nous avaient donné des preuves, ils nous édifièrent encore par une espèce de procession qui passa, le soir, sous nos fenêtres, principalement composée de jeunes gens qui récitaient des prières à haute voix, sous la conduite d’un prêtre. La procession finit à une petite chapelle qui se trouvait un peu plus loin, d’où ils revinrent en causant fort tranquillement et sans aucune criaillerie,
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4.—Il est admirable que dans une aussi grande étendue de pays que celle que nous avons parcourue depuis Calais jusqu'ici, il y ait aussi peu de différence qu’il s’en trouve dans la manière de s’habiller, soit en ville, soit en campagne. Italiens, Autrichiens, Piémontais, Français, Savoyards, tous ces gens, à très peu de chose près, ont le même costume qui est en usage dans le Canada, si l’on en excepte ce que nos paysans appellent capôt, vêtement qui n’est point connu en Europe.
La première place qui se présente sur la route, après avoir quitté Saviniano, est un autre village moins considérable, nommé Santo Archangelo. Nous y passons le jeudi, au soleil levant. Près de là se trouve un are de triomphe, en l’honneur de Clément XIV ou Gan-Ganelli. De tons les Souverains Pontifes des derniers siècles, il n’y en guère dont on trouve aussi rarement le nom que le sien. Son pontificat fut court et peu consolant pour l'Eglise.
Dans cette matinée, nous passons la rivière de Pisatello, autrefois le Rubicon, qui était regardé, du temps de Jules César, comme la séparation de l’Italie d’avec ce que l’on appelait alors la Gaule Cisalpine. Un pont de marbre très ancien couvre cette rivière et introduit à Rimini, ville célèbre par le concile de l’année 359, où les Ariens dominèrent, et surprirent par une profession de foi équivoque la droiture des catholiques.
Nous descendons de voiture sur la grande place, pour prendre une tasse, ou plutôt un ver:e de café, dans une maison où l’on en débitait. L’évêque de Québec y fait rencontre d’un ecclésiastique qui paraissait obligeant. Il en profite pour se faire ouvrir une petite chapelle située sur cette place, dédiée à $S. Antoine de Pade et recherchée du peuple, à raison d’une relique de ce saint, que l’on y conserve. Avant de remonter en voiture, il va visiter la cathédrale assez ornée en dedans, mais dont les murs de briques n’ont pas encore été revêtus. Dans celui des longs pans, qui donne sur la rue, il aperçoit avec surprise plusieurs sépulcres occupant des places dans l'épaisseur du mur, à 8 ou 10 pieds de terre. Ce sont les membres d’une famille nommée Malatesta, bienfaiteurs de cette église, qui ont eu la fantaisie de se faire ainsi nicher au
dehors. C’est le seul exemple qui existe d’une si singu lière dévotion,
Nous approchons de la Mer Adriatique. On n’en voit pas encore les eaux, mais bien quelques vaisseaux dans les rivières, qui ne peuvent venir d’ailleurs que de cette mer. Avant-midi, nous sommes à Catholica, petite ville ainsi nommée, parce que ce fut le lieu où se retirèrent les évêques catholiques, au sortir du concile de Rimini, pour protester contre les Ariens qui les y avaient trompés. Elle n’a rien de remarquable que deux inscriptions, dont ;’une rappelle le passage de Pie VI, en 1780 ; l’autre, celui de Pie VII, en 1814, toutes deux placées sur ie mur intérieur d’une église, dont l’architecture et d’un assez mauvais goût.
De là à Pesaro, ancien Pesaurum des Romains, le paysage est très riant et le pays d’une fertil!+ admirable. L2 chemin s’avance vers la mer. Nous laissons À gauche un superbe château situé au fond d’une prairie, et communiquant au grand chemin par une allée bordée de statues de marbre, des deux côtés. La princesse de Galles, dans le cours de sa vie errante, a pris à loyer ce château, l’a occupé environ deux ans, pendant que l’on lui construisait une maison de campagne un peu plus rapprochée de la ville. Ses gens ont fait beaucoup de dégât dans l’intérieur du château, y allumant, par exemple, du feu au milieu des appartements, au lieu de se servir des cheminées. Finalement elle a quitté l’endroit, depuis environ deux mois, pour retourner en France, sans avoir réparé les dégâts de ce château, ni payé les dettes contractées pour la constraction du sien qu’elle à À peine occupé.
Nous arrivons, le soir, dans cette jolie ville, où il y a beaucoup de commerce et d'activité. Elle est située À l'emboachure de la rivière de Foglia, a un beau port pour le pays, et sert d’entrepôt au commerce entre Rome et Venise. Son château passe pour une très bonne forteresse ; c’est la patrie de Jacques Marchifetti qui, à l’âge de 13 ans, possédait toute la philosophie d’Aristote, et composa, à 15 ans, un volume de près de 2,000 thèses théologi-
ques, qu’il s’engagea À soutenir publiquement. A travers des rues si pleines de monde qu’il était très difficile d’y passer, l’évê. que de Québec alla rendre ses devoirs À celui de l'endroit, M: André Mastai Ferretti, âgé de 78 ans et demi, et sans avoir rien vu de la ville, rentra, À nuit fermée, dans son auberge, et n’en sortit, que quand il fallut se remettre en route, le lendemain au matin.
5.—La première ville qui se rencontre sur le chemin, est celle de Fano. Elle est redevable de ce nom à un ter ple de la Fortune, Fanum Fortuna, que les anciens Romains y avaient construit, et dont il ne reste plus de vestiges. C’est une jolie ville qui paraît tenue proprement. Elle est fortifiée, comme le sont presque toutes celles de l'Etat Pontifical, sar cette côte et dans le voisinage.
Au sortir de Fano, on rencontre un are de triomphe élevé à la mémoire d’Auguste. C’est un des plus entiers qui se trouvent de cet empereur en Italie, Ceux de Marc-Aurèle et de Constantin, que l’on voit encore À Rome, étant beaucoup moins anciens, sont moins merveilleux.
De Fano, il n’y a que trois lieues pour atteindre Senigaglia. Nous y arrivons pour dîner. C’est encore une ville maritime dont l’activité, le Commerce, les fortifications !'$corent honorablement la côte du Golfe de Venise. Elle fut établie par les Gaulois, Senones Galli où Galli Senones, lorsqu'ils Pénétrèrent en Italie sous la conduite de Brennus, c’est--dire l’an 590 avant J, C. Une de ses portes magnifiquement rebâtie, du temps de Benoît XIV, porte le nom de Porta Lambertina.
De là À Ancône, il reste près de 7 lieues À faire. Autrefois on les faisait dans l’eau, la mer étant trop près de la côte pour que l'on y pût pratiquer un chemin. Il est vrai que le sable, au fond de cette eau, était ferme et sûr. Mais il n’en était pas moins ruineux pour les voitures d’être mouillées sur un très grand espace de chemin ; car ce n’était pas seulement depuis Sénigaglia qu’on était ainsi obligé de mettre les chevaux à l’eau, mais encore depuis Pésaro et même Catholica,
Avec le temps, la mer s’est un peu reculée, et le gouvernement a fait soulever un chemin à nne petite distance de la côte, lequel, en certain endroits, a de l’eau des deux côtés, mais se trouve assez haut pour tenir les voitures À sec en tout temps. Ce chemin est admirablement bien fait et bordé de poteaux de pierres de taille, sur toute la dernière lieue qui conduit } Ancône.
Avant d'arriver à cette ville, la capitale de l’ancien Picenum, on l’a déjà toute aperçue, parce qu’elle s'élève en amphithéâtre au-dessus du niveau du chemin. A main gauche, en entrant dans la ville, on a le spectacle du plus beau port qri soit sur toute cette côte. Il avait été commencé par l’empereur Trajan. Clément XTT, dans le dernier sièc.e, l’a conduit au point de periection où il se trouve aujourd’hui, en prolongeant une digue qui le met à l'abri des fureurs de la mer, en le faisant creuser, en éicvant dans le milieu du bassin, qui est entre le port et la ville, un superbe lazaretto, ou lieu de réception pour les passagers et les équipages des vaisseaux + nant des ports du Levant, infectés de la posts. L'édifice est séparé du reste du port par un pont-levis et n’a qu’une seule porte, de manière qu’avec une garde de quelques soldats, on est sûr qu’il n’y entrera et qu’il n’en sortira que ceux qui sont munis de la permission des officiers de santé.
La digue ayant été commencée par Trajan, on lui éleva, sur la digu> même, un arc de triomphe qui subsiste encore avec son inscription.
L'Italie moderne, non moins reconnaissante, a élevé à Clément XII une statue de marbre blanc, sur le milieu des degrés qui conduisent à l’église des Dominicains, avec une inscription dans laquelle on n’a pas oublié de mentionner qu’il a fait d’Ancône un port libre. La voici: 4“ Clementi XIL P. P. ob extructas ad pestem avertendam in medio mari amplissimas ædes productum tutioremque factum Trajani portum et, portorio sublato, cunctis apertum nationibus commereium et publicam rem auctam S. P. A. statuam P.”
Les étrangers n’abusent pas du privilège, car nonobstant les améliorations faites au port d’Ancône, par ce Souverain Pontife,
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