‹ Journal d'un voyage en Europe [microforme]Chapitre 26 sur 59 · SR RE TE · texte numérisé non relu

SR RE TE

qu’&près un examen de lhabileté du sujet dans la théologie et dans les rubriques. La police de la ville, en ce qui à rapport À la sanctification des dimanches et fêtes et à l'observation des jours d’abstinence, est entièrement de son ressort.

Au commencement de cette année 1819, on comptait À Rome 1415 rrètres séculiers, 1450 moines, 1325 religieuses, et 98,000 Communiants répandus dans les différentes paroisses 1, Un grand nombre de prêtres sont Pauvres, n'ayant nul emploi, ni d’antre revenu que ce qu’ils peuvent retirer de leur assistance aux funé-

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1— En lisant ce Passage, je me suis dit tout de suite qu'il serait intéressant de donner les statistiques de 1903 pour les comparer à celles de 1819. Sans me faire illusion, j'ai parcouru l’incomplet ouvrage intitulé la Gerarchia Catholica qui fourmille de fautes, et l'intéressant Annuaire Pontifical de M# Battandier, deux publications romaines dans lesquelles on devrait trouver tout cela, mais hélas! où l’on ne trouve pas tout cela. Il faudra, quelque jour, envoyer à Rome MM. Cadieux et Dérome ou l'excellent rédacteur du Catholic Directory de Milwaukee ; alors seulement Pourra t-on espérer avoir des chiffres exacts et des renseignements complets sur les églises, le clergé, les religieux et religieuses de la Capitale du monde catholique, Les Italiens paraissent incapables de faire ce travail. En attendant, j'ai cherché, J'ai écrit à un Canadien résiiant à Rome, et voici les statistiques que j'ai pu obtenir pour 1903 :

Population catholique de Rome...

Nombre des églises... NS titi des rive d rte pete #e 338 Cardinaux résidants are nee irons se des sr osts ttes es 29 Archevèques et évêques résidants...

Chanoines et bénéficiers…

mess sssseesee 468,000

Prélats et prêtres employés ailleurs que dans les Congrégations et les paroisses OS Dr ne 250 Paroisses dont 25 desservies par les religieux... 57

Ordres religieux d'hommes ayant des établissements considérables DT OT ete 86 Communautés de femmes, quelques-unes ayant deux maisons et parfois davantage...

Instituts ou Séminaires ecclésiastiques... 45 Elèves des grands OERIRAlrOR 5 soso 2,300

LLLIEREE ETES

Maintenant, combien y a:t-il, à Roine, de religieux, de religieuses et de pré-

railles et de la rétribution de leurs messes, qui varie suivant l’église et suivant l'heure où ils la célèbrent. Incapables de tenir maison, ils prennent une petite chambre à loyer et se font nourrir chez quelque +-aiteur à tant par repas. Quelques-uns s’introduisent comme chasclains chez des religieuses où ils sont logés et non nourris. D’autres trouvent leurs places dans les antichambres des cardinaux dont ils devicnnent caudataires et quelquefois aumôniers. D’autres obtiennent des places de professeurs dans les collèges. D'autres deviennent précepteurs des enfants de familles nobles ou aisées.

tres séculiers, je serais très heureux de le savoir, mais si j'allais le demander au cardinal-vicaire lui-même, il serait peut-êti en peine de me le dire, tant on s'occupe peu de ces statistiques. Disons qu’il y a à peu près 2000 prêtres séculiers, 1000 religieux et 1009 religieuses,

Ce qui est certain, c'est que depnis 1870, il ya un progrès extraordinaire, Voici ce que j'écrivris moi-même à ce sujet, il y a trois ans, pendant mon séjour à Rome.

‘ Les francs-raçons et les impies ont voulu se débarrasser à jauais des religieux ; ils les ont ruinés et ont cru leur ôter la vie en les privant de pain. Ils se sont étrangement trompés et n'ont pas pensé à Celui qui nourrit les oiseaux :lu ciel, à notre Père qui est dans les cieux et qui distribue le pain quotidien à ses enfants qui sont sur la terre. Les communautés religieuses ne sont pas mortes, elles sont plus vivantes que jamais ; quelques-unes avaient peut-etre besoin de cette persécution et, sans le savoir, leurs ennemis leur ont rendu un fameux service, Si plusieurs sont pauvres, la richesse leur

* serait plus fatale que l'état où elles se trouvent aujourd'hui, Mais ce qui est

plus admirable que tout cela, ce qui fait voir dans tous son éclat la folie des persécuteurs de l'Eglise et l'inanité de leurs desseins, ce qui les couvrira à jamais de ridicule, c'est qu'à Rome actuellement il y a beaucoup plus de religieux qu'autrefois et que l'on construit sans cesse de nouveaux et superbes monastères,

Presque tous les supérieurs généraux y ont leurs résidences, y compris celui des Jésuites, qui ont été supprirés complètement — distinction qui les honore — mais qui n'en existent pas moins et que l’on peut trouver un peu partout, Je crois qu'ils se tireront d'affaires, A utrefois les religieuses étaient toutes cloitrées, personne ne les voyait et plusieurs ignoraient leur exis. tence, Maintenant il en a une foule de toutes les couleurs et de tous les costumes, qui sortent au grand jour et qui s'occupent d'instruction et de toutes les œuvres de charité possibles.”

Les talents distingués se font jour ici comme partout ailleurs, et les ecclésiastiques pieux ne sont pas laissés dans oubli. Mais avec une piété commune et des talents ordinaires, on a peine : Percer, et les premières années de la prêtrise sont dures dans nne ville où l’on ne peut être vicaire, ni autorisé à entendre les confessions des fidèles, avant l’âge de 35 an.

Les religieuses se soutiennent. Elles sont, en général, extrimement retirées et assujctties À une clôture sévère. La supérieure des Visitandines disait À l’évêque de Québec que, dans l’espace d’un mois, elle avait refusé l’entrée de son monastère À deux difrérentes princesses, et avait fait supplier le Pape de ne leur en pas donner Ja permission, ayant, dit-elle, reconnu qu'une heure de visite d’une personne du siècle mettait la dissipation pour huit Jours parmi ses religieuses.

Il n’y a point d’hospitalières parmi les religieuses romaines. Les communautés qui ne sont pas Purement contemplatives, s’occupent de l’éducation des jeunes demoiselles qui sont leurs pensionnaires, Cette éducation ne se donne pas dans des classes communes, comme l’on fait en France et en Canada. Ici c’est un tout autre système. La supérieure distribue les écolières aux différentes religieuses. Chacune a la sienne et lui donne toute son éducation, sans s'occuper des autres, Il ne paraît pas qu’elles admettent des externes, Il y a des religieuses qui vivent d’aumônes, telles sont les Clarisses et les Carmélites. Elles ne peuvent sortir pour mendier par elles-mêmes, mais ont des frères qui portent la besace pour elles et sont revêtus d’une espèce de robe brune ceinte d’un cordon, et portent sur leur tête un Chapeau À grands bords, qui rappelle celui des charhonniers de Londres,

Les religieuses en Italie ont leur chœur derrière l'autel, et communiquent à l’église par une petite grille que l’on aperçoit par-dessus le gradin. Cest ]à qu’il faut leur norter la communion, après avoir monté trois À quatre degrés d’un escabeau qui sépare l’autel de cette grille.

Entre les communautés de religieuses contemplatives, il en est une qui mérite une attention particulière. C’est celle des

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Sacramentines qui occupent le monastère de Ste-Anne, près du carrefou- connu sous le nom de Quattro Fontane, et qui sont consacrées À l’adoration du Saint-Sacrement, Elles ont une petite église où il y a cinq autcls. Le Suint-Sacrement est exposé au maître-autel, tous les jours de l’année depuis le matin jusqu’au soir, au milieu d’une trentaine de cierges ardents. Des religieuses ÿ sont continuellement en prières, et à quelque heure du jour que vous entriez dans cette église, vous êtes assuré d’y trouver des adorateurs. Le nombre en augmente vers le soir, parce que les oreilles sont enchantées et le cœur attendri du ton simple mais fervent sur lequel ces pieuses vierges chantent matines et laudes, accompagnées du petit orgue que touche légèrement une d’entre elles. A la fin de laudes, l’église cst pleine, et c’est alors qu’un prêtre vient serrer le Saint-Sacrement, après avoir donné la bénédiction. La manière dont Lieu est honoré daus ces lieux st irait seule pour opérer des conversions.

Les deux couvents d'hommes les plus nombreux qui soient À Rome, sont ceux des Observantins de l’Ara Cœli, sur le Capitole, et des Capucins de la place Barberini. C’est de ce dernier qu'est toujours tiré le prédicateur apostolique, c’est-à-dire celui qui, une fois chaque semaine du Carême et de l’Avent, ordinairement le mardi, se rend au palais du Pape et y prêche un sermon d’une heure, ayant pour auditoire le Sacré Collège, ct les évêques et prélats qui veulent s’y rendre. Cette assemblée se tient dane une salle où le Pape n’est pas ceneé présent, quoiqu’il y assiste, mais dans un petit cabinet grillé, accompagné du Majordome et du Maître de la Chambre.

Il y a environ 100 religieux dans chacun de ces monastères, et ils se plaignent que ce n’est pas le tiers de ce qu’ils étaient autrefois. Ce sont les deux seuls où l’on se lève la nuit pour chanter ou réciter les matines ; encore en sont-ils dispensés l'hiver, temps où ils ne vont au chœur qu’à 5 heures du matin.

Les Dom uicains du couvent de Minerve, les Cordeliers, les Augustins, les Bénédictins de Casenate ont assez de novices pour se soutenir, mais vont en diminuant ; les couvents d’hommes en

ont fort peu. Il y a des Ordres qui tendent à leur fin ; tels sont ceux de la Trinité et de la Merci, qui n’ont même plus de général. Les Chartreux font des efforts pour se rétablir dans leur Premier couvent du Dauphiné et craignent de n’y pas réussir. On leur a rendu leur ancien couvent ; mais les terres qui en dépendent sont aliénées pour la plupart, en sorte qu'ils n’y peuvent trouver de s bsistance que pour un petit nombre, Dans leur Monastère de Rome, édifice immense, attenant à la vaste église de Ste-Marie des Anges, il n’y a plus que quatre religieux sans observances régulières et sans espoir de novices. Les Minimes français ont une vaste église et couvent sur le Mont Pincio, un des plus beaux points de vne qui soient à Rome, rendu encore plus intéressant par un obélisque qui le décore, par un bel escalicr de pierre ou de travertin de 180 degrés qui y conduit, et par une superbe fontaine en forme de chaloupe, que l’on trouve au pied de cet escalier et qui fait l’an des plus beaux ornements de la place d’Espagne. Ce grand monastère n’est cependant habité que par un seul religieux qui, depuis cinq ans, fait des efforts inutiles pour obtenir de France au moins deux de ses anciens corifrères, afin de former avec eux une communauté et de pouvoir prendre des novices. Il lui reste très peu d'espérance d’y réussir, Dans les autres parties des Etats Pontificaux, il y a également beaucoup de monastères d'hommes et de femmes, qui les uns ont de la peine à se rétablir, les autres Menaceut d’une ruine prochaine. On ne se fait pas d'idée de l’échec que ces établissements ont reçu de l’esprit philosophique et de la Révolution Française.

Les Jésuites rétablis en 1802 se sont remis en possession de leur maison professe, grand et superbe édifice qui tient à leur église du Jésus, La plupart de ceux qui l’occupent sont des vieil. lards, qui étaient déjà profès avant Ja Suppression, L'un d’eux était devenu archevêque de. ..,,...en Bologne. Parvenu À l’âge de plus de 80 ans, il a demandé et obtenu la grâce de résigner son église, afin d'aller en paix finir ses jours avec ses anciens collègues, et vient de prendre une chambre Pour cette fin dans la maison professe,

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Les Jésuites n’ont pas encore repris le Cvllège Romain qui était autrefois sous leur direction ; il continue d’être conduit par des prêtres séculiers sous un recteur que nomme le Cardinal- Vicaire. Ils ont néanmoins un nombreux et fervent noviciat qui leur donne de grandes espérances pour l’avenir, Ce noviciat est éloigné de la maison professe et fait une communauté à part. Ii en est de même de celui des prêtres de la Congrégation de la Mission, que l’on appelle en France les Lazaristes, et dont la maison professe est à Monte Cilorio. Ces respectables prêtres, outre les missions qu’ils donnent de côté et d’autre, sont encore recommandables par le zèle avec lequel ils reçoivent en retraite non seulement les ecclésiastiques qui se préparent aux Ordres, mais encore les évêques et prêtres étrangers qui veuleut vaquer aux exercices spirituels, de quelque côté qu’ils viennent. Il n’y a pas moins de cinq chapelles dans leur maison, adaptées à différents usages. La plus grande est une église l’où les femmes seules sont exclues, et où le service divin se fuit tous les dimanches et fêtes, par eux et par leurs séminaristes, avec beaucoup de régularité et d’édification. Outre cela, les prêtres de la Congrégation de la Mission donnent chaque semaine, chez eux, deux conférences ecclésiastiques, savoir : le mardi aux jeunes clercs de tous les séminaires, et le jeudi aux curés et autres prêtres chargés du ministère de la confession.

Il y a, à Rome, des Dominicains et des Récollets Irlandais, un Séminaire Anglais et un Séminaire Ecossais. Des élèves de ces différentes communantés, ainsi que les orphelins du Collège Capranica, vont en classe au Collège Romain ou à la Sapience, selon qu’ils sont plus ou moins avancés dans leurs études ecclésiastiques.

Par une bizarrerie inconcevable, ceux qui ont établi les monastères, séminaires et autres communautés ecclésiastiques à Rome, se sont attachés à leur construire de grands et superbes édifices, dont plusieurs pourraient figurer avec les palais de la noblesse et des card'aaux, et n’ont pas songé à leur ménager ni un jardin, ni une cour tant soit peu spacieuse où ils puissent vaquér à leurs

récréations. 11 en résulte que pendant une heure ou deux avant le soleil couché, vous ne voyez les pavés couverts que de séminaristes et de jeunes religieux de différents Ordres, cherchant à respirer un air que leur maison leur refuse et dont on ne peut se passer à leur âge !,

Le Collège le la Sapience est proprement l’Université de Rome. On y enseigne toutes les hautes sciences : théologie, histoire ecclésiastique, droit civil et :anonique, médecins et chirurgie, physique dans toutes les branches, etc.

Tout cela nécessite un grand nombre de professeurs ccelésiastiques et laïques, noblement salariés par le gouvernement.

La bibliothèque de la Sapience, étant une des mieux composées de Rome, il n’en a pas fallu davantage pour exciter la cupidité des Français, pendant qu'ils étaient maîtres de Rome. Ils en ont enlevé plusieurs excellents ouvrages et dépareillé un plus grand nombre. Celle du Collège Romain plus nombreuse, mais peut-être moins célèbre, n’a pas subi le même ravage. On compare celle-ci à celle du couvent des Augustins qui ne renferme pas moins de 1500 manuscrits et de 65,060 volumes imprimés. Toutes deux sont inférieures à la bibliothèque de la Minerve, qui passe pour la plus considérable après celle du Vatican. Elle a mille scudis de revenu annuel, dont moitié est employée À son entretien et moitié en acquisition de nouveaux livres. Celle des Augustins est aussi riche. On montre à la Minerve un cérémonial romain écrit au IX° siècle, et une copie des Constitutions Apostoliqnes faite au VII. Ces bibliothèques tenues dans le meilleur ordre par des religieux d’une érudition remarquable, sont ouvertes sans frais, tous les jours, à tontes sortes de personnes, Quel plaisir d’y trouver, À toutes les heures, un nombre d’ecclésiastiques, dans un parfait silence, cherchant à fortifier et À étendre leurs connais-

mere

1—On sait que tout se passe de la même façon aujourd'hui. Allez au Pincio de quatre heures à cinq et vous y trouverez presque tous les élèves — des centaines des différents collèw-s et séininaires Romains,

sances solides et profondes, par la confrontation des nombreux écrivains qui leur présentent ces précieux dépôts de sagesse et de savoir !

Aujourd’hui, quatrième limanche de l'Avent, le Camerlingue de la sainte Eglise Romai (cardinal Pacca) doit consacrer trois évêques du royaume de Naples, savoir: ceux de Nicastro et d’Angola et l'archevêque de Brindes. Il veut que l’évêque de Québec soit l’un de ses assistants. L'autre est monseigneur Zen, archevêque de Chalcédoine. Le rendez-vous est chez Son Eminence, On en part en grande pompe pour se rendre à l’église de Saint-Laurent in pane et perna, distante d'environ 10 arpents, où le sacre doit avoir lieu : il n’y a pas moins de cinq À six carrosses pour mener tout ;e cortège. Consécrateur, él us, assistants, chapelains, camériers, écu yers, tous y ont leurs places. Les voitures sont conduites au pas. Les laquais, dans leur plus beau costume; marchent de chaque côté vis-à-vis des portières. Le peuple s’at” troupe pour considérer cette marche. Vous croiriez qu’ils vont la suivre jusqu’à l’église et y faire grande foule. Point du tout. Les Romains sont trop accoutumés À cette sorte de specta ‘e. L'église de Saint-Laurent, quoique petite, est vide ou à peu près. Lorsque le moment d’en faire le tour est venu, es nouveaux évêques trouvent à peine du monde pour recevoir leur bénédiction.

À l'issue de la cérémonie, les voitures ne peuvent tourrer dans la cour, tant elle est nleine de femmes mendiantes qui s’y sont amassées, croyant y faire, comme nous disons, leurs orges. Quelqu’un de la compagnie a la bonne pensée de jeter un poignée de sols dans l'endroit où ces femmes étaient réunies en plus graud nombre. Pendant qu’elles querellent et se battent À l’occasion de cette proie, les voitures dégagées gagnent la porte et la franchissent sans molestation. Les mendiants en Italie sont aussi nombreux qu’en France, mais il faut leur rendre cette justice, qu’ils sont moins obstinés dans leurs demandes, et moins insolents lo rsqu’on les désappointe.

22.— Quant aux vraie nécessiteux, il doit y en avoir plus ici que dans les autres villes de l'Europe, parce que celle de Rome

est l’une des moins industricuses de celles de même population. Elle exporte dee tableaux, des statues, des livres, de la laine, un peu de soie et de vin. Voilà tout son commerce, et elle a besoin de beaucoup d'articles de l'étranger. Heureusement les personnes du dehors qui y sont conduites par leurs affaires ou par leur curiosité, les Anglais surtout, y répandent beaucoup d’argent, et c'est ce qui Ja soutient en partie. Nonobstant cela, les gens des dernières classes Y sont plus déguenillés qu’en aucun des endroits que nous avons Parcourus dans ce voyage. à

23.—Du rest-. il ne fait pas cher de vivre À Rome, les provisions de toute espèce ÿ abondent, Le pain, le poisson, le gibier, la viande 4a houchcrie, les légumes verts, les fruits en toute saison y £ ‘une excellente qualité. On couvre les citronniers avec des n. 8 pour le temps de l'hiver, mais les orangers restent toujour. | découvert en plein jardin et rapportent dans tous les mois de lu inée sans exception.

On ne connaît plus les anciens vins de Massie, de Falerne, de Tibur, tant vantés par Horace, Peut-être existent-ils encore sous d’autres noms ? Quoi qu’il en soit, Rome ct ses environs abondent en vins doux d’un goût délicieux, Les Italiens n’er: abusent pas ; la rencontre d’une Personne ivre est quelque chose de très rare, Les petits trouvent dans les grands des modèles de sobriété ot de frugalité, Les repas de cérémonie ne sont paf, comme en Angleterre, une pièce de théâtre divisée en plusieurs actes, avec des hiatus entre le Premier service et le second, entre le second et le fromage, entre le fromage et le dessert. Ici comme en France, les différentes larties du repas se succèdent insensiblement. Un plat est remplacé par un autre sans intervalle, sang changement de nappe. La viande, après avoir été présentée sur la tabie, cst reprise aussitôt et découpée hors de là par des servi. teurs adroits, qui la présentent ensuite À chacun des convives. On ne boit de santé ni publique ni particulière ; tout le temps est bien employé, et l’on se trouve à la fin du dessert Presque sans s’en être aperçu. En moins de deux heures, on a terminé un repas qui en aurait dure auatre à cinq chez les Anglais.

24.—On jeûne à Rome trois fois par semaine en Avent. Si ce jeûre est adouci par la liberté de prendre le matin une petite tranche de pain avec quelques gouttes de chocolat (adoucissement rendu nécessaire par l’insalubrité d’une ville où il n’est pas toujours prudent de sortir à jeun), ii est rendu plus pénible que le nôtre par la privation d'œufs, de beurre ct de laïtage, à laquelle on est assujetti.

Aujourd'hui grand jeûne pour la vigile de Noël. A deux heures après-midi, chapelle papale à Monte Cavallo, vêpres solennelles pour commencer la fête de demain. Le cardinal sous-doyen y officie. C’est lui qui doit chanter la grand’messe du jour. Celle de minuit est à la charge du cardinal Camerlingue ; mais il est d’usage de la commencer à dix heures du soir. Il faut done qu’il prolonge son jeûne jusque-là ou qu’il demande la permission &u Souverain Pontife pour célébrer sans être à jeun. Il prend ce dernier parti tous les ans, et la dispense n’est jamais refusée.

Lorsque le temps est calme, c’est une chose délicieuse pour un cathoiïique qui se trouve à Rome, d’entendre les eloches de toutes les églises sonuer en .nême temps l’Angelus ou (comme l’on dit ici) l’'Ave Maria du samedi soir ou du dimanche matin !, Cette jouis-

ance prend bien un autre accroissemen*, lorsque les cloches en beaucoup plus grand nombre annoncent une fête solennelle, comme celle de la Nativité du Sauveur du monde, et qu'une salve d'artillerie du château Suint-Ange vient mêler son bruit à tant d’autres sons ! Il est difficile de rendre l’agréable sensation qui en résulte.

25.—Le Corps diplomatique assiste, le jour de Noël, à la chapelle papale. Le Sénateur y tient sa place, revêtu d’une robe de soie cramoisie dont les larges revers sont en or. Les Conser-

1—Je ne sais si c'est chez moi un préjugé, mais les cloches de Rome ne m'ont jamais causé de ravisseinent musical, J'y étais pourtant bien préparé par la tradition ! elles m'ont toujours fait l'effet de elochettes an son grèle et peu harmonieux. Quelle dittérence avec Cologne, Salzbourg, Montréal, Québec !

vateurs ont des robes moins brillantes, mais de même couleur que lui. Les uns et les autres, à la suite des cardinaux-diacres, communient aujourd’hui à la messe solennelle, et, après eux, le Prieur des Caporions et le Maître du Saint-ITospice, qui est en ce moment le prince Ruspoli. En entrant au chœur, le Pape, couvert de la tiare, bénit un bonnet ou chapeau ducal revêtu de velours brodé en or et surmonté d’un superbe panache, Ce bonnet est porté au haut d’une pique et y demeure jusqu’à la fin de la messe. Il reparaît tous les ans à pareil jour, jusqu’à ce que le Pape ait l’occasion de l'envoyer à quelque prince catholique nouvellement entré en possession d’un duché. Ces sortes de souverainetés sont plus rares, maintenant que les grands Etats ont absorbé les petits.

26.—I1 n’y à pas de sermon À la chapelle papale, le jour de Noël ni le jour de Pâque. Le sermon de la fôte de S. Etienne appartient à un ecclésiastique du clergé séculier ; celui de la S. Jean au procureur général des M'nimes,

29.— La fête de S. Thomas de Cantorbury est célébrée avec grande solennité dans la chapelle du Séminaire Anglais. L’évèque de Québec s’est excusé d’y chanter la messe, mais il veut y assister, et est surpris d’y trouver dix cardinaux au chœur, dans le même costume qu'ils prennent pour assister À la chapelle papale. Aussi leur assemblée de ce jour est-elle l’une de celles que l’on nomme chapelles cardinalices.

Il fait une pluie horrible aujourd'hui, et elle n’est que la répétition de celles qui se sont succédées depuis le commencement du mois, Il ne fait nullement froid dehors, mais bien dans les maisons, parce que l'humidité les gagne et s’y maintient, Cela est particulièrement vrai pour les appartements qui ne sont pas exposés au soleil. L'usage des poêles est inconnu dans cette ville ; les cheminées n’en sauraient tenir lieu comme en Angleterre, où chaque maison en a autant que de chambres, Ici sur quatre chambres, on en trouve !, peine une qui en soit pourvue. Les autres sont glacées, et lorsque vous rentrez au logis, après une marche qui vous a mis eu moiteur, il faut que vos hardes sèchent sur vous,

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au risque de contracter des rhumatismes ou de réveiller ceux que vous avez déjà. C’est une expérience que l’évêque de Québec et son secrétaire ont faite À leurs dépens, dans ce climat d'Italie si vanté pour sa douceur, le premier en étant venu, dans le cours de cet hiver, au point de ne pouvoir plus faire la génuflexion À la messe. Ce n’est pas que le bois soit fort cher, ni de mauvaise qualité ; mais À quoi bon du bois, si vous n’avez pas où l2 faire brûler ? On supplée aux poêles par du charbon éteint et mis dans des chaudrons. Mais outre le danger de suffocation attaché à cette pratique, lors même que le chaudron est recouvert d’un cylindre de fer-blanc haut de deux pieds et demi, refermé pardessus et enveloppant le chaudron, comme il est d’usage en cette ville, on conçoit qu'il n’en peut résulter qu'une chaleur faible ct momentanée, par conséquent insignifiante pour une personne de bureau, surtout lorsqu'il faut marcher et s’agenouiller sur un pavé de briques et sans tapis pour le couvrir ; car l'usage des tapis est aussi rare en [talie qu’il est commun en Angleterre. Il est donc vrai, quoique les Romains refusent de le croire, que l’on souffre plus de l’hiver à Rome qu’à Québec.

1° janvier 1820.—La nouvelle année commence par la pluie. A chaque voiture de cardinal qui se rend à Monte Cavallo pour la chapelle papale, la garde du château doit se mettre sous les armcs. Autant de fois qu’elle remplit ce devoir aujourd’hui, elle est inondée d’un orage qui semble se tenir en réserve pour elle, Avant la grand’messe, le Souverain Pontife reçoit les hommages des ambassadeurs étrangers et de la Gurde Noble, dans ses appartements. Les officiers des autres gardes s’y rendent aussi. Cette réunion forme la cour la plus brillante qui soit peut-être au monde, Le Pape, sans autre apprêt que sa simplicité et sa modestie ordinaires, reçoit tout ce monde avec peut-être plus de dignité que n’en saurait montrer aucun autre souverain,

2.—Le prince héritier du Danemark est arrivé depuis quelques jours. Il s’agit de donner un dîner d'Etat À son occasion. Le Souverain Pontife l’ordonne, mais n’y paraît pas. C'est le cardival Secrétaire d’État qui en fait tous les honneurs : il n’y appelle

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