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que des personnes de distinction ; mais dans les soixante-dix individus dont la Compagnie est Composée, il y en a de toutes les nations, Un caïmacan de Turquie est au nombre des convives. Il ÿ paraît dans son Costume, c’est-A-dire la tête couverte d’un bonnet de soie au lieu de turban, longue barbe, robe d’indienne fermée avee une ceinture, puis une autre robe de soie ouverte, par-dessus la première, Cet homme parle bien français et montre Un caractère très décidé. ji ur son nialheur, il était devenu puissamment riche, crime impardonnable à Constantinople. Il apprend que le Grand-Signeur en veut à sa vie. Il sehâtede vendre tous ses biens et, ee retirer à Pétersbourg, où l’empereur de Russie le met au nombre de ses conseillers d'Etat. C’est de là qu’il est venu visiter l'Italie.
Le dîner est élégamment servi, admirablement varié et suffisant sans surabondance. Lorsque la Compagnie se retire, le Secrétaire d'Etat reconduit très loin chacun des convives, les remerciant beaucoup de l'honneur qu’ils lui ont fait de se rendre à son invitation. De tous les ambassadeurs qui résident à Rome, c’est celui de France, en ce moment le comte de Blacas, qui fait plus grande figure et jouit de plus de considération. L'empereur de Russie, quoique schismatique, et les rois hérétiques de Prusse, le Iollande et d’Hanovre J ont aussi des ministres. Cette augmentation du corps diplomatique donne un relief À la cour de Rome, qu’elle n'avait pas dans le temps où elle ne recevait d’ambassadeurs que des souverains catholiques. Mais la religion y gague-telle? L'évèque de Hollande en Persécute-t-il moins l’évêque de Gand, qu'il a forcé d'abandonner son diocèse et dont il refuse de reconnaître les grands vicaires ? L'empereur Alexandre en traite-t-il mieux les Jésuites? N’est-il pas d’ailleurs À craindre que ces ambassadeurs ne veuillent avoir des chapelains de leurs sectes, qu'ils n’ouvrent des chapelles qui, à la longue, deviendraient des Pierres d’achopement Pour les bons fidèles de Rome ? Tout cela donne lieu à des réflexions parmi les amis de l'Eglise, et À des frayeurs pour l'avenir.
6.— Le jour de l’'Epiphanie, grand office du rit grec dans l’église
de $. Athanasc. L’évêque de Québec, lorsqu'on l’informa que c'était le seul qui dût avoir lieu de 1à à longtemps, se repentit fort de n’y avoir pas assisté, plutôt qu’à la chapelle papale où il n’y avait rien de remarquable. Le Cardinal-Vicaire chanta la messe et le procureur-général des Servites marmotta un petit sermon en mauvais latin. Le peu que l’on en put entendre, au lieu du mystère du jour, roulait assez mal à propos sur les douleurs de la Ste Vierge. Le Pape connaissait d’avance le prédicateur, et ne put s’empêcher de rire en lui donnant la bénédiction à la fin de l’évangile.
A l’église de S. Athanase, est annexé un séminaire destiné à l'instruction des jeunes Grecs dans les sciences ecclésiastiques. En ce moment, le séminaire appauvri n’a pas d’élèves. On travaille À rétablir ses revenus, pour y préparer des sujete aux missions de Ja Turquie ct de P'Archipel. Le séjour des Français à Rome n’a pas été moins funeste au Séminaire Ecossais de Via Felice. Le supérieur est néanmoins parvenu À recouvrer 1,000 scudis de rentes annuelles. Au moyen de cela, il se propose de faire venir quatre sujets d’Ecosse, cette année, et de commencer leur éducation, avec l’espoir d’en pouvoir admettre un plus grand nombre par la suite.
Le Collège de ia Propagande, della Propaganda file, établissement immortel du Pape Urbain VIII, revendique aussi l’Epiphanie comme sa fête titulaire, parce que son principal objet est de procurer la connaissance de la foi aux nations lointaines. Les langues orientales y sont enseignées avec soin, et l’on y tient un cours d’études régulier en faveur des jeunes gens qui veulent se consacrer aux missions, surtout à celles de l'Orient. Ce collège est sous la direction immédiate du secrétaire de la S. Congrégation de la Propagande, qui y fait sa demeure. Une fois tous les ans, savoir le dimanche dans l’octave de l’Epiphanie, il y a dans ce collège un exercice public des langues. L’évêque de Québec, invité par le cardinal Préfet, assista à l'exercice de cette année. L’assemblée était nombreuse ; il s’y trouvait une partie des cardinaux qui sont membres de cette. congrégation, des evèques, des laïques
distingués, des prêtres et des moines. Les élèves, en habits de séminaristes, étaient placés en face sur un long banc soulevé d’une estrade. A cux se joignirent deux prêtres étrangers, l’un nègre, l’autre arménien, portant la longue barbe et revêtu À la Turque. Tous avaient À la main un petit cahier dont ils déclamèrent le Contenu, chacun dans la langue dans laquelle il s'était appliqué. On entendit done, dans cette séance, des récits en quinze langues différentes, dans la plupart desquels les Spectateurs ne povvaient remarquer que la diversité des sons et des accents, et le plus ou moins d’assur. ce des déclamateurs. L’irlanduis, le flamand, l’anglais, le latin, l'allemand, l’italieu, le turc, l’hébreu, le grec, le syriaque, le chaldéen, le cophte, l’armérien, l'arabe, et le bulgare vinrent successivement frapper les orvilles de sous, les uns fort âcres, les autres admirablement doux. Quelque insignifiant que paraiïsse cet exercice, il est néanmoins de nature à encourager les jeuncs gens, comme ceux que nous donnons dans nos collèges, sur des sciences où la plupart des assistants n’entendent assurément goutte, et dont ou ne peut contester les bons effets sur l'opinion publique,
10.—Rome ne serait Pas une grande ville si elle n'avait aussi ses badauds, A près plusieurs orages considérables, il vint une chute de neige le 10 de ce mois. On n’y en avait Pas vuc depuis 12à 13 ans. Elle couvre la terre de deux doigts. Les citoyens, peu accoutumés à voir leurs pavés blancs, Preunent l'alarme, et pour se délivrer de ce fléau, veulent l'enlever sans délai,
11.— Voilà les rues couvertes de charrettes dans lesquelles on charge la neige avec des pelles, pour la mener hors de la ville, sans s’apercevoir qu’elle fondait À mesure. Ÿ a-t-il rien qui puisse mieux prêter à rire à des Canadiens? [fé ! que n’attendait-on pas au lendemain! la neige aurait fondu d'elle-même, comme elle fit daus les endroits que lon n'avait pas en le temps de secourir ! La gazette suivante ne manqua pas de rapporter cette étonnante bordée de neige et de la qualifier de Phénomène. Cartes! sur ce pied les phénomènes seraient * fquents dans ‘ \mérique du Nord, depuis le mois de novem' qu’à celui d'avril !
Au reste, la même tempête fut autrement sérieuse sur la Méditerranée, principalement du côté de Gênes. On v’entendait parler que de vaisseaux démâtés, d’autres brisés, d’autres jetés à la côte, d’autres engloutis avec leurs équipages. Ces nouvelles firent abandonner à l’évêque de Québec le projet qu’il avait formé de s’embarquer à Livourne, au commencement du mois suivant, et de se rendre de là à Marseïiles.
14. - Maître de son temps, en attendant les réponses à ses dif-
’ férentes demandes et questions, dont il avait délivré les dernières au cardinal Préfet de la Propagande, le 5 janvier, il voulut en profiter, en visitant les établissements publics st autres objets dignes d’une curiosité raisonnable, Le froid de la saison ne saurait mettre obstacle À la promenade dans un climat où l’on ne voit jamais le mercure du thermomètre au-dessous d’un ou deux degrés de Ja graduation de Réaumur. Mais les pluies continuelles de cette année arrêtent souvent les efforts de la curiosité, et laissent dan: l'atmosphère une épaisseur malsaine à travers laquelle on n'aime pas à se hasarder trop longtemps dans les rues. Les pavés sont presque toujours humides et n’invitent pas à marcher. Néanmoins c’est à pied seulement que l’on a la liberté de faire quelques observations. Ce que l’on peut apercevoir du fond d’une voiture fermée doit être compté pour rien. Ajoutez à cela que pour observer avec succès dans un pays étranger, il faudrait être assisté de quelqu'un qui sût bien votre langue et celle du pays, et qui y eût séjourné assez longtemps et eût assez d'intelligence pour vous diriger dans vos courscs et dans vos recherches. C’est ce que l’on ne trouve pas toujours et l’on y perd assurément. Faute d’un guide convenable pour lui indiquer les appartements où il faut aller et l’heure fixée pour s’y rendre, l’évêque de Québec fut privé d'assister aux oratorios qui se donnent de temps en temps aux Jésuites et chez les Oratoriens. Ce sont des concerts d’où les femmes sont exclues et qui sont précédés d’une lecture pieuse. On fait grande estime des musiciens qui les exécutent et du choix de la musique sur laquelle il s’exercent. Ces concerts ont lieu deux À trois fois par mois.
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16.—(Arrêtons-nous pour faire v Rome n’est pas malsain même, 16 janvier, il y
oir, en passant, que l'air de Pour tout le monde, car aujourd’hui ient de mourir dans un monastè ville, une religieuse Ursuline âgée de 109 ans. . “E
Le défant de guide priva encore l’évêque de Québec de voir l’endroit où l’on conserve des marbres de toute nombre de 17,000, pour exéc
connu depuis longtemps et que les artistes modernes ont conduit à un point de perfection qui laisse les ancien eux. Il consiste à substituer le marbr Avec une réunion de particules de cette pierre de différentes couleurs, non seulement des fleurs, des arbrisseaux ou autres objets isolés, mais À Copier de grands tableaux en entier avec toutes leurs couleurs et leurs nuances. I] faut des siècles pour composer
un tableau avec cette multiplicité de petites pierres, dont cha- Cune a à peine un demi-pouce carré de surface tel tableau peut durer jusqu’à 1 de la vivacité de ses e tions auxquelles les t
re de cette
8 couleurs, au uter la mosaïqne, art précieux
8 très loin derrière e à la peinture, en formant
; Mais aussi un a fin du monde, sans rien perdre ouleurs, et est À l'épreuve ableaux ordinaires sont e de ceux de S. Pierre ont déjà subi cette métamorphose et cette entreprise sera vraisemblablement continuée 1,
18. Ta fôte de ]a Chaire de $S, Picrr d’hui, est une de celles où le P l’église de S. Pier
de toutes les altéraxXposés. La plupart
e, que l’on célèbre aujourape a coutume de tenir chapelle dans re. Du maître-autel de ce au-dessus de la confession où du sépulcre rond-point, il ya un espace d’au moins cet espace que se tient la chapelle, entier, On le resserre
ctte basilique, placé du S, Apôtre, À gagner le 200 pieds de long. C’est dans mais elle ne l’occupe pas tout sur le long et sur le large par une charpente
postiche revêtue de tapisserie sur les trois côtés. L’autel se trouve
en avant. En face est le trône du Pape, tournant le dos À la tribune Où au rond-point, dont il est encore À plus de 50 à 60 pieds, Les
Pres ee on is
1— Aujourd'hui, seule exception près, sont en Les artistes mettent douze à y
tous les tableaux, à une
Mosaïque à S. Pierre de Rome, achever une grande mosaique,
ingt ans pour
bancs des cardinaux, des évêques, des prélats, etc., sont des deux côtés, se faisant face les uns aux autres. La chaire à prècher est dans un des angles, près de l’autel. Un peu plus loin, est une tribune postiche pour les chantres. Plus loin encore, d’un côté et de l’autre, des bancs disposés en amphithéâtre pour des assistants distingués. Les cardinaux, à mesure qu’ils arrivent, prennent leurs habits de chœur dans le bas de l’église, et se réunissent près de là, dans une chapelle préparée à cette fin. Les évêques en font autant. Le Pape, accompagné de sce gardes, arrive en grande pompe, revêtu par-dessus sa soutane et ceinture blanches, du rochet, de la mozette et de l’étole, et coiffé du chapeau rouge galonné. Il le dépose en entrant dans l’église, où les chanoines vont le recevoir à la porte, et se retirent dans leur chœur, après Vavoir conduit dans la chapelle où est réuni le Sacré Collège. Le Pape y reçoit l’amict, l’aube, la ceinture, l’étole, la chape et la tiare, et l’on se met en marche vers le maître-autel. Les évêques et les cardinaux vont deux à deux, ceux-ci suivis de leurs camériers ou caudataires. Au sortir de la chapelle, le Souverain Pontife s’assied dans un fauteuil revêtu de velours cramoisi et brodé en or. Ce fauteuil tient par les pieds à un brancard orné de même etayant de chaque côté deux fortes crampes de fer. Douze laquais, ayant pour uniforme un vêtement de damas eramoisi, passent adroïtement deux longs levicrs dans ces crampes, et se mettent six sur chaque levier, trois devant et trois derrière, les lèvent insensiblement et les placent sur leurs épaules sans aucune secousse. Le Pape aïnsi porté suit les cardinaux, bénissant les fidèles qui s’agenouillent avec empressement sur son passage.
On arrive à la chapelle du Saïnt-Sacrement. La procession s’y arrête. Les porteurs mettent le brancard à terre ; le Pape descend, s’agenouille sur un prie-Dieu ; le clergé se met aussi à genoux pour adorer le Saint-Sacrement avec lui ; puis il regagne son fauteuil, qui remonte en l’air comme il en était descendu. Dans cette procession, deux camériers du Pape, en grandes robes de serge couleur d’écarlate, marchent à ses deux côtés, en dehors des porteurs, soutenant chacun un grand bâton au-dessus duquel
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est une espèce d’éventail de velours cramoisi brodé d’or et terminé par un demi-cercle de longues plumes. On ne voit pas quel peut être le but de ces éventails, sinon de garantir la personne du Pape du vent qui pourrait l’incommoder à cette hauteur. La procession, après avoir fait le tour du maître-autel, entre au chœur, les évê. ques et cardinaux gagnent leurs places ; les chantres, qui ont accompagné la procession de leurs hymnes, arrivent À leur tribune au moment précis où il fant entonner l’introit, et le Pape est mis à terre à l’endroit même où doit se faire la confession, qu’il commence aussitôt avec le cardinal célébrant. Comme ce céébrant cst du côté du chœur, ayant l’autel entre Ini et le peuple, il ne se détourne pas pour chanter Pax vobis ou Dominus vobiseum, Par la même raison, le diacre chante île, missa est, tourné vers l'autel. Le reste de l'office ne diffère pas de celui de Monte Cavallo. Le sermon est prêché par un élève de l’Académie ecclésiastique, ou plutôt il ne prêche que le précis d’un sermon très étendu sur la Chaire de S. Pierre, qu’il a fait imprimer d’avance et dont les exemplaires sont distribués au clergé, avant que l’on sorte de l'église. A la fin de la messe, le Pape est reporté avec la même pompe au lieu où on l’a pris. Après qu’il à laissé les ornements et repris l'habillement dans lequel il s’était rendu À l’église, une chaise à porteurs le transporte À sa voiture où les gardes l’attendent, le chanoines le reconduisant jusqu’à la porte de l'église où ils l’ont reçu. On ne se rassemble pas l'après-midi, Les vêpres sont à la charge du chapitre. Il en cst de même dans les autres solennités,
19.—Pour nourrir l'esprit ecclésiastique, on a imaginé, depuis quelques années, une réunion qui se fait tous les 15 jours, dans U vaste appartement du collège de la Sapience, sous la direction du dinal-Vicaire, qui ne manque pas de s’y trouver avec plusicurs autres Eminences, qui se trouvent À Rome et se font un devoir d’y assister ; et comme la porte est ouverte à toute personne du clergé, il s’y rencontre pour l'ordinaire près de 200 ecclésiastiques. L’exercice commence par une lecture latine de quelque endroit choisi du Catéchisme du Concile de Trente.
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Eusuite on lit en italien la solution, ordinairement très longue et très raisonnée, d’un cas de morale proposé à la conférence précédente ; puis quelques-uns des assistants discutent ia solution, soit pour la développer, soit pour y applaudir ou pour la censurer, et finissent par en admettre les principes toujours bien choisis par des théologiens de mérite. Après quoi on propose en latin un autre cas de conscience pour la conférence suivante. Le tout est terminé par un discours sar quelqu’une des vertus qui doivent briller dans les ceclésiastiques. Ce discours se fait en italien. Nous eûmes occasion d'entendre parler, dans ces conférences, les plus célèbres orateurs d'Italie, savoir l’archevêque de Corfou, celui Ancyre, et le P. Finetti, jésuite. Les deux seuls qui puissent entrer en parallèle avec eux, sont ,0 P. Pescia, capucin, prédicateur apostolique, et le P. Pacifico, observantin du couvent d’Ara Cœli. L'évêque de Québec avait eu occasion de les entendre ailleurs.
24.— Aujourd’hui se tient une congrégation générale de la Propagande dans laquelle on doit prendre en considération le mémoire présenté par l’évêque de Québec, le 17 novembre. Comme il sait quelle en sera l'issue, il ne se met pas en peine de demander ce qui a été résolu, voulant donner le temps nécessaire à l’expédition des Brefs qui en doivent être le résultat, et s’occupe de prendre connaissance des édifiantes institutions de la capitale du monde chrétien.
25.—Les Juifs qui demeurent à Rome, y occupent tous un mème quartier, le plus sale, sans contredit, de toute la ville! Ils y font le commerce de détail et l’on est toujours assuré de trouver chez eux ce qui ne se trouve pas ailleurs, tant ils sont prévoyants et industrieux. Il n’y a peut-être pas de lieu où ils aient été moins molestés qu'ici. On les obligeait ci-devant de porter à
1—Le Ghetto, dont la démolition avait commencé sous le gouvernement de Pie IX, a enfin disparu, et c'est un soulagement pour les Romains et pour les étrangers ; une administration qui se respecte ne peut tolérer indétiniment de pareilles ordures,