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leurs chapeaux une marque distinctive, Graduellement ils se sont affranchis de cet assujettissement. Cependant on continue de fermer leur quartier tous les soirs, et ils sont obligés, tous les samedis au soir, de se rendre dans l'église de la Trinité des Phlerins et d'y entendre une instruction sur la réalité de la venue du Messie. C'est un dominicain qui est chargé de faire cette instruction. Elle n’est pas tout à fait sans fruit. Chaque aunée, il y en a plusieurs qui demardent le Buptème. Au-dessus de la porte de cette Église, est écrite en hébreu et en latin cette plaïate de Dieu par son prophète : Ærpanci manus meus ad populum non credeitem el eontradicentem. On rapporte que la plupart d’entre eux se tiennent fort mal dans cette église et que, pour les contenir, il faut les toucher avec de longues baguettes comme des bœufs serrés dans un pare. L’évêque de Québec désirait voir par lui-même ce qu'il fallait croire de ce récit. Ilen fut privé, faute d’un guide qui pût l'y accompagner à l'heure convenable et ni indiquer une place,
Enfin on lui fit faire la connaissance de l'abbé Ostini, prêtre, l’un des rapporteurs de la congrégation de la Propagande et professeur de l’Académie des Nobles, Quelque occupé que soit ect ecclésiastique par ses différents emplois, il offrit ses services de si bonne grâce, que l’évêque de Québec n’hésita pas de les accepter. Ce fut avec lui qu’il visita les bibliothèques ci-devant mention. nées et les hôpitaux dont il sera traité plus bas. Il le conduisit chez deux artistes, l’un statuaire, l’autre peintre, dignes émules des plus grands maîtres ; il lui procura aussi l'inspection du cabinet de physique et de quelques classes de la Sapience, notamment celle d'histoire ecclésiastique, où il trouva pour professeur un chanoine régulier de l'église de S Picrre-aux-Liens, mettant ses écoliers en dispute sur un fait relatif À l’histoire des Iconoclustes. L'heure ne lui permit pas d'assister, comine il se le proposait, À une leçon de Droit et À une de théologie dogmatique pour voit la méthode que l’on y suivait dans l’enseignement,
Ce fut encore à l’abbe Ostini c'e l’évêque de Québec fut redevable de la visite du Collège Capranica, consacré À l’éducation
des orphelins, et de celle du Collège Romain dans toutes ses parties. Les classes y sont conduites avec une régularité ct une vigilance qui ne laissent rien À désirer. Les ecclésiastiques sécu- | liers qui en ont soin, s'acquittent de cette charge avec tant d’applaudissement, qu'il n’y a nulle apparence que les Jésuites y soient rappelés, quoiqu'ils aient déjà fait plusieurs tentatives À cet effet. L’évèque de Québec fut conduit par son guide jusqu’à l'observatoire très élevé qui tient À ce collège, et fut surpris d’y trouver une inscription faisant foi que le Pape actuel était monté jusque-là pour voir l'effet de divers instruments qu'il avait achetés à Paris, en 1804 et 1805, et qu'il avait envoyés de là pour l'usage de cet observatoire.
En pourvoy:nt à tout ce qui peut intéresser l'éducation, les directeurs du Collège Romain n’ont garde de négliger la piété qui en est la base. Pour inspirer la dévotion À la Ste Vierge, ils ont trois congrégations différentes où les écoliers prennent place selon leur rang dans les classes, ou selon celui de leurs parents das la société. Il ne faut pas trouver à dire sur les distinctions que l’on accorde à la noblesse dans un pays où elle cst si nombreuse, et où il est si essentiel de la maintenir dans ces bons principes de religion et d’affection au gouvernement, sans lesquels elle est moins estimable que les conditions inférieures.
26.— Le cardinal Frédéric Borromée a fait une fondation dans le Collège Romain, qui donne beaucoup d’encouragement à la piété, en même temps qu’elle immortalise la mémoire du bienfaiteur. La rente du capital qu’il y a laissé, a pour objet de préparer prochainement de jeunes garçons à la première communion. N'importe qu’ils soient pauvres ou riches, pourvu qu’ils aient atteint l’âge de douze ans et qu’ils soient suffisamment instruits dans la doctrine chrétienne. On les prend par 25 ou 30, on les loge, on les nourrit, on les confesse, on leur donne, chaque jour, plusieurs instructions et exhortations. Tout cela se fait dans les appartements qu’occupait autrefois S. Louis de Gonzague, mort, comme l’on sait, dans ce collège. Le dixième jour est celui de la première communion. Elle se fait dans la chapelle même où ce
saint prononça ses vœux avant de mourir. On a soin d'inviter un cardinal où un évêque pour y dire la messe. Le Souverain Pontife a lui-même voulu remplir un fois cette fonction, et en a pris occasion d’ajouter à la fondation devenue par le malheur des temps insuflisante pour son objet. Les enfants sont placés avec symétrie autour de la chapelle, ayant devant eux des accoudoirs. Le même prêtre qui a présidé aux exercices de Icur retraite, se met à genoux au milieu d'eux, et fait de temps en temps des prières qu'il entremêle de ses sanglots, pour les exciter À l'amour de Dieu et À la componction. Le moment de la communion arrivé, ils se présentent À l’autel, deux À deux, avec un ordre et une décence admirables, On n’admet à communier avec eux que ceux de la communion précédente, car cette cérémonie se réitère six fois par an. Après la communion, le directeur continue ses prières et répand des larmes. Les enfants qui jusqu'alors n'avaient fait que sangloter, se mettent À pleurer à Penvi les uns des autres, fisissant par crier à tue-tête,
27.— Après l'action de grâces, ils sont conduits dans une grande salle sur les murs de laqueïle sont représentés en peinture les principaux traits de la vie de S. Louis de Gonzague. On les a fait déjeuner, et chacun recoit ensuite, sur une assiette, quelques pralines, puis deux images de S. Louis de Gonzague, l’uie petite et ouverte, l’autre plus granda, roulée et liée d’un chapelet. Cela fini, on les reconduit à la chapelle, où ils trouvent un grand crucifix appuyé sur le bord de l'autel, le pied de la croix portant sur Je plancher. Le directeur fait une courte exhortation suivie du chant Gu Te Deum, pendant lequel les ecclésiastiques présents vont à l’adoration de la Croix. Les nouveaux communiants les y suivent deux à deux. Pendant qu’ils baisent la croix, leurs talons sont baisés par deux prêtres à genoux, à droite et à gauche sur le bord du marche-pied. Cette partie de la cérémonie est fort touchante. Le tout finit par un De profundis pour le cardinal fondateur, et les enfants se retirent chez eux.
29.—L'évêque de Québec ne perdait pas de vue son départ de Rome. 11 l'avait fixé au 6 février, mais ne voulait pas partir les
mains vides. Six jours après la tenue de la congrégation générale de la Propagande, il commença à prendre des informations sur le progrès de ses affaires et fut très étonné d’apprendre que le rapport de cette congrégation n’était pas encoré rendu à la secrétairerie des Brefs. Il fallut donc aller, venir, frapper À plusieurs portes, pour donner de l’air aux gens, surtout au secrétaire de la Propagande, dépositaire de tous ses papiers. Ces peines ne furent pas perdues ; maïs aussi elles étaient nécessaires. Il en est de la Cour de Rome comme de toutes les autres. On y est exposé à des délais et À des longueurs sans fin. Les bureaux dépendent les uns des autres et leur marche est pesante et embarrassée. La Propagande est exposée plus qne toutes les autres congrégations À laisser traîner les affaires et à les perdre de vue, parce que, tous les jours, il lui en survient de nouvelles de toutes les parties du monde, qui font oublier les anciennes.
Après avoir donné cette impulsion, l’évêque de Québec rejoignit l’abbé Ostini et se mit en devoir de visiter les hôpitaux. Il vit celui des incurables, où l’on reçoit toutes les personnes atteintes de maladies sur lesquelles la médecine s’est inutilement exercée. Il renferme environ 150 malades des deux sexes, auxquels on donne les soins nécessaires pour adoucir les infirmités qui les afligent ct pour les supporter chrétiennement, instruits, comme ils le sont, de leur incurabilité. Cet hôpital tient à la grande église de S. Jacques dans le Coreo ; aussi est-il appelé San Giacomo dei incurabili ou S. Jacques des incurables.
Il visita ensuite l’hôpital de la Trinité nommé des Pèlerins. Celui-ci a deux objets: le premier est de loger et nourrir, pendant trois jours, les pauvres étrangers qui sont conduits À Rome par un mouvement de piété, ou qui y sont détenus par accident, en voyageant pour leurs affaires. Ils y sont reçus avec beaucoup de charité, surtout lorsque le nombre en vaut la peine, comme il arrive dans la Semaine Sainte. On voit alors des princes romains et des cardinaux s’empresser autour d’eux, leur laver les pieds et les servir à table. Il y a place pour trois cents. Dans les années jubilaires, ce nombre est tenu presque consterament au complet.
Cet hôpital est vaste, Tout y a été fait en grace à eur. épargne, savoir: cuisine, cave, réfectoire, provisions de bouche, linge, lits et hardes, rien n’y manque.
Le sccond objet de l'hôpital des Pèlerins est l’admission des convalescents sortant des autres hôpitaux. On leur y donne deux semaines de repos et de bonne nourriture, sans remèdes, avant qu’ils retournent À leurs occupations. Si dans l'intervalle ils retombent malades, on les renvoie À l'hôpital d’où il: sont sortis.
On appelle archi-hôpital ou le premier des hôpitaux, celui qui est situé auprès de l’église de S. Jean de Lateran, et dans lequel on ne reçoit que des femmes, comme dans quelques autres on ne reçoit que des hommes. Si celui-ci est le premier, ce n’est assurément pas du côté de l’ordre et de la propreté, Le grand défaut de tous ces établissements est que le détail et le soin des malades en sont confiés À des gens à gages, soit hommes, soit femmes, qui ne s’y prêtent que dans des vues mercenaires et sont quelquefois assez mal choisis, Quel avantage ne retireraient-ils pas d’être confiés à des religieuses hospitalières! Propreté, assiduité de jour et de nuit, tendresse pour les pauvres, économie, meilleure nourriture, modèles de patience et de charité : voilà les bons effets qui en résulteraient entre beaucoup d'autres. Mais ceci est un langage que les Italiens n’entendent point, Argumentez tant qu’il vous plaira, ils vous répondent sans cesse que le caractère des filles italiennes est ei vicieux, qu’on ne pourrait prudemment les attacher aux dangereuses fonctions de l'hospitalité, quand même elles s’y seraient préparées par des vœux de religion. D'autres vous répondent que les Italiens sont si insolents, que des religieuses qui se montreraient, comme il est indispensable qu’elles le fassent, pour remplir les devoirs de l’hospitalité, seraient exposées à des insultes journalières.
Il ne faut pas croire que ce préjugé soit particulier À la ville de Rome, il est répandu par toute l'Italie. Il y à quelques années, on voulut faire, à Turin, un établissement de Sœurs de la Charité si justement estimées en France. On leur 7 donna la conduite d’un hôpitel ; mais elles furent si maltraitées, si souvent accablées
de reproches par les malades, par leurs parents et par les amis qui les venaient visiter, qu’elles furent contraintes d'abandonner la partie après une année de vexations.
Il restait à voir l’hospice S. Michel ; c’est le plus étendu de tous les établissements de charité de Rome. Il est situé de l’autre côté, c’est-à-dire à la droite du Tibre auprès de ÆRipa grande où du grand port de Rome, qui se trouve plus bas que tous les ponts et où viennent aborder des vaisseaux mâtés dont le tonnage peut équivaloir à celui de nos plus grosses goélettes. L’embouchure du fleuve est À six ou sept lieues plus bas. Autrefois on y pouvait entrer par deux canaux ; l’un des deux est entièrement fermé par les sables qui s’y sont amassés, On ne craiat pas qu’il en soit de même de l’autre, car il faut que l’eau de la rivière trouve un passage; mais il est À craindre que cette dernière embouchure, si l’on n’y prend garde, ne devienne trop plate pour Fintroduction des vaisseaux.
31.—A la gauche du Tibre, et au-dessus de tous les ponts, est le petit port nommé Ripetta où abordent les chaloupes et bateaux qui ne sont pas mâtés. Ils ÿ trouvent un quai et un grand escalier de pierre très commode pour la décharge du bois, du charbon et autres approvisionnements de la ville.
De Ripa grande, les vaisseaux vont et viennent à Civitavecchia, le seul port de l'Etat Pontifical sur la mer d’Etrurie ou de Toscane ; la position de celui-ci est excellente pour le commerce de cette partie de la Méditerranée, Tout le monde convient qu'il
serait possible de l'améliorer, de manière mème à y maintenir une flotte en cas de guerre. Quelques Souverains Pontites ÿ ont songé ; mais autant de fois qu'ils se sont mis en devoir de l'agrandir ou de le fortifier, les autres Puissances de l'Europe, surtout celles qui avaient des ports sur la Méditerranée, ont trouvé moyeu d’éluder l’entreprise et de détourner leur attention de quelque autre côté.
Jusqu'au présent pontificat, le Pap2 avait toujours à Civitavecchia un certain nombre de galères menées par des forçats et aux ordres du gouvernement. Pendant les derniers troubles, les
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galères négligées sont tombées par morceaux t les forçats sont restés en prison, au nombre 1500 dans ce seul endroit. Si l’on ne veut pas les employer ? remuer ct cultiver les alentours de Rome qui auraïent tant de besoin de cette opération, qui empêcherait de se servir de leurs bras pour faire du moins du port de Civitavecchia un bon havre marchand et pour y attirer une partie du commerce qui se fait à Livourne ? Mais, outre que le gouvernement n’y songe pas, il faut avouer que l’état actuel de se3 finances ne lui en laisserait pas la liberté, d'ici à plusieurs années, Revenons à l’hospice de S. Michel.
Cet établissement soumis À la surveillance d’un cardinal ct sous la direction immédiate d’un prélat qui y demeure avec dix-sept aumôniers, ne renferme pas moins de 1500 personnes, savoir : des invalides, des orphelins et des incorrigibles. Ces trois départements ont leurs logements complets, sans aucune communication des uns avec les autres. Les in ralides, comm? moins en état de faire usage des escaliers, sont placés au rez ‘nssée et y prennent leur repas dans un réfectoire commun. une infirmerie Pour ceux qui tombent malades ct un traisement accommodé À Icur état. Les femmes invalides, quoique logées et traitées de la même manière que les vicillards, soit en santé, soit en maladie, en sont néanmoins totalement séparées,
Les orphelins sont admis dans cet hospice entre l’âge de 8 ans et de celui de 11, et n’ÿ peuvent rester après l’âge de 20 ans. En ce moment, ils sont au nombre de 200, Ce sont des pauvres mais non des enfants trouvés. S'ils ne reçoivent pas ici une éducation classique, comme ceux du Collège Capranica, du moins on cultive leurs talents de manière À en faire, par la suite, de bons chrétiens et d’honnêtes etindustrieux citoyens. Ontre les deux écoles élémentaires par où on les fait passer pour les former à la lecture, à l’écriture et à l’arithmétique, il y a des maîtres de dessin, de gravure, d'architecture, chargés de donner les principes de ces différents arts À ceux qui y montrent de l'aptitude. Ceux qui n’ont pas les mêmes dispositions, apprennent À faire des tapisseries au métier, ou sont formés À tels arts mécaniques qui se trouvent assortis À
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leur génie ; car il ÿ a dans différents atcliers, des maîtres serruriers, menuisiers, chapeliers, cordonniers, tailleurs et tisserands, et autour d’eux des orphelins plus où moins nombreux qui apprennent ces différents métiers. Les ateliers sont affermés par des particuliers au profit de l’hospice, et l'obligation pour le preneur d’instruire dans son métier les orphelins qui voudront l'apprendre, est tonjours une des conditions du contrat. Si elle lui sermble d’abord onéreuse, il est dédommagé dans la suite par l'ouvrage que lui font ces jeunes gens.
L'atelier des tisserands est celui qui occupe un plus grand nombre de bras, par les nombreuses préparations qu'il faut donner à Ja laine avant de la mettre sur le métier, car on ne fait pas de toile, mais seulement des étoffes dans cet hospice,
Les orphelins se réunissent pour la prière du matin et du soir et pour les repas. Leur vie est très frugale. Ils déjeunent au pain sec ; à dîner, ils ont une soupe ct un ragoût, avec un demi-
septier de vin; le soir, une once de saucisson et un petit morceau de pain. À mesure qu’ils arrivent à l’âge de 20 ans, on leur met dix seudis dans la poche et on les envoie gagner leur vie où ils
voudront.
Il n’en est pas de même des orphelines que lon élève aussi dans cette maison. Elles ont la jiberté d'y demeurer, jusqu'à ce qu'elles trouvent à se marier, après avoir appris à broder et à | faire du ruban; car c’est surtout par ce dernier moyen qu'elles font quelque profit à l'hospice.
1 février.Sous le nom d’incorrigibles sont eompris denx sortes de mauvais sujets constamment oceupés, dans des endroits différents, à filer de la line pour l'usage des tisserands de la maison, Les uus sont des garçons entre l'âge de 15 et de 20 ans, condamnés à ce travail par les cours de justice ou par leurs parents qui n’ont pu trouver d'autre moyen de les dompter. Ils sont au nombre de 45, tous enchaîués par un pied auprès de leurs rouets, et obligés de travailler debout toute la journée. On ne les déchaîne le soir, que pour les faire monter dans de petites celluies placées autour de leur salle et qui sont fermées au verrou toute la nuit.
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L'autre classe d’incorrigibles sont des femmes de mauvaise vie dont on purge la ville, pour leur faire faire, dans cet hospice, une pénitence dont elles ne profitent guère. On ne sera pas surpris qu’elles y soient an nombre de 350, si l’on réfléchit qu’un gouvernement ecclésiastique doit naturellement s'occuper des bonnes mœurs avec plus de vigilance qu'on ne le fait dans les Etats séculiers, et que par conséquent il doit se montrer plus sévère à réprimer les personnes qui se rendent des instruments de libertinage. La seule différence qu'il y ait entre la punition de ces créatures et celle des jeunes incvrrigibles, est qu’elles ne sont pas à la chaîne et qu’elles se tiennent assises pour filer. Da reste, ni les uns ni les autres ne donnent le plus petit signe de repentir. On l’a dit depuis longtemps : les châtiments peuvent détourner du crime par la frayeur qu’ils inspirent À ceux qui ne sont pas encore criminels ; mais ils ne font pas d'autre effet sur les cœurs dépravés, que de les rendre [lus soigneux de se cacher pour faire le mal. Il est réservé À Dieu seul de changer les cœurs, et il ne saurait y avoir de véritable amendement chez ceux que la crainte de sa souveraine justice n’affecte pas.
Aujourd’hui est un grand jeûne à Rome, résultat d’un vœu perpétuel que fit la ville pour être délivrée du tremblement de terre de 1703. Ce jour se tronve lig à l2 fête du lendemain et lui sert de vigile.
2.—Le Souverain Pontife tient chapelle À Monte Cavallo pour célébrer la Chandeleur, Les cardinaux vont à j’obéissance dès qu'il est rendu au chœur, puis passent successivement À la sacristie où, sans prendre l’aube, mais seulement l’amict par-dessus le rochet, ils se parent suivant les différents ordres, c’est-à-dire que les cardinaux-évêques se revêtent de la chape, les prêtres de la chape sans étole, les diacres de la dalmatique. Les évêques assistants au trône et non assistants prennent aussi la chape, Tous rentrent au chœur, À mesure qu’ils sont parés, tenant leur mitre dans la main droite par le haut des fanons renversés. Le Pape fait la bénédiction des cierges enfermés dans six larges caisses
peintes, couvertes et placées à la gauche du trône. Il en fait la distribution qui est très longue, parce qu’outre le Sacré Collège, les évêques et les prélats, il se présente beaucoup d’autres pergonnes pour en recevoir, tel que le Sénateur, les conservateurs, les pénitenciers de la basilique de $. Pierre, les camériers du Pape, ceux des cardinaux ct d’autres ecclésiastiques qualifiés. Les cierges sont gros et longs, du poids de deux ou trois livres. Sa Sainteté les présente sur le travers et éteints. En les recevant, les cardinaux lui baisent la main, les évêques le genou, les autres les pieds. La distribution finie, les cierges s’allument, on se met en procession autour de la Salle Royale qui avoisine la chapelle. En sortant, les évêques et cardinaux se couvrent eux-mêmes de leurs mitres. L'archevêque arméuien est aussi mitré et revêtu d’une chape très riche ; mais l’archevèque grec a une couronne royale au lieu de mitre, et une espèce de dalmatique traversée de plusieurs bandes, franges et galons d’or et d'argent. Cette manière de se parer est apparemment conforme au cérémonial de son église. Le Souverain Pontife est porté, dans crtte procession, comme il l'avait été à S. Pierre, le 18 janvier. Au retour de la procession, on retourne à la sacristie ; chacun reprend son habillement de chœur ordinaire, et l’on assiste à la.grand’messe, qui p’a rien de particulier, sinon qu’en conséquence du vœu de 1703, elle est suivie du Te Deum très bien exécuté en musique, et de plusieurs versets et oraisons chantés par le Pape d’une voix forte qui semble assurer à l'Eglise catholique encore plusieurs années de son édifiant pontificat.
8.—L'époque du départ de l'évêque de Québec approchait. Il lui restait plusieurs choses à voir à Rome, mais il n'avait plus le temps de s’en occuper. Le marquis de Fuscaldo, ambassadeur de Sa Majesté Sicilienne, l'avait inutilement pressé de faire le voyage de Naples, aucun motif religieux ne l'appelant de ce côté. La seule excursion qu’il regrettait d’avoir mauquée, était celle d’Ostie, où tout en contemplant l'embouchure du Tibre, il aurait pu honorer le lieu de la mort de S“ Monique. Mais c'était un coup manqué à n’y pas revenir.
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4.—Il avait cu sa seconde audience du Pape dans le cours du mois de janvier ; il obtint aujourd’hui la troisième, et fit trouver bon À Sa Sainteté qu’il ne se prévalût Pas encore du titre de métropole accordé prématurément à l'église de Québec, priant le Saint-Père de vouloir bien s’en rapporter à lui, du temps où la prudence lui permettrait de se qualifier archevêque, ce que Sa Sainteté daigna Pprouver avec sa bonté ordinaire, (C’était le vendredi de la semaine de la scptuagésime,
Dans l’anti-chambre, l’évêque de Québec rencont neur de Rome en rochet et en mantelette et lui dit aussi, vous venez À l'audience ”? ?—« Oui, répondit-il, tel que vous me voyez en grand costume, je suis sur le point d’aller ouvrir le carnaval ; mais l’usage veut qu’au préalable, j'en informe le Pape, afin de savoir s’il n’a pas à donner quelque ordre particulier à ce sujet. ”
Pour expliquer cette conduite si peu d’accord avec nos mœurs, il faut savoir que dans toutes les villes d'Italie, le peuple est éperdâment amoureux des jeux, des Mmasquarades et autres folies du carnaval. En priver totalement les habitants, serait le quer à beaucoup de murmures et peut-être à la révolte. Quoique cette fureur soit moins grande à Rome qu’à Naples et à Venise, les Souverains Pontifes ont néanmoins toujours été d'avis qu’il valait mieux avoir quelque condescendance pour cette folie et la soumettre à des règles, que de rompre le ressort en voulant tron le comprimer. On en fait donc une affaire d'appareil et de cérémonie. La plus belle rue de Rome nommé il Corso est le lieu destiné à ce divertissement. Elle commence à la Porte du F et finit au palais de St-Marc, ce qui fait près d’une de On en répare d’avance le pavé, s’il en est besoin, Tous les balcons, portes et fenêtres qui donnent sur cette rue sont retenus par des spectateurs, Plusieurs particuliers tendent de tapisseries le dev de leurs maisons, pour exprimer la part qu'ils prennent À la joie publique. D’autres mieux avisés garnissent leurs devantures de bancs à plusieurs étages, et font payer aux curieux les places qu’ils occupent sur ces échafaudages, En retranchant les deux dim
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ches de la sexagésime et de la quinquagésime, il reste dix jours francs de carnaval. Pendant les six derniers jours, les bureaux publics sont fermés et il ne se fait point d'affaires. Le Pape, qui ne sort d'ordinaire que l'après-midi, fait pendant le carnaval sa promenade dans la matinée, peut-être pour que l’on puisse disposer de la garde qui l’accompagne dane ses sorties. On remarque que, dans ce temps, il passe une fois où deux par le Corso qui n'est pas sa route ordinaire, soit qu'il veuille voir par lui-même comment les choses sont disposées, soit qu’il veuille montrer à ces sujets l'intérêt qu'il prend à ce qui les concerne, même à leurs plaisirs.
Chaque jour du carnaval, un corps de troupe de plusieurs centaines d'hommes se rend dans le Cor-o, à une heure après-midi, et y est disposé des deux côtés de cette rue, de manière à Î* garnir d’une extrémité à l’autre. À deux heures, on sonne la cloche du Campidoglio ou du Capitole. A ce signal, une multitude de fous inondent le Corso, les uns pour voir, les autres pour se montrer ; les uns à pied, les autres en voitures; ceux-ci à découvert, ceux-là masqués et contrefaits non seulement dans leur figure, mais dans le reste de leurs ajustements, allant, venant, sautant, courant en tous Sens, quelquefois par groupes, quelquefois isolément, faisant mille singcries, mille bouffonneries bizarres, qui n’ont ni ensemble, ni bon 82, mais présentent une telle variété d’objets, qu’un curieux peut suivre ce spectacle trois heures et être assuré d’y apercevoir toujours de nouveaux objets, par la rotation et l'agitation constante des insensés qui amusent Île public à leurs dépens.
Pendant la scène, il y a peut-être 300 voitures dans le Corso, qui se suivent les unes les autres, le long des trottoirs. Environ une heure avant le soleil couchant, on donne un certain signal et toutes les voitures se retirent par les rues de traverse, Sans qu’il en reste une seule, les gens à pied, masques et autres, continuant d’aller et venir comme auparavant. Au bout d’une demi-heure, à un autre signal, tous ces gens disparaissent ou 8e retirent derrière les rangées de soldats qui bordent les trottoirs. Alors un
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autre spectacls sc présente. Ce sont des chevaux d’une agilité remarquable que l’on a réunis sur la place du Peuple. Chaque propriétaire, pour donner plus de vitesse au sien, a mis en œuvre le moyen qu’il a jugé le plus efñcace. L’un sera couvert d’une sellette sous laquelle sont des pointes de clous qui lui piquent le dos ; l’autre aura les flancs chauffés par du charbon ardent qui lui pendra des deux côtés dans des cassolettes. Ces animaux sont lâchés au même instant vers le Corso, et courent de toutes leurs forces, sans bride, sans cavalier, jusqu’à la place de Venise où on les arrête. Le gouverneur les attend là et distribue des prix de différentes valeurs aux maîtres des trois premiers rendus. Ainsi finit une journée de carnaval à Rome, pour recommencer le lendemain. Le dernier jour, après le passage des chevaux, on rentre dans le Corso, et comme la nuit commence, chacun est obligé d’avoir une bougie à la main, de sorte que cette longue rue paraît toute en feu. Mais après 15 À 20 minutes, à un signal donné, toutes ces bougies s’éteignent en un instant, et chacun s’enfuit ; il est sévèrement défendu à qui que ce soit de paraître masqué avant l'heure marquée, et dans un autre endroit que le Corso.
T.—Dans le même temps qu’une partie du peuple romain s'amuse de ces enfantillages, assez difficiles À accorder avec les engagements du Baptême, une autre partie beaucoup plus saine est prosternée au pied des autels où le Saint-Sacrement est exposé. Il est même de règle que, le mardi-gras au soir, immédiatement après la fin du carnaval, le gouverneur et les conservateurs assistent à un salut du Saint-Sacrement qui se fait dans l'église des Jésuites.
8.—On annonce la mort du duc de Kent. Les Anglais résidant à Rome sont fort embarrassés de cette nouvelle ; ils ont annoncé un bal ; ils sont invités À un antre ; que feront-ils pour concilier leur plaisir avec leur respect pour la famille royale ?—Ils séparent, comme on dit, le différend par la moitié, c’est-à-dire qu’en esprit de deuil ils contremandent le bal qu’ils voulaient donner, mais par bienséance, ils se rendent à celui dont ils étaient priés et y dansent jusqu’au matin.
Tous ces amusements n’avançaient pas les affaires de l’évêque de Québec, impatient de se remettre en route. Il craignait que les bureaux une fois fermés par le carnaval ne s’ouvrissent plus pour lui qu'après le commencement du carème. Il fit done les plus grands efforts pour obtenir l’essentiei, savoir les Brefs apostoliques, qui n'étaient pas moins de sept (dont quatre pour ses nouveaux suffragants) et une partie des solutions des difficultés qu’il avait proposées à la Propagande, laissant un procureur sur les lieux, chargé de lui transmettre les autres, qui, selon toute apparence, ne devaient «. . délivrées que plusieurs mois après.
9.—Muni de ces pièces, il fit ses adieux à ses amis, alla recevoir la dernière bénédiction du Saint-Père et prendre congé de lui, tandis que M. Turgeon retenait une voiture pour le voyage de Florence.
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