‹ Journal d'un voyage en Europe [microforme]Chapitre 30 sur 59 · FA · texte numérisé non relu

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cette petite ville à Florence. L’évêque de Québec prend de l’avance sur les voitures pour faire une partie de ce chemin à pied, et en aurait fait davantage, si après 4 à 5 milles, il n’eût trouvé que le chemin se partageait en deux, ce qui l’obligea de c’arrêter, ne sachant par laquelle des deux routes passeraient les voitures.

Florence est renommée entre les belles villes d'Europe, et il faut avouer qu’elle ne dément pas sa réputation. Elle est située dans une vallée traversée par l’Arno, qui va se décharger à Pise, et environnée de collines et de maisons de campagne autour desquelles les pins, les cyprès, les oliviers semblent rivaliser l’avantage de les embellir, Nous y arrivons un peu avant soleil couché, assez tôt pour admirer la hardiesse des ponts construits sur la rivière, dont on conçoit à peine comment les arches peuvent se soutenir, tant elles sont longues et plates. C’était le mardi-gras ; le carnaval expirait. Nous passons la rivière sur le pont de la Carraia. Les quais des deux côtés étaient garnis d’une foule de masques qui faisaient leurs dernières singerics, et d’une foule encore plus grande de gens oïsifs qui s’en amusaient. On nous conduit à l'hôtel de Balzani, propriétaire des voitures qui nous avaient amenés de Rome. La marquise de Bellemare, arrêtée à l'entrée de la ville pour quelque affaire à la douane, n’arrive à l'hôtellerie qu’une demie-heure après nous, et apprenant que nous n’y avions pas retenu d'appartements pour elle, et que nous avions demandé à manger seuls, elle comprit ce que nous voulions lui faire entendre, et trouva dans un rhume contracté par sa femme de chambre, un prétexte de nous laisser partir de Florence sans elle. C’est ce que nous désirions.

16.—Les deux degrés de latitude nord que cette ville a de plus que celle de Rome, se font sentir fortement dans la température. Les deux jours que nous y passons, le froid nous glace, et quoiqu’il fasse beau, un vent violent rend à peine les rues tenables, Par le conseil de l’abbé Roland, ecclésiastique français aux soins duquel nous étions recommandés par un de ses amis de Rome, nous allons célébrer la messe dans l’église des Carmes, comme la

plus à proximité de notre demeure. LA se trouve un aimable religieux savoyard, le P. Moyse qui accueille l’évêque de Québec avec beaucoup d'attention. Ces Carmes sont mendiants et n’ont ni propriétés ni rentee, Cependant ils sont bien Pourvues ; les aumônes leur abondent, tandis que les communautés rentées dépérissent de misère. Leurs biens envahis par les Français ne se restituent point, au lieu que ceux des mendiants n’ont fait envie à personne, et qu'avec leur quête ils se trouvent aussi riches qu'avant les troubles.

Pendant que nous étions dans l’église des Carmes, le supérieur du couvent fit la bénédiction des cendres, les imposa à ses religieux et s’en fut, sans les donner au peuple, qui était néanmoins présent en assez grand nombre, Ce n’était pas là que l’évêque de Québec voulait les prendre, mais au dôme (c’est ainsi que l’on nomme les métropoles et cathédrales en Italie), et il eut soin de se rendre, pour cet effet, À l’archevèché, an moment avant la cérémonie,

Ce siège est tenu depuis 1815 par M* Pierre-François Morali, natif de Pise. Ce prélat ne sachant Pas un mot de français, et ne saisissant pas bien l'accent de l’évêque de Québec qui lui parlait latin, leur conversation ne fut ni longue ni intéressante. Il le conduisit dans son carrosse À l’église et le ramena de là à son palais, qui en est éloigné de trois arpents, et ils ne se revirent pas depuis.

La bénédiction des cendres ne se faisait pas dans le grand chœur, comme il était naturel de s’y attendre, mais dans une chapelle communiquant à l'église par une porte vitrée, où le chapitre fait ses offices d'hiver, comme dans un lieu moins froid, parce que l'air y a moins de circulation, Cette chapelle, ou si l’on veut ce chœur, était pleine de chanoines, de prébendiers, de chantres, de jeunes séminaristes les uns sur les autres, L’évêque de Québec, quoique conduit par un cérémoniaire, eut de la peine à franchir cette foule, pour parvenir À l’archevêque qui l’attendait pour lui imposer les cendres, après qu’elles furent bénites. Il les donna au chapitre, mais non aux clercs qui, étant séminariates, les avait

reçues, le inatin, au séminaire.

La cérémonie se fait sérieusement et religieusement, mais toujours avec cet air de précipitation qui dépare les cérémonies des, Italiens. Les chapiers, au nombre de six, sont munis chacun d’une canne de cuivre assez grosse, mais dont la pomme ne leur monte pas plus haut que le menton, lorsque l’autre extrémité porte à terre. Ils prennent et déposent cette canne autant de fois qu’ils commencent et finissent une pièce de chant.

M. Turgeon, ayant affaire chez un banquier, sc retira aussitôt après avoir reçu les cendres. L’évêque de Québec que rien n’appeluit ailleurs resta non seulement à toutes les messes, mais encore au sermon qui suivit. Il était prèché par un capucin qui a de la réputation parmi les orateurs du pays. Pour l'entendre, il fallut venir dans la nef du dôme, car c’est là qu’il se faisait. L'auditoire est dans un espace enfermé au-devant de la chaire. Des bancs À dossier, élevés tout autour, sont occupés par le clergé. Le peuple est au milieu sur des bancs courants, plus bas et sans dossier. Cet auditoire peut avoir 100 pieds de long sur toute la largeur de la nef entre les deux rangées de colonnes. Cet espace était rempli, et néanmoins il y faisait assez froid pour que l’évêque de Québec s’applaudit d’y avoir assisté en mantelette italienne plutôt qu’en mozette *.

Le dernier archevêque de Florence avant celui-ci s’est rendu célèbre par une bonne traduction de toute la Bible en italien, qui a recu l'approbation du Saint-Siège. Il s’appelait Martini. Sa

1.—Ce que Mer Plessis appelle la mantelette italienne est le manteau violet que les évêques portent par-dessus le rochet, quand ils sont en dehors de leur diocèse. C'était donc le vêtement qu'il devait avoir pour la cérémonie des cendres à Florence, et il n'avait pas le droit de revêtir la mozette ailleurs que dans le diocèse de Québec. Mais on comprend que ces questions de costume ecclésiastique, tout en ayant certes leur importance, ne sont pas comprises partout de la même manièra et qu'en pratique il y a encore une grande divergence. Les premiers évêques de Québec avaient tout naturellement apporté avec eux les coutumes de France ; Mer Plessis en suivait encore quelques-unes, et quoi de plus naturel? et qui pourrait le condamner® J'en ai vu bien d'autres à Rome et ailleurs. Qui ne sait que le velours

Abd Panini vu

mémoire sera longtemps en bénédiction chez les fidèles de la Toscane, C'était un homme apostolique qui ne dé catéchiser lui-même les enfants, et annonçait aux adultes la parole de Dieu tous les dimanches, dans des homélies qui étaient extrômement goûtées. Il sut se ménager l’estime du grand duc Léopold, tout en s’opposant avec fermeté aux dangereuses innovations que ce prince, à l’imitation de Joseph II, son frère, voulait introduire dans le culte. Un jour, que le grand duc, pour le séduire, lui citait l'exemple d’un prélat beaucoup plus complaisant que lui, l'archevêque se contenta de lui répondre : “ il est encore jeune ct aura le temps d’en faire pénitence.” Léopold finit par revenir à de meilleurs sentiments. Il eut honte de la correspondance qu’il avait entretenue avec l’évêque de Pistoia, déposé depuis par un jugement du Saint-Siège, et lui aÿant un jour demandé toutes les lettres qu’il lui avait écrites, il les brûla en sa présence. Devenu empereur d'Allemagne après la mort de son frère, il ne poursuivit Pas son système d’innovation et laissa l'Eglise tranquille, MS Martini étant mort dans les premiers temps de la captivité de Pie VII, Napoléon nomma au siège de Florence Ms Osmond, évêque de Nancy. Le Pape apprenant, à Savone, cette translation, rendit une ordonnance qui la déclarait irrégulière et défendait À l’évêque de Nancy de l’accepter. Napoléon,de son côté, re une ordonnance qui déclarait celle du Pape contraire à

daignait pas de

ndit aussi ux règles

—À moins d'un indult spécial—ne peut & Copaux ? J'ai vu cependant des pré porter la mozette en velours et or.

tre la matière des vêtements épislats se croyant très forts en rubriques,

Aux audiences publiques du P Saint-Pierre de Rome, auxquelles j'ai assisté huit fois en 1900, j'ai vu, comme on peut bien le penser, un très grand nombre d'évêques et de presque tous les pays du monde, et ce qui n'a beaucoup frappé, c'est l'adinirable variété de leurs costumes. Que dire du joli rabat que nous portions autrefois et qui a été remplacé par le collet romain ! Il faisait partie du costume ecclésinstique et il est encore en usage dans presque tous les diocèses de France. [1 ne faut donc pas s'étonner de l'étonnement de Mer Piessis, quand il fit pour la première fois connaissance avec plusieurs coutumes italiennes et romaines,

ape, à

de la discipline ecclésias'ique, et enjaignit d’en saïsir les exemplaires. A son instigation, M“ d’Osmond se rendit à Florence et demanda des lettres de grand vicaïre sede vacante. Le chapitre les lui refusa. Il se mit néanmoins en possession des revenus et du palais de l’archevêché, séduisit le grand vicaire du chapitre, qui lui délégua ses pouvoirs, et gouverna sous son nom, justement méprisé de tout le monde. Les choses en étaient là lors de la restauration. On conçoit aisément que le prétendu archevêque n’entreprit pas de se maïntenir dans sou nouveau poste. Que fit-il? —Il écrivit à ses diocésains de Nancy, se plaignant de la violence qu’on lui avait faite pour le séparer d’eux, et leur exprimant sa vive impatience de les rejoindre. Il suivit de près sa lettre pastorale, et ainsi se termina une farce dont il porte encore la folle enchère. C’est de la même manière qu’a fini la translation de l'évêque de Metz à l’archevêché d’Aix, antre entreprise de Napoléon le Grand !

1! est difficile d’entrer dans la cathédrale de Florence, sans se rappeler que ce fut là que le Pape Eugène IV opéra, en 1439, l'union des Grecs à l’église latine, le jour même que le concile de Bâle, après avoir perda son œcuménicité, le déposait du souverain pontificat. À ce souvenir près, l’intérieur de cette église n’a rien de distingué que sa longuenr de 490 pieds et sa hauteur de 880, y comprise la croix qui est sur la coupole. Les statues de bois qui en décorent les murs paraissent mal entretenues. Sur le maître-autel est représenté Notre-Seigneur au tombeau, ayant auprès de lui la Piété sous la figure d’une femme, et au-dessus le Père Eternel avec un livre à la main. Un peu plus loin sont les statues d'Adam et d’Eve couverts de feuillages et à l’omb de l'arbre de vie. Tout cela est exécuté en marbre. Du reste l’église est si obscure, que l’évêque de Québec, s’y étant ; :ndu ce jour-là même, pour épargner le voyage de son auberge à un chanoine obligeant qui s’était offert de le conduire dans les autres églises de la ville, après l’office de l’après-midi, n’y put trouver assez de jour pour dire vêpres, qu’après avoir changé trois fois de place

dans le chœur. Cependant il faisait soleil et il était À peine trois heures de l’après-midi.

Ce chanoine se nomme Ferdinand Barrera ; il est connu en cour de Rome pour un de ceux qui s’opposèrent le plus coura- £eusement à l’intrusion de l’évêque de Nancy.

Le portail du dôme de Florence n’est pas encore fait, et il est vraisemblable qu’il ne se fera jamais. Du reste, un édifice de cette taille, revêtu de tous les autres côtés, de marble blanc, rouge et noir, admirablement mariés ensemble, a quelque chose d’imposant. Avant d’y arriver, on laisse à main droite un baptistère dont les portes de bronze, couvertes de bas-reliefs très délicats, font justement l’admiration des étrangers. On dit tont bas qu’elles ont été volées À la cathédrale de Pise pour être apportées ici. Sur la même place et À environ cent pieds de la basilique, est la tour carrée de 200 pieds de hauteur, qui en contient les cloches. Elle est aussi revêtue de marbre des trois couleurs du haut en bas et de plus ornée de Statues, de colonnes, etc. Au sommet est un mât auquel on attache, dans les fêtes publiques, un grand pavillon rouge qui flotte au-dessus de tous les édifices de la ville. C'tte tour est si belle qu'on attribue À l’empereur Charles Quint € voir dit en la voyant, qu'on devrait la mettre dans un étui

ar ne la montrer qu’aux jours solennels. Elle est l'ouvrage ‘un peintre-architecte nommé Jottus, en l’honneur duquel le célèbre Ange Politien (A ngelus Politianus) composa les huit vers suivants, à la demande des citoyens. On les trouve écrits sur le mur intérieur du dôine et ils servent d’épitaphe À cet artiste :

Ille ego sum per quem pictura extincta revixit ; Cuiquam recta manus tam fuit et facilis, Naturæ deerat nostræ quod defuit arti ; Plus licuit nulli pingere nec melius, Miraris turrim egregiam sacro œre sonantem ; Hæc quoque de modulo creavit ad astra meo,.

Denique sum Jottus; quid opus fuit illa referre ? Hoc nomen longi carminis instar erit,

Obiit ann. 1336. Cives posuere B. M, 1480,

PT

On désirerait sans doute que cette épitaphe destinée à trouver place dans une église, respirât la piété et non la vanité, comme celle-ci. Elle s'y trouve déplacée, comme le monument du Dante, le poète toscan dont on a plus considéré le mérite littéraire que les vertus chrétiennes. Ce n’est pas dans la métropole ni dans le baptistère que repose Balthasar Cossa, mort doyen des cardinaux et légat de Florence, après avoir été Pape, sous le uom de Jean XXIII.

Accompagné de l’abbé Barrera, l’évêque de Québec pass da dôme de Florence à l’église de Ste-Croix. Elle est l’ônvrage de Michel-Ange Buonarotti, dont les cendres y reposent, et est peutêtre plus redevable de sa célébrité à la réputation de son architecte qu’au mérite particulier de ea const: etion. C’est un grand édifice dont les parties prises chacune en particulier ont plus de beauté que l’ensemble. La chaire : marbre blanc avec des basreliefs représentant la vie de $. F “unçois d’Assise, passe pour un chef-d'œuvre. Le buffet d’oigue a coûté seul 4000 piastres au grand duc Côme. Cette églist est singulière par le soin que l’on a pris d’y multiplier les autels. Dans le sanctuaire ilnyena pas moins de onze sur une même ligne, savoir : l'autel principal et cinq autres de chaque côté.

L'église de Ste-Croix appartient aux Cordeliers, dans le cloître desquels est enterré le célèbre Galilée avec cette épitaphe : # Gal. Galilæus Patriæ Florent, geometriæ, philosophiæ, astronomiæ maximus restitutor nulli ætatis sue comparandus, hic bene requiescat. Vixit ann. 78”. Et n’aurait-il pas été encore pius raisonnable de jeter aussi dans ce cloître les monuments d’Aferius d’Asti et du trop fameux Nicolas Machiavel que d’en déparer, comme on a fait, l’église où les fidèles instruits ne peuvent lire sans indignation ces paroles appliquées au dernier des deux : “ Tanto nomini nullum par elogium”. IL’autre n’a eu de mérite

que celui d’être le père de la tragédie italienne.

De cette église nous passâmes à celle de Santa Maria Novella, autre ouvrage de Michel-Ange Buonarotti. Elle appartient aux Dominicains, ainsi que le monastère qui y est contigu et qui est

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