‹ Journal d'un voyage en Europe [microforme]Chapitre 33 sur 59 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

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Lyon. L'original Christophe Guillaud et son ermitage. — Msr Plessis fait des ordinations. — L'Ilôpital de la Charité. — Service à la primatiale pour le duc de Berry. — Départ de Lyon.— Roanne. Voyage de 70 lieues sur la Loire. — Nevers. — L'abbé Fion. — Orléans. — Départ pour Messas.— La funille Desjardins. — Excellente population. — Retour à Orléans. — Le Jeudi Saint.— Paris, Les l'uileries. — Les Missions Etrangères, — Congrégation de la Ste-Vierge.— L'œuvre des Petits Savoyards, — L'irréligion d'un grand nombre. — Louis XVIIL et le duc de Cazes.

Christophe Guillaud, ancien négociant de Lyon, est un honnête homme, dévôt personnage, ami de tous les gens de bien, zélé pour toutes les bonnes œuvres, qui étant sorti du commerce avec une grosse fortune, la dépense pour le bien de la religion et le soulagement de l'humanité souffrante. Il a contribué À l'érection du calvaire de Fourvières, à l’entretien des hôpitaux et à l'établissement des Frères des Ecoles Chrétiennes, Enfin il a porté tous ses soins, toutes ses complaisances et toute sa dépense à l’embellissement d’une petite terre située sur la rive droite de la Saône, deux lieues au-dessus de Lyon. Il l'appelle le Mont-d’or et en fait son paradis terrestre, La moitié de cette terre est en vigne et lui rapporte une cinquantaine de pièces (barriques) de vin. C’est tout ce qu’il en retire. Le reste est occupé en objets de dévotion : une croix de 38 pieds en marbre blanc, des colonnes isolées avec des inscriptions, plusieurs statues de saints, de grandeu r humaine, tels que des apôtres, des ermites, plantées dans différents endroits. Il y a de plus la chaumière du pauvre, la cabane du cordonnier, la boutique de 8, Joseph, et dans chacune,

des statues de bois peintes au naturel, plusieurs chapelles grandes ct petites, un autel des morts, une salle près de cet autel, où Jésus-Christ est representé faisant la Cène avec ses douze disciples, le tout en statues de bois de taille naturelle, peintes en blanc et que l’on prendrait pour du plâtre ; une maison de Lorette ; un sépulere de famille ; enfin des sentiers sur toutes faces pour communiquer de l’un à l’autre de ces différents objets. Tel est en abrégé ce que contient cet ermitage, lequel étant dans le penchant d’une colline, se montre tout entier À ceux qui naviguent eur cette partie de la Saône qui passe au-devant. A tout cet étalage de dévotion s’est un peu mêlé le caractère original du propriétaire. Par exemple, lorsque des étrangers visitent l'ermitage, il y a un tronc où il faut qu’ils déposent quelque argent.

Auprès de telle inscription, il faut dire un Ave Maria ; anprès de telle statue, un De profundis ; au pied de tel arbre an Pater noster. Ces prières sont récitées par une jeune servante, à haute voix, et il faut l’écouter chapeau bas. Il y a une chapelle qu’il a nommée la chapelle du silence, elle est fort bien ornée. Tout le monde a la liberté d’y entrer et d’en considérer les différentes parties. Mais on lui déplairait fort, si l’on proférait un mot, même tout bas et à l'oreille de son compagnon. A toutes ces curieuses choses M. Guillaud avait ajouté une batterie de sept canons contre les sept péchés capitaux. On lui a néanmoins fait comprendre le ridicule de cette idée, et la batterie a disparu. Maintenant toutes les pensées de ce brave homme sont absorbées dans l'inquiétude du sort futur de cet établissement qui, dans son ‘tat actuel, ne Jui revient pas à moins de 500,000 francs. Il + a yrelques années, il l'offrit À l'abbé de la Frappe, qui au mot : ermitage y envoya sur-le-champ quelques religienx de son or Mais lorsqu'ils virent que, pour plaire à M. G illaud, il ‘allait que quelqu'un d'eux fît le tour de Fermitage autant de fois qu'il y survenait d'étrangers, ils furent bientôt las de ce métier, qui s’accordait si

eueillement et le silence dont ils font profession.

de lui; et voilà M. Guillaud retombé dans ses angoisses qui le minent et abrègent ses jours. Après lui, cette terre passera, malgré lui, à ses héritiers, et ils auront assez de religion pour maintenir ce qu’il y a de raisonnable dans l’établissement de son ermitage.

M. Guillaud avait retenu pour l’évêque de Québec, qui devait passer deux semaines À Lyon, un logement assez commode et moins coûteux qu’une auberge, sur la place Saint-Jean, qui est au-devant de l’église primatiale, près d’une maison encore subsistante, où $. Thomas de Cantorbury demeura quelques années, pendant sa mésintelligence avec Henri IL, son souverain.

T.— 11 y avait des clercs À ordonner À Lyon. Cette église, privée de son premier Pasteur, est obligée d’avoir recours aux évêques étrangers pour la Confirmation et l’Ordination. Pour exempter à un évêque voisin la peine d’y venir en cette saison, l’évêque de Québec, lors de son passage d’automnne, avait promis de faire l’ordination du carême, et avait réglé son retour d'Italie sur cet engagement. Y ayant quelques clercs qui avaient deux ordres à recevoir, il fut convene que le premier leur serait conféré le 4° dimanche du carême, afin qu’ils pussent se réunir aux autres, le samedi suivant, Ces deux ordinations se firent dans la chapelle du grand séminaire de St-Irénée. A la première il y eut deux minorés et trois diacres ; la seconde fut beaucoup plus considérable ; car après avoir donné ja Confirmation à une cinquantaine de personnes dans cette chapelle, l’évêque fit un tonsuré, cinq prêtres, 15 sous-diacres et 29 diacres, la plupart du diocèse de Lyon. L’ordination du mois de juillet est toujours beaucoup plus nombreuse,

L'évêque de Québec passa au grand séminaire une partie notable de ces deux jours et n’eut qu’à applaudir À l'excellente tenue des nombreux séminaristes qui composent cette communauté, aÿant eu occasion de les observer À l’église et À la maison.

Nous rejoignîmes À Lyon l’abbé Chouvy, le bibliomane. Il

forma, en courant aux encans, une collection d’une centaine de

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