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volumes pour l’évêque de Québec, bien choisis et à bon marché.
L'abbé Courbon, toujours aimable et de plus en plus vénérable, fit les délices de l’évêque de Québec, pendant son séjour à Lyon, le mit en connaissance avec le frère Gerbaud, général des Frères des Ecoles Chrétiennes, de jour en jour plus accrédités en France, et l’accompagna dans la visite du seul des hôpitaux de Lyon qu’il n’eût pas vu, l’automne précédent. Il est connu sous le nom de la Charité, situé auprès de la grande place de Belcour, administré par la même commission que le grand hôyital, quriqu’il ait des revenus à part, savoir 900,000 francs de rentes annuelles, et autant d’accidentelles formées en grande partie des aumônes des particuliers, desservi au spirituel par quatre aumôniers, sous les ordres desquels travaillent 50 Sœurs et 20 Frères.
Cet hôpital a deux sortes de personnes à sa charge, savoir : des vieillards et femmes invalides et des enfants trouvés. Les invalides sont en ce moment au nombre de 400, et tant qu’au dedans qu’au dehors de l'hôpital, il n’y a pas moins de 5,000 enfants trouvés. Ils y sont apportés, année commune, au nombre de 16 à 1700. La salle où on les dépose, après les avoir habillés, stappella la crèche. C’est là que les nourriciers les prennent à des conGitions imprimées sur une feuille connue de tout le monde, régiunt ce que l’hôpital paiera de pension aunuclle et fournira d’habillements pour chacun, depuis son départ jusqu’à 12 ane, suivant son Âge. À 12 ans, l'hôpital ne paie plus rien. Les nourriciers ont alors la liberté de disposer de l’enfant, du consentement de lu commission, ou de le ramener à l'hôpital, qui trouve toujours moyen de le placer en service ou en apprentissage, si c’est un garçon. Quant aux filles qui y sont ramenées, on les garde jusqu’à ce qu'elles aient atteint 21 ans. A cet Âge, l'hôpital dote chacune de 150 francs. Avec cette somme elles trouvent à s'établir. Il venait d’en être dotées trente-trois au moment où nous arrivâmes à la Charité, Il s’était présenté autant de jeunes gens de la campagne pour les épouser. Tous ces mariages devaient se célébrer immédiatement après Pique. On
conçoit qu'il meurt une bonne moitié de ces dre l’âge de 12 ans. L'hôpital est décha vivaient tous, la fondation, quoïque doubl casuels, seraient bientôt insuffisante.
La municipalité de Lyon veut ex du duc de Berry, en lui faisant cha l’église primatiale. On y fait des échelle. Un superbe cataf:
surmonté d’un dais qui es Des rideaux funèbres en pendent av
sentation. Le service est annoncé par mière cloche, qui pèse 27,000 livres 8 les autres, est extraordinairement m vraiment admirable Par sa force et & 17.—Le jour du service, l’église e Ce peuple foulé se tient mal, com grands concours ; Jes officiers civils et militaires occupent tout le chœur et le sanctuaire, laissant à peine aux chanoines leurs stalles, et aux ministres eacrés la liberté de se mouvoir autour de l’autel. Tous sont en grand costume et semblent n’oublier qu’une chose, c’est de prier pour le défunt.
On avait préparé un Panégyrique ; mais au moment du service, il arriva une lettre circulaire ou plutôt une ordonn exprimant son désir que da panégyrique À cette occasion, On apporte aujourd’hui à l’évêque de Québec le ordinations pour signer les actes de celles qu’il avait faites, I] y voit avec surprise et consolation que dans celle du mois de juillet 1819, faite par l’évêque de Mende, il y avait ou 77 tonsurés, 98 minorés, 87 sous-diacres, 41 diacres et 37 prêtres. Cela fait voir quelles sont les ressources du diocèse de Lyon, Depuis les dernières Vacances, il n’y a pas eu moine de 210 séminaristes à St-Irénée, Au lieu de trois petits séminaires mentiounés dans le journal du mois d'octobre dernier, il en faut mettre cinq; car
st pleine dans tous les coins.
me il est inévitable dans les
ance du roi, ns aucune église il ne fût fait de
registre des
enfants, sans atteinrgé d'autant; s'ils ée par les revenus
Préparatifs sur une grande alque s’élève au milieu de la nef; il est
Ysiugs
4 nd «à
on n’y avait pas compté l'établissement nommé Alix, où l’on reçoit les jeunes gens au sortir de la philosophie, pour les exercer à l’éloquence chrétienne et leur enseigner les prolégomènes de la théologie, en attendant leur entrée au grand séminaire où ils ne sont reçus qu'après un an. On doit encore mettre au rang des petits séminaires celui qui tient en campagne le zélé curé de la paroisse de St-Goddard, où il se trouve 80 élèves. Les trois autres sont connus sous les noms de Largentière, Maximien et Vernière.
21.—Nonobstant l'aspect consolant que l’Egiise de Lyon présente à un évêque étranger, il ne faut pas qu’il perde de vue le but de son voyage. Celui de Québec n’avait plus rien qui Île retînt en cette ville, après l’ordination faite. Il songea donc à en partir, et s’il n’exécuta pas ce projet, le lundi 29 mars, ce fut pour donner le temps à M. Turgeon de régler avec les marchands de soieries, de galons, de franges, et d’ornements, chez lesquels nous avions fait empiette.
Tout chemin mène à Paris, comme à Rome. Ilyen a cependant deux plus fréquentés que les autres par les personnes qui viennent de Lyon, savoir: celui de la Bourgogne ct celui du Bourbonnais. Nous avions été de Paris à Lyon par le premier des deux. Il s’ensuivait que pour voir un peu de pays nouveaux, il fallait prendre le second your y revenir. Mais M. Jacques Desjardins, dans l’ardent désir qu’il avait de posséder dans sa maison de Messas, l’évêque de Québec et son secrétaire, leur avait donné, dèe l’automne, une tout autre direction, sans peutêtre assez réfléchir sur la saison où il fallait la prendre. C’était d’aller de Lyon à Roanne, en voiture, et de prendre là un bateau pour descendre la Loire jusqu’à Orléans. Nos amis de Lyon n'apercevaient que de la misère dans cette manière de voyager. Nous nous trouvions partagés entre la crainte de cette misère et celle de désappointer un ami qui savait quel jour nous devions quitter Lyon, et que l’on pouvait supposer rendu d'avance à Orléans, et se rendant tous les jours sur le rivage dans l’espérance de nous y voir arriver. M. Guillaud, à la demande de l’évêque
de Québec, avait écrit à ce sujet À un de ses amis de Roanne, M. Jars, ancien maire de cette ville, dont la réponse fut que ce Voyage par eau nouvait se faire aisément et à bon marché. Nous prenons donc cette route,
Roanne est dans le département de la Loire, et À douze lieues de Lyon. C’est précisément la journée d’une voiture ; celle que nous prîmes n’y parvint Cependant que le lendemain.
Nous quittâmes Lyon au soleil levant. Le temps était beau, plus doux que nous ne l’avions eu pendant notre séjour à Lyon, où la ville avait Presque toujours été couverte d’un brouillard froid, sans beaucoup de moyen de nous y chauffer, parce que le bois y est rare et que le charbon de terre qui lui sert de supplément, est de mauvaise qualité. On l’appelle dans le pays charbon de pierre, et cette dénomination lui convient, parce que souvent on J trouve des pierres dans le centre des morceaux de charbon.
22.— Nous dînons dans une auberge isolée, près du village de Saint-Romain, et allons coucher dans celui de Saint-Sympho-
plus pittoresque après ue l’on a commencé à descendre de
des maisons de Campagne fort élégantes, une entre autres, appartenant au maréchal Champagny, duc de Cadore. La ville de Roanne eile-mêôme se présente avec assez d'avantage, quoiqu'elle soit sur un terrain bas, partagé en deux parties inégales par la Loire qui la traverse. Un fort beau pont de pierres de taille est commencé depuis 2urs années sur cette rivière. Il fera honneur à la ville. Mas il n’est pas achevé, et la commune est endettée, sans qu'aucun des citoyens montre de disposition À avancer 80n argent pour cette œuvre publique,
M. Jars est un peu plus libéral qu’on ne le désirerait, dans ses opinions. Du reste, il est brave homme, complaisant, bon ami et se prête obligeamment À ce que nous attendions de lui. Il fait veuir un batelier, conclut avec lui un marché de 120 fr. pour nous mener à Orléans, avec notre bagage, assurant que ce n’est
qu'un voyage de 4 à 5 jours. Le batelet était prêt, mais n’était pas couvert ; il fallait le temps d’y ajouter une cabane ; cette circonstance nous exposait à embarquer tron tard. Il fut décidé que le départ n’aurait lieu que le lendemai. + grand matin.
Le reste de la journée se passa à faire des provisions, à recevoir quelques visites, à écrire quelques lettres, à nous mettre en connaissance avec l’abbé Jordan, frère de Camille, curé de l’une des denx paroisses de la ville, ayant pour église celle des anciens religicux Minimes, et pour presbytère leur couvent tout entier.
Les vatelets qui transportent des voyageurs sur la Loire sont de petites berges de douze pieds de long sur quatre de large, formées de planches clouées et non calfatées, si ce n’est au fond, ayant pour chiourme un seul homme, qui se tient dans le derrière, et qui mène la voiture en goudillant. Deux petits avirons mal assortis et encore plus mal attachés sont dans la partie de devant, au cas qu’il plaise à quelqu'un des voyageurs de s’en servir par manière de délassement. La cabane que l’on élève au milieu dn batelet, est aussi grossièrement construite, étanche contre une petite pluie, insuffisante pour se préserver d’une grande, ayant de chaque côté uue planche où l’on peut tenir assis en se courbant, et sous les pieds, un méchant plancher couvert d’une botte de paille, qui ne sufit pas toujours à préserver de l’eau, si l’on n’a soin de la jeter d’heure en heure.
93, Telle est la voiture où l’évêque de Québec, et M. Turgeon, et le fidèle John, et leur bagage, s’embarquent le jeudi de la scmuine de la Passion, pour faire 70 lieues sur une rivière qu'ils ve connaissent pas, et dans une saison où il ne fait pas très chaud en France.
La Loire n’est pas une rivière dangereuse, du moins dans la partie où nous y paviguons. Elle n’a ni cascades, ni rapides, ni même de forts courants. Son inconvénient le plus commun est d’avoir trop peu d’eau, même en cette saison. Les grands bateaux de bois qui la descendent chargés de bois ou de charbon, pour le chauffage de Paris et d'Orléans, s’y échouent très souvent et quelquefois pour longtemps, parce qu’ils n’o:t pas, comme les
batelets, la facilité de tourner autour des battures, et de passer sans cesse d’un côté de la rivière à l’autre, manœuvre qui d’ail. leurs allonge beaucoup la route de ceux-ci.
Ce premier jour, À l’aide de deux hommes du village de Digoin, qui se sont embarqués avec nous et ont manié laviron, nous Parvenons à un village nommé Coulonge, département de Saôneet-Loire, ayant fait, dans toute la journée, douze lieues. Ce n’est pas aller fort vite. Mais il faut songer que nous avoi.s vent debout, et que, vers le soir, il vient s’y joindre un grain de pluie froide, qui force de camper avant le terme. La maison où nous passons la nuit, n’est auberge que par accident. Aussi est-elle assez mal pourvue,
Le lendemain, le vent est encore plus contrariant, la rivière plus stagnante, le temps plus mauvais. Nous couchons à Decize, petite ville à l’entrée du département de la Nièvre, n'ayant fait que onze lieues dans la journée, et bien résolus de n’en partir, comme l’on dit, qu’à bonne enseigne.
25.— La pluie continuant le lendemain au matin, nous allons À l’église paroissiale, entendre la messe, quoique ce ne fût pas fête d'obligation. Le curé qui la célébrait, a avis de l’arrivée de ces deux étrangers et les presse de célébrer à leur tour. Comme il ne restait nulle espérance de continuer le voyage dans cette matinée, l’évêque se décide, non à chauter la messe, comme le voulait le bon curé, mais à la dire. M. Turgeon la chanta, ce qui donna au vicaire la liberté de satisfaire la piété des fidèles d’une autre commune ou paroisse, qui autrement n’aurait pas eu de messe, ce jour-là. Ces deux prêtres sont chargés de six paroisses, mais ne font le service divin que dans trois ; les autres s’y rendent.
M. Boutoute (c’est le nom du curé) est un homme fort attaché à l’embelliessement de son église. Il ne lui manque qu’un peu de bon goût. Il lui a fait présent de quelques petits mauvais tableaux qu’il trouve magnitiques, et au bas desquels on n’a pas manqué d'écrire le nom du donateur. Deux chapiers, l’un gros vicillard trapu, l’autre grand jeune homme allongé, aussi peu assortis de voix que de taille, se promènent d’une extrémité à l’autre du
chœur, tout le long de la grand’messe. Une demi-douzaine d’enfants de chœur, revêtus d’aubes de mousseline par-dessus des robes rouges, traînant deux pieds derrière eux sur le pavé, servent à l'autel, couverts de leurs bonnets carrés, pointus et rouges, qu’ils n’ôtent qu'au moment de l'Elévation, pour se recoiffer aussitôt après. Voilà une partie du cérémonial de Decize.
M. Boutoute, voyant l’évêque de Québec assister à la grand”messe qu’il avait refusé de chanter, voulut qu’au moins il y donnât la bénédiction et il ne fut pas possible de sy refuser.
La messe finie, il fallut aller dîner au presbytère, grand corps de logis en ruines, et à une longue distance de l'église. Jà il avait invité toute la noblesse de l’endroit, savoir: le juge de paix et le maire, pour faire compagnie à ses hôtes, et il faut avouer que ce maire n’ect pas sans intérêt, et montre un peu plus qu’on ne devrait attendre d’un provincial qui a eu peu d’cecasions de sortir. L’ameublement du curé est très commun et la propreté n’en est pas recherchée, mais il couvrait tout cela par la bonne grâce qui sait suppléer à tout.
La pluie cessa vers midi et fit place à une violente brise de nord-ouest, c’est-à-dire du vent le plus ennemi de la route que nous avions à faire. Il s’ensuivit qu’il fallut retourner à l’église, pour l'office des vêpres, que le cérémonial de M. Boutoute n’empêche pas de chanter après dîner, même en carême. Elles furent suivies de la bénédiction du Saint-Sacrement.
Le vent ayant considérablement diminué vers le soir, l’évêque de Québec exprima au batelier le désir qu’il avait de continuer le voyage cette nuit même, éclairée, comme elle l'était, par la pleine lune. Pour le faire avec succès, il fallait un homme de plus dans l'équipage. Il promit six francs à tel qui voudrait ramer jusqu’au matin. Le batelier en trouva un à ce prix, et John s’étant joint à lui pour ramer de concert, nous embarquâmes à onze heures du soir, par la plus belle nuit du monde. Il faisait froid ; mais à un endroit nommé le fourneau, où nous étions arrêtés pour dîner, le vendredi, nous avions acheté de. sabots pour
nous préserver du froid et de l'humidité, et eûmes lieu plus d’une
fois de nous en applaudir..., Des sabots !.... Il fallait donc venir en France pour en essayer, n’en ayant jamais fait usage en Canada !
Au petit jour, nous débarquons à Nevers. On nous indique une auberge pour nous réchauffer, Le maître venait de congédier des rouliers qui avaient couché dans cette maison. Peutêtre avait-il querellé avec eux. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il était de fort mauvaise humeur. I] appela la servante pour allumer du feu. Elle tarda un peu À se lever, et voilà notre aubergiste dans une colère épouvantable contre elle. Pendant qu’il l’injuriait et la sacrait, nous prîmes le parti de nous retirer sans rien dire, et sans qu’il eût le temps de nous reconnaître.
Nous nous rendons à l’ancienne cathédrale supprimée par le concordat de 1801. Nous tournons autour de cette église sans en trouver l'entrée, ni personne pour l'indiquer. Il était près de 6 heures. C’était le dimanche des Rameaux. Personne dans les rues : prêtres et fidèles, tout le monde dormait. Quel scandale en Canada, si, à pareil jour, les églises n'étaient pas ouvertes, et les prêtres À l’ouvrage À cette heure !
Après plusieurs recherches du lieu où pouvait être le clergé de cette église, l’évêque ayant sonné une clochette dont le cordon penda:i auprès d’une porte de cour, il se présenta une servante, qui lui dit que c’était là que logeait le curé de Saint-Cyr (c’est le titulaire de la cathédrale) ; mais qu'ayant été fatigué d’un long sermon qu’il avait prêché, le soir précédent, il était encore au lit. Elle nous introduisit cependant, et pendant que nous nous chauffions, le bon curé descendit et vint converser avec nous. C’est un homme de 75 ans, auquel il est pardonnable de se trouver fatigué, à la suite d’une longue prédication. Il est ancien chanoine de cette église et se nomme M. Fion. Il nous apprit la mort arrivée, le lundi précéuent, de l'archevêque de Bourges, M. Gallois de la
Tovr,à la consécration duquel nous avions assisté À Paris, le mois de septembre précédent.
La conversation eût été longue (les vieillards sont causeurs), si l’évêque de Québec n’eût dit à l'abbé Fion : ‘ Donnez-nous
Ex
moyen de dire la messe, et au retour nous causerons tant qu’il vous plaira, en prenant une tasse de votre café.”
Déjà l’église était ouverte ; l’évêque sy rend, célèbre la messe, M. Turgeon la sert, et nous rentrons au presbytère à 8 heures. C’était précisément l’heure fixée pour la messe du curé. Il entra donc à l’église, au moment où nous eu sortions, et nous ne le revimes pas ; mais sa nièce, fille décente et bien instruite, nous tint compagnie et nous donna un bon déjeuner, dont la veille et la fatigue de la nuit précédente nous firent apprécier tout le mérite. :
La cathédrale de Navers est un édifice gothique, ayant un grand et superbe chæ , mais point d'autre entrée que par des portes latérales, le portail, ou ce qui devrait en tenir lieu, étant tout à fait contigu à un emplacement étranger. de sorte qu’on ne pou.ait entrer par cette devanture, grand mêine elle aurait des portes grandes ou petites.
Pendant que nous étions à la enthédrale, M. l'abbé Groux, vicaire général de l’évêque d’Autun, pour le département de la Nièvre, ap,renant qu’il y avait en ville un évêque étranger, a”courut au presbytère, et ne pouvant l’y attendre, parce que Vhoure arrivait où il fallait qu’il dit lui-même la messe à une communauté de religieuses auxquelles il sert de chapelain, le fit prier instamment de vouloir bien s’y rendre. Y étant allé après déjeuner, il trouva M. Groux sortant de l'autel et le priant de faire une exhortation à ces religieuse. qui venaient de communier.
L'évèque lui fit comprendre que, n'ayant pas d’habillement d'église, ni rien de préparé, ni temps pour le débiter, ni de connaissance de la nature de la communauté en faveur de laquelle il sollicitait une exhortation, ce serait folie de :.ntreprendre. Là tout se réduisit donc à rendre une petite visite à ces religieuses, à leur donner la bénédiction et à se recommander à leurs prières. Après cinq minutes, il se retira, sans savoir autre chose de leur institut, sinon qu’elles avaient succédé ar x religieuses de la Visitation, autrefois en possession de ce monaitère. C’est de là, comme l’on sait, que Gresset fait partir son Vert-Vert.
“ À Nevers donc, chez les Visitandines, etc.”
ortir de là, l'abbé Groux nous fit voir, sur la grande place «- + +:'le, une croix de mission, faite et ornée sous sa direction, qu. … coûté 22,000 francs. Cela paraîtrait incroyable, si l’on n’ajoutait que cette croix est faite de fer, ‘’une grande largeur et hauteur, qu’elle est élevée sur trois degres de pierre de taille très larges et très longs et environnés d’rne haute balustrade de fer, et que derrière la croix est un sépulcre de N.-$8., avec plusieurs statues de pierre.
L'abbé Groux vint nous reconduire au batelet. Il n’y avait plus de temps À perdre. Nous n’étions encore qu’à 40 lieues de Roanne, et déjA au quatrième jour depuis notre départ.
Nous nous remettons À bord, dans notre petite cabane, pour y sanctifier, autant que possible, le jour du Seigneur, tandis que le batelier continue de goudiller seul, sans avoir trouvé moyen d’assister à la messe, quoiqu’on lui en eût donné le temps, q4’il passa à se promener par la ville.
Nous avions fait sept lieues dans la nuit ; nous en fines huit autres dans le cours de la journée, et arrivâmcs, le soir, À Pouilly, bourg considérable et canton renommé par ses vins blancs, dont on se sert à la messe dans les églises de Paris. Il Jena de différentes qualités. Le meilleur est de 25 sols la L. nteille, le plus commun de 5 sous.
1 ‘eule auberge que l’on nous indiqua, et où il fallut malheureusement passer la nuit, était une de ces maisons déréglées où lon souffre tout, pourvu qu’il vienne de l'argent. Au moment où nous y entrâmes, il se dunnaît un bal à la canaille du village, dont les enfan's, assis autour de la table Vun appartement voisin, buvaient du vi autant qu’on voulait leur en donner, et, à coup sûr, on ne le leur épargnait pas. Un évêque se trouvait fort déplacé dans un semblable logis. A la vérité, son arrivée mit fin à ls: fête, mais ne rendit les gens de la maison ni plus propres, ni plus honnêtes. L’on a prescrit dans c te auberge le droit de ne pas épousseter, et l’usage du balai et du savon n’y tient pas à grand chose. Pour y avoir été maltraités, nous en fûâmes pas moins rauçonnés le lendemain. Aussi nous hâtâmesnous d'en
partir, après y avoir engagé un jeune garçon pour en faire un rameur jusqu’à Cône.
Hier, nous étions passés devant la Charité. On trouve peu de ces petites bourgades et encore moins d’habitations de l’une à l’autre. La Loire, dans l’espace de plus de 70 lieues que nous en parcourons, n’a rien de comparable à nos rivières du Canada. Rarement est-elle plus large que la rivière de Nicolet, au-devant de l’église. Souvent elle a beaucoup moins. Les bords en sont bas et insignifiants, mais surtout il lui manque cette suite d’habitations continues qui rendent nos rivières si riantes.
Nous passons, dans le département du Loiret, Châtillon et Briure et arrivons, vers huit heures du soir, À un village nommé Saint-Père. Pendant qu’on nous y préparait à dîner (car nous n'avions pu faire qu’une collation dans le cours de la journée), nous allons heurter au presbytère, un peu pour tuer le temps. Le prêtre n’y était pas, mais de l’autre côté de la rivière, dans une commune nommée Sully, qu’il dessert avec sa paroisse. Nous nous retirâmes à notre petite auberge. Après le dîner pris et pendant que John prenait le sien avec le batelier, l’évêque de Québec se promenant sur le rivage, au clair de la lune, vit venir un canot de l’autre côté de la rivière. Il amenait le curé qu’on avait été secrètement avertir de la visite qu’il avait manquée. Cet ecclésiastique s’était mis immédiatement en traverse, et dans son empressement, n’avait pas même songé à se munir de son chapeau. Il arrivait done nu-tête, et trouvant l’évêque sur la grêve, il le pressa beaucoup de venir prendre un lit dans sa maison et d’y demeurer jusqu’au lendemain. Il ne put obtenir ce qu’il désirait ; parce que n'étant plus qu’à 10 lieues d'Orléans, l’évêque de Québec voulait profiter du calme et du clair de lune pour s’y rendre dans la nuit. Nous rembarquâmes donc vers dix heures du soir. Il faisait froid, maïs très beau. M. Turgeon rama uue partie de la nuit, et John la nuit tout entière. Entre 5 et 6 heures du matin, nous débarquâmers à Orléans. Le dernier service que nous demanüîmes au batelier fut de nous conduire à l'évêché. Le brave homme crut que c'était une auberge et
répondit qu’il n’en Connaissait point de ce nom. On lui fit comprendre que c'était le logement de l’évêque du lieu, près de la cathédrale, Ce mot de cathéd' le l'ayant frappé, il nous mena À la collégiale de Saint-Agnan. Ces allées et venuce ‘ans la ville ennuyaient un peu, quoiqu’elles eussent le mérite de nous dégourdir à la suite d’une longue séance. Enfin quelqu'un plus intelligent que lui nous montra le vrai chemin de l'évêché, dont le nouveau pourvu (M: de Varicourt), intimemer,, lié À la famille Desjardins, avait fait savoir longtemps d'avance à l’évêque de Québec, qu’il ne voulait pas qu’il logeÂt ailleurs que chez lui, s’il passait par Orléans.
Le batelier s’en retourna fort content ; 4r Outre une addition de quelques francs au prix stipulé avec lui, M. Turgeon lui fit présent de nos deux paires de sabots, d’une cruche, de deux verres et autres ustensiles, et restes de provisions don nous n'avions plus besoin, I] lui restait encore À espérer le prix de la vente de son batelet : car les bateaux, grands ou petits, qui descendent la Loire, ne la remontent jamais. Rendus au terme de leur voyage, soit à Orléans, soit À Paris (Y ayant un canal de communication entre ces deux villes), ils sont vendus et déchirés, selon l’expiession du pays, c'est à-dire mis en bottes, et le bois employé à des ouvrages de menuiserie, On vend jusqu’à 40 et 50 francs un batelet de la dimension de celui qui nous avait apportés, et auquel nous dîmes adieu de bon Cœur, après cinq jours et deux nuits de navigation propre à donner le rhumatisme à qui n’en aurait pas encore.
En arrivant, l’évêque reçoit une lettre du Séminaire de Montréal, qui lui annonce la mort de M. Borneuf, arrivéele 15 novembre. Comme il était encore à jeun, il célèbre immédiatement la messe pour le cher défunt dans la chapelle privée de l’évêque d'Orléans.
Nous voici dans une ville autrefois fréquentée par les rois, assiégée par des ennemis, délivrée par la célèbre Jeanne d’Are, qu’une petite statue de bronze assez mesquine rappelle au souvenir de ceux qui passent par la grande place. La ville en elle-même