CHAPITRE DIXIÈME
Pâque à Notre-Dame de Paris. — Les cimetières. — La population. — Les Gobelins, Sèvres, les Invalides, les Aveugles, les Sourds-muets. L'abbé Frayssinous et ses conférences. — Le Père MeCarthy.— Les francs-maçons.— Lettre de M. Desjardins. — Saint-Denis. Audience du Roi. — Départ de Paris. |
L’évêque de Québec, en arrivant le Samedi-Saint au matin, au Séminaire des Missions Etrangères, y trouva M. l’abbé Desjardins, lequel y tient encore deux chambres, dont il paie le loyer, depuis qu’il a transféré sa demeure À l’archevêché, et y vient régulièrement tous les mercredis et les samedis, pour rencontrer d’anciens pénitente, qui n’ont encore pu se résoudre à prendre un autre confesseur et l’occupent quelquefois la journée entière. M. l’abbé Desgenettes, étranger au Séminaire, lui a succédé dans sa cure. Les réparations commencées à l’église, l'été dernier, sont maintenant achevées, de sorte que nous la trouvâmes dans toute l'élégance dont elle est susceptible. Cette église est édifiante du haut en bas, s’il est permis de s'exprimer de la sorte, puisque la congrégation se tient au-dessus, et que les Savoyards s’assemblent au-dessous, dans la chapelle souterraine, de sorte qu’il arrive plusieurs fois l’année que le saint sacrifice suffre au même instant dans les trois étages. Aux Missions Etrangères, comme dans les autres paroisses de Paris, l’on fait, tous les matins et soirs, la prière publique, et elle est suivie de la bénédiction du ciboire.
Ce fut dans cette église que l’évêque de Québec célébra la messe de bonne heure, le jour de Pâque, pour avoir le temps de se rendre à l’oflice solennel de la Métropole, où il se proposait d'assister, Il y trouva quelques autres évêques étrangers, avec
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lesquels il prit place au chœur. Le cardinal archevêque assistait dans une chaire très élevée, ayant un seul prêtre auprès de lui. Le coadjuteur célébrait entre deux des archidiacres revêtus de chapes, et en dehors desquels se tiennent le diacre et le sous-diacre. Ces deux chapiers accompagnent constamment le célébrant partout où il va. Ce sont eux qui lui mettent et ôtent la mitre. Il s'habille et se déshabille à la sacristie, et lors même que c’est l'archevêque qui célèbre, il ne va pas au trône, mais s’assied dans le sanctuaire sur un fauteuil. Outre la croix archiépiscopale, on porte devant lui une petite croix d'argent sans bâton et sans crucifix, dans laquelle il y a des reliques. Elle «e dépose sur le milieu de l'autel, en avant du carton, est encensée À genoux, et, après la messe, rapportée de la même manière à la sacristie.
L'office du matin commença par Une procession très longue du chapitre et de l'évêque officiant qui fit le tour intérieur de cette vaste église. Le chant qui l’accompagnait était fort beau, mais cessait tout à coup de temps en temps, la procession s’arrêtant d'espace en espace, ce qui ne contribuait pas peu à l’allonger. L'habillement des chanoines, tant prébendés qu'honoraires, congiste en un rochet, comme celui des évêques, avec une mozette noire doublée en rouge, avec boutons et boutonnières de même couleur. Il n’y a point de diacres d’honneur, mais en quelque lieu qu’aille le diacre d'office, il est toujours précédé de six induts, revêtus comme lui, excepté l’étole et le manipule. Ils marchent deux à deux et accompagnent également le sous-diacre, lorsqu'il va où vient par le chœur. Dans l'intervalle, ils se tiennent en face au-dessous des m. -ches de l’autel, trois d’un côté et trois de l’autre.
Au commencement de la grand’messe, il s’introduisit, au milieu du chœur, une vingtaine de musiciens laïques, avec des cahiers, de petits pupitres et des instruments de diverse sorte. On aurait dit qu’ils allaient faire grand bruit, et ils jouèrent très peu.
Deux chantres en ehapes marchent d’une extrémité à l’autre du chœur, tout le temps que durent le Gloria et le Credo. Quatre chapiers additionnels sortent de la sacristie, après l’épître, et
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viennent au lutrin chanter le verset de l’Alleluia, puis y retournent avant l’évangile et ne reparaissent pius.
Le sous-diacre, précédé des six induts, se rend au bas du chœur, du côté de l’évangile, à une espèce d’ambon peu élevé, d’où il chante l’épître, tourné, non vers le peuple, maïs vers le côté de l’épître. Le diacre, À son tour, précédé de même, va à un autre ambou opposé au premier, et chante l’évangile, faisant face au côté de l’évangile.
Par une bizarrerie impardonuable du cérémonial de Paris, on ne salue l’autel que d’une simple inclination, lors même que le Saint-Sacrement y es conservé, et on se met À deux genoux pour encenser l’évêque célébrant, distinction qui n’est due qu’au Souverain Pontife. Les chapiers qui viennent lui annoncer le Gloria et le C », se mettent aussi à deux genoux devant Ini.
Les «.…aînes des encensoirs dont on se sert pour l’encensement du chœur, ont trois fois la longueur des nôtres, et les thuriféraires les manient avec une dextérité merveilleuse.
Le cérémoniaire a toujours le bonnet carré À la main. Lorsque le célébrant est assis, le cérémoniaire s’assied aussi.
À Paris, comme À Orléans, l’évêque célébrant donne la bénédiction au peuple avant l'Agnus Dei, et le diacre prend la crosse en main pour chanter ite missa est. Ces deux choses s’observent aussi À Lyon, de manière que l’on peut considérer cette pratique comme une ancienne possession de l'Eglise des Gaules.
Les vêpres de ce jour w’offrirent rien de bien remaruable, ei ce n’est encore une procession, comme celle du matin, une longue suite de répons À complies, d’autres additions qui semblent avoir pour objet de lasser la dévotion du peuple, au lieu de l’exciter. Cet office avait commencé À trois heures ; il en était six lorsqu'il fini* et il restait encore à faire le sermon qui est d’une heure, dans ces sortes d'occasions. Que l’on dise à quelqu'un du clergé de Notre-Dame : “ Votre office du soir est trop long,” il vous donne pour réponse que, dans telle et telle autre église de Paris, il l’est bien davantage, mais il n’ajoute pas que c’est un moyen d’y attirer le peuple, parce qu’il dirait faux.
3.—Le lundi de Pâque, nous allâmes à la grand’messe à Saint- Sulpice. Même cérémonial, à fort peu de chose près, qu’à Notre- Dame, excepté que l'autel est en avant du chœur, que le sousdiacre va chanter l’épître dans un angle formé par deux pilastres qui se touchent, ayañt la face tournée vers le mur dont il est très près, et que le diacre en fait autant pour l'évangile. Il n'y a nulle dignité dans cette partie du cérémonial. Les élèves du Séminaire de Saint-Sulpice, qui assistent à cette église, se tiennent au chœur, avec toute la piété et la modestie que l’on peut attendre d’ecclésiastiques bien élevés. Malheureusement ils ne sont pes assez nombreux pour le remplir. Les chantres laïques, jeunes gens habillés en surplis, qui assistent au chœur, s’y tiennent assez mal.
Cette église est tenue malproprement, ainsi que sa sacristie. On en peut dire autant des grandes églises paroissiales de Paris, telles que Saint-Roch, dont il a déjà été fait mention dans ce journal, Saint-Eustache, Saint-Gervais, Saint-Germain lAuxerrois, qui ont, en ontre, le désavantage d’être obstruées par des maisons et des boutiques qui les défigurent en dehors, comme la malpropreté et l'abondance de fils et toiles d'araignées les obscurcissent en dedans. Néanmoins ces édifices, d’une précieuse architecture, demandent quelques soins.
L'église de Saint-Germain-des-Prés a un inconvénient de plus que les autres, c’est que plusieurs de ses grandes arches (elle est de structure gothique) ont forcé, et menacé d’une chute prochaine qui aurait pu être funeste À beaucoup de personnes. On s'occupe de lui donner de la solidité. De grands travaux sont commencés à cette fin, et l’on espère que ce ne sera Ps sans succès.
5.—I1 fut un temps où l’on enterrait saus difficulté dans ces églises ou dans les cimetières y attenant, comme l'on fait encore à Londres, à Rome, et dans la plupart des grandes villes d'Europe. Les philosophes français du dernier siècle ont tant crié contre les sépultures de ville, les médecins les ont tellement secondés, tant de rapports, la plupart infidèles, ont été publiés contre l'iusalubrité des sépultures dans les villes, qu’enfin le gouvernement à
été forcé de les défendre. On a donc transporté, dès le temps du è règne de Louis XVI, les cimetières hors des villes, sans que la salubrité y ait gagné sensiblement, mais non sans préjudice de la pompe religieuse avec laquelle les corps des fidèles étaient ci- ; devant portés À la sépulture. Une procession ne saurait aller à cette distance. Il faut donc la remplacer par un convoi civique, où il n’entre rien de religieux. Un curé peu en état de payer une voiture pour s’y rendre, n’y va qu’autant que les parents du défunt en font la dépense, par conséquent n’accompagne pas et n’est pas capable d'accompagner les corps des pauvres que l’on met, par conséquent, en terre profane ; car il ne paraît pas que ces cimetières soient bénis, mais seulement chaque fosse en particulie:, :t combien qui ne désirent pas cette bénédiction ! Le plus considérable de ces cimetières est celui que l’on nomme du Père de la Chaise, parce qu’il a été ouvert sur un emplacement où subsiste encore la maison de carupagne du Père de la Chaise, autrefois confesseur de Louis XIV. Le cimetière passe 4 Pour avoir 80 arpents de long sur une largeur proportionnée. On y trouve, «à et là, des monuments de tout genre, plus de profanes que de religieux, peu de croix, beaucoup d'inscriptions sentimentales et philosophiques, des couronnes de fleurs suspendues et souvent renouvelées par les personnes oiseuses qui en trouvent À acheter dans des boutiques voisines, où elles sont devenues une branche de commerce. LA vous voyez auprès l’un de l’autre, un saint prêtre et un suicidé, une vierge chrétienne et un écrivain de romans, un édifiant père de famille et une prostituée, une fervente religieuse et un déiste de profession, On v a élevé un petit temple pour perpétuer la mémoire scandalouse d’Héloïse et d’Abcilard, dont les statues couchées y sont sculptées en pierre fine. Une journée entière ne suflirait pas À parcourir ce cimetière, où l’on rencontre des bandes de curieux à toutes les heures du jour, et de tristes réflexions sur ’’affaiblissement de la foi seraient le résultat le plus raisonnable de cette excursion. La population de Paris, g'âce apparemment à la Révolution
et aux guerres qui l'ont suivie, 2 diminué de deux cent mille
depuis 1788, époque où elle était de 800,000 !. Elle regagnera bien vite, s’il ne survient de nouveaux troubles, ce qu’elle a perdu dans les trente dernières anné28; car, à en juger par Vétat statistique de 1819, il y à 20,000 naissances contre 18,000 décès par an. Ce n'est pas sur les registres des curés que ce relevé a été fait, mais sur ceux des maires, qui seuls sont consultés, et font foi en cour depuis le commencement de la Révolution. Ce n’est qu'après avoir fait à la mairie la déclaration de la naissance d’un enfant, que l’on vient l’apporter au Baptème. Pareillement on ne demande les honneurs funèbres pour un défunt. qu'après avoir info: mé la mairie de sa mort. Lorsque les fidèles viennent à l'église pour faire célébrer leur mariage, démarche à laquelle la loi civile ne les oblige pas, ce n’est qu'après lavoir contracté devant le maire, qui rarement faiticette fenction avant midi ; de sorte que le pauvre prêtre, chargé de faire renouveler le consentement des parties, en face d'église, et de leur donner la bénédiction nuptiale à la messe, e:° souvent obligé d'attendre à jeun, jusqu’à une heure ou deux après-midi, et souvent plus tard. Il y : eu, contre cette pratique, diverses plaintes des curés demandant qu’on leur rendît la tenue des registres légaux, comme ils l'avaient par le passé. Le gouvernement à entendu ces plaintes et a été son train.
Cette semaine, on porte aux infirmes la communion pascale, dans les différentes paroisses ; mais il n’est pas permis, même en cette occasion, de porter la sainte Eucharistie avec solennité. Les fidèles informés se rendent à l’église, d’où ils accompagnent, sans rien dire, et le chapeau sur la tête, le curé qui, couvert, comme eux, et sans lumière, cache avec grand soin, 8OU£ une large redingote, et les saints mystères et l’étole et le surplis dont il est revêtu. Ainei vont les choses dans le royaume de Sa Majesté très Chrétienne.
L'évèque de Québec désirait voir quelques-uns des établissements publics, et on lui procura la visite de la manufacture des
2 don pren ne tienne ann 1—La population est aujourd'hui (1903) de près de trois millions.
Gobelins, de celle de Sèvres, des Quinze-vingts, des Invalides et des Sourds-Muets,
Les tapisseries de la manufacture des Gobelins sont célèbres par toute l’Europe. L'étendue des établissements, le nombre des ateliers, la multitude des ouvriers, l’ordre et le silence qu’exige leur travail, et qui règne véritablement parmi eux, l'intelligence admirable avec laquelle ils transportent sur le métier tout un tableau, sans laisser échapper une seule nuance, la patience avec laquelle ils se tiennent, non seulement toute Ja Journée, maïs plutôt des années entières, derrière un métier, le choix des tableaux que l’on copie en grand nombre dans ce moment, et entre lesquels se trouvent plusieurs sujets de piété, enfin les travaux immenses que requièrent la teinture et les autres préparations de la laine, pour lui donner cette vivacité éclatante et durable qui fait le grand mérite des tapisseries : tout cela demanderait une description longue et détaillée À laquelle ce journal ne saurait se prêter, sans passer les bornes qu’on s’y est prescrites,
La manufacture de Sèvres, À demi-chemin entre Paris et Versailles, a pris son nom de la rivière sur le bord de laquelle on la établie. Ici, ce n’est pas de la tapisserie, mais de Ja porcelaine de la plus belle qualité. La vaisselle commune n’est cuite qu’une fois, mais avec beaucoup de préparations. Elle sort du feu, blan-
‘che, mais terne, et ne devient luisante et transparente qu'après
avoir été frottée avee une espèce de poinçon ou de fourbissoir. Si on veut l’améliorer, on la rernet au feu, après cette première opération, et c’est avant de l’y remettre que l’on place les anses (qui ont été cuites À part) aux pots, tasses, sucriers, soupières et autres meubles qui en doivent porter. La porcelaine, dans cette seconde cuisson, acquiert beaucoup de transparence et de légèreté. Si on veut la conduire À la dernière perfection, on la peint en or, en couleurs. Les ouvriers chargés de ce soin sont d’habiles peintres en miniature, dont on peut apprécier le mérite par la variété admirable qu’ils savent mettre dans leur peinture. Lorsqu’elle est appliquée, ce qui est un ouvrage de très longue haleine, quoique partagé entre un grätd nombre de mains, on remet, pour
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Ja troisième fois, la porcelaine au fourneau, on la fourbit encore, et la voilà finie.
Cette fabrique coûte gros au gou vernement,qui en supporte généralement tous les frais et n’en retire aucun profit, comme il serait aisé de lefaire. Tous les ouvrages qui en sortent sont sans aucune exception à la disposition du roi, qui en fait des présents aux autres souverains et à certains particuliers. Il y à des vases très grands, supérieurement ouvragés, que les ouvriers prisent très haut, par exemple de 30 à 40,000 francs. Aussi at-il fallu des années entières pour les peindre, sans compter les autres opérations qu’on leur a fait subir. Si la porcelaine de Chine qui a servi de modèle à celle de France, l’égale ou même la surpasse du côté de la finesse et de la transparence, elle lui est assurément très inférieure sous le rapport du dessin et de la peinture.
Les Quinze-vingts sont un asile fondée pour la réception de 300 aveugles, tant hommes que femmes. On ne sait pas ici les occuper, comme à Liverpool. Les hommes n’ont aucun moyen de s'occuper. C’est assurément un vice dans l'administration. Les femmes font quelque petit ouvrage de peu de conséquence, tel que du galon de fil ou de laine. Les uns et les autres apprennent à lire, au moyen de livres faits exprès pour eux, dont les lettres, beaucoup plus grosses que les caractères d'imprimerie, sont frappées sur des feuilles ayant la demi-épaisseur d’une carte À jouer, mais plus longues et plus larges. L'aveugle suit les lettres avec son doigt, parvient à les connaître, à les assembler et enfin à lire aussi couramment que 80n doigt peut aller. Par la même méthode, ou par quelque chose d’approchant, on conçoit qu’il doit être possible de leur apprendre à écrire, et plusieurs y ont réussi.
On enseigne aussi aux aveugles de cet hôpital, la musique vocale et instrumentale, L'évèque de Québec fut redevable à la politesse de l'abbé Gaillard, un des aumbniers de cet asile, du plaisir qu’il eut de voir exécuter un petit concert, par vingt ou trente de ces infirmes réunis dans un département adapté à cette fin. Mais ni cette faculté de lire et d'écrire, ni cette musique ne
rapportent rien au gouvernement, qui porte seul tout le poids de cet établissement, comme de plusieurs autres, tandis qu’il en pourrait tirer au moins la moitié de ce qu’il y dépense. Cela serait d’autant plus raisonnsble et praticable aux Quinze-vingts, que souvent, outre le père ou la mère aveugle, on y admet la famille tout entière.
L'Hôtel Royal des Invalides, destiné À recevoir les militaires devenus infirmes au service du royaume, suffirait seul pour immortaliser la mémoire de Louis XIV, sous le règne duquel il fat entrepris en 1672. Tout y respire la grandeur de ce monarque : le choix de l'emplacement, l’air champêtre dont on y jouit, les plantations d’arbres qui l’environnent, les superbes promenades qu’on y a ménagées, le nombre et l'étendue des cours et des salles, la propreté des chambres et des corridors, mais surtout l’église et son sanctuaire, surmonté du dôme le plus beau et le plus dégagé qui soit en Europe, et qui se montre avec d’autant plus d'avantage, que le comble de l’église, au-dessus duquel il s'élève, domine tous les édifices de l'hôtel, et qu’il n’y en a point d’autres dans le voisinage qui puisse l'empêcher de se développer dans toute sa splendeur, Ce dôme est couvert de plomb, ainsi que sa lanterne, et a toutes ses moulures dorées.
Les révolntionnaires avaient tout brisé dans le magnifique sanctuaire de cette église. Des ouvriers sont actuellement occupés à relever les statues ct les autels abattus, et À réparer les fresques et tableaux mutilés dans ce temps d’anarchie et de désordre.
Il 8e trouve, en ce moment, aux Invalides 4,700 soldats et 300 officiers, qui sont logés et nourris séparément des premiers. On conçoit quelle vaste cuisine est nécessaire pour préparer la nourriture d’un si grand nombre de personnes, avec les différences qu’exigent la qualité, la maladie ou la santé des personnes. Ajoutez à ces 5,000 militaires, le nombre des serviteurs et autres employés pour l'entretien des hardes, du linge, les approvisionnements, etc.
L’infirmerie, qui compte présentement 250 malades, tant officiers que soldats, est l’objet particulier des soins d’une vingtaine
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de Sœurs de la Charité, qui demeurent dans cet hospice, où elles ont, à part, leur petite chapelle, où 8e conserve le Saint-Sacreappropriés. Elles
ment, et une suite d'appartements qui leur sont gémissent beaucoup de Y’endurcissement d’une partie de ces militaires, qui vivent et meurent sans 8 occuper aucunement de leur galut, et résistent à toutes les instances que leur font à ce cujet les Sœurs et les zélés aumôniers préposés à Ja conduite spirituelle de ce troupeau peu consolant. Passons aux Sourds-Muets. Ou sait que cet établissement est tout nouveau, que l'abbé de L'Epée fut le premier qui entreprit de donner À cette espèce d’affigés une éducation régulière, grammaticale et raisonnée, et que l’abbé Sicard, qui en a maintenant la conduite, est son successeur immédiat. Le jorr où nous. y allâmes était celui d’un examen puilic des élèves Quelques-uns d’entre eux étaient chargés de recevoir et de placer les étrangers qui affluaient de toutes parts. La grande salle destinée À ces sortes d'exercices suffisait à peine à les contenir. L'abbé Sicard arriva le dernier, et après un petit disccars dans lequel il rendit compte à l’assemblée de sa méthode et de ses succès, il invita les assistants à proposer telles questions qu'il leur plairait, sur la doctrine chrétienne. On leur en fit plusieurs, que le professeur leur rendait par des signes moins multipliés qu’on aurait dû s’y attendre. Les élèves attentifs gaisissaient les questions avec avidité, et les écrivaient immédiatement en bon langage et en gros caractères de craie, sur des assemblages de planches peintes en noir, puis chacun de trois ou quatre qui pouvaient écrire en même temps, mettait au-dessous de la demande une réponse de sa façon, ordinairement exacte, mais dans des termes a88€Z différents,
pour faire voir qu’elle était raisonnée, et non le résultat d’une formule générale donnée par le professeur. Le plus avancé de
ces Sourds-Muets, Massicu, qui montre plus de 40 ans d’âge, montre une intelligence peu commune. Peu content de répondre avec précision à la question qu'on lui à faite, il l’enrichit de réflexions et de commentaires qui supposent un esprit cultivé et familiarisé avec les livres. Son écriture est très lisible et de très