‹ Journal d'un voyage en Europe [microforme]Chapitre 38 sur 59 · RE CE · texte numérisé non relu

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bonne ortographe. En cela, les autres élèves ne lni cèdent pas. Mais il les surpasse tous par la célérité étonnante avec laquelle il écrit.

L’évêque de Québec voulut encore visiter quelques édifices remarquables de cette capitale et qui font époque dans son histoire. Le premier fut le Temple, ancien arsenal de Paris, tenu par les chevaliers de l’ordre militaire des Templiers, institué en 1118. Après leur extinction en 1312, il fut donné aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, puis repris par le gouvernement. Il formait plusieurs vastes bâtiments, avec quatre tours et enclos de dix arpents, qui renfermait quantité de maisons particulières. Ce fut das cette forteresse que l’inforiuné Louis X VI fut enfermé en 1792. La Convention, ou plutôt la municipalité de Paris, en prit occasion d’en faire élever les murs jusqu’à vingt pieds de hauteur. Il en sortit, le 21 janvier 1798, pour aller À l’échafaud, sur la place de Louis XV, entre le jardin des Tuileries et les Champs-Elysées. Ses restes, retrouvés par les soins d’un fidèle sujet, ont été déposés au boulevard de la Madeleine, dans un end'oit au-dessus duquel on a commencé, depuis la Restauration, une chapelle expiatoire.

Depuis 1810, on a démoli une grande partie des bâiiments du Temple, et ce qui en reste a été changé, en 1816, en un monastère de religieuses, à Ja tête desquelles se trouve M'° de Condé.

La Bastille, dont les premiers fondements furent jetés en 1360, était un château destiné d’abord À servir de citadelle à la ville de Paris contre les attaques des Anglais. On y ajouta, avec le temps, des fossés et un rempart. Lorsqu’en 1630, elle fut changée en prison d'Etat, elle se trouvait fortifiée de huit tours rondes et fort élevées. Le dessus était une terrasse, et au milieu de la forteresse, il y avait une cour qui servait de promenade aux prisonniers les moins maltraités.

Tout le monde sait que, le 14 juillet 1789, la Bastille fut assiégée, prise et détruite par la populace de Paris, et que c’est de là que l’on date le commencement de la Révolutior. L’emplacement en fut ensuite loué À différents particuliers qui en frent

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des chantiers de: bois à brûler. Enfin le gouvernement impérial décida, en 1808, qu’on y formerait un bassin pour recevoir les eaux du canal de l'Oureg, et qu’un énorme éléphant y serait élevé en bronze, avec une trompe d’où il sortirait une fontaine. Ce grand ouvrage commencé en 1810, se continue sous le gouvernement du roi.

La bibliothèque royale commença, en 1350, par vingt volumes que donna Île roi Jean le Bon, à une époque où l'imprimerie n’était pas encore connue. Quinze ans après, le duc de Beaufort y ajouta 900 volumes. Les Anglais, dans le cours de leurs guerres avec la France, en emportèrent la plus grande partie et n’y laissèrent que quelques volumes. Mais Louis XII et ses successeurs la rétablirent et l’augmentèrent considérablement. D'abord eïle avait été logée au Louvre, puis dans la rue Vivienne, enfin elle fut fixée par François I dans la rue de Richelieu. Vers le milieu du dernier siècle, elle contenait déjà 101,000 volumes. Elle a été augmentée, pendant la Révolution, de diverses bibliothèques de communautés supprimées, de sorte que l’on y compte maintenant 50,000 manuscrits et 300,000 volumes imprimés, partagés entre un grand nombre de vastes appartements, où le public est admis à certaines heures du jour. Elle occupe trois faces d’un édifice carré, au milieu duquel il y a une grande cour. Dans un endroit de la bibliothèque, il y a deux énormes globes céleste et terrestre, d'environ 24 pieds de diamètre, auxquels le plancher sert d’horizon, en sorte qu’ils ont toujours leur hémisphère inférieur dans un autre étage que celui où on les considère ; mais quoiqu’ils soient très volumineux, On les fait tournar sur leurs axes avec la plus grande facilité.

Arrivé dans le dernier appartement de la bibliothèque, on trouve au milieu une statue de bronze assise, et c’est celle de Voltaire qui, d’un air goguenard, semble se moquer de tons ceux qui passent auprès de lui. Sans doute il aura été redevable de cette place d'honneur, à quelque directeur de la bibliothèque, du nombre de ses admirateurs. Au surplus, soit lui, soit quelque autre, pourrait bien se moquer du très grand nombre de curieux

qui, comme nous fîmes, parcourent avec rapidité tous ces appartements, sans y ouvrir un seul livre, et seulement pour pouvoir dire qu’ils les ont visités. |

8.—Il ne reste plus de vestige du manège dans lequel l’assemblée nationale tenait ses séances. Il a été détrait, avec les autres édifices, sur les ruines desquels a été ouverte la rue de Rivoli, sous le règne de Napoléon. La chambre des Pairs tient ses séances au Palais du Luxembourg, et celle des Députés dans celui de Bourbon-Condé. De ces objets profanes retournons à des objets religieux.

9.—Le dimanche de Quasimodo, l’abbé Frayssinous donna, dans l’église de Saint-Sulpice, une de ces savautes conférences qui, depuis quelques années, l’ont mis en si grande réputation, et ont ramené à la vraie foi un si grand nombre d’esprits égarés par les fausses lueurs du philosophisme. Le sujet de celle-ci était la Résurrection de Jésus-Christ, prouvée par des ‘arguments dont chacun portait, avec lui, la conviction la plus irrésistible. L'abbé Frayssinous parle avec l'autorité d’un docteur qui sait bien que ses raisonnements sont sans réplique. Il ne dissimule pas les objections ; il les présente dans toute leur force, mais e1 même temps il les met en poudre. Ce vertueux ecclésiastique ne se borne pas à ses instructions publiques. Il éclaire et instrait en particulier ceux qui viennent lui exposer des doutes, a souvent la consolation de ramener à Dieu des incrédules, et se charge de leur conduite spirituelle, lorsqu'ils sont convertis.

10.—I1 passe pour le premier prédicateur de Paris, et l'abbé McCarthy pour le second. Celui-ci, moins serré que l’autre dans ses raisonnements, porte davantage au cœur. Il est recherché pour les sermons de charité ; c’est là qu’il excelle. Nous eûmes occasion de l’entendre deux fois : la première, en faveur des jeunes orphelines ; la seconde, en faveur des Frères des Ecoles Chrétiennes,

11.—Dans la première, il tira un excellent parti de quelques circonstances de la vie du défunt duc de Berry, et attribna À l'intérêt qu’il avait montré pour les pauvres, le jour même de son

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assassinat, la grâce que Dieu Jui avait faite de survivre sept heures, à une blessure qui devait le faire mourir sur-le-champ, et de profiter aussi utilement qu’il le fit pour son salut, de cette miraculeuse prolongation de la vie. Iltira des larmes des yeux de tous ses auditeurs, pénétrés, comme ils l’étaient encore, de l'impression occasionnée par la mort prématurée de ce prince.

12,— Dans l’autre occasion, il insista, en faisant l'éloge des Frères des Ecoles Chrétiennes, sur l'extrême importance qu’il y avait d’inspirer aux citoyens de toutes les classes, même des dernières de la société, des principes de religion, à défaut desquels on pouvait se porter, SANS remords, aux plus grands excès. Il ne manqua pas de citer, en preuve, les réponses impies, données par l'assassin du duc de Berry, lors de son interrogatoire. Le récit de ces blasphèmes, en excitant l’indignation de l'auditoire, avançait la cause de l’orateur, et produisit une quête fort abondante. Cet abbé McCarthy est, dans la réalité, un père jésuite, car la Compagnie de Jésus cherche à se rétablir en France, sous le nom de Pères de la foi. Elle en est quitte pour qualifier ses membres de Monsieur l'abbé, et pour donner à ges collèges le nom de séminaires. L'abbé Barruel, qui n’est lui-même qu’un jésuite, s’est réuni À ses anciens confrères, dans leur maison de la rue des Postes. L'évôque de Québec l'alla voir, pendant son séjour à Paris, ct le trouva plus convaincu que jamais, que l’on est redevable aux franes-maçons, de toutes les plaies qui ont désolé l'Europe, depuis 30 ans. Il prétend avoir fait là-dessus de nouvelles découvertes, depuis la publication de ses mémoires sur l'histoire du Jacobisme. Il s’affige de ce que ses infirmités ne lui permettent plus d'écrire et de révéler au public d’affreux et importants mystères. Suivant lui, les loges des francs-maçons répandues dans la plupart des villes, sont comme des écoles où les adeptes, sans être initiés dans les mystères, sont examinés avec soin. De ces loges on tire des sujets pour former les Orients. Un Orient est, pour l'ordinaire, composé de l’élite de plusieurs loges. On appelle élite, dans cette société, ceux qui annoncent plus d’aversion pour Jésus-Christ, pour le Souverain Pontife et

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pour les tètes couronnées. Des Orients simples se forment les grands Orients, moins nombreux, mais :n,no=s de ce qu’il y a de plus méchant dans les Orients simple. Enfin vien’ 1» très grand Orient ou Conseil suprême de toute ia société. ('alui-ci réunit les caractères les plus pervers, les plu: »o'ents enn :mis du christianieme. Le parjure, le feu, le poignard, le poisou : rien ne coûte à ces coryphées de l’illuminisme, répandus dans toute l’Europe et tonant leurs assemblées ténébreuses, tantôt dans un pays, tantôt dans un autre, suivant que la majorité des membres peut se réunir avec plus de facilité. Aïnsi le grand Orient passe, avec rapidité, d’Ecosse en Italie, de Bavière en France, ete. Les philosophes modernes, quoique ‘trangers pour la plupart À la société, l'ont néanmoins servie puissamment par leur haiue contre la religion chrétienne. Les Juifs la servent encore davantage par leur argent et par leurs messages. On les flatte du vain espoir du rétablissement de Jérusalem et de leur temple, et il n’en faut pas davantage pour les leurrer. Les Templiers étaient vraiment venus au point de perversion, et tombés dans toutes les impiétés et autres désordres qu’on leur a reprochés, quoique leur procès ait été conduit de la part du gouvernement, avec beaucoup de maladresse. Si rien n’est plus rare que la conversion d’un illuminé, surtout dans les hauts grades, c’est que nul ne peut trahir ses cosectaires, sans être assuré qu’il lui en coûtera la vie ; car il n’y a point de miséricorde dans les Orients ; et que, d’après la perversité de ceux qui les composent, il n’est pas raisonnable de présumer qu’il y en ait auxquels il reste assez de foi pour préférer le salut de son âme à une mort temporelle qu’il ne peut éviter en se rétractant.

Telles sont, sur la franc-maçonnerie, les idées de l’abbé Barruel, assez appuyées, en général, mais à travers lesquelles il pourrait se mêler un peu de système.

Cependant la fête de S. Paterne approchait. L'évèque de Québec n’oubliait pas qu’il avait promis de l’aller célébrer à Orléans, et, s’il l’avait oublié, M. Desjardins l'aîné n’aurait pas manqué de lui en rappeler le souvenir. Le retour dans les lieux où il

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