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avait été si bien reçu, et la qualité des personnes en la compagnie desquelles se devait faire ce voyage, étaient bien propres à séduire. L'évêque de Québec s’en excusa néanmoins sur des occupations qu’il avait à Paris, et sur une indisposition qui se serait mal accommodée des riches tables des Orléanais, et de la nécessité indispensable de passer deux nuits en voiture, l’une pour s’y rendre, V’autre pour en revenir. M. Desjardins l’aîné alla done seul à Messas, ayant laissé à Orléans monsieur son frère et l’abbé Frayssinous, qui n'avaient plus de motifs d’aller plus loin. Avant d'en revenir, ayant trouvé occasion de faire passer une lettre à l’évêque de Québec, il Jui exprima, d’une manière tout à fait gentille, le désappointement qu'avait causé son absence. En voici quelques fragments : “ Les grandes contrariétés sont muettes, comme les grandes douleurs. Tout Orléans et tout Messas vous attendaient : on s'était pavoisé partout. Ma bonne sœur, qui n’a eu sa privation et la nôtre, qu’hier soir à mon arrivée, est restée béante.... Clément, Jouanneaux, M. le curé de Meung, étaient de l'avant, à Orléans, pour vous, Monseigneur. M. le curé de Mesens avait fait faire une soutane neuve pour FO :S faire sa cour. Tout le village était debout, ce matin, vous croyant arrivé, et jusqu’à la ville voisine, on se remuait. Je m’arrête ici, Monseigneur, parce que j'aurai l'honneur de vous dire le reste à Paris...” Il revint, en effet, à Paris, au commencement de la semaîne suivante, et rendit à l’évêque de Québec, jusqu’au moment de son départ, tous les services que l’on peut attendre de l’ami le plus dévoué et dn cœur le plus généreux.
Le dimanche du Bon Pasteur, on tint aux Missions Etrangères l'assemblée annuelle de trois sections des œuvres mentionnées ci-dessus. L'évèque de Québec, invité d'y assister, écouta avec le plus grand intérêt les rapports qui y furent faits. Le premier touchant les hôpitaux fut lu par le comte Alexis de Noailles, qui l'avait rédigé. M. Charles de Lavau, chef de la section des prisons, étant allé en Italie, le rapport fut fait par un substitut. M. Bordier, qui est à la tête de la section des Savoyards, lut le sien lui-même. Il était rédigé dans un grand détail et dans les
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termes les plus touchants, en faveur de la bonne œuvreÀ laquelle il est préposé, et pour l’avancement de laquelle il faut avouer que cet homme estimable n’épargne ni soins, ni peines, ni argent. Enfin le trésorier général présenta aussi l’état de la recette et de la dépense annuelle, d’où . résultait que de 18,000 francs d’aumônes reçus depuis un an, les Savoyards seuls en avaient dépensé 14,000, et que les quatre autres mille avaient suffi pour les deux autres objets. Il est vrai que les prisonniers et les malades des hôpitaux, étant logés et nourris aux frais du gouvernement, ont plus besoin d'instruction et de consolation que d’assistance corporelle.
Quant aux rapports pris en eux-mêmes, indépendamment de la piété et de la charité qu’ils respirent, ce sont des modèles d’éloquence et de beau style, donnés dans le langage le plus pur, et qui feraient honneur aux premiers hommes d'Etat et aux meilleurs écrivains qui soient en France. L'évêque de Québec désirait en avoir des copies pour l'édification de son diocèse. Il n’en put obtenir, parce que la modestie dont cette société fait profession, l'empêche de communiquer an dehors ce qui pourrait lui attirer des applaudissements,
17.— Pendant cette troisième ser. ‘avril, l’évêque de Québec s’occupa principalement de l’acq ‘ suon d’un certain nombre de livres, tant pour sa propre utilité que pour celle des jeunes élèves de son diocèse, Pour former cette collection, il fallut visiter plusieurs librairies, aller, venir, confronter des éditions, des catalogues, ete. Il n’y a pas de ville au monde où il y ait autant de bous et autant de mauvais livres À vendre qu à Paris. Indépendamment des vastes magasins des libraires, on en trouve d’exposés en vente sur les quais, les ponts de la Scine, sur les boulevards et dans presque toutes les rues, en quantité prodigieuse. Une personne qui n’est pas gênée par sa dignité, qui a du temps À perdre et de l'argent à dépenser, pourrait se composer, dans ces différents endroits, une bibliothèque de telle espèce de livres qui conviendraient à son génie, et à beaucoup meilleur marché que chez les libraires. Mais un ecclésiastique, un évêque surtout, ne peut
avec décence s’arrêter longtemps dans ces endroits, à feuilleter et à examiner des livres. Il faut nécessairement revenir aux libraires, et ce fut le parti que prit celui de Québec.
29,—T1 s'était trouvé réuni à plusieurs évêques de France, le vendredi précédent, pour assister à un service solennel que la garde nationale de Paris avait fait célébrer à Notre-Dame, pour le due de Berry. Il les rencontra encore aujourd’hui à Saint- Denis, où l’on faisait l’anniversaire de la translation des reliques de S. Denis et de ses compagnons, martyrs. Ces reliques, partagées entre plusieurs reliquaires très élégants, de cuivre ou d'argent doré, étaient exposées à l’entrée du chœur, sur une grande table élégamment ornée, chaque reliquaire recouvert d’une palme, dans laquelle était enfilée une couronne. La messe fut chantée par Monseigneur le coadjuteur de Paris, et le sermon prêché par l'abbé Borderie, l'un des archidiacres, orateur élégant, recherché, assez mauvais déclamateur, et néanmoins l’un des plus renommés de Paris, après messieurs Frayssinous et McCarthy, qui laissent tous les autres à une grande distance derrière eux. L'abbé Borderie prêche pour les savants, mais nullement pour le peuple, à la portée duquel il ne sait pas se mettre.
L'église de Saint-Denis est un bel édifice gothique, et d’au moins 300 pieds de long, maltraité pendant la Révolution, mais réparé depuis, et tenu au dedans et au dehors dans un état de propreté et de décence qui fait plaisir. Le chœur en est très éclairé, parce qu'ici, comme à Notre-Dame, on a remplacé par des verres blancs, les anciennes vitres chargées de peintures qui les obseurcissaient.
Au-dessous du maître-autel, qui est en avant du chœur, se trouve le caveau destiné depuis plusieurs siècles à la sépuiture des rois de France et des princes de leur sang. C’est une voñte qui n’a d’entrée que par une trappe placée au sommet, à l’effleurement du pavé de l’église, et qui est fortement cimentée. Elle ne se trouva pas cependant à l'épreuve des révolutionnaires. Y avait-il quelque chose qui pôt leur résister ? Ils défoncèrent cette trappe, pénétrèrent dans la voûte, défoncèrent les cercueïls, pro-
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fanèrent, sans exception, toutes les cendres de leurs souverains, et les jetèrent au vent.
Déjà la vénérable abbaye À laquelle appartenait cette église, avait été supprimée, comme tous les monastères de France. Après le rétablissement du culte, Napoléon ordonna que Péglise continuerait d'être le tombeau des empereurs, comme elle avait été celui des rois, et v établit un chapitre principalement composé d'anciens évêques démissionnaires, auxquels on ajouta un certain nombre d'ecclésiastiques de second ordre. Ce chapitre maintenu par Louis XVIIT, depuis la Restauration, n’est chargé que de la récitation journalière de l'office des morts pour les rois et princes défunts. Les chanoines ne demeurent pas ensemble, mais dans des maisons particulières, L'ancienne abbaye a été changée en une école, dans laquelle les filles los chevaliers de Ja Légion d'honneur recoivent leur éducation aux frais du gouvernement. Cette école est sous la surintendance du maréchal Macdonald, duc de Tarente, trop libéral pour espérer que i’éducation de ces demoiselles soit assez chrétienne.
À la suite de la grand’messe, l’un des chanoines conduisit obli- £eamment l’évêque de Québec, accompagné de l’abbé Desjardins et de M. Turgcon, dans l’église souterraine, où l’on rétablit en dehors du Caveau, les bustes, statues et autres monuments cidevant érigés À la mémoire des rois de France, depuis Clovis jusqu’à nes jours. Celui de Clovis et quelques autres qui se trouvaient dans l’église supérieure, ont été réparés les premiers, et d’après l’activité des Ouvriers occupés À la réparation de ceux qui existaient autour du caveau, elle ne tardera pas À s’achever.
Dans le sépulcre des rois, depuis sou rétablissement, ii »'ya encore que le duc de Berry qui ait été déposé. La pierre servant de trappe a été scellée avec grand soin par-dessus lui, mais on tremble que quelque nouveau meurtre n'oblige de la relever bientôt.
Le prince de Condé, dernier mort, en reconnaissance de ses longs et importants services dans la cause de la royauté, a mérité que sou corps fût déposé dans la voûte de cette église, non avec
celui des rois, mais à part et dans un caveau grillé où l’on aperçoit son cercueil.
23,— L'église de Saint-Denis, avec la petite ville qui l’environne, est du diocèse de Paris, quoique éloignée de deux lieues de la capitale.
Aujourd’hui, troisième dimanche d’après Pâque, M. l'abbé Frayssinous donne une conférence dans l’église de Saint-Sulpice. Elle a pour sujet la propagation miraculeuse de l’évangile, en réfutation du système du philosophe anglais Gibbons, qui à prétendu dans un de ses ouvrages, qu’elle n’avait rien que d’humain. L'orateur le réfute avec cette force de raisonnement qui terrasse tout ce qui se présente sur son chemin ; maïs, à son ordinaire, il n’ent vient là, qu'après avoir établi de la manière la plus solide et la plus irrésistible, la proposition qu’il avait mise en avant. L’auditoire est nombreux et ne saurait l'être trop pour entendre un docteur de cette trempe. Par malheur, il a perdu beaucoup de ses dents, et il faut une grande attention pour ne rien perdre des excellentes choses qui sortent de cette bouche savante.
25,— Par le moyen de M. l’évêque de Chartres, premier aumônier de Monsieur et du comte de Boui!lé, l’un de ses aides de camp, l'évêque de Québec s’était procuré l’avantage d’être introduit à ce prince estimable, considéré comme l'ancre de miséricorde de la famille Bourbon et de la religion catholique en France. Il désirait aussi être présenté à Madame la duchesse d’Angoulème, pour honorer en elle le seul mais estimable rejeton de l'infortuné Louis XVI. Le vicomte de Montmorency, premier gentilhomme de cette princesse, lui avait promis de lui rendre ce service, mais le négligea, peut-être parce qu’il croyait que Île séjour du prélat à Paris devait se prolonger encore de quelques semaines. Quant à voir le roi, il n’y songeait nullement, lorsqu’il apprit que Madame la marquise de Villerai avait négocié cette entrevue avec M. le duc de la Chaatre, premier gentilhomme de Sa Majesté. La chose était si avancée, lorsqu'il le sut, qu’il n’était pas honnêtement possible de reculer. Il fut réglé que ce serait le dimanche, 80 avril, entre le déjeuner du roi et sa messe,
que la présentation aurait lieu, c’est-à-dire à Onze heures, L’év8que s’y rendit Ponctuellement, Introduit Par un suisse dans ce que l’on appelle la salle du trône, il y fit antichambre jusqu’à ce qu'un des officiers du roi vint lu! dire que Sa Majesté était prête à le recevoir. C'était une audience privée. Le roi lui parla avec bonté, lui fit des questions sur l’état de la religion en Ca nada, se recommanda à ses prières, et le chargea de dire à ses diocésains que leur ancien père ne les avait pas oubliés, mais qu'il fallait respecter Îcs traités. Sa Majesté indisposée d’un reste de goutte, était assise dans un fauteuil, et devait assister à la messe dans se8 Appartements où l’on Préparait un autel à cet effet, lorsque l'évêque sortit d’âvec elle, satisfait de l’accucil obligeant qu’il en avait recu.
Il ne lui restait plus qu’une chose À faire àP partir et de regagner l’Angleterre. Il y PAmérique au plus tard le 15 de
et il le lui fallait tout entier pour Londres.
Après une veille prolongée avec M. l'abbé Desjardins, qui vint tout exprès coucher, le dimanche, aux Missions Etrangères, il prit un peu de repos, et ayant fait les dernicrs adieux à ss amis, il se rendit, avant 8 heures du matin, À l'Hôtel des Messager où son bagage et celui de M. Turgeon, et celui de devant John) étaient rendus, dès le soir précédent,
M. Desjardins l’aîné ne les quitta que quand ils furent entrés dans la diligence, et leur renouvela ses protestations d'estime, de respect et de bienveillance, qui sont l'apanage du cœur le plus ami ct le plus généreux.
Nous trouvons dans la voiture, une demoiselle anglaise convertie à Paris, Personnage fort guindé, s’occupant de lectures qui nous firent comprendre qu'elle était catholique. Avec elle était un jeune officier anglais d'artillerie, si ignorant de sa religion, qu’il ne mettait pas de différence entre l'Evangile et l’Alcoran.
En dehors de la voiture, il y avait deux gentilshommes polonais parlant bien francais, l'un desquels conduisait en Angleterre sa
aris, C'était d’en oulait s'embarquer pour juin; le mois de mai arrivait, avancer les affaires entamées À
ie, François, (ci-
femme, née en Cireassie, où elle avait été élevée dans la langue française, qui est, suivant elle, la langue commune du pays, circonstance assez singulière. Nous ne rencontrions ces derniers que dans les auberges.
La première où nous arrêtâmes pour dîner, était dans la ville de Mentreuil. I1 faisait chaud, ce jour-là, mais la chaleur n’était pas insupportable. Nous avions pris la route d'Amiens, dans le désir d’en voir la superbe cathédrale. Avec un peu plus de réflexion, nous aurions préféré Île chemin de Beauvais, qui est plus court, n’étant pas à présumer qu’une voiture publique dût s’arrôter pour donner aux voyageurs l’occasion de contempler les objets qui sont sur la route, surtout dans un endroit où l’on ne passe que la nuit. En cffet, il était onze heures et demie du soir, lorsque nous entrâmes dans cette ville, et nous eûmes à peine le temps d’y prendre une tasse de café, qui nous fut aprortée de très mauvaise humeur, par une hôtelière dont nous avions interrompu le repos. La nuit était fort obscure : on pouvait recon- |
naître les rues ; mais il était impossible de distinguer un édifice d’un autre. Le mardi...
Fin pu MANUSCRIT DE Mer PLessis !
1— Le Journal de Voyage de Ms' Plessis était, comme on peut facilement le supposer, très en honneur autrefois. On en fit trois copies, une pour le Séminaire de Québec, une autre pour le Collège de Sainte-Anne ; la troisième était écrite par Mer l'anguay. Cette dernière appartient maintenant à mon ami M. le chirurgien-major Hubert Neilson. Le vénérable abbé Chs Trudelle me dit que lorsqu'il était au Séminaire de Québec, on faisait la lecture publique de ce journal au réfectoire des prêtres. L'original qui se trouve dans nos archives est tout entier de la main de M“ Plessis ; il se compose de cinq volumes in-douze, de six cents pages chacun.
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