STE
arbres, mêmes isolés, ne présentent pas la même monotonie. Les vallées plus variées, les champs plus vastes et non divisés, comme dans l’autre royaume, à l'instar des carreaux d’un damier. Des bornes de pierre séparent les propriétés. On n’y voit presque point de ces haies de charmilles que les cochons franchissent si aisément ; mais on y a un soin extrême d’entretenir une rangée d’arbres de chaque côté des grands chemins, et il y a très peu d’endroits où cet article est négligé.
Mais quelle misère et quelle saleté dans la plupart des villages ! Quelle rage de mendier! En quelque hameau que la voiture arrête, elle est à l'instant environnée d’une foule d’hommes, de femmes et d’enfants qui cherchent à surprendre votre compassion. “ Monsieur, mon bon monsieur, sil vous plaît, ayez pitié d’un membre de Jésus-Christ ; d’une pauvre femme, dit l’autre ; d’un pauvre estropié, dit l’autre ; d’un pauvre petit garçon..... Non, mon bon monsieur, d’une pauvre petite fille, ah ! qui priera Dieu pour vous ” ete. Cette engeance connaît les lieux où les postillons prennent des relais, les maisons où ils arrivent, les côtes au haut desquelles ils arrêtent un instant pour laisser respirer leurs chevaux, et ne font de grâce À aucune voiture. Ce n’est pas tout : si vous ne leur donnez rien, ils vous poursuivent jusqu’à deux et trois arpents, continuant de crier des deux côtés de la voiture, sautant quelquefois aux portières, comme pour vous preudre d'assaut. Nous nous sommes vus poursuivis de la sorte par des gens portés sur des béquilles, qui allaient aussi bon train que les chevaux de la voiture. Il y a de ces petits mendiants qui ont appris de l’anglaie, et qui vous attaquent en cette langue, ce qui n’annonce rien de bon dans de petites filles. M. Chouvy raconte qu’arrivant une fois à une poste, il entreprit de donner un sol à chacun des mendiants qui se pressaient autour de sa voiture, et qu’en cinq minutes, il déboursa 42 sols.
En sortant de Montreuil, en entre dans le département de la Somme. Nous le parcourûmes dans l'obscurité d’une nuit très sombre, au milieu de laquelle nous traversâmes Abberville, sans
presque l’apercevoir. Le Matin, nous étions qui appartient au département de l’Oise.