‹ Journal d'un voyage en Orient (volume 2)Chapitre 21 sur 66 · SUITE DES MONUMENTS D'ATHÈNES · texte numérisé non relu

SUITE DES MONUMENTS D'ATHÈNES

Lb calus était fait; je retournai au Parthénon. Je parcourus ses ruines y ses colonnades toutes tachetées des marques blanches que les balles y ont laissées. Un bas-relief élevé reste encore dans le vestibule ; probablement on parviendra à l'atteindre et à le briser. Sur la façade qui regarde la ville, de belles têtes de lions servent de gouttières; ce sont des boulets tout trouvés pour le premier siège. La dévastation de l'Érecthéum et du Pandroséum n'a rien à envier à celle du Parthénon ; pourtant une cariatide est encore debout^ et rien n'est plus curieux sans doute à retrouver ici y puisque c'est pour ce temple même de Pandrose que ces colonnes-statues furent inventées. Elles soutiennent d'une main un fardeau sur leur tête et représentent les captives de Caria 9 ville du Péloponèse, ruinée par les Grecs après la guerre contre les Perses, en punition de sa défection. Les petits temples en question étaient des modèles dn joli grec. On y trouvait le style ionique dans toute sa mollesse et sa grâce. C'est dans un des

deniiei^ bombardements que la ruine de l'Érecthéum fut coiisommëe. Un palicare y avait logé sa famille et, pour garantir le toit de toute atteinte, il FaTait fait terrasser. Cette précaution excita Témulation des assiégeants, qui n'eurent pas de cesse qu ils ne fussent parvenus à abattre d'un coup de canon la colonne angulaire du temple. Double sujet de s'applaudir y car ils réussissaient à la fois à détruire un admirable monument et à écraser sous ses ruines de pauvres petits enfants. En gravissant de débris en débris, je vins jusqu'à pouvoir toucher du doigt les moulures délicates dont un reste de plafond est encore orné. J'en remarquai de fraîchement mutilées, et Pittaki , auquel je m'en plaignis, me raconta qu'il avait surpris déjeunes étrangers, qui s'amu* saienl à les briser à coups de baguette. Il intervint en leur criant : « Eh ! messieurs , voulez-vous donc (f casser ce que lord Elgin n'a pas emporté ? » Un de ces jeunes gens devint fort rouge et voulut se fâcher, mais ses camarades l'emmenèrent; et Ton dit ensuite à Pittaki que c'était un parent du noble pair.

Je longeai le côté miéridional du Parthénon , et je m'approchai de deux colonnes qui s'élèvent en dehors de l'enceinte de la citadelle, sur la croupe du rocher ; elles portaient jadis des trépieds et dominaient le théâtre de Bacchus, dont à peine aujourd'hui on peut reconnaître l'emplacement; il était

consacré à ce dieu, parce que les plus anciennes pièces ont été composées à Toccasion des vendanges. C'est sur cette scène que les tragédies de Sophocle et d'Euripide furent d'abord représentées. Les théâtres des Grecs n'étaient pas alors prostitués aux jeux honteux et cruels dont plus lard les Romains leur inspirèrent la passion et jusqu'à la fureur. Au-dessus des deux colonnes , une nymphée est taillée dans le rocher; transformée plus tard en chapelle sous le nom de Notre-Dame-de^la-Grotte , elle est maintenant abandonnée. De cette hauteur , j'apercevais audessous de moi y dans la ville , la petite rotonde connue sous le sobriquet de Lanterne de Démosthènes. J'y descendis; elle était engagée naguère clans le mur d'enceinte du couvent français où tant d'illustres et savants voyageurs rencontrèrent une bienveillante hospitalité. Les uns racontent qu'elle servait a coucher un domestique , qui à peine y devait trouver la place de s'étendre ; les autres, que le supérieur l'avait consacrée à un oratoire. Maintenant, par le plus heureux hasard, elle est i^estée deboutau milieu des décombres déserts du monastère des franciscains ; une fouille faite récemment a mis au jour la base carrée sur laquelle posait la lanterne ; on ignore quelle a été primitivement sa destination; on peut croire seulement, d'après les sculptures de la frise et une inscription conservée sur l'architrave, qu'elle fut érigée par la jeunesse d'une des tribus

et des merveilles des arts qu'elle renfermait de sou

temps.

Quinze jours se passèrent ainsi en rêveries et en promenades sur les rivages de l'Ilyssus , de TÉridan et du Céphise ^ fleuves aujourd'hui desséchés , mais où la poésie coule à pleins bords. Je remplis de dessins un livre entier, et j'en joins ici deux (N°* 20 et 21 ) qui , avec les précédents , donnent les quatre cotés de l'Âcropolis. La beauté des lignes dédommage à peine de l'aridité du sol ; mais je ne me serais pas permis d'y ajouter un buisson. Le 3 août, ayant reçu une réponse que j'attendais de M. Rouen, notre ministre , résidant à Nauplie , je me décidai à me rendre par mer dans cette capitale actuelle de la Grèce. En sortant d'Athènes, je m'acheminai à pied et solitairement par le bois d'oliviers qui borde le chemin du Pirée. Je cherchai à reconnaître la direction de la grande muraille. J'en suivis les fondations malgré de fréquentes solutions de continuité, et quand je parvenais à renouer mon fil , j'éprouvais une joie véritable , comme si j'avais retrouvé une grande pensée de Thémistocle , oubliée depuis vingtdeux siècles.

. Mil

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