UNE MAISON DE DAMAS
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La maison du Juif ^^^^ n a rien qui la di8tii^;Qe à l'extérieur. Vous entrez par une porte hasse dans uue allée étroite et ohscure cpii aboutit , après piusieurs coudes, à une cour carrée, pavée en marbre blanc à travers lequel de grands orangpers se font jour par un trou rond ménagé autour de leur pied. Des têtes de dragons lancent de l'eau dans un bean bassin. Nulle symétrie n'est ohecrrée. Les arbres ne conservent auciui alignement. La cour est environ^ née de chambres , sauf un des côtés d'où Ton monte par un escalier en bois sur un toit en terrasse; toutes les pièces se ressemblent ; elles ouvrent sur la cour sans communiquer entre elles. Leur carrelage en marbres de différentes couleurs , venant de Livourne , est d*un effet agréable. Sur une tablette élevée , et dans des niches carrées pratiquées dans l'épaisseur du mur, on aperçoit clair-semées des porcelaines chinoises, des petits coffrets et divers ustensiles incrustés de nacre ; du reste, sauf le divan, absence complète de meubles ; et seulement quelques boiseries grossièrement sculptées et dorées.
Maintenant asseyez sur un coussin un homme à longue barbe , à longue it)be y à longue pipe y avec ces traits si caractërisés qui font distinguer un Juif entre mille chrétiens , et vous connaîtrez comme moi le maître et la maison. Ces habitations considérées dans leur ensemble offrent certainement des rapports frappants avec celles des anciens telles que Pompéi nous les a révélées. Un seul étage , des toits en terrasse y avKUiie ouverture sur la rue , une cour pavée en marbre environnée de petites chambres ne se communiquant pas et recevant le jour de l'inteneur et habituellement par la porte. Mais si Ton examine les accessoires y toute analogie cesse , et l'art et le >goùt diifèrent autant que l'élégaTice des moeurs grecques et Texistence engourdie des Levantins. Du reste y ceux-ci passent de même la journée en plein air «t hors de chez eux y seulement le basar est leur forom ; ils y végètent accroupis et (îimant à la porte des cafiés. VoilÀ la vie orientale qu'on nous représente si voluptueuse y si parfumée ! Il finit bien se dire (pie ees pai^uns, c'est du tabac , et que si quelque chose peut donner l'idée des délices d'm ca<Sé de IX)rient, c'est un cabaret de <^ez nous, moins le bruit pourtant , ce qui est bien quelque xrhose. Pnenons donc la cosiparaison dans les estammets de Hollande où Ton fume sans mot dire, et elle sera exacte , n'en déj^ise au vernis poétique dont on voudrait recouvrir la saleté et l'oisiveté.
J'ai déjà parlé du fanatisme et de la méchanceté des habitants de Damas; leur réputation est faite depuis longtemps. Damasquin méchant , ChânU choumi, dit le proverbe arabe. Dès Smyme, on m'avait prévenu : « Vétissez-vous comme eux et gardez-vous de paraître dans leur ville autrement qu'à pied ; vous seriez jeté à bas de cheval si l'on vous reconnaissait pour un giaour. m Les choses se passaient en effet ainsi avant l'occupation égyptienne; la veille encore du jour où ils changèrent de maître, les gens de Damas s'exhalaient en menaces et en imprécations contre Ibrahim , protecteur des chrétiens ; ils juraient de s'ensevelir sous les ruines de leur cité. Le pacha rit de ces bravades et fit enfoncer les portes , puis il entra dans la ville à la tète de ses troupes , criant à haute voix : Où sont donc les Damasquins ? Tous les braves de la veille s'étaient cachés ou avaient gagné le désert. Je leur jetai le gant aussi fièrement qu'Ibrahim , et, après avoir pris congé des pères français et espagnols, et de l'obligeant M. Bodin, je montai à cheval en plein bazar , en habit franc et le chapeau sur la tête. Un chapeau dans les rues de Damas ! Seulement de temps en temps , pour ne pas avoir l'air d'abuser de ma supériorité, je le mettais sous mon bras, seule concession qu'obtini^nt de moi ces farouches Damasquins ; et ce fut ainsi que je quittai leur ville sainte, le 7 novembre, me repliant sur le Liban.
La victoire étonnée a suivi sa retraite ,
comme on Ta dit poétiquement en parlant de celle de Moreau. On chuchotait. Je surpris des regards furibonds, mais on ne me jeta pas une pierre. Je ne m'en suis pas toujours si bien tiré.