‹ Journal d'un voyage en Orient (volume 2)Chapitre 58 sur 66 · NOUVEAU SÉJOUR A NAZARETH. — SÉPHORIS · texte numérisé non relu

NOUVEAU SÉJOUR A NAZARETH. — SÉPHORIS

M. Weissman nous avait précédés, charthé de n'avoir pas été surpris en route par la première heure du sabbat, qui l'aurait obligé de mettre pied à terre et de coucher à la belle étoile. Remarquant que nous avions rempli deux bouteilles d'eau du Joutdain et que nolis les conservions soigneusement , il nous demanda, car le juif se retrouve toujours, ce que pourrait valoir cette eau transportée en France , et si un tel commerce offrirait 'quelques chances de bénéfice. Le lendemain , il prit congé de notre caravane, pour aller retrouver ses pénates. Je vis partir à regret ttotre bon hôte de Tibériade. Peut-être est-ce l'air du pays qui agit' sur moi; mais je n'éprouve pas pour les Juifs la répugnance qu'ils inspirent en général ; leur ancienne grandeur m'intéresse , leur misère actuelle m'apitoie , leur respect pour les souvenirs éveille mes sympathies. Au fait, une fois la première erreur admise , je les trouve bien plus conséquents que tous nos dissidents, réformés et réformateurs; un Israélite de bonne foi a droit aux égards. Nous ne pouvons oublier que notre arbre est greffe sur leur souche; et, qu'ainsi que l'ont professé les Pères de l'Église, dont le dicton

nous en est venu, la synagc^e doit être enterrée ayec honneur. Je me séparai donc cordialement de M. Weissman , et le souvenir de son hospitalité ne me trouvera jamais ingrat.

Le 2 décembre la pluie recommença ; ce n'est pas comme chez nous un brouillard distillé , une pluie d'arrosoir; ici c'est un fleuve qui épanche son urne, l'eau tombe à la lettre par torrents , les foudres et les éclairs s'y joignent et illuminent ma cellule; mais ce fracas ne peut troubler ma parfaite quiétude. Le mauvais temps, qui me rend si maussade en France, me trouve doux et résigné à Nazareth. J'habite le même lieu où Jésus fut patient pendant trente années, et souvent, dans mes prières* je répète ce verset du psaume : « J'ai demandé une « seule chose , et je la demanderai au Seigneur, c'est « de demeurer dans sa maison tous les jours de ma « vie. » Le soir, nous attendons que le couvent repose , et , quand depuis une heure aucun pas ne se fait plus entendre dans les corridors, une petite bougie à la main nous sortons de nos cellules, en passant doucement devant celles des religieux, pour gagner Fescalier qui conduit sous les voûtes et à l'entrée du chœur; après avoir salué le maitre-autel , nous descendons par trente marches dans la chapelle souterraine, où veillent onze lampes; là, agenouillés à la place d'où l'Ange annonça à la Viei^e sa maternité et sa gloire, nous prions Marie pleine de

grâce, Marie bénie entre toutes les femmes , Marie qui ramène les pèlerins dans leurs foyers. Les cœurs chrétiens comprendront le charme qui m'attachait à une demeure où je trouvais à quelques pas de ma porte un pareil oratoire. Le jour, Féglise nous présentait un autre aspect , non moins touchant. Il fallait voir avec quelle foi priait tout ce peuple , qui dès l'aurore remplissait la sainte grotte. Ces grandes et belles femmes, avec leur voile relevé et leur ceinture rouge pendante sur une longue tunique bleue , me rappelaient l'ajustement et quelquefois les traits des Madones ; je retrouvais les Vierges de Raphaël dans celles de Nazareth. Quand les déluges qui nous inondaient laissaient entre eux de courts intervalles, je montais sur les toits du monastère, où je pouvais toujours marcher à pied sec, et qui m'offraient un vaste promenoir; là mon œil embrassait toute la ceinture de monts qui entoure la ville. Ces lieux n'ont point changé ; ces rochers sont les mêmes sur lesquels les regards de Jésus se sont souvent portés. Une petite coupole s'élève au milieu de la principale terrasse, elle indique le rond-point de l'église; c'est la place même qu'occupait la sainte maison.

Le 4, le temps commençait à se remettre. Je fus

à Saphouri, l'ancienne Séphoris ou Dio-Gésarée ; c'est

un village à une heure et demie de Nazareth , où

habitaient saint Joachim et sainte Anne. Je dessinai

les ruines pittoresques d'une église élevée sur remplacement de leur demeure (S" 74). Le château gothique qui couronne le mont , et à Tentour duquel le village est groupé, a été construit avec d'antiques matériaux et des fragments de sarcophages. Plus bas une colonne est debout , plantée en terre ; sa base est renversée. Séphoris iut réduite en cendres par VaruSy qui vendit à Tencan tous les habitants; mais elle fiit bientôt rebâtie , et devint , sous Hérode le tétrarque ^ la principale et la plus forte place de la Galilée.

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