LE PUITS DB LA SAMARITAINE
Naplouse, l'ancienne Méapolis, occupe remplacementdeSichem;j'examinai ce site avec un vif intérêt; il est fameux dès la Genèse : « Abraham sortit a-vec les c< siensde la terred'Haran pourallerdanscelledeCha- « naan, et, lorsqu'il y fut arrivé, il passa au travers u du pays jusqu'au lieu appelé Sichem. » Nous voyons plus tard Siméon et Lévi exercer sur ses habitants la plus sanglante vengeance du rapt de leur sœur. Joseph vient y chercher ses frères dix-sept cent cinquante-sept ans avant Jésus-Christ , et, plus de trois siècles après , ses ossements y sont rapportés de la terre d'Egypte et les enfants d'Israël les ensevelissent à Sichem , dans le champ que Jacob avait acheté pour cent jeunes brebis. Environ deux siècles plus tard , Gédéon , le libérateur d'Israël , ayant eu soixante-dix fils légitimes et un d'une concubine qui habitait Sichem , après sa mort, Abimélech, ce dernier fils, excita les Sichémites contre ses frères qu'il égorgea tous sur une même pierre, dans la maison de son père , à l'exception de Joathan , le plus jeune, qui se cacha. Le meurtrier fut proclamé roi
près du chêne qui était à Sichem. En ce temp6, ses habitants prostituaient leur encens au soleil et lui avaientconstruitun temple appelé Baal-Bérith. Alors Joathan vint se placer debout sur le sommet de la montagne de Garizim (sans doute ce rocher élevé que j'aperçois à ma droite), et, criant à haute voix, il adressa aux Sichémites Fapolc^e des arbres qui , voulant avoir un roi , finirent par se donner au buisson f et il termina par cette adjuration : a Si vous IV avez traité justement Gédéon et sa maison, qu'alors f( tout vous prospère , qu'Âbimélech soit votre salut (r et soyez aussi celui d'Âbimélech. Au contraire , si a vous avez agi contre la jitttice, que la flanmie sorte a d'Abimélech pour vous consumer, et que (c lement le feu qui sortira de vous dévore « lech. » Joathan ayant ainsi parlé s'enûiit; cependant sa malédiction tomba également sur l'assassin de ses frères, qui périt plus taitl de la main d'une femme, et sur les Sichémites qui se révoltèrent, dont la ville fut j'asée et sur l'emplacement de laquelle Abimélech sema du sel. Or , cette première ville devait se trouver a portée de voix du sommet du Garizim «t s'étendre dans cette vallée resserrée où Naplouse a pris sa place. Dans le troisième livre des Rois nous voyons que Jéroboam la rebâtit sur la montagne d'Éphraïm et y fit sa demeure , et comme cette circonstance , sur la montagne dÉphraim , se trouve précisée, il est probable que la nouvelle Si-
chem n'occupait pas tout à fait la place de l'ancienne.
Plus tard , elle est appelée Sichar, et notamment dans l'Évangile ; mais ce que saint Jean ajoute établit suffisamment l'identité : « La -ville était située ^ ce ditril y près de l'héritage que Jacob donna à son « fils Jaseph , et il y avait auprès la fontaine de « Jacc^. »
L'aspect de Naplouse avec ses minarets, ses dômes et ses terrasses entremêlées de dattiers, est trèsagréable, et la vue s'encadre bien entre le mont Hébal et les rochers crevassés du Garizim (N"* 79). L'intérieur n'offre qu'une suite de ruelles étroites et de passages voûtés. Toutes ces cités semblent construites d'après le même principe, celui de la défense, le premier qui ait porté les hommes à s'associer et à habiter des villes.
Nous logeâmes dans une ancienne église, peut-être la même où furent tenus ces conciles de Naplouse , qui , par les infamies contre lesquelles ils s^élèvent et les peines qu'ils leur infligent, font assez juger du ftcheux état des mœurs de nos frères de l'Orient à cette mémorable époque. Du reste, le synode de 1 1 20 fit merveille , et Baronius semble en donner pour preuve que le général de l'armée musulmane , marchant contre Antioche l'année suivante, fîtt frappé d'apoplexie. Notre hôte est un bon cht^en bien sale, et sa demeure est pleine d'insectes. Démé-
tnus me fait -valoir Tattention qu'il a de nous héberger toujours de préférence chez des chrétiens plutôt que chez des Turcs. J'avoue que je ne fais aucune diflférence entre leurs puces; tous ces gites sont également dégoûtants.
Le 1 0 décembre , nous primes de bonne heure le chemin de Jérusalem. La vallée que nous avions sui* vie la veille , ombragée d'oliviers qui se sont fait jour à travers le sol le plus pierreux j se prolonge encore pendant deux milles environ, puis elle s'élargit et se divise en deux plaines. L'une aboutit au Jourdain , vers l'Orient ; l'autre s'étend vers le midi. Trois papas grecs nous avaient accompagnés pour faire honneur à Démétrius, fils d'un de leurs confrères, comme je l'ai déjà dit et ainsi que l'indiquait son nom de Papadriopulo , dont il ne laissait pas que de tirer vanité; ils nous conduisirent sur un petit tertre formé par des décombres, un peu à gauche du chemin , et nous firent remarquer plusieurs tronçons de colonnes de granit gris , gisant à terre, et, tout auprès, les traces fort effacées d'une ancienne citerne (N"* 80). t. C'était là, nous dirent-ils, la fontaine de Jacob, où Jésus, fatigué du chemin, s'assit et demanda à boire à la Samaritaine en échange de ces sources d'eaux vives qu'il allait ouvrir pour elle, et dont la pécheresse ne comprit pas le sens mystique : n Dieu est esprit et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit. »