‹ Journal d'un voyage en OrientChapitre 20 sur 51 · SÉJOUR A SMYRNE · texte numérisé non relu

SÉJOUR A SMYRNE

Nous fûmes reçus par notre consul fort agréablement, pour me servir de l'expression de Toumefort en parlant de raccueil que lui fît en son temps le résident de France. La conversation de M. Ghalais me fournit plusieurs renseignements curieux sur l'administration des Turcs. Leur régénération, commencée par les turbans et tes culottes, semble s'éti^ arrêtée en si beau chemin. Le système des monopoles prévaut plus que jamais. Dernièrement on imagina d'accorder à un traitant ou à un favori un droit exclusif sur les raisins, en sorte que les vignerons se trouvaient forcés de vendre à un même individu tous les produits de leurs vendanges, sans en détourner un seul grapillon. Dieu sait après cela quel vin on aurait bu à Smyrne ! Mais les gourmets se révoltèrent; il y eut insoumission déclarée et obstinée, et le bey voyant qu'on lui résistait céda selon l'usage. Ce gouverneur ne manque d'ailleurs aucune occasion de pressurer ses pauvres administrés. Tout est id arbitraire et vénal. Il commence par prélever la dime sur les produits agricoles, cela lui est dû et il n'y a rien à dire; mais ensuite viennent les taxes extraoïxlinaii^es et ce qu'on appelle les avanies, qui n^ont point de bornes. Le consul me cita un village

très-renommé à cause de l'excellence de son territoire , et que chaque année, à l'époque de la récolte, on écrasait de subsides; la population tout entière

hénigne; aussi je fais chercher un bâtiment pour nous emmener au plus tôt en Syrie.

Quand la peste (celle d'Alexandrie) est bîeo authentiquement déclarée à Smyrne, les Turos n'en vaquent ni plus ni moins k leurs afTaîres; mais daias le quartier franc chacun commence alors à se garder de son mieux ; on s'isole, on se bairicade, personne ne sort. Quelques pourvoyeurs , et ce sont ordinairement des gens qui ayant eu précédemment 1» maladie se croient à l'avenir à l'abri de ses atteintes, viennent déposer aux portes des maisons la viande et les légumes dans des baquets pleins d'eau. Le pain rassis peut se manger sans danger ; il n'en est pas de même du pain chaud et nouvellement manipulé. Pendant les premiers jours on entend un feu rou- ' lant de mousqueterie : c'est une guerre à mort qu'on livre aux chats qui , par leur nature, sont grands entremetteurs de peste ; ils la reçoivent et la conservent dans leur fourrure, et la traînent ainsi après eux, la déposant par. le contact dans tous les lieux où ils passent. Quel inconcevable fléau! Vous vous êtes séquestré de tout commerce humain, les liens de famille sont rompus , vous vous pi*ivèz des consolations de l'amitié; mais vous n'avez pu mettre votre maison à l'abri du passage d'un chat, qui seul cause le désastre dont seul il n'est point atteint; car il est, m'a-t-on dit, sans exemple que cet animal ail jamais pris la peste qu'il communique.

M. Robert Vernoni, élève vïce-coiisul à ta mis-

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