‹ Journal d'un voyage en OrientChapitre 24 sur 51 · CONVERSATION INSTRUCTIVE · texte numérisé non relu

CONVERSATION INSTRUCTIVE

études théologiques sont -elles fort négligées. Des prêtres nous passâmes aux laïques , et mon lazariste , que je ne cessais de questionner , tant le sujet me semblait curieux y m'en dit assez pour me faire juger jusqu'à quel point nos frères du Liban sont de singuliers chrétiens y et combien , au tribunal de la pénitence, il est difficile d'obtenir d'eux , je ne dis pas la contrition y mais la simple déclaration de leurs fautes. En effet , le sentiment du bien et du mal se trouve tellement faussé chez ces pauvres gens, qu'ils sont souvent prêts à s'accuser d'une bonne action ; comme , par exemple , d'avoir pardonné une offense. L'oubli des injures ne leur semble qu'u;ne lâcheté. (Test dans la vengeance qu'ils placent le devoir, et celui-là, ils se montrent toujours disposés à le remplir consciencieusement. Le mensonge aussi lear est naturel; et, quanta leur cupidité, elle est tellement âpre , qu'on en a vu s'entretuer pour un para. Revenant à un point délicat que je viens de toucher plus haut , je ferai remarquer qu'il n'est pas tout à fait exact de dire, comme je l'ai lu et souvent entendu raconter, que les prêtres catholiques se marient dans le Liban ; ils y jouissent seulement de la tolérance qui, jusqu'au viii' siècle, s'était conservée dans l'Église latine. En aucun cas, aujourd'hui comme alors , un prêtre ne peut se marier ; mais un homme marié est admis à se faire prêtre. Ainsi, le sacrement de l'ordre peut suivre le sacrement de mariage.

mais jiiùais le précéder. Chez iioiu, un homme veuf se fait prêtre; chez les Maronites un prêtre veuf ne peut se remarier, et les évéques ne sont choisis que parmi les ecclésiastiques célibataires.

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son y allèrent faire visite à l'émir Beschir. Il était en affaire et on les pria d'attendre, mais cette attente s'étant trop prolongée au gré de leur impatience , ils firent du bruit et cherchèrent querelle aux officiers du palais , disant qu'ils porteraient plainte à leur gouvernement , et qu'un prince devait toujours être prêt à recevoir des Anglais. L'émir , choqué de cette exigence et pour se débarrasser de tels voisins f n'imagina rien de mieux que d'envoyer sur-lechamp , au village habité par eux, l'ordre de condamner les fours et de ne plus cuire; en sorte que les Anglais, le lendemain et les jours suivants, durent se passer de pain , et les paysans , qui jeûnaient par la même occasion , ne tardèrent pas à prier leurs hôtes d'aller chercher un gite ailleurs. Cette manière de faire mourir de faim toute une population pour atteindre un de ses membres, rentre dans les anciennes habitudes du pays , et rappelle la justice distributive d'Hérode lors du massacre des innocents. Mais voilà l'Orient tel qu'il est encore. L'action régulière d'un pouvoir légalement établi est , pour ces gens-ci , une véritable abstraction. Ils ne comprennent que leurs sultans et leurs pachas avec tous les caprices du despotisme ; et quelque honteux et féroces qu'en puissent être les abus, l'arbitraire ainsi constitué trouve la soumission toujours prête. Les grands tendent le cou , le peuple tend le dos. Telles sont Icfs mœurs de l'Asie. Tandis que dans notre Europe, par l'excès

oonti'aire, on semble être convenu de considérer toujours comme oppressif le pouvoir royal, quelque protecteur qu'il puisse se montrer. On est avant tout préoccupé des dangers de la tyrannie, et l'on vou-

2dO JOURNAL

ses grâces naïTes autant que par sa toilette, notre délicieuse M^^'' Mars dans le rôle du Benjamin d'Omasis. C'était la première figure levantine qui se présentait à moi avec ce prestige , et il est vrai de dire que tout lui seyait , jusqu'aux nuages de vapeur dont elle s'entourait. Je ne dissimulerai pas qu'elle devint aussitôt la sultane favorite de mes pensées. Je lui fis ma cour à l'orientale. Nous fumâmes ensemble » etf lorsqu'elle se taisait ^ je m'empressais de lui demander, comme Schariar à Scheherazade , encore une de ces histoires qu'elle contait si bien. Je ne suis pas du reste le seul Européen dont l'imagination se soit plu à jeter le mouchoir à cette séduisante M""* Jorele» et l'on me dit qu'elle et son narguilé avaient inspiré de jolis vers à M. de Lamartine. J'ai parlé du mouchoir; je ne sais quel est le voyageur qui a imaginé cette fable, qui fait rire, quand on leur demande ce qui en est, les Musulmans qui ne rient guère. Aujourd'hui je suis resté convaincu que le sultan n'a pas plus de mouchoir que ses sujets, qui ne s'en servent pas.

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SUITE DU SËJOUR A BEVBOUTR.

tagnardsidu Liban son organisation primitive ; il y a des grands et des [telits feudataires. Us doivent au prince le service militaire et le font acquitter par

car ce n'est pas même un faeaun%re, les extrémités grêles et des griffes d'oiseau de proie. Il me rappela un iMrtrait de Nabucbodonosor dans la Bible . oui

21 Octobre. Noas allons entendre au consulat de Sardaigne la messe du légat du Pape, Msr Lossano; il a des manières distinguées, une conversation agréable , et c'est bien certainement le prélat

développer de nouveau. Le fait suivant est désespérant, parce qu'il semble démontrer le néant des précautions : à Saint- Jean-d' Acre, des hardessus-

femme forte , dont jadis , dans ces mêmes conti-ées ,

Salomon traçait l'admirable portrait.

Les plantations d'arbres verts qui sVtendent der-

BciS-iehcfs . RoiilG de Beyrouih a Tripoli.

GAZIR.

Le 22 octobre , nous primes notre direction vers Tripoli , en suivant le littoral. Après trois heures de chemin nous découvrîmes , le long d'une côte assez rapide qui descend au fleuve du Chien , de curieux bas- reliefs sculptés sur les rochers; quatre, entre autres, sont bien conservés. Les croquis ci -joints (N** 47) les feront mieux comprendre qu'une description. Ce travail appartient- il aux Phéniciens ? Est-ce un de ces témoins que Sésostris , au dire d'Hérodote, laissa de son passage dans sa grande expédition? Les caractères qui les couvraient, et dont on pourrait peut-être encore déchiffrer une partie, sontils syriaques, égyptiens, persans? C'est ce qu'un sa^ vant orientaliste pourrait seul nous apprendre; et M. Guys , en m'indiquant où je trouverais ces monuments, ne m'a fourni aucun autre renseignement. Déjà je les avais vus gravés dans le F'ojrage de Casas ^ dont j'ai connu et aimé l'auteur. Il a donné de beaux dessins de la plupart des lieux que je vais parcourir. On ne peut lui reprocher que d'avoir enrichi sessites d'une végétation que j'aurais bien voulu y trouver, au lieu de ce sol desséché qui brûle les yeux. A part l'exactitude , ses paysages y gagnent beaucoup. Ici , I. 17

rien nest beau que le vrai, n'est pas vrai. Parvenus au bord du fleuve du Chien , nous trouTâmes un pont ruiné'bt un gu^ un peu plus haut. Avant de le traverser, je lus sur un rocher une inscription latine.

Comme c'était la première fois que j'étais admis en qualité d'hôte dans un intérieur syrien , les moindres détails m'intéressèrent et intéresseront peut-être aussi le lecteur. D'abord on entassa des coussins et des tapis. On m'y fit asseoir, puis on alluma de grands cierges qu'on plaça à terre devant moi ^ et autour desquels toute la société s'accroupit. Au milieu de ces costumes riches et étoffés, et de ces maintiens graves , la figure animée d'un père capucin sicilien n'était pas la moins pittoresque. La volubilité de son langage et la rapidité de ses gestes formaient un contraste très-piquant et très-gai avec la contenance des nobles scheiks. Le père Jean parlait tour à tour, et souvent à la fois, l'arabe, l'italien et presque le fi-ançais. Il remplissait les fonctions de maître des cérémonies et me demanda si je voulais être traité à la mode du pays : « Oui, certainement , répondis-je, et rien ne peut m'être plus agréable. » Je n'avais pas dit, que déjà on nous apportait de l'eau de flear d'orange la plus fraîche, servie dans des cristaux de Bohême, a laquelle succédèrent des petits verres d'eau-de-vie de genièvre et des dragées de plâtre, puis la fleur d'orange reparut, mais cette fois on nous la jeta à la figure. Parmi les rafraîchissements, le tour du café sans sucre revenait le plus fréquemment; quant à la pipe, elle était en permanence. Les dames de la maison , remarquables par leur embonpoint , condition sine qua non de la I. 17*

beauté en ces conlrées, parurent ensuite à vis^e découvert , et vinrent , dans leurs plus brillants atours et la corne au front, nous faire leur salant

une table toute di^ssée et un lit tout fait. On est commodément assis à la turque. Les jambes , ramassées sous vous, forment une lai^e base sur laquelle le buste pose bien d'aplomp. Je dirais volontiers que c'est une bonne habitude à prendre étant jeune. Souvent , en rase campagne, quand je veux dessiner ou lire , je ne peux parvenir à me placer commodément. Jamais les Orientaux n'éprouvent cet embarras, et la chaise et la table ne leur manquent nulle part non plus que le lit. Pour en revenir aux nôtres, ils furent bientôt faits, et chacun de nous s'endormit sur des tapis plus ou moins riches, mais également dur$. Le mobilier de cette chambre de parade , que je considérai alors avec plus de liberté, se bornait à deux coRres , et quelques vêtements pendaient accrochés le long des murs.

Le lendemain , nous fûmes entendre la messe au couvent. Nous déjeunâmes chez le capucin qui fut aussi divertissant que la veille. Le père Jean est l'unic|ue habitant de ce monastère dont il s'intitule le supérieur. Il est là, à défaut de Français, pour desservir la chapelle, car elle appartient à la France, et c'est, nous dit-il, une fondation de saint Louis. Pendant que j'étais à table , les scheiks vinrent me prier de leur accorder quelques jours. Je l'eusse fait volontiers si j'avais été moins bien fêté ; mais la nécessité où l'on me réduisait de ne point faire un pas sans un nombreux cortège me dégoûtait de la pro-

menade, et j'aspirais déjà à descendre du faite de

mes grandeurs et à abdiquer mon rane d'émir. Je

nécessaire dan^ un pays pauvine^ sans savoir qui tous êtes et bien assuré de ne tous revoir jamais.

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