‹ Journal d'un voyage en OrientChapitre 37 sur 51 · JAFFA. - LE PRÉCIPICE. — NAÏM. — ENDOR · texte numérisé non relu

JAFFA. - LE PRÉCIPICE. — NAÏM. — ENDOR

Le 22 novembre, la pluie nous donna enfin quelques heures de répit, et j'en profitai pour aller voir dans un village appelé Jaffa , distant d'une heure au plus , la maison qu'habitaient les fils de Zébédée, avant leur apostolat ; on en a fait un oratoire. Nous revînmes sur nos pas jusqu'à une fontaine qui porte le nom de SaintrJacques , et à laquelle un sarcophage antique sert de bassin. De là, tournant à droite, nous allâmes au lieu appelé le Précipice. Le site en est sauvage et très- imposant (N" 64). On

nous (it remarquer, sous une grotte, quelques ruines y quon nous dit être celles d'un couvent^ et près de là la place où la Sai n te- Vierge , gémissante, peixlit les traces de son fils , que les Juifs entraînaient Yet^ le sommet des rochers.

Le 24 , un vent fort aigre succéda aux orages des jours précédents. Nous primes notre route par la fontaine Saint-Jacques , et , passant entre JafFa et la montagne du Précipice, nous descendîmes dans la grande plaine d'Ësdrelon qui forme en cet endroit comme un long fer à cheval environné de montagnes. Nous cheminâmes pendant près de deux heures, toujours en plaine et dans la direction du midi. D'après une carte italienne que j'avais emportée avec moi f nous devions^ traverser une assez large rivière , et je pensais avec inquiétude qu'elle serait encore grossie par les dernières pluies , mais nous ne rencontrâmes pas une goutte d^eau, et J'eus lieu de reconnaître que , pour faire boire les chevaux en voyage, il ne faut pas compter sur les fleuves de certains géographes. Nous avions » à notre gauche , une montagne isolée qui me rappela d'abord par sa forme le Puy-de-Dôme, mais qui, h mesure que nous avancions, s'arrondit régulièrement en demicercle ; c'était le Thabor, et nous arrivions à Naïm, où quelques cabanes habitées s'élèvent au milieu d'un plus grand nombre en ruines Les débris d'une église, une petite voûte et quelques morceaux de

colonnes , signalent le lieu où un (ils unique mort fut rendu à sa mère, tandis que les témoins , ravis d'admiration, s*écnaient : (c Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple, i» Nous marchons de merveille en merveille , et encore un peu de chemin , et nous aUons trouver Endor , séjour de la Pythonisse , où, plus de dix siècles avant la venue du Messie, les lois de la nalure furent aussi changées ; mais , quand on lit dans les deux Testaments le récit de ces deux prodiges racontés avec une égale simplicité , il est impossible de ne pas être frappé de la différence de caractère qu'ils présentent, et, si j'ose employer cette expression, ici chaque ouvrier se connaît à son œuvre. Naïm et Endor ont conservé leur nom; seulement les Arabes prononcent Neme et Endour. Ce dernier lieu est encore assez peuplé. Je pénétrai dans des cavernes qui sans doute furent la demeure de la réprouvée et le théâtre de ses maléfices. Je ne crois pas qu'on puisse imaginer un site plus en harmonie avec la scène de ténébreuse horreur que décrit le chapitre xxvjii du Livre des Rois : u La Pythonisse jeta un grand cri. » J'ai vu, dit-elle, un Dieu qui sortait de la terre; et « Samuel dit à Saûl : Pourquoi avez-vous troublé « mon repos? Le Seigneur vous a abandonné; il dé- K chirera votre royaume parce que vous n'avez pas « obéi a la voix du Seigneur. Demain , vous et vos (( fils, vous serez avec moi. »

Des roches, tantôt éparses ça et là, tantôt accumulées et présentant de larges fentes » comme si la terre avait tremblé sous elles , tapissent le penchant d*un mont qui fait face au Thabor. Nous gravîmes jusqu'à une masse de rochers au travers desquels de vieux figuiers se sont fait jour; des eaux souterraines y aboutissent et forment au fond de la caverne un réservoir abondant (N'' 65). Pendant que j'étais à rêver dans ce lieu sauvage , des femmes y vinrent puiser de Teau. Une d'elles était belle et ne rappelait nullement la sorcière de Saûl ; toutes marchaient nu*pieds, vêtues d'une longue chemise blanche ou bleue et d'un manteau écarlate. Souvent, dans leurs mouvements, elles mettaient à découvert le haut de leurs bras , et la tunique fendue par devant laissait voir leur sein qu'un sculpteur n'aurait pas dédaigné pour modèle ; elles portaient de larges bracelets en argent et des anneaux à leurs pieds , au-dessus de la cheville. Elles sont toujours parées de ces joyaux pour lesquels elles semblent avoir hérité de l'attachement que les prophètes ont souvent reproché aux filles de la Judée; le bord de leurs yeux était peint en bleu foncé , et cet éclat emprunté me rappela le passage du Livre des Rois : « Jézabel ayant appris « l'arrivée de Jéhu , se para les yeux avec du &rd. » On vint m'avertir qu'il était imprudent de s'arrêter si longtemps au milieu de ces rochei^ dont les habitants sont mal famés. Conmie nous longions la

base du Thabor , nous nous aperçûmes que nous étions observés et suivis par quatre cavaliers bien montés qui parfois semblaient vouloir nous joindre, puis s*arrétaient et se consultaient entre eux. Nous pressâmes le pas de nos mules. Je n*ose pas tropdire, pour notre honneur, qu'en comptant nos guides et les moukres nous étions neuf, mais pas un fusil , ce qui aurait bien compensé l'infériorité du nombre et donné même un grand avantage à quatre assaillants bien armés. Nous vînmes ainsi jusqu'au village de Zal y où cette incommode escorte se décida enfin à nous quitter. Nous en primes une autre, deux hommes que le scheik donna à Démétrius. Ils nous reconduisirent il Nazareth ; leur aspect était peu rassurant , et Louis fit à notre Grec l'observation qu'en cas d'attaque c'était probablement deux auxiliaires qu'il donnait à nos adversaires. « Je ne dis pas non, répliqua-t^il, mais comme je sais où j'ai pris ceuxci, ils paieront pour les autres, et , si l'on me vole cent piastres , je tâcherai de m'arranger pour m'en faire rendre deux cents par le village. » En effet, pour peu qu'on soit appuyé auprès des autorités turques , ou qu'on les intéresse par quelques présents , on parvient à rendre ainsi un village solidaire du délit commis par une fraction de ses habitants , et on finit quelquefois par se faire restituer plus que la valeur du vol.

base du Thabor , nous nous aperçûmes que nous étions observés et suivis par quatre cavaliers bien montés qui parfois semblaient vouloir nous joindre , puis s*arrétaient et se consultaient entre eux. Nous pressâmes le pas de nos mules. Je n'ose pas tropdire, pour notre honneur, qu'en comptant nos guides et les moukres nous étions neuf , mais pas un fusil , ce qui aurait bien compensé l'infériorité du nombre et donné même un grand avantage à quatre assaillants bien armés. Nous vînmes ainsi jusqu'au village de Zaly où cette incommode escorte se décida enfin à nous quitter. Nous en primes une autre^ deux homr mes que le scheik donna à Démétrius. Ils nous reconduisirent à Nazareth ; leur aspect était peu rassur rant , et Louis fit à notre Grec l'observation qu'en cas d'attaque c'était probablement deux auxiliaires qu'il donnait à nos adversaires. « Je ne dis pas non, répliqua-t^il y mais comme je sais où j'ai pris ceuxci, ils paieront pour les autres, et , si l'on me vole cent piastres , je tâcherai de m'arranger pour m'en faire rendre deux cents par le village. » En effet, pour peu qu'on soit appuyé auprès des autorités tup. ques , ou qu*on les intéresse par quelques présents , on parvient à rendre ainsi un village solidaire du délit commis par une fraction de ses habitants , et on finit quelquefois par se faire restituer plus que la valeur du vol.

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