LA PÊ€11E
donnâmes donc un petit mori^eau de papier, ^i^ lequel nous avions griffonné quelques mots insignifions ; il ne l'eut pas plus tôt ., que , le regardant de Tair le plus joyeux , il se ttiit h rattacher arec beaucoup de solennité au bout def sa ligne h pêcher. Puis , il partit pour -aller en hâte essayer sa bonne fortune , se félicitant d'a^ vance de la multitude depoissôn que soïi chatrmé allait attirer.
11 est pénible de voir à quel point ià superstition subjugue et domine ces pauvres gens, non* seulement à Kacunda, mais^ Egga^et dans^une foule d'autres enckH)its',' sur les bords dtà fleuve» Prêts à aceuçillir comme vérité tout ce qu^ôii leur dit , il$ sont dupes d^ .tout chariatanismé. Les M allams mahoniétans entretiennent chez enit la croyance aux charines et aux soirtilégés, parce qu'ils en tiretit parti 5 mais , de leur fcôté , ce^ docf«s prêtres sont tout aiissi crédule^ que ^ëi naturels, dans Pefficacité de tout ce qui vient de nous.
A Kacunda , les habitans se servent pour là pêche, 'à lacpuelleils réussissent assez, d'une ligne^ armée au .bout d'un morceau de fei^ réeotii4!iié en formQ de hameçon. Us y décrochent pour amorce un gros vër , et souvent partie d'un *pois8on. Latx)rdè e9t faite d'une herbe propre-
68 PKUPLÂDES RIYERAINBS DU NIGER.
ment triessée. Souvent les pêcheurs s'exposent ay^c une sorte d'insouciance aux attaques . des alligators , très- nombreux dans la rivière ; et pendant la pêche , ou le soir en allant chercher de l'eau | il arrive que plusieurs personnes de* viennent la proie de ces animaux. Ils font la guerre aux crocodiles ^ et en mangent la chair , aussi bien que celle de l'hippopotame. Les œufs des premiers sont pour eux un grand régal.
Nous avons eu la visite du chef d'une province voisine, accompagné d'un imposteur, qui se dit fils d'Edéresa , l'ex-roi du Nyffé : tous deux ont été désapointés dans leur attente de recevoir de nous des présens de prix , car nos provisions diminuent de jour en jour, et nous ne pouvons pas faire les prodigues.
De même qu'à Egga , les Mallams nous pressent de rester ici deux ou trois jours, afin de profiter du départ des gens poiir le marché de Bocquâ, chacun nous prévenant que , si nous ne prenons cette précaution , il y va de nos vies. Tous Raccordent à représenter les riverains du Niger, à partir d'ici , comme la race la plus dangereuse* Ce sont, disent-ils, des voleurs de profession , sans frein , ni loi : ils n'ont pas de chef, et ne reconuaissçnt aucune autorité humaine; en un mot, c'est une république de féroces brigands.*
NATURELS DB KAGUNDA. 69
Se ne sont qu'histoires des habitans d'Egga ^ qui, obligés de se rendre au marché de Bocquâ pour affaires de commerce , voyagent par compagnies de dix ou douze canots , pour s'enti^ aider et se protéger; et qui, même alors, n'osent passer à portée de ces rives dangereuses qu'au plus profond de la nuit. Enfin , on ne néglige rien pour nous effrayer, et nous empêcher de pousser plus avant. •
Le roi du Yarrilipi avait bien quelque raison d'hésiter à envoyer le capitaine Clapperton el nous-mêmes aux bords du Niger, sachant, comme il le faisait, qu'il ne possédait pas une seule ville si loin à l'Est, ni un seul sujet de Yaourie à la mer. Au-dessus d'Egga jusqu'à Wowou, la rive occidentale de la rivière, qu'il s'était vanté de compter dans ses domaines, n'est habitée que par des NyfFéens , et , au-^lessous de cette ville , ce ne sont que tribus étrangères et distinctes i qui n'ont jamais entendu son nom, et ignorent également sa puissance et sa gloire.
Nous remarquons ici, pour la première fois ,
que les naturels ont coutume de se faire une
marque particulière pour se distinguer des autres
tribus. Les marques distinctives des habitans
de Kacunda sont trois cicatrices des tempes au
menton, qui leur donnent un aspect étrange. Du III. 5
JO ^3 NAlPÛftEtS DE feAiDÙNDA.
reste, la population est douce, inoffensÎTe et tfèsrlûborieuse. Leurs huttes sont les plus grandes et les plus propres que nous ayons vues dans tout le pays. Notre bon ami, le maître d'école , Aous assure que nous passerons bientôt devartt la rivière Tskadda^ qui n'est qu'à une journée de distance, en descendant le fleuve. C'est un vieillard disert et fort communicatif ; il m'a appris que la ville de Funda n'est point sur les bords de la Quorra, ou Niger, mais bi^ à trois? jourhées dans l'intérieur, en raniontatit la Tsliadda. Toujours d'après ses dires , cette dernière rivière est fort grande , presque aussi large que la Quorra. Des canots remontent la Tshadda jusqu'à Bornou , et , par cette voie , ce royaume n'est qu'à quinsse journées d'ici. Les pays de Jacoba et d'AdamoWa , dit-il , sont en paix avec le Çoriiou , et les^ communications sont libres entre ees contrées par eap et par ten*e. Il paraît que tes tributs païennes sont menacées , à leur grand effroi , d'une attaque dèà Fellans, quand la saison sèche set^a' venue. La Tshadda offre une navigation âure , et est très-fréquentée par les canote. La ville de Cuttumcurrâfi ^ dont on nous a déjà parlé, est assise à la jonction des deux rivièi^es., de la Tshadda et de la Quorra.
Dimanche ^ i/{ octoh^e. — lies enPfans des
ÉeaLS DE &Âjeuj$r|)ii. ^f
principaux habitants :de Kiicui^da sant placés de très*bonne heure sous la tutelle de notre diguiB hôte , le maître d'école , qui leur enseigne quel-r ques prièresmahométanes, à peu près tout cequ'il sait de l^ laqguje arabe. C'est en cela que consiste* toute leur éducation.. Ces enfaas sont studieux et diligens. Us se lèvent tous les jours avant le sor leil^ et copient leurs prières à lalampe., pour les répéter ensuite au maître , les uns après les ^autres, en conimeoçant par le plus âgé. 11$ récitent d'un ton perçant et criar^ yassez haut pour se faire entendre d'un demi-mille à la rondp , c^ qui passe pi^ès des parens pour une grande perfection; le meilleur écolier est celui qui a les poumons les plus robustes^t la yoix I9 plus qlaii^e. Quoique excessivement vains de leurs talens, de leur savoir et en général de leur supériorité intellectuelle sur leurs compagpons^ les Maho-r métaux accordent une grande prééminence aux blancs ^ car ils ont entendu conter des merveilles des Européens ; et la renommée de ceux-ci a pér nétré chez toutes les nations de Tintérieur , et en a fait pour ces peuples crédules dés êtres suï?naturels. Ainsi, notre piètre ou Mallam,. quoique fabricant de charmes , nous a demandé aujourd'iiui^ avec instance, unq amulette, douée de propriétés jqissez extraordinaires pour lui^attirep
<J2 LÉOEK AETARD*
le respect et l'admil-ation de tout le -pays; «t il étaît si fermement oonvaincu que la chose ne dé*pendait que de notre vouloir, qu'il n'y a pas eu possibilité de le dissuader. Il nous a fait cadeau d'un grand pot de bière , et n'a pas voulu jquitter la hutte que nous ne lui eussions promis le papier qu'il sollicitait si ardemment. Nous ne sa-^t vous comment échapper a la foule des demandeurs, et leurs larmes et leurs supplications nous font peine. Pour satisfaire les plus obstinés, nous avons pris le parti de suivre l'exemple de M. Park , qui , en pareil cas , donnait à ces pau^ vres superstitieux une copie du Pater*
Le frère du chef nous a fait une seconde visite ce matin^ réunissant tous ses argumenspour nous, engager à différer notre départ de deux ou trois jours, jusqu'à ce que les canots fussent prêts à nous escorter. Il insista de nouveau sur les dangers que nous avions infailliblement à courir, si nous nous décidions à partir seuls. Ses rept'ésentations nous ont peu touchés , car il nous a été évident qu'elles sont dictées plutôt par l'avidité que par un intérêt réeL Nous avons cependant .consenti à attendre, jusqu'à cette après-midi , un homme qui dçit nous accompagner^ en qualité de messager, au célèbre marché de Bocquâ , où, à les en croire^