NAVIGATION DE NUIT
aux plus audacieux. Bientôt^ après avoir laisse Kacunda , la rivière tourna droit au Sud y entre d'assez hautes collines : la force du courant continuait à être à peu près la même. Quelques^ milles plus loin , nous observâmes une branche du Niger, peu considérable , coulant h TOuest : ce pouvait être une crique , au lieu d'un bras de la rivière; iious ne pûmes nous en assurer; ses bords, parsemés de petitds collines^ étaient couverts de palmiers. Nous iiQUs trouvâmes alors en face d'une ville , importante^ occupant un grand espace ^ et d'où sortais uii bruit haut et confus , comme d'une multitude quï querelle, ou comme les vagues de la mer, roulant sur une plage hérissée de rochers : nous vîmes aussi plusieurs autres villes sur la rive occidentale, mais nous les évitâmes avec soiii. Une soirée calme et sereine avaitsuccédé à la chaleur du jour ; la lune et les étoiles répandaiient. une douée lumière; tout était immobile et silencieux. Nous glissions doucement sur le fleuve , sans rien voir qui pût éveiller nos craintes, sans entendre d'autre bruit que le frôlement des feuilles remuées par la brise , le mouventent d^s pagaïes , et le rejaillissèment des eaux , lorsque , de loin en loili , un poisson s'élançait au-dessus de l'onde , pui)5 re^ tombait.
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Vers minuit, nous aperçûmes les lumières d'un village dont nous étions alors très-près ; assez près pour entendre les habitans chanter, danser et rire, au clair de lune^ devant les huttes. Nous gagnâmes en hâte l'autre bord, redoutant quelque péril caché , et nous imaginant qu'une lumière nous Tsuivait ; mais ce n'était qu'un feu follet , ou quelque exhalaison mareca^ geuse , qui se perdit bientôt parmi les arbres. Quand la lune eut disparu à l'horizon , le ciel devint nuageux , et nous avions peine à distinguer les eaux, et la direction que nous suivions ; aussi fûmes-nous entraînés tout à coup par le «courant vers un étroit petit canal , formé par une inondation de la rivière , et il nous fallut plus de deux heures d'efforts et de travail pour en sortir et regagner le lit principal. Une rangée de très-hautes collines faisait tourner la rivière au Sud-Est. Nous passâmes devant un grand nombre d'îles.
laindi , 25 octobre. — Vers une heure après minuit , le cours changea et dévint Sitd-Sild- Ouest, le fleuve coulant entre de gigantesques hauteurs. A cinq heures, ce matin, nous nous trouvâmes presqu'en face d'une rivière considérable, venant de l'Est se jeter dans le Niger : à son embouchure , elle paraissait avoir de trois à
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quatre milles de large ; et ^ siir Tune de se$ rÎTes , nous vîmes une grande ville dont une partie £iisait£ice à la rivière, l'autre, à la Quorra. Nov^ crûmes d'abord que c'était un bras de cette dernière , et nous essayâmes d'y entrer ; niais ^ voyant que le courant était contre nous , et qu'il augmentait de violence à mesure que nousavaii'* <2ions, et nos gens étant las , nous y renonçâmes^ et notre petite barque fut bientôt ramenée au centre da fleuve. Nous passâmes outre , décidés k nous enquérir de ce prétendu bras du Niger Il la prochaine occasion» Après plus mûres réflexions , nous conclûmes que ce devait être la Tshadda, et que la grande ville assise à son em^ bouchure était Cuttumcurrafi , dont notre vieux Mallam i) maître d'école , nous avait parlé. Dans tous les cas ^ nous nous étions assurés que ce n'était pas une branche du Niger. Aussi loin que la vue pouvait s'étendre , les rives paraissaient hautes, verdoyantes et fertiles.
Le jour se leva terne et brumeux : cependant, k mesure que le^ soleil dispersait en partie les }>rouiUards suspendus sur les vallées et ^u-des^ $u^ des petites collines, nous distinguions des . montagnes, de formes irrégulières , qui s'éle^ V^içnt brusquem^ent au bord de l'eau. Lev^ hkvu* te^r était iiidécise , et no!us ne pouvions nous en
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faire une idée , leurs sommets étant enveloppés de nuages, ou perdus dans, des vapeui'S qui flottaieni le long de leurs fliincs* Au-delà., Sur la rive Sud**Est , apparaissait encore une double rangée de hauteurs; et, au Nord-Ouest, une chaîne de collines, de moindres dimen^ons^ s'étendait aussi loin que l'œil, la pouvait suivre. Elles paraissaient Ques et stériles. Celles du Nord-' Ouest étaient formées de masses groupées, et ressemblaient aux montagnes de Kong ^ que nous avions vues dans le Yarriba. '
A sept heures, le Niger, dégagé des lies et des marais qui le bordent habituellement, promonait ses eaux entre des rives boisées, ^t beauiîoup plus hautes que toutes celles que nous avions passées en revue les joui^ précédens : elles coulaient sur un fond de rochers qui cau^sàient à la surface de fréquens bouillonnemens. Un des canots^ qu'on nous avait dépeints ct>mme ^ différens des nôtres, passa près de nous , vers la même heure. Il ressemblait,; pour la forme , aux paniers d'oser dans lesquels les bouchiers potteut la viande. U était gaf^ii de sièges comme <îeux dont on se sert dans difïei^ntes parties deô eôtes. U avait pour rameurs huit <m dix petite g^:^onS^ qui; chantaient, en travaillant sous iesF Wjdres d'un homme âgé ,\assia au milieu du)ca««^
^0 DANGEH QtJE COURT LE CANOT.
not. Le mouvement des pagaïes était régnharise par un sifflement tout particulier, qu'ifs faisaient avec leurs bouches et à intervalles égaux. C'était plaisir de voir avec quelle vitesse ce petit esquif voguait contre le courant. Ce matin, à l'aube, jious avons dépassé un grand nombre de villages : les rives étaient ornées de palmiers et de terre cultivées , qui s'étalaient au pied des montagnes , et dans les vallons qui les séparaient.
A dix heures,, nous tournâmes un énorme rocher, blanc et nu , formant un dôme parfait , au centre même de la rivière ; il a environ vingt pieds de haut ; un& immense quantité d'oiseaux blancs ie couvraient , ce qui fit que nous lui donnl^mes le nom à^ roc aux oiseaux. Il esta trois ou quatre milles deBocquâ , et du même côté.
Je regarde comme plus sûr de prendre le .côté Sud-Est^ qui est aussi le vrai canal dé la rivière , et qui a trois milles de largeur. Nous prîmes le côté de l'Ouest, et faillîmes nous perdre dans un gouffre '^ ce fût av^c la plus grande peine que nous empêcha mes'^le catiot d'être entraîné, et mis en pièces contre les rocs. Heureùseinent que je m'ap^'çus à temps du danger ; nous nous mîmes à ramer, mon frèreet moi , et stimulant lios hoirime^^ nouis réussîmes à préserver notre petite embarcation : La distance du roc à la rive
INDICES DE COMMERCE EUROPÉEN. ,8f
la plus proche , est d'environ un quart de mille^ et le courant a une vitesse de six milles à l'heure. Une fois emportés , nous périssions infailliblement.
Bientôt après ce rude exercice , nous découvrîmes un endroit commode pour débarquer , et nous sentant tous las , épuisés de faim et d'efforts , npus résolûmes de faire halte sur la rive droite. Le cours de la rivière a été depuis ce matin Sud-Sud-Ouest , et , comme de coutume, sa largeur a varié de deux milles jusqu'à cinq et six milles. L'aspect sombre et menaçant du ciel, présageant une forte averse , ou quelque chose de pis , nous nous hâtâmes de nous faire un abri avec des nattes, sous l'ombrage d'un palmier. Dès que nous eûmes le loisir de regarder autour de no^s , il nous fut évident , bien qu'aucune habitation ne fût en vue, que ce lieu même avait été visité , très-récemment , par une grande quantité de monde. Il y avait les traces de plusieurs feux éteints ; des calebasses brisées , des tessons de vases de terre étaient épars sur le sol, et nos hommes ramassèrent une quantité de coquilles de noix de coco , et trois ou quatre douves d'un barril de poudre. Toutes puériles qu'étaient ces trouvailles , elles nous donnèrent un vif sentiment de joie et d'espérance. Les dé-
brisdublu^U de poudre naus semblatenl la preiive la plus irréeusable qué les naturels du yoîsindge entretenaient des relations avec les Européens, et par conséquent avec la mer.
Le terrain , dans uo espace de cent toises , était nétoyé d'herbes , de bruyère , et de toute espèce de végétation ; nous en conclûmes qu'il s'y tenait un marché ou foire , à époques fîxjes« Trois de nos hommes allèrent dans Je taillis , chercher des broussailles et d« bois : bientôt ils découvrirent un village : ils ne s'en étonnèrent points et entrèrent dans la hutte la plus voisine pour demander un peu de feu. La case ne con-v tenait que trois femmes : épouvantées de Tap^v parition brusque et soudaine de ces hommes , à figures étranges, ne comprenant pas leur langue, et ne pouvant deviner ce qui les amenait , elles coururent de toutes leurs forces vers les bois , pour avertir leurs pères et leurs marig, qui étaient occupés à la culture des terres. De l^ur côté , nos gens prirent ^ sans se déGoncérijer ^^ au foyer de la cabane , des charbons enflamn^és, et nou^ revinrent aiu bout de quelques minutes , n,ou^ prévenant , maissaps y attacher d'in^portance , qu'Us avaient trouvé un village : ils npus dirent aussi avoir ym beaucoup de terres çultii^ées , et A^voir renconti^ des femmes qui s'étaient enfui^