UNE ATTAQUÉ
nus, accourant sans ordre, avec des gestes.fijrîetiX vers notre petit groupe. Us étaient divei*sement armés de fusils , d'arcs , de flèches , de coutelas, de crochets de fer , de longs fers de lance , et autres instrumens de destruction. A l'aspect de . cette multitude de sauvages, farouches, hostiles^ nous ne pûmes nous défendre d^une sensation - très-pénible , et de bon cœur nous nous souhaitâmes hors de leurs mains. Contre *des gens aussi paisibles que nous, qui n'avaient point fait de mal, ni n^en voulaient faire , ce déploiement de force était bien inutile ; mais il était impos^ sible de prévoir où. s'arrêterait le courroux des naturels , et nous attendions l'issue avec une douloureuse anxiété.
Notre petite troupe était d'abord fort disséminée , mais heureusement nous voyions venir l'ennemi d'un peu loin , et nous eûmes le temps de réunir notre monde. Nous étions résolus à éviter toute effusion de sang : c'était d'ailleurs notre seule chance de salut , n'ayant qu'une poignée d'hommes à opposera cette masse. Cependant les naturels approchaient rapidement, et touchaient presque à notre palmier. Il n'y avait pas une minute à perdre. Nous ordonnâmes à Paskoe, et à tous nos hommes de se tenir derrière nous, à peu de distance, avec leurs fusils et
pr'ésenge d'esprit. ,85
leurs pistolets chaînés , leur enjoignant néanmoins de ne pas fairq feu^ à moins qu'on ne tirât d'abord sur eux. L'un des naturels , que nous apprîmes ensuite être le chef, marchait un peu en avant de ses compagnons. Jetant à terre nos pistolets , que nous avions pris dans le premier moment d'alarme , nous avançâmes avec calme, mon frère et moi , à sa rencontre. Comme nous approchions , nous fîmes bon nombre de signes avec nos bras pour l'engager , ainsi que son peuple , à ne point tirer sur nous. Son carquois se balançait à son côté , son arc était bandé , et une flèche visée à notre poitrine , tremblait , prête à partir , que nous n'étions qu'à quelques pas de lui. C'était un moment critique. La Providence détourna le coup, car le chef s'apprêtait à tirer la fatale corde , lorsque l'homme quittait le plus près de lui s'élança en avant , et lui retint le bras. Nous étions alors face à face , et de suite nous lui tendîmes la main. Tous tremblaient comme la feuille. Le chef nous regarda fixement, se jeta à genoux. Des éclairs s'échappaient de ses yeux noirs et roulans, son corps était en proie à de violentes convulsions , comme s'il eût enduYé d'inexprimables angoisses. Sa physionomie prit une expression indéfinissable, mêlée de timidité et d'efi&oi , et où toutes les passions , bonnes et m. 6
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mauvaises, semblaient lutter; enfin ^ il laissa tomber sa tête sur sa poitrine , saisit les mains que nous lui tendions , et fondit en larmes. De . ce moment l'harmonie fut rétablie , les pensées de guerre et de sang firent place à la meilleure intelligence. La première chqse qjie nous iîmes fat de relever le vieux chef et de l'amener dans notre petit camp. Maintenant que le danger ^tait passé , la conduite de nos hommes devint un sujet de railleries et d'amusemens ; leui^ courages avaient été mis à une rude épreuve,, et nous savions h qui nous fier désormais. Paskoe était demeuré ferme à son poste , immobile , couchant en joue le chef. Quand nous passâmes près de lui, après la réconciliation , comme noug ^conduisions le vieillard sous notre abri y il nous dit : (t Si ces drôles noirs avaient osé tirer sUf un de vous, j'aurais descendu le vieux chef comme une pintade. » Il nous fut impossible de ne pas sourire de cette protestation , et nous ne doutons pas qu'il ne l'eÂt fait comme il le disait. Quant à nos deux braves , Sam et Antonio , ils s'en prirent à leurs talons , et décampèrent le plus vite qu'ils purent , dès qu'ils virent les naturels se diriger vers nous à travers les hautes herbes. Ils ne se sont hasardés à reparaître que lorsque le chef et tous les siens ont été assis