SOULIERS DB BOIS. J
chionspieilsDns, mais, j'ai oublié de ncrtêr qne les priùcipanx hftbilans portent es lapgeG sonliers de bois , quand ils sortent- pendant la saison pluvieuse, h cause de la nature spongieuse du sol. Cette chaussure consiste en une planche de la longueur du pied , d'une ef^èce de bob trèsdur, soutenue et exhaussée à chaque bout par d'épais tasseaux. Une lanière en cuir, passée dans des trous pratiqués dans le bois, assnjetUtle gros orteil^ cti'eviéntnoueren dessus; une antre, passant sur le coude-pied , afièruiit le talon.
Les canots, d'une construction' toute partit^lière , ressemblent beaucoup aux bateaux pontés d'Angletei-re , mais ils sont parfaitement droits et à fond plat. Quoique creusÉs dans une seule pièce de bois, ils sont de grandes dimensions; celui que nous avons acheté a environ quinze pieds de long, sur quatre de large. Quand nos effets y eurent été transportés , nous nous aper-
8 DËPAAT DE ZANGOSHIB.
çAmes qu'il n*était pas encore assez grand pour les contenir tous, et que, rapiécé en mille endroits , il faisait eau de toutes parts. Nous avions été indignement friponnes par l'artificieux roi des Eauz-Noires ; mais , plutôt qu'entamer une dispute interminable , et qui n*eùt été qu'un ennui de plus, nous aimâmes mieux ne rien dii'e, et' fermer les yeux sur la fraude. La hâte et les emban'asdu départ nous avaient ecEipèchés d'examiner notre empiète et d'en voir les défauts. Nous attendîmes fort long-temps un messager, qui devait nous accompagner pendant une petite partie du voyage, mais l'homme ne venant pas nous résolûmes de partir sans .lui ; et , à neuf heures du matin , nous primes congé du roi des Eaux-Noires , et des centaines de spectateurs qui nous regardaient du rivage. Après avoir tiré deux coups de fusil et poussé trois cris d'adieu , nous nous lançâmes sur la rivière, et fûmes bientôt hors de vue.
VOL DE PAGAÏES. 9
Malgré le dernier tour qu^il nous a joué, le vieux roi noir s'est conduit avec nous d'une &*çon hospitalière , et son peuple ne s'est pas mouftré moins obligeant. .Nous ne pouvions nous attendre à plus d'égards^ le premier élan de générosité et de plaisir une fois passé. Ce qui est violent est rarement durable ; et , si cette remarque est vraie pour nous , gens de l'Eurppe civilisée , elle s'applique encore mieux à ces peuples chez qui tout est caprice et premier mouvement.
C'est une chose inouïe que la peine- que nous avons eue à obtenir des pagaïes pour Jiotre canot; nulle part nous n'avons trouvère gens disposés à nous en vendre, et, jiuqii'& notre arrivée à Zangoshie , nous n'avons pu persuader à un seul des naturels de se défaire d'iine pagaïe en notre faveur. Us ne s'en dessaisiraient pas pour le monde entier, disaient-ils. Cette mauvaise volonté nous a forcés à. recourir au vol; à Madjie, et dans quelques autres endroits, nous avons reconnu l'hospitalité des chefe., en envoyant , de nuit , et pendant que les kabitans dormaient, nos hommes s'emparer de quelques^ unes de ces précieuses pagaïes , qu'ils ont en^te cachées sous des nattes, au fend d'un des canots ; et, quoiqu'on nous ait , je crois , soupçonnés de
lO NAVIGATION.
cetle mauvaise actions, ou nous a laissés partir ^alis nous soquiéker: C'est, gi*Âce à dépareilles roses iç vpxe noua nous sommes trouvés en état ce matin , pour la pcemière fois , de descendre le ^iger sans l'assistance . d'étrangers. Nous nous lan isommes d'autant 'plus . ré jouis , ^que nous étions las dfétnei/ assujettis aux caprices d'un guide , ou d'un messager intéressé ^ qui arrêtait je>canot partout oà il lui convenait de descendis pour^scs affaires ou son> pUisii\: Apriès avoir subi ces petites vexations , il est agréable de redev^n nir soUtraaître. ^ .j
t J^fous perdîmes bieutôt de vue Zangoshie; mais V quoique voguant avec assee de rapidité , Aabba nous apparut longtemps. D'aboixi , nous -no^sr crûmes poursuivis par plusieurs canots qui venaient derrière lious , a forée de rames; icloiafient les e«nbarcations xjui servent aux na^ iticéls àtrsifiqiier d'^in lieu à l'autre y et elles suttvlaient leur route accoutumée* La lai^ur du jûaBali^ enta*e Zangosliie et Rabba ^ n^'est pas de l^us wleldeux milles. Il court dans une direction rSud'^Bs^. Nous suivîmes en partant le rîvage de ^ile^ldu coté de.Rabba^, pendant environ vingt ttimit«s ^ jusqu'à ce que nous en eussions atteint laipoîinte..La rivière coulait alors vers l'Est , et sà> lar^urrparaissa)it <Benviron quatre milles.
NAVIGATION. l t
Un peu avant dix heures , nous vîmes de loin une foule de canots passant et repassant d'un bord à l'autre ^ chargés de passagers et de chevaux ^ qu'ils transportaient sur la rive qui dépend du royaume de Yarriba. On jious dit que tonte cette foule allait au marchéd'Âlorie. C'est le même lieu qu'on nous a désigne tomme étant au. Sud-Ouest de Katunga. Deux chaînes de pe-^ tites collines, presque parallèles^ s'éteâdaient sur. les deux rives aussi loin que l'œil pouvMt atteindre. £Ues, ne semblaient éloignées du bord que de cinq milles environ* Nous passâmes au pied d'une haute et large colline , de forme <îOnique. Elle était coiiiiplètement détachée de la chaîne , et Vél^vai t brusquement à quelques pas de. l'eau. Les bords de la rivière étaient ex<^ .trêm/ent plats, marécageux ; des parties semblaient inondées , car des téteç d'arbres et d'arbustes sortaient de l'eau en plusieurs endroits*
. En avançant , nous découvrions des villes , grandes et petites, mais toutes sur des terrains extrêmement bas, ce qui leur donnait une appat*tiice écrasée, qhétiye^tmisérable* Outi^e le poifison V les habitaqs. se nourrissent de riz , et ea> cultivent une grande quantité. Ces plan tatiens santmaintenant presque toutes submergées.
12 ILLUSIONS d'optique.
Quelgues-uneâ sont à trois ou quatre milles d'une habitation humaine.
Nous ii'ayions fait halte nulle part sur la ri«yière , pas même pour nos repas , nos hommes laissant le canot glisser sivec le courant^ tandis qu'ils mangeaient. A cinq heures de l'après-midi, tous se plaignirent de fatigue , et nous commençâmes à regarder autour de nous, pour chercher un lieu de débarquement où nous pussions novis reposer un peu ; mais nous n'en trouvions point : passé cette heure-là , tous l'es villages que nous apercerions étaient malheureusement situés derrière d'immenses marais et de bourbeuses fondrières , à travers lesquels , après beaucoup d'efforts et de fatigantes tentatives , il nous fallut renoncer à pénétrer. Trois heures se passèrent a tâcher d'aborder à quelque village ; mais, bien que nous en vissions plusieurs distinctement de la rivière , les marais nous empêchaient d'en approcher. Bon gré malgré, nous continuâmes notre course. Dans la journée, nous avions vu plusieurs belles Mes , toutes cultivées et habitées, quoique basses et plates. La largeur de la ri^ vière variait beaucoup. Quelquefois elle semblait iivoir deux ou trois milles,.quelquefois le double. Le courant nous emportait rapidement^ et nous jugions devoir faire troisà quatre milles à l'heure.
UNE NUIT SUR LA BIYIÈRE. i3
La direction était presque' toujours à r£^.
La journée avait été excessi^euieiit chafude, et le soleil, se couchant dans toute sa gloire^ lançait jusqu'au Zénith des rayons teintsr des plus radieuses couleurs. Néanmoins, Faspebt du ciel^ tout admirable qu'il était, annonçait un . prochain oi^ge. Le vent $iîfflait à travers les hautes tiges des joncs, et l'obscurité enveloppait la teri^e comme d'un réseau. Plus impatiens que jamais de débarquer, n'importe où , de nous abriter pour la nuit , sinon dans un village , du moins sous un arbre, nous essayâmes de remonter le courage abattu de nos hommes , en leur donnant l'exemple, et nous nous mimes à ramer. Le canot descendait silencieusement le courant avec une merveilleuse vitesse. Nous gouvernions à la vive lueur des éclairs qui , se réfléchissant continuellement dans l'eau , ncois permettaient dé distinguer et d'éviter les notm-^ breuses petites îles dont la rivière est semée. De temps en temps, nous apercevions, tout près de nous, les lumières de lampes, brûlant dan^des huttes de très-bonne apparence; nous entendions distinctement les voix des habitans ; mais tout efibrt, toute tentative pour arriver jusqu^i eux, venaient échouer dans ces impénétrables marais , labyrinthe de jonc, de roseaux et dHmr
l4 l^ES HIPPOPOTAMES.
inenscs plantes aquatiques. Quelquesruqf^ de ces lumières V après nous iivoir Jongrteiups attirés à leur poursuite) sWaçaîeni tout k CQUp ^ et s'évanouissaient à nos yeuj comme des feu^ £ollets; d'autres dansaient autour de Qouç sans que nous pussions savoir où ni comment? Entrés dans une petite .crique enfîa, aprèâ^ avoir lutté pendant une demi^lieurQ contre le Clôturant ^ qui était extraoi*dinaireuPtent rapide dans ce. petit canal y au moment où nous croyioià approcher d'up village, au^ fond de la petite iiaie , d'où nous -présumioEkS que venait un cours, d'eau ^ affluent du Niger, tout à coup village , luniiètesi^. tout disparut, les sons de voix cessèrent; et, près d'aborder, nous ne tijouvàme^ plus iii Autte , ni plage, tout était sombre , lugubre , solitaire^ On €Ùt dit un rêve y on eût dit un encbanteousut., JNous avions ramé k long des bords pendant plus de trente milles , exaniinaot attentivement chaque pouce de terrain, sans pouvoir déieouvrir un seul espace sec et assez ferme pour soutenir notre poids. Nous résignant donc à la nécessité^ nQUS avons mangé un peu de riz froid eJt de miel , bu de l'eau de, la icivière , et laissé le canot suivre le. courant, jios hommes étan^t . trop épuisés par la fktigue et les efforts du jour, pour travailler davantage. Mais un nou-
LES HIPPOPOTAMES. l5
veau fléau , contre lequel nous n'étions pas pré* parés ) est venu nous assaillir. Un nombre ia« croyable d'hippopotames se sont élevés sur l'eau, très-près de nous ; et nageant, hennissant, plongeant Itout autour du canot ^ nous ont mis dans un imminent danger^ Dans Pespoir de lesefFrayier nou3 avons tiré un ou deux coups de feu. Mais, le bruit n'a servi qu'à faire sortir de l'eau et des marais le double peut-e^re de leurs monstrueux 4;ompagnon$ ; et nous nous somm^ trouvés cernés de plus près encore qu'auparavant. Nos ^ens, qui, de leur vie, n'avaient été exposés^ en canot k la rencontre de ces foi^iidablesanimaux, tremblaient de peur et pl.euraient à chaudes larmes. De terribles coups de toni^erre , éclatant au-dea9iis de nos têtes, et l'ef&ayante obscurité qu'entrecoupaient les vi& et rapides éclairs . qui perçaient la nuit noire, accrurent encore leur terreur. Us nous disaient que les hippopotames iaisai^it souvent chavirer des canots , et qu'alors il n'y avait pas.de salut possible. Pendant qu'ils ;parlaient ce$ naonstres étaient si près de nous , que nous eussions pu les toucher de la crosse de nos fusils. «Quand je fis feu sur le premier , et je crais que le coup. porta, tous, s'élançant à la Sur&ce , nous poursuivirent si vite , du côté de la rive Nord, qu'il nous fallut les plus vigoureux
l6 UNE NUIT SUR LA RIVIÈRE.
efforts pour maintenir quelque avance sur eux. L'explosion d'un second coup de fusil fut suivie d^affi:*eux hurletriens , mais qui semblaient s'éloi-
gner. Nous avions dans l'équipage deux hommes du Bornou, qui ne perdaient pas la tête J'épouvante comme les autres., parce qu'ils avaient vu heaucoup de ces énormes bétes sur le lac Jschad^ où l'on dit qu'elles sont en grand nombre.
Cependant, ces terribles hippopotames ne nous firent aucun mal. Il est probable que nous les avions dérangés tandis qulls se vautraient dans le marais , ou jouaient h la surface de la rivière où l'orage les avaient appelés. S'ils eussent renversé notre canot ^ nous aurions payé cher cette rencontre.
Bientôt après, nous distinguâmes , au Nord de la rivière, une levée; sur laquelle je proposai de descendre et de faire halte pour la nuit , car je désirais vivement mettre le pied sur la terre ferme. Cependant , personne n'y voulut consentir; nos gens disant que, s'ils n'étaient tués parle Gewow Roua ou éléphant d'eau ^ ils seraient certainement la proie des crocodiles avant le matin; et j'ai pensé, «en effet, depuis, que si nous eussions cédé à la tentatioi^ , nous aurions fort bien pu être dépecés comme les Cùmbriens des rleç, près de Yaourie. Notre canot n'est que