UNE NUIT SUR LA RIVIÈRE
juste assez grand pour nous contenir tausassis^de sorte <[ue nous n'avons point de chance de pouvoir nous étendre. Si^ à Rabba, nous avions pu réunir trente mille cauris , nous en aurions eu un pour ce prix ^ qui nous eût tenus tous fort à Taise, dans lequel nous aurions pu vivre tout-àfait , ne débarquant que pour nous approvisionner; et jetant Fancre la nuit, après avoir navigué tout le jour.
Notre équipage s'obstinant à ne pas débarquer , nous avbns continué de voguer au gré du fleuve. A l'Est , l'horizon devenait de plus en plus sombre , et jamais éclairs plus fourchus et plus éblouissans n'ont déchiré nuées plus noires. A onze heures , la brise fraîchit, et à ipinuit la tempête était dans toute sa force. Dans sa furie ^ le vent fouettait les vagues , et les lançait par dessus les bords de notre canot, «qu'elles mena** çaient de remplir rapidement. Ballotée .en tous sens , notre frêle petite barque devenait ingouvernable. Enfin, nous gagnâmes un banc de terre , qui nous protégea un peu ; et nous famés assez ^heureux pour saisir au passage les branches d'un arbi^e épineux , contre lequel nous étions poussés, et qui croissait presqu'au centre du cour rant ; nous y amarrâmes fortement le canot ; et noijis enveloppant de noS manteaux, car nous
l8 l'île ÛAG ANNIE.
étions rendus de lassitude , nous essayâmes de dorbiir , bien que forcés , faute de place , de laisser pendre à-demi nos jambes jusque dans l'eau, sur les côtés de la barque. Il y a, je croîs, dans une tempête quelque chose qui dispose au sommeil; du moins , celle-ci eut cette influence sur mon frère ; car, le tonnerre eut beau gronder , le vent faire rage , la pluie battre notre visage , et notre canot , soulevé par les vagues , se bialancer incessamment , il n'en dormit pas d'un ^nimeil moins profond, he vent continua de souffler de l'Est avec une grande violence, jusqu'après toiiiuit, puis il tomba toqit-à-coup ; et fa pluie descendit par lorrens , toujours accompagnée de- coups de tonnerre etd'éclairà. Nous étions presque Submergés ; le canot se remplis*- Sait si vite , que deui hommes étaient continliëllemeiit dccu^ à vider l'eau pour le tenir à flot. Les hippopotames rôdaient autour de nous en ttiugissant , mais ils ne touchaient pas' au
Là pi^ie continua jusqu'à trois heures dtf m^itîti 1« !^, puis le ciel redevint pur , etntvts vînmes tes étoiles scintîllei* comme des tlîa^m ans àude^feué-dé ^tHms. il faisait dssex clair pt)ûi^ distinguer iéô ofej^t^, et tK)îltinuant à deséëndi^' lu rivièr^e , nous atteignîmes , au bout de deux lieu-
ARRtYÉE B'uN MESSAGER. I9
res , un msignifîant petit village de pécheurs;^ appelé Dacahnie^ où nous prîmes terre, à lioti^e grande sâtisfàttion. Avant d'aborder à cette tle, nous avions dépassé plu^éurs grandes villes et » villages; mais n'apercevant aucun naturel hors des huttes^ nous craignîmes de commettre «kie iihprudence^en nous arrêtant à une heure si matinale. Il y av&it chance que notre débarquement alarmât la population, et qu'elle nous prît pour une bande de voleurs, ou de /acâ/^V, comme on les nomme sur ces rives. Oncùt'pu s'atmèr contre nous, et nous faire courir «k graves danger^ ; toutes ces considérations nous avaient engagés à poursuivre, malgré notre vif désir de débarquer. ^ - .
D'après notre calcul i, nou& avions dm faille céml Inillés environ , pendant notre navigation ""du jour et de la nuit. Là direction éa fleuve ëtait presque toujoiâLrf^ài'Ë^t^ Dans plusieurs endroits, et durant un intervalle consit^rable ^ le Niger dfibaitun aspect magnifique ^ et semblait n'avoir guère m<>ins de huit milles de lat^e. - • ^
Dimanche^ 17 octobre. — Après avoir secbé; nouis et nés habits i^ouiltés^i devant de ^^ids feut qUe nous avions allumés expiées ^ nous neuâ éomil^es a^^s àu pied d'un arbre pour y fAireun t«iâigré repas dé riz et de mieS. Pendant qe fîmù
atO PROPAGATION . DU MAHOMBTiSME. *
gai déjeûner , le messager qui devait partir avec iiojus de Zangosbie , arriva dans un canot à lui. Il nous, dit avoir Suivi nos traces toute4a nuit ; il avait entendu : nos eoups de feu , mais quoir q.u'il eût ramé de toutes ses forces pour nous at* t^eôidre, il n^avait pu en venir à bout ^ Les hipw popotames Savaient harcelé de même que nous ^ et lui avaient causé beaucoup d'inquiétude et d'ennui , mais sans avoir fait le moindre dommage à son canot.
f Nous avons trouvé ici plusieurs Mallams mahométans, envoyés par. le chef de Rabba pour instruire les naturels dans la foi mahomét^oe. L'île est. peuplée de pécheurs nyfTéens , race douce et inolTensive. Il y a quelques semaines qu'on les a obligés à abjurer leurs divinités païennes pour le Koran. C'est un des effets des conquêtes des Fellans. dans le pays; partout où ilsirègnent ils propagent le mafaométisme. Par suite de l'abdication d'Edérésa en faveur de Malt lamDendd, ses su je ts.sont devenus mahométans^ et cette croyance s'étendra bientôt dans top^t le Yafcriba.
Les Mallams ont été fort civils et fort attentifs pour.npus. Us. ont ordonné aux naturels de nous trouver du bois pour faire du feu,, et d'en apporter au làeu où nous c{impons# En re-
éOlinaissaiice de cef sertices , nous leuir àfoni fsiit présent dé quelques aiguilles.
Il était de neuf à dix hëureé du matin quand le guide àdusl apriésde prendre le9devans, promets taiit^de nous suivre au bout de qUisJques minutes é Nous aTons acquiescé à cet arrangement avec d^autant plus de plaisir, qu'un messager ou guide est mi .foi*t maussade compagnon; sournois, quaiid on le contrarié , et empressé de s'ati^tcr à tous les misérable^ villages où il- croit pouvoir lever une dime sur lès habitans.
A dix heures, nous découvrîmes plusieurs niontagnes, dont trois en fot*mede pains de in^ cre; de plus petites les entouraient. Elljes étaient situées au Nord-Est, à peu dé milles de Tex-^ tréme bprd de- la rivière. Bientôt nous en aperçûmes d'autres , f^lus pittoresques encore ; n^aîci celles-là étaient fort élevées, et si loin à j'horiz^ qu'à peine les distingiMons*nous de faibles nuage$ bleus. Il y en avait qui faisaient table , d'au^i très formaient des cônes pa.rfait$, et d'autres en^ core avaient les aspects les plus grotesques. Au«> tant que nous en pouvions juger, elles faisaient partie dSine longue chaine.
Le messager q«e nous avions laissé eii arrière^
à Dacannie, nbus a trop tôt réjoint ^ et «oms
«TOUS, fait route . de coimjUigiiie jiisqu'à deat m. • .4
ILE DE <H;]^6e.
chaque côté de U rivière .,.. »i| hofrà dp V^W i ^t jU^eq IHçiQ ^^ne de i'^ntr** Jj^TÎYe étai^lH>it|ée €b,p«aots« Lç guidé manifesta l'iijiteEitioQ d'2ilM>r* der k êelle dé dmte ^ et tâcha de nous décider p^r une foule de promesses ^ à l'y accompcigiier ; m9Îs noua refu^âiiies formellement^ çiyant réspliîi d'écononûser de notre mieux toû}4^ nos rês^ SfMirces. Cdntiaissant bien^ A'aiUenrs, le noml>rç ef rapidité de$. a per$onnàgea importanâ i> qni peuplent les grandes yiUesd'Afiique ^ craignant kfi retards et Quille inconTéniens % noua avions pris le parti ^ h moins que les: eirconstapçie& ne nnuâ f^rç9sseut à nous écarter de c« plan, de ne débarquer ^ue dans de petits bameaiix , oivnotiis pouiTiûns.agk à notre guise ^ sans être comptableadé nos actions aux pin^aps de la taire*^ blancs ciii.jDoir§'.
- EnHehnséqwenee ♦ »W3 p«?lmes encore une " ^fois con^ du messager de Zangoshié, qui conviât de nous suivre , comme il l'àYait déjà fait y et /une heure après , ners le milieu du jemr^ no^s.abordètnes. à un petil villa^ 7 situé sur Vkvm île appelée Gttwg^o. JjèS riyes étaient- devenues |ia»tes.et:bien cultivées^ Sur notre droite» nous «4ePSoiaÎ3sé'pliisieiirs villes et villages.; sur notre) |a^i[}l|e^vj^^^i>i^^g0^s dpn|;;^'aî dé|ii parlé.^
tt^ p^lmiçi^s croi$saiçpt ea al>^ii4aiice ^ et les villes et yilUigefi( âpp^rai3iaieDit tous les deux pu trois nviUes* Pïous vîmes, passer plusieurs centai* nés de grands canots ^ ayant upe butte au miiktu. Les uns travepsaient d'un bord à l'autre^ tandis qUe quelques-uns suivaient le cours de là . rivière , en côtoyant les rives. La plupart paraissaient contenir des familles entières • Tandis que 1^ bomt]^ ranniient) les fenyneft et les jeunes
, filles chantaient en s'aceompagnànt d'une espèce •de guitare ; et leurs voix déliêates et flutéea produisaient une harntonie douce et agréable. Quand nous passipns près d'un de leurs canots y la musique cessait tout à coup, etils s'écriaient à
. plusieui^ reprise : XiKi^ ki, ma néni ctcta dii^ km zhilagil )> leurs traits et leuirs gestes exprimant l'étannement le plus vif.Paskoe noustra- ^ .duisit ces paroles , par %OhI ahl épie ^ois^je dans qe canot! » Ri^ kùest évidemu»enfe une exclauiation de surprise ^ qui n'est guère tràduisiblo que par ohl.^ oh!./ niais nôtre interprète mms doipna dans là traduction son êxclatnatiota ÊiForite (i). Noua noustxmteiitàmes d'avoir e[n-*« trevu dç loin oes jeunes filles à visage! d'ébè^e ^ et continuâmes notre voyage. Tout le cQté de la
(i) Oh dearl oh dear! what do I see îa tbat casoe?