‹ Journal d'une expédition entreprise dans le but d'explorer le cours et lChapitre 26 sur 99 · DÉBARQUEMENT · texte numérisé non relu

DÉBARQUEMENT

tledans , effrayés à notre vue ^ sautèrent sur la plage et s'enfuirent dans la forêt. Deux ou trois minutes plus tard, nous aperçûines, toujours sur la rive gauche, quelques huttes en ruine , et tirant le canot à terre , nous prîmes le parti d*y passer la nuit.. Les femmes nous décbuTrirent lesf premières. Elles coururent, tout alarmées, vers un village voisin , où nous les vîmes s'armer dé mousquets et d'autres armes offensives ; elles semblaient de rcdoutablesamazon^^ Cependant, nous lïe tînmes pas compté de ces démonàtt^ations hostiles; et, descendant à terre avec nos nattes^ nous ;nou$ installâmes fort . cûmmodiment ^ sous lés branches d'un cocotier, le preimier que 2XOUS eussions^ vu depi^s ceux duYar»riba# A ^èiqé -.étions^ nous assis qu'un ^sind nombre da gens accoururen^t .eh hâte Terà nous ^ armés de sables et de fusils. . Voyant qiie nous restions fort tranquilles ^ sa^ns £dre aucui) sem«- ^lapt d'hostilité ^ ils hé$il]èrent et s'arrêtèrent à peu do di&tance , nous demandant ce que noms Voulions^ et ce que nous vejoions faire dans leur ville. Nous eûmes recours, comme det coutume, aux signes ; et convaincus à la fin que nous étions tout-^i-fait in^âensifs ,' les naturels se hasardé* rentà s'approcher^ et nous finies la paix. Ils furent bientôt irejmnts par quelques-uns de leurs corn*

lOO ABBAZAGA.

pagnons. Il y avait parmi eux un jeune homme qui comprenait imparfaitement la langue de Bonny ^ assez cependant pour qu'Ântoni^ , que nous avions amené avec nous, et qui est fils du roi Vovfve{KingPepper\ chef de ce pays, pût entrer en conversation avec lui; il lui fit comprendre tout ce qui nous concernait,. que le jeune homme répéta de suite aux autres. Nous étions devenus grands amis; les femmes bavardaient avec une familiarité à laquelle nous n'avions pas été accoutumés dans le haut pays , et nous commencions à nous trouver fort à Taise , quand parut le chef, espèce d'Her- #ule , à tournure gauche , à physionomie sournoise et repoussante. Il s'introduisit sans la moindre cérémonie , et nous invita , très-brièvement, à l'accompagner jusqu'au prochain village, nommé Abbazaca. La route était un étroit sentier , obstrué de mauvaises herbes,qui avaient troisfois notrq hauteur, et formaient une VQÛte au--dessus de nos têtes; ces plantes gigantesques rendaient laipaixhe pénible et difficile. A notre arrivée , on prépara un hangar , qui , bien que petit , était un des plus grands du village. Antonio nous servant d'interprète , nous dîmes au c^ief qui nous étions , et où nous souhaitions aller. Il s'offi*it de suite à nous accompagner jusqu'à une grande ville , située plus bas sur le fleuve ^ dont son

RIVIÈRES COMMUNIQUANT AVEC LE NIGER. lOI

frère était gouTemeur, et où nous rencoatrerions infailliblemeot des gens de Bonny ^ de Calabar, de Brass , et de Bini que , d'après nos conjectu^ res, nous supposons être Bénin. Il assure que les naturels de ces divers endroits viennent par eau k la ville de son frère , pour y acheter des esclaves ; et alors nous serions libres de choisir et de nous joindre à ceux d'entr'eux qui nous conviendraient. Il était surtout important dé savoir avec certitude quelle était la plus large branche du fleuve, maintenant qu'il nous était à^peu^près prouvé que les différentes rivières , venant des pays qu'il nous avait nommés^ et portant les mêmes noms , communiquaient avec le Nigei'. Nous lui demandâmes^ ( toujours par Àntt>i|io), laquelle de ces rivières il estimait devoir être la plus grande. Il ne pouvait pas le dire eKaotement; cependant , il dit plus tard à Antonio qu'il croyait que c'était la Bonny. Il nous prévint que , si nous comptions nous rendre le lendemain à la ville gouvernée par son frère , il £mdraftt partir de grand matin , sans quoi nous n'arriverions jamais avant, le coucher du soleil. Après l'avoir remer^é de tous ces renseîgnemens, nous le quittâmes pour aller nous reppser.

11 nous envoya presqu'aussitôt quelques vient oeufs gâtés , que nous ne pûmes manger , et une

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lOa AVIDITi DU CHEF.

calebasse de mauvais tuah. Son messager ne manqua pas Foccasion de nous insinuer qu'un présent serait agréable au chef, son maître, le lendemain. Cependant, nous n'étions rien moins que contens de son hospitalité , car nous avions vu dans sa cour une foule de volailles et de chèvres , que le vieil avare savait bien être un meilleur régal que des œufs pourris. A huit heures du soir nous étions étendus sur nos nattes , mais sans espoir de repos , car une armée d'énormes mosquites nous attaquèrent de toutes parts , nous piquant jusqu'au sang et remplissant nos oreilles de leur insupportable bourdonnement. Le cours de la rivière, aujourd'hui , a été presque Sud-Ouest, et sa largeur à varié dcdeux à trois milles. . •

Mercredi \^ s^ octobre. — Au point du jour, nous nous sommes levés, harassés de la nuit, et nous avons commencé à la hâte nos prépara* tifs de départ. A six heures, le chef, qui , ainsi que ses sujets, était sur le qui vive, vint cher^ cher son présent, et, comme nous l'avion^ soupçonné }a veille , nous eûmes beaucoup de peine à contester le vieux sournois. Je lui donnai une paire de bracelets d'argent, une paire de ciseaux, cinq cents aiguilles, une belle pièce d'étoffe du pays , dont la reine de Boussa nous

AVIDITÉ DU CHEF. Io3

avait fait cadeau. Le drôle fut mécontent de tout, bien que nous n'en eussions pas tant donné de long-temps. Il commença par grom-»

mêler, et finit par nous dire qu^il ne nous permettrait pas de quitter le village , si nous ne lui donnions quelque chose de mieux. Pour que ses menaces eussent plus de poids, il s'était entouré de quatorze esclaves, armés de fusils, dont il croyait sans doute que l'aspect formidable nous intimiderait. Nous ne désirions point le trouble , et fîmes de notre mieux pour le convaincre que nous n'avions rien de plus à lui offrir. Je fis tirer tous nos effets de nos malles devant lui , et les ayant remis en place , je fermai les caisses à clé. C^la ne suffit pas ; il voulait qu'on recommençât l'examen, et qu'il lui fût permis de chercher et de tout voir par lui-même. Notre patience était à bout : «Dites au chef, » repris^je , en me tournant vers Antonio , « que les malles ne s'ouvriront plus. Et qu'il ose seulement essayer d'empêcher . nos gens de charger le canot !» Nous avions, mon frère et moi , nos sabres au côté et nos pistolets au poing, de même que. tout notre monde;' et nous donnâmes ordre dé préparer de. suite le canot; ce qui se fît, sans que le chef stupéfait, et , à son tour un peu intimidé , osât intervenir.

Io4 DÉPART.

Ce vieux fripon avait murmliré et grogné à tout ce qu'on lui avait offert : ceci n'était bon à rien ; cela n'avait nulle valeur; il convoitait tout ce que ndus avions , tant son avarice était insatiable. Après avoir été jusqu'à la menace , et avoir affiché tant d'insolence , sans résultats , il craignit à la fin de n'avoir rien du tout , et prit ce que nous lui avions présenté d'abord. La pièce d'étoffe que la reine de Boussa nous avait donnée était , à elle seule , dix fois plus qu'il ne méritait.

AÂbbazacca, nous avons vu une barre de fer forgée en Angleterre , et un cocotier , cet arbre gracieux et de bon augure , qui , depuis si longtemps, n'avait réjoui nos yeux. Enfin , nous avons entendu de nouveau avec délice le sifflement doux et cadencé des perroquets gris. Toutes puériles que puissent paraître ces circonstances % elles nous firent battre le cœur de joie , éveillait une suite d'idées et de souvenirs doux. Nous nous livrions à de vives et trompeuses espérances. Mais à quoi bon dire nos rêveries , et tout ce que nous espérions ? • •

Le chef, qui s'était d'abord offert à nous ac** cèmpagner, et qui avait dit ensuite qu'il enverrait avec nous un homme, en qualité de messager, à la grande ville, distante d'une journél^

NAVIGATION. lo5

cVÂbbazacca , et dont il prétendait que son frère çtait gouverneur, imaginant sans doute que, s'il venait lui-même , il tirerait meilleur parti de nous, changea une troisième fois d*avis, et se résolut à nous suivre. Il entra donc dans un de ses canots : de notre çôté^ ayant tout terminé, sans son aide et celle de ses gens , nous nous mîmes en route ^ et ne prîmes de lui nul soneî. Nous quittâmes le village y nous dirigeant à tra*vers un marécage , vaste et malsain , qui s'étend jusqu'à la rivièrèt <» que nous eûmes beaucoup de peine à gagner.

Grâce à la légièreté de son canot , fdrt supérieur à celui que uous avions ticheté à Zangoskîe, le chef nçMis dépassa facilement , et toucha à plusieurs villes et villages pour iolbrmer le^ ha<bit2in$ que de^ chrétiens , venant d'un pays dont ils n'avaient jamdis entendu parler, descendaieiit la rivière à i^a suite. On nous pressa vivement de nou$ arrêter à un ou deui endroits , pour satisfairiQ lacuriosittéde^ nâtturela, qui accoxnraient par cQutaii^es jusque dans l'eau^ afin de nous llijieux, voir ) u^ais noua ne quittâm^ pas notre c^nojt. Le$ curie¥x nous apportèrent ei^ présent quantité d'oeu& , que nous acceptâmes avec joie^ saluant de là m^in, et passant outre.

Pendant la première partie du jour , le cours

lo6 APPth.

de la rivière était Ouest -Sud- Ouest , et Ia " largeur de deux à quatre milles , d'après notre estiination. A midi, nous vîmes un petit bras ^ se dirigeant au Sud-Est. Le chef d'Abbazacca^ qid nous avait tenu compagnie , semblait impatient de la lenteur de notre marche , et s'approchant de nous, il nous dit de forcer de rames ^ sans quoi nous n'atteindrions pas la ville de son frère avant la nuit. Nous ne limes pas grande attention à ses remarques, et poursuivîmes tranquillement notre route, gardant notre allure accoutumée. La rive Nord-Ouest était alors trèsbasse , et couverte d'épais taillis; le terrain était inondé par places, et les arbustes semblaient croître dans l'eau. Sur la rive Sud, un peu plus haute, on voyait de loin en loin, à une distance de trois à quatre milles, des pièces de terre cultivées , et dés groupes d'habitations.

A deux heures, nous étions en face d'un village , d'une assez grande étendue , et devant lequel nous comptions passer , en longeant le bord opposé : mais , à peine avions-nous paru , que nous fûmes salués de grands cris par un petit hoûime , portant une veste de soldat anglais , et qui nous cria , de toute la force de ses poumons : «Holà! ho! Anglais! venez par ici! » Mais, pressés d'arriver à la ville où nous conduisait le

chef d'Abbazacca, et le courant nous entraînant, d'ailleurs^ avec une grande rapidité, nous n'avions nulle envie de nous rendre à cet appel , et ne finiespas autremen t attention au petit homme . Déjà, nous avions dépassé Tattérage , quand une douzaine de canots, se mettant à notre poursuite, nous atteignirent; les naturels qui étaient à bord nous signifièrent que nous eussions à revenir sur nos pas , parce que nous avions oublié de présenter nos respects au roi. Le nom du village était Damuggou (Bamuggo) ^ comme on nous l'apprit alors. Toujours disposés à obliger les gens, autant qu'il était en notre pouvoir, et n'étant pas non plus en état de passer outre, et de nous tirer , par la force , dés mains de ceux qui nous avaient abordés avec si peu de cérémonie , nous nous mîmes à ramer contre le courant, et , après une heure d'un rude et pénible exercice , nous prîmes terre au milieu des clameurs et des applaudiâsemens d'une multitude immense. La première personne que nous aperçu* mes, était notre petit ami, à la veste rouge; il louchait horriblement, et n'était ni plus ni moin» qu'un messager du chef de Bonny , envoyé ici avec mission d'acheter des esclaves pour son maître. ,

Nous fàmes de suite conduits, mon frère et

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