CHARME
notre hutte encombrée d'une multitude degen^ malpropres et à moitié nus. Quelle sera la fin de Faventure et de Vhornme ^ c'est K^e que nous^ ignorons; niais on suppose généralement qu'il mourra demain une seconde fois.
Il nous semble peu probable que le chef, homQie de sens et dont Fintelligenoe est assez cultirée, ajoute la moindre foi à semblable folie. Sans doute, il n'ignore pas les jongleries que ses prêtres emploient pour« abuser, de la crédulité du peuple ; mais des considérations politiques le décident à fermer les yeux sur leurs fraudes, et à les appuyer ; ce qui semble-^ rait confirmer cette explication de sa conduite , c'est que, récemment, il a fait venir duNyfië un pi*étre mahométan qui s'occupe à broder sur la tobé du prince quelque charme arabe. Il a confié tous ses secrets à cet homme , et le comble de bienfaits; mais, que le prince soit au fond idolâtre ou musulman, c'est ce qu'il serait dif-* fîcileile décider. Au surplus, quelle que soit sa confiance dans ce Mallam, un blanc et un chré-» tien ont , dit-il , de bien plus grands droits à sa yénération, et, pour preure, il nous a demandé dé lui préparer un charme puissant , qu'il est persuadé que nous sommes seuls capables de faire. La vertu de ce charme doit , surtout y
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consister à le rendre heureux en guerre et k lui assurer des victoires. Son frère, roi d'uni puissant état voisin , est son ennemi depuis plusieurs années ; ce qu'il désire de nous , c^est que nous lui donnions les moyens de vaincre ce ' frère, de l'assujettir, de lui mettre le pied, sur la gorge ^ et de régner à sa place. Voici l'prigine de cette inimitié , telle qu'il nous Fa racontée.
Le dernier .roi d'Atta était un prince trèspuissant, et, comme possesseur d'argent et d'esclaves , l'un des rois les plus opulens dont on ait jamais ouï parler dans le pays. Le nombre de ses domestiques s'élevait à cinq cents; et, par son industrie, ses soins, sa fi^ugalilé, il avait accumulé pendant sa vie une telle quantité de cauris , que sept à huit huttes , de dimensions ordinaires, n'auraient pu les ccfntenir. Grande était son influence sur les nations voisines; tbutes redoutaient son pouvoir; leurs chefs i^cherchaient et ambitionnaient son alliance. Ils l'achetaient au prix de concessions humiliantes. Ce monarque prit une part trèsactive dans les affaires intérieures et politiques du royaume de Funda , dont il releva ou abaissa les souverains, au gré de son caprice ou de ses ressentimens.
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Or, il arriva qu'enfin ce puissant roi mourut, jobeissant au sort commun auquel les plus grands monarques ne peuvent échapper. Il fut enterré avec des honneurs infinis, et, suivant l-usage du pays, toutes ses richesses furent enfouies avec lui dans sa tombe. I^e fils aîné, qui était ava^e et sans génie , succéda à son père : héritier de son pouvoir , non d^ ses trésors , il ne possédait pas un çauri. Le sentiment pénible de 3a pau-^ vreté,le peu de respect que lyi témoignaient ses sujet&, le refus de toute con^idératiqn de la part de ses voisins , lui inspirèrent de .sérieuses
réflexions sur Futilité , la valeur et le but de l'argent , et sur la pénurie et les soucis qui sont le partage de ceux qui en manquent. En proie à mille doutes, a mille perplexités, il oublia sa tendresse filiale, le respect qu'il devait à la mémoire de son père , et en vint à conclure que, l'argent enterré ne pouvant être d'aucun usage, au défunt dans l'autre monde , ce serait oeuvre chantable et digne de louanges que d.e le déterrer, et de le. remettre en circulation; et, pourem-r pécher que cet abus ne se renouvelât plus tard , il condamna le cadavre de son père à un châtiment public. Poursuiyant son; raisonnement jusque dans sesplus rigoureuses; conséquences i^ il viola la sainteté du tombeau , fit ouvrir la fos$.<f«
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et commanda qu'on çn tirât ]e goi^s« Ensuite ^ il sVmpara des richesses enterrées, fit couper la tête au cadavre et le fit exposer en un lie^ public et apparent, en punition de Tayariee sordide que son père avait montrée pendant sa vie^ et comme châtiment du crime odieux dont il s'était rendu coupable àsa mort, en exigeant que tous sestrésors fussent enfouis avec lui : enfin , cett^ sentence avait encore pour but d'épouvanter ceux qui seraient tentés d'imiter le roi défunt. Un pareil manque de piété filiale , une action aussi atroce et aussi dénaturée , le déshonneur imprimé par un fils aux restes de son père , et par-desisus tout, le mépris d'une coutume que le temps avait rendue respectable , et qui avait eu la sanction de plusieurs siècles, firent une impression muette , mais profonde^ sur l'esprit du peuple. L'indignation, d'adord comprimée^ éclata tout à coup avec fureur : une sanglante guerre civile s'alluma , et un parti puissant fut bientôt formé , et résolut de déposséder ce prince impie. Ils placèrent à leu,r tête son plus jeune frère , et les hostilités commencèrent. Cependant, ils avaient laissé échapper le moment favorable : le roi , affermi sur son trône , ne craignait pas leurs tentatives. Les rebelles furent mis en déroute sur tous les points , et ceux qui ne pu-
IMI^ATIENGE ET CONTRARIÉTÉS. l3l
rent se dérober au supplice par la fuite , fureol passés au fil Je Fépée. Le gouTerneur de Daqiuggou , notre bote , est le freine malencontreux du roi d'Atta^ qui avait pour appui et pour second, dans cette expédition malbeureuse, notre ami, le cbef de Bocquâ. Ces précédens expli* quent la répugnance du dernier à envoyer un guide arec nous à Atta. Il craignait avec raison pour les jours de son messager, et il est probable que l'événement eût justifié ses craintes.
Mardi , 2 novembre. — C'est une chose extrêmement mortifiante , et capable de faire perdre tout courage , que de nous savoir si près de nos compatriotes , et du terme de notre voyage , et cependant de ne pouvoir avancer; et, il est horriblement pénible d'être contraint de pJUer sous la volonté d'un homme qui ne peut entrer dans notre manière de sentir, qui ne peut partager ni l)os craintes , ni nos espérances , et qui nous trompe tous les jours par de fausses promesses. Ne voyant pas revenir les gens enroyés au marché de Bocqiâ , malgré les assurances qui nous avaient été données de leur prompt retpur, nous avons dépêché^ ce matin , au roi , up message des plus éner^ues, lui signifiant notre déteiminatién d'affronter tout da^er plutpt que d'être retenus plus Ijong-tamps à Damuggou^
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et lui rappelant en même temps sa promesse so-* lennelle. Il nous a répondu sur-le-champ que, d'après notre requête ^ nous étions parfaitement libres de quitter la ville le jour même , si nous jugions prudent de le faire. Quant à lui, il croyait devoir nous déclarer que , si nous prenions ce parti , il ne pourrait nous pi-otéger, sur la rivière, que jusqu'à une journée de distancer, où réside le chef d'ui; très-vaste pays,, entre les mains duquel il se verrait forcé de nous remettre. Il ne doutait pas que ce monarque n'exigeât de nous un présent considét*able, et ne nous retînt plusieurs semaines. Tandis qu'au contraire, si nous consentions à attendre deux jours de plus l'arrivée de ses gens , il pourrait nous faire conduire jusqu^à Bonny , sans aborder à la résidence de ce chef, ni même à aucune ville importante. De deux maux nous avons choisi le moindre , et notre résolution est prise d'attendre encore un jour ou deux. Si quelque chose pou* vait nous cpnsoler de cette suitede contrariétés, ce serait l'honnêteté , la générosité , la bonté au chef à notre égard .
La hature du. terrain et les pluies récentes , ont rendu les rues 'de Damuggou si fangeuses , que nous ne Cuvons mettre le pied dehors: sans nous. exposer à êtjde couverts d'une boue noire
tMt»ORTUHtTÉ DBâ NATURELS. |33
tel dégoûtante. Nous sommes donc forcés de gar-^ der le logis ; et notre hutte^ qui n'a pas plus de six à sept pieds dé diamètre y est si triste et si sombre ^ que nous ne pouvons voir à lire ou à écrire ; ajoutez à cela que , depuis le matin jusqu^à la chute du jour, nous sommes envahis par une bande d'impudens coquins, qui viennent se planter devant la porte ^ et restent au passage comme autant de blocs de marbre , interceptant jusqu'à la moindre particule d'air. Le chef, aur quel nous avons porté de graves plaintes, nous répond sérieusement qu'il n'y a qu'à hur couper la tête; mais, ne goûtant pas l'idée de voir rouler à nos pieds toutes ces faces noires et grimaçantes^ nous avons recours à des moyens plus doux, qui , jusqu'ici , n'ont pas produit grand e£fet. Dès que vient le soir, et que la lune brille au-dessus de nos têtes , nous cherchons les douceurs du sommeil ; mais comment dormir, quand des légions de mosquites viennent bourdonner autour de votre figure , vous assaillir et vous tourmenter sans pitié? Le chef lui-même et ses sujets sont souvent chassés de leurs cabanes par les attaques insupportables de ces insectes , et réduits à les fuir, et à chercher au milieu de la nuit un abri contre eux en plein air, ou sous
les arbres; mais nous ne pouvons recourir au in. 9
j34 ï ' HiBlT ACTIONS.
iDêm^fçxpé^îent; t5|t;Qpu$ passons , bien à regret^ q^Jj^ngqes huîtres saqs sotnioieU) à faire 'une ffi^rr^ a \içL(ivt à ^ps^ .çnaemis acharnés, et à en );uer le pi as possible , jusqu'à ce. que les premiers rayom <)u jour les chassent et nous en délivrent. *
Mercredi, 3 novembre. ; — En général, l'ha-biU^eiuent des gens du pays consiste en cotoii«i^^des.dpManch^ter; si toutefois on peut ap-» peler h^billeipe;i( up inorceau d^étoiTe attaché autour des reins, et tombant un peu plus bas que le genou.
.. l^sktqhé de l'intérieur de l'Afrique, ajuster , ment d'un aspect propre et gracieux, est réservée ic^f^n VQÎ et à quelques-uns des principaux har bits^ns. A la vérité , ces peuples paraissent avoir peu, de comoiunications avec les habitans des profvinjces plus enfoncées dans les terres; et nous ayons trouvé là civilisation toujours décroisse^ tç à me^ur^que nous approchons des çQt^s. Ijcs fenunes recherchent les verroteries, ma^,.ne font c4s:quede çe^qu'il y a déplus beau et 4^, plus couteaux en ç0 genre* Elles ne portent pas d'autres ornem^ns. DanirUggou est 'une ville .^a^de., ppp^ileuse , mais abôminablleinent ^le. I^es huttes ,.d^ forme ronde, sont construites à .peHprè^çpm^i^ .celles de 2^ngoshie* Las mu-
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railles sont en terre , et soutenues par dés poteaux en bois et des lattes. Toutes sans exceptieii ont la plus pauvre et la pliiis chétive apparence. '
Ceux des babitans qui ne se livrent pas au commerce , s'occupent de là culture du soL Les ignames et le maïs forment la principale nourriture des classes pauvres, qui ne mangent guère autre chose. Les bananes et les figues bananes sont importées d'un état voisin ; n^ais le prix ne permet qu'à peu de personne^ d'y atteindre. Au reste , si l'on ajoute lejs noix de cocos , pn aura la liste complète de tous les fruits et de tous les végétaux connus dans ce pays. Les naturels n'ont jamais vu de riz , quoiqu'il croissç en si grande abondance dans le reste de l'Afrique ) et presque dans leur voisinage immédiat.. Quant aux diâ^reptes espèces de grains que l'on cultive en grand , k Funda et dans le NyfTé , ils ne les connaissent pas ; ou plutôt ils s'imaginent que le$ avantages à retirer de la culture. de ces diverses céréales , ne les indemniseraient pas de la.£itigue des travaux, et de l'attention qu'exigeraient les plai^tations et les récoltes : au lieu de naturaliser dans leUr pays \me foule de plantes utiles , ils se bornent donc à cultiver l'igna- U)e et le maïs , le plus dur de tous les grains.
l36 CHATIMENS.
Les habitaus de Damuggôu n^ont jamais vit un cheval ^ et n'en ont pas même la moindre idée> Leurs animaux domestiques sont le chien , le mouton , la chèvre , la poule ordinaire.. Us ont peu ou point de bétes k cornes, mais quantité de volaille et de chèvres ; leurs moutons, en petit nombre , sont inférieurs à ceux de l'intérieur des terres. La rivière fournit d'excellent poisson , qui compense la rai*etédes autres alimens.
Le roi nous a fait une visite ce soir ; il était fort bien vêtu d'une belle tobé ^ soie et coton , des manufactures du NyfTé. Il nous a de nouveau assuré que nous partirions demain* Ses hommes ne sont pas encore de retour, il e^t vrai , mais ils sont attendus , et arriveront certainement avant la nuit. Il a mis tant dé cordialité , de franchise apparente , dans ses pro* messes , que nous sommes tentés d'y croire.
Malgré son air bienveillant, el la dignité cal-' mé qu'il conserve d^ns toutes ses actions, le gouverneur de Damuggôu affiche une 'extrême sévérité dans ses châtimens; il pousse même quelquefois la cruauté jusqu'à faire tomber des têtes pour dé légères offenses. Ce matin , un intéressant jeune homme , parent très-proche du roi , si ce n'est son propre fils, a été accusé d'avoir dérobé une pièce de cotonnade de M an-