DÉSASTRE DE ^OHN LANDER
dent , pas un d'eux n'eût un habit complet.
Celui-ei portait seulement un chapeau , et un mouchoir de cotonnade de Manchester en ceinture remplaçait le pantalon et tout Iç reste du costume ; èelui-là avait une chemise , l'autre une veste, et«. La loi interdit à tous les naturels, excepté aux rois, le luxe des pantalons ; et c'e$t ordinairement un mouchoir de poche commun qui en tient lieu. Cette foule formait le groupe le plus bigarré que nous eussions vu ; rien sur •terre de plus grotesque et de*plus ridicule. Plusieurs de ces noirs étaient quelque teinture des langues anglaise et française.
Nous étant fait reridi^ justice , et ayant obtenu pleine satisfaction , nous regagnâmes le gros du fleuve , et nous vîmes plusieurs canots, d'une dimension surprenante, venant du Sud et se dirigeant vers nous. Ne soupçonnant aucun danger de ce côté , cet aspect inattendu ne fit naîl;re en moi que de l'étonnement , et je résolus de passer au milieu de cette flotte pour mieux voir à dixwte et à gauche, et nous assurer que les barques ne contenaient rien qui f&t |i nous. Le moment <î*après , une seconde escadre compensée de bateaux pareils , était en vue , et dans l'un d'eux je découvris mon frère, que je reconnus bien vite à sa chemise blanche. J'imagioai
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qu'il revenait pour se faire reudre les animauJt qu'on lui avait dérobés; ce qui me tranquillisa complètement.
En approchant , il devint évident que c'étaient d'énormes canots de guerre ; de, larges bannières ) de couleurs variées , ondoyaient au^ dessus d'eux ^ une pièce de six était amarrée à chaque proue , et ces bateaux étaient pleins de femmes ^ d'enfans et d'hommes, tenant des armes à la main; la grandeur de ces barques était telle , que chacune avait besoin de près« de quarante rameurs pour la faire avancer.
Suivant notre projet , nous traversâmes ait milieu, sans rien découvrir qui nous appartînt, et nous avions dépassé la flotte de quelques toises, qviand , regardant en arrière , nous aperçûmes les canots de guerre, qui, faisant volte-face, nous poursuivaient vivement. Les apparences étaient hostiles ; le sentiment du danger me frappa l'esprit , alors pour la première fois. Nous, fîmes tous nos efforts ; nous déployâmes toute notre énergie pour tâcher d'échapper ; mais la peur s^était emparée de mes compagnons, elle anéantissait leurs forces ,• ils ne pouvaient ramer ; nous n'avancions pas ; notre canot fut atteint en un moment , et presque submergé , par la violence avec laquelle l'énorme barque qui le poursuivait
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ièe lança contré; un' second çlioc jeta deux ou trois des hommes de Damuggou pat*-de$sas bord, et à la troisième secousse la barque chavira et sombra. C^était comme une suite d'accidens magiques surnatui^els ^ comme la foule d'aventures qui se pressent dans un mauvais rêve, tant les ëvénemens se succédaient avec rapidité : et néanmoins^ dan? l'intervalle, une couple.de drôles 4e mauvaise mine avaient trouvé le t^emips de sauter dans notre canot , et profitant du trotv* ble où nous étions , en avaient enlevé presque tout le contenu avec une merveilleuse célérité. Me trouvant dans l'eau, ma première pensée fut naturellement de chercher à na'en tirer ; regardant donc autour de moi, je vis une centaine de visages dont l'expression n'annonçait rien de bon ni dé compatissant. Je nageai , à tout hasard, vers un grand canot , séparé des autres , dans lequel je remarquai deux femmes et quelques ehfans , car je pensais trouver chez eux un peu de pitié et de tendresse. Devinant mes intentions, un homme robuste, d'une.stature* gigantesque, géant noir comme charbon , pareil à : ceux qui hantent les rêves des enfans,«et de la plus hideuse physionomie, s'élança tout â coup vers moi, se baissa , saisit mon bras , et m'enlevant de l'eau, par un vigoureux effort, me laissa retom-
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ber ^ comme une souche ^ dans son canot, sans proférer une parole.
Eevenu bientôt à moî , je m'assis , en compagnie des enfans et des femmes , et je Tis des larmes couler le long de leurs joues. Dans l'attente d'une mort cruelle et instantanée, (car à quel autre dénouement, me disais-je , tout ceci peut-il conduire ? ) les choses , les gens , qui m'entouraient ne faisaient qu'une vague impression sur mon esprit : mes pensées erraient an loin et je me disais que j'étais arrivé à ma dernière heure. Je rêvais, ainsi, sans suite, insensible au présent , indifférent à ce qui pouvait suivre ; lorsque, levant les yeux» j'aperçus mon frère, à peu de distance, me regardant fixement. Dès qu'il vit que je Fobsei'vais , il leva le bras , en me jetant un coup d'oeil triste et significatif, et du doigt me montra les cieux. Oh , comme les profondes émotions de son âme étaient distinctement, éloquemment écrites sur sa physionomie : qui ne l'aurait compris ^ Il me disait : <( G)nfre-toi en Dieu. » J'étais accablé de douleur , les souvenirs de la patrie et des amis absens- se. pressaient en foule dans ma mémoire et anéantissaient mes forces : mon âme , toute entière , planait au-dessus des scènes de mon enfance et de ma J)i^emière jeunesse ; cesim-