DÉSASTRE DE JOHN LANDER. I
pressions instinctives se ranimaient vives et poignantes ; mais ce fut une seconde ^ un éclair : revenant à moi ^ je dis ^ à ce qu'il me semblait^ un dernier adieu à toutes ces émotions dëchi-^ rantes et thères ^ et ^ sevrant mon coetir et nœs pensées de tout selitiment qui m'attachât à la terre , j'invoquai avec ferveur le maître , l'auteur de toute vie , devant le trône duquel je croyais bientôt comparaître. Je lui demandai de me donner force et consolation à cette heure d'épreuve. Mon cœur se calma; l'amertume de mes pensées s'adoucit , mon âme i^prit sa Sérénité première , et, quoique tout fàt tumulte et désordre au dehors , tout était paix et résignation au-dedans.
Dans l'ardeur et la vivacité que toute la flotte mettait à nous poursuivre et à nous atteindre, chacun voulant sa part du pillage , il y eut conflit, et plusieurs des cahots de guerre s'entrechoquèrent avec tant de violence , que trois on quatre forent renvei^és à la fois : la scène de désordre et de confosion qui s'ensuivit , passe toute description. Hommes, femmes , enfant , s'attachant à leurs effets flottans , luttaient dans la rivière, criant, hurlant de toutes leurs forces , pour être sauvés. Les plus fortunés , restés à bord, frappaient leurs camarades , leur distri-
r6o OONSTERNATiaN DE RICHARD LANDBR.
huant des coups de pagaïes sur la tête et sur les mains pour éloigner ceux qui se noyaient dés canots qu'ils accrochaient , de façpn à les faire chavirer. Quand le tumulte fut un peu apaise y et que l'ordre se rétablit ^ le* canot de mon frère ^ et celui dans lequel je me trouvais, s'approchèrent côte à côte , et ôtant sa chemise, Richard la jeta sur moi, car j'étais nu. J'entrai alors dans, la barque où il était, pour que, quel que pût être notre sort , nous eussions du moins 1^ douceur dç nous consjoler l'un l'autre, et de nous soutenir mutuellement^ au milieu de nos souffrances ; mais je n'eus pas plutôt mis le pied dans le bateau que j'en fus arraché par un bras robuste^ auquel il n'y avait pas moyen de résister, et l'un de nos gardiens m'ordonna^ avec des gestes furibonds , de me tenir tranquille à mes risques et périls. «
Ne voulant point aggraver notre situation par un entêtement inutile , ou de vaines et ridicules bravades, je ne fis point de résistance et restai où l'on voulut , suivant silencieusement de l'œil les mouvemensde nos sardes. Plusieurs canots nous dépassèrent^ se rendant au marché ; et parmi eux j'en remarquai un d'une, gr^n-* deur extraordinaire. M'imaginant qu'il était neutre , et me fia tirant qu'il pourrait faire une