‹ Journal d'une expédition entreprise dans le but d'explorer le cours et lChapitre 42 sur 99 · CHAPITRE XO · texte numérisé non relu

CHAPITRE XO

Dëpart de Kirri. — Mode d^échange.— -Caractère des naturels.^L^es^ cUve infortunée. — Snpert tilibn des hommes des canots par rapport aux voyageurs blancs.— Brouillards épais.— Passage à travers, un lac.-— Arrivée a la ville d'Eboe. — Palais.— Description du roi Obîe.*— Entrevue avec ce monarque. —* Peuple d'Eboe.— >^e, — Commerce. — Disputes; débats entre les naturels au sujet desvoyageurs. -^ Décision du roi Obie sur^ leur sort. -^ Anxiété et désapointement.-— Une dame d'Eboe. — Préparatife de départ.

Samedi^ 6 noyembre. — Mon frère est, souffrant de la fièvre, ce matin, je suisassez mal à Faise^

et nous n'avons rien à manger^ et rien au monde quinous puisse servir à acheter quelques alimens* Au lever du soleil , la barque où nous étions a été conduite , de Fattérage du marché de Kirri , à la petite île. de sable du milieu du fleuve , où nous avons attendu jusqu'à neuf heures Farrivée de deux canots de guerre, qui doivent nous convoyer jusqu'au pays d'Eboe , situé , d'après ce qu'on nous rapporte , à trois journées plus

EMB A RQUBMENT . 1 77

bas sur le Nîga:. Un des che& est entré dans notre bateau , bien«que déjà nous eussions peine à y tenir ramassés sur nous^-mémes , et sans la possibilité d'étendre un de nos membres. On a relevé le canot submei^é; les gens dé Damuggou ont retrouvé leurs esclaves,, et n'ont à regretter que leurs effets et l'ivoire ; perte dont ils seront , assure-t-on , indemnisés par le roi d'Eboe, à leur arrivée dans son royaume^ Cette demi-promesse paraît avoir un peu relevé leur courage. Us ont repris plus de vie et d'activité quHl n'y avait lieu de l'espérer d'individus moitié noyés , battus , maltraités , le tout si récemment. Bien que nos dommages surpassent les leurs, nous somides aussi gais qu'ils le peuvent être : nos âmes sont soulagées d'une accablante in^ cet*titude , nous pouvons maintenant regarder en avant avec toute espérance d'atteindre le but de notre voyage : nous allons descendre le fleuve, et, toute misérable que soit notre situation^ nous tâchons de profiter de cette leçon sévère , et de nous réjouir d'en être quittes à si bon marché. Enfin , nos pensées S6 reportent avec douceur vers notre patrie, et reprenant notre ancien enjouement , nous jouissons de la fraîcheur du matin qui ranime nos forces , et pressons le départ de tous nos vœux .

178 tHYiÈAE.

A sept heures, disant adi^u* à Kirri, tetnoin ile tous nos désastres , escortés do six grands canots de guerre ^ et accompagnés des gens de pamuggou , nous avons ^ndu les yagues rapidement* Les rameui's maniaient leurs^ pagaies avec énergie, nous régalant d'une chançon du pays , qui semblait les animer, et doubler leur -vigueur. Nous étions bien disposés pour gaù^ ter leur mnsique, et jamais chant ne nous fit plus vif plaisir,

A neuf heures , noud dépassâmes deux belles UeS peu éloignées de l'endroit où nous avions été attaqués. Elles étaient désertes et presque au centre de la rivière , lai'ge ici , d'environ trois nulles* Sa direction nous stable SudrOuest^ oïL même plus à l'Ouest ^ mais ayant perdu notre boussole, hier, avec nos autres effets .^ nous avons peine à nous rendre compte des change* mens du cours du fleuve , et ne pouvons nous guider que sur la position du soleil. A deux k tffois miUes d'intervalle, nous voyions de larges villages , de grandes Villes sur les bords ^ qui , à peu de distance de l'eau , étaient élevés. Les hommes de notre flotiUe étaient probab]em^;rt ^1 gv^erre avec les habitans dè'^cette partie du rivage , ouataient qqtolque rai^n de les rcdoU«ter , car ils passèrent sans s'arrêter et jsans apt-

CUISINE D£â NATUâHtS D^ËBOE. 179

procher de terre, bien qu'ils manquassent d'ignames,

A onze lieures , les rameurs quittèrent leurs pagaïes <, laissant , pendant qu'ils déjeunaient , la barque suivre le fil de l'eau*

Pour alimenter l'escorte , il y â un canot re^ taurant^ appartenant aux gens d'Eboe ; lequel canot fournit aux autres des mets tout apprétés*^ Nos gardiens à &ces nioires , sachant fort bien que nous n'avons, pour notre part, ni effets,, ni cauris^ ni aiguilles , ni ^ à la vérité , chose au monde dont nous puissions faire aident pour acheter de quoi manger^ négligent tout à Êiit de prendre en considération l'état de nos estoi^iacs* Nous n'avions^ cependant pas grande envie de partager leur re-pas , s'ils avaient eu JËintaisie de nous y inviter; car, la&çon sale dont ils acco^amodent les mets^ nous inspirait un invincible dégoûta Les ignames sont d'abord bouillies , ensuite pelées, écrasées^ mêlées avec un peu d'eau, et mises en pâte par des mains qui s<mt loin d'être propres. Comme cette partie de r^ilàiredemanded'assK grands efforts,, les hommes qui s'en occupent transirent abon?^ damment et l'on peut deviner les conséquences. Voilà les causes de l'insurmontable atersioa que nofus éprouvons pour cette euisine« Les naturels^ qui ne sont pas si délicats, et ne s'inquiètent pas

l8o NOURRITURE.

de ces bagatelles , nous plaignent de notre peu de goût. Ils mangent ordinairement ayec leurs ignames un peu de poisson , fiimé , *séché , ou frais sorti de Teau. Dans quelques grandes occasions ^ on remplace le poisson par un jeune chevreau, rôti ayec sa peau et son poil. Ils ne se servent pour manger que de leurs doigts^ et chacun plonge sa main dans le plat commun à tous. Cette coutume est universelle. Elle se retrouve chez les Maures barbaresques , les Arabes \ les Mahométans de Flnde , et , peut-être , dans plusieurs autres parties du monde.

Si ce n'avait été leur manière de préparer leurs mets , nous n'eussions pas hésité k nous joindre à eux , n'ayant i4en mangé d'aujourd'hui ni d'hier, qu'un petit morceau^ banane. Au bout d'une demi-heure de régal ^ nos rameurs reprirent leurs pagaïes , et les canots volèi^ent de nouveau sur le fleuve , qui serpentait entre des rives couvertes de grands arbres^ dont lés larges feuillages se recourbaient sur l'eau.

A quatre heui:*es de l'après-midi, nous avons fait hake pour acheter des ignames , à une ville sur le bord de la rivière qui se dérobait presque tout à £iit à la vue derrière les arbres , et au milieu d'épais taillis. Les canots ayant gagné le plage, six des bateliers bien armés des-

MODE d'échangé. ' l8t

ceudirent ) let se dirigèrent Ters les habitations. Ils avaient été absens près d'une heure^ quand ils • ^ ^ reparurent, suivis d'un grand nombre de gens qui portaient des paquets. Une vieille femme, paraissant jouir de quelque considération ^ était avec eux. Les naturels de ces rives sont, dit-on , sans foi , sans loi , et se méfient les uns des autres , dans tous les rapports qu'ils ont ensemble. Nous eûmes occasion d« voir jusqu'où va leur défiance mutuelle.

Le but de nos gardiens était de se procurer des ignames ; quand ils eurent obtenu des habitans d'en apporter jusqu'aux canots , ceux-ci se munirent de fusils et d'épées >, comme nos rameurs , et n'amenèrent avec eux d'autres fem*mes que la vieille dont nous avonç parlé. Arrivée au boi*d de la rivière , ce fut elle qui fit ranger les ignames, par tas sépares^ devant nos hommes, et les propriétaires , sur son ordre , se retirèrent à quelque distance. Alors les acheteurs inspectèrent chaque paquet , et ayant choisi celui qui leur paraissait le plus beau , ils placèrent . à côté ce qu'ils considéraient comme l'équivalent de la valeur en étoffe , pierres à fusil , etc. La matrone examinait tout avec la plus grande attention. Si, à son avis,' l'estimation était suffisante , elle prenait l'étoffe ^ la donnait

l82 MOBE d'échange.

au propriétaire du tàs , et Tacteteur s'emparait des ignames. Au contraire , si Fétoffe ou l'objet offert par ce dernier n'avait pas, dans l'opinion de la vieille, assez de valeur, elle s'arrêtait un moment, laissant k celui qui marchandait ainsi silencieusement, le temps d'ajouter quelque chose à son offre ; s'il ne le faisait pas , elle faisait enlever le paquet d'ignames, par le naturel à qui il appartenait, laissant l'acheteur libre dé reprendre ce qu'il offrait en échange; tout ceci s'exécutait sans qu'un mot (dt prononcé de part ou d'autre , et Tachât de notre provision d'ignames occupa trois heurespleines. C'était quekjûe chose de tout à fait nouveau et étrange , que de voir dçtix nombreuses troupes de gens échangeant des * marchandises de cette façon ; et Fàir d'indifférence et de décision -de la vieille négresse, quand elle regardait le prix offert comme insuf- * fïsarft., était très-drôle et très-singulier. Elle sa- V'âït*fort bien que nos hommes ne se {k)Uvaiënt passer d'ignames , et ils âriissaienft' toujours jpàr dj buter <jitfelqtiëbhi6sé ,' d'un air de maiitàî^ grâce , àleurs preriiièi^ek ^ôffi^ei. La scène était de tous floints remarquable. Pru«i(eutl*s dés hdmlùés dti tittôt étaîetïtdfebôut , réunis en groupe sùVlii rîi^e,'pi'és dèléui-s ëmbatcâtiôûs , mous-

; qûëfe^, Sïibres et piqueè en, miin ; quelrfues-ûns

.1 îiî

MODB b'éghangb. i83

tenant les articles qu'ils étaient en train de marchander. Quantité d'ignames disposés par rangées en gros paquets , les séparait d'un autre groupe de yillageois armés aussi ; dans le large espace réservé entre 1^ deux partis , se tenait Ja vieille femme ^ qui^^ans ouvrir la bouche, mais d'un air d'importance et d'autorité , gouvernait l'affaire et dirigeait tçut par signe;s, qui s'adressaient tantôt a ses gens , tantôt aux nôtres.

Nous ne pouvions nous eiîipêcher de penser qu'il dix journées plus haut sur le bord de là rivière , on aurait disposé de tout ce qui approvisionnait le plus grand marché que nous eussions vu, tn moins de temps qu'il n^en fallait ici pour vendre et acheter quelques ignames. Ce mode de commerce doit s'être établi entre les i]taturf!lls par crainte de querelles et de rixes , ou faute d^entendre le langage les uns des autres , ce qui est assez difficile à supposer; Dans to^ lesvcas, ce sen^ble être une convention degré à gré ) car chstcun était parfaitement au fait de ce qu'il avait à faire. C'est la preraièi^e fois qpé n<^u6 ayons été témoins de ce genre d'échange,. Les villageois ont un aspect sauvage , qui, r^pr ^lle celuir deS: naturels de j^irri; mais nous n'avons point vu de marques t^rtouée^ spjç le\i>' .visage pu Sûr aucune partie de^leui: f^orps. Ne

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comprenant pas l^ur langue , nous lie pouvions nous informer du nom de ]a tribu ni de celui de Fendroit ; et à sept heures du soir nous continuâmes notre voyage.

Il était dix heures quand on arriva devant une petile ville , en face de laquelle on s'arrêta. Au lieu de rapprocher les canots du bord , et de descendre à terre , on se tint en panne , à quelque distance de la plage en cas d'alarme , ou d'attaque de canots étrangei*s. Il y avait longtemps que nous n'avions pris aucune nourriture , et nous avions souHert de la faim tout le jour sans rien obtenir. Peu après s'être arrêtés pour passer la nuit^ nos gardiens nous donnèrent h chacun un morceau d'igname rôti^ et nos pauvres hommes eurent la bonne fortune d'en attraper aussi leur part : c'étaient les premières qu'ils eussent goûtées depuis que nous avions quitté Damuggou. L'igname rôtie ^ trempée dans un peu d'eau , fut pour nous un repas plus savoureux que si nous eussions été traités avec la chère la plus splendide , et nous nous couchâmes dans le canot joyeusement pour dormir.

Le cours de là rivière , autant que nous pouvons en juger, inclinait au Sud-Ouest.

Dimanche y 7 novembre. — L'aube pointait à

NAVIGATION. l85

peine^ qpe nos gens étaient affairés h f oijit disposer pour le départ. Nous aviops espéré en vain jouir d'un moment de sommeil , n'ayant rien pour nous garantir du fr^id et d'une abondante roséç qui nous trempait jusqu'aux os. |ja mati* pée était c(ilmç et d'une beauté surprenante ; et le sifflement i^lair et aigu du joyeux perroquet éveillait les échos des bois , et troublait seul le profond silence des campagnes, au moment où^ prenant congé du peu de naturels que la curiosité avait de si bonne heure assemblés sur la plage, nous avons recommencé à suivre |e courant. Certainement la direction du fleuve a changé dans ees deux derniers jours^ Il ne sei^ pente plus jutant , et ses bords sont si bas et si réguliers , que l'on ne peut nulle part distinguer la plus petite élévation qui rompe leur ligne monotone. Pour la première fois ^ nous avons observé le fibreux manglier., entremêlé parmi les autres arbres^ d^ forets. Les rives prennent maintenant uq pçi^de cette uniformité si générale sur les côtes, dç la mer. Cependant^ des deux côtés du fleuve , les habitations se rapprochent, les villages sopt semés çk et là : bien qu'ils soient ensevelis dans les bois et qu'on ne les puisse voir de nos barques, on reconnaît aisément leur siluatioii aux nombreux habitans qui s'avan-

l36 CARACTÈRE DES RIVERAINS.

cent SQf la plage, pour commercer avec laos rameurs. La banane, la jQgue banane et les îgnàrtïes, sont cultivés ddtis ce^ campagnes , par itmanlités prescpie incroyables^. Il est vrai (jue ces fntits forment le seul article d^expdrfatio^- dû pays, et, avec là petite quantité de pôisSon qù^ils peuvent atti^âpery l'unique nourriture de* naturels. La plupart des riverains^ quoique pauvres et niisérabtes , paraissent doux -et ti* mîdes dans leurs manières , et passent pour élf^ loyaux et droits dànsf leuî*î tr^iinsactions 9 un pe»tit nombre ont la réputation d^étre hardis ^ cruels , râpaces. Ces derniers sont non-seble-t inént redoutés de leurs voisins , mais èoni^us et évités par tous ; et les naturolé qui , pour leur^ aflbirés , montent ou descendenio bâ^ituellen^i^t le Niger, ne s'éxpô^ent pà$ a i*étïc>(^trër l^efe tribus , dôiit lé cat*actè^è n'est JiàS feùrv^ mwng d^étrèennonibrèétbWai'nïés. 'î- r

^ Nos gardiens peuvent ^t^e» rangés {^âi^Mi ith plus redoutables^ des riverains , et cependaM ite ont des Sentinelles' occupées constàniâièn ta tsui?*-

Veiller les rives qualnd le couriant nous obl^ à

• '•Il

nous en rapprbchet'^ afin de s€f giiji^de^ de toute surprise et de toute embuscade. A cet ^ffet», detix ou trois hbmttiés sie tienneiï( debout dans le canot , plusieurs heures de suite , portant un

l'esclave IKFOBTUNÉE. 187, *

fusil d'une maiii , un cou^lielas de l'autre, pom' intimider rennemi et le convaincre que tout . est prêt en cas d'attaque. Le mpde'd'écbanjgç dont nous fûmes témoins hier, ou quelque chose d'à-peu-près seiîiblable , était, à ce. que nous croyons, primitivement en usage eptre les naturels et les Européens ,. aur pl^siçurs points de la côte; et , si noi^s ne nous trompons, cette méthode n'est pas particulière ^. l'Afrique , et se retrouve chea; les notions sauvages des autres parties du monde.

Parmi les esclaves de Damuggou, il y,a une grosse V grasse , courte femme entre deux âges, à figure large et commune ; au fait dans le nombre , il en est deux si parfaitement semblables l'une ^ l'autre , qu'on pourrait les prendre pour sœurs.; pendant .que l'une d'elles était assise avec les chèvres^ dont par parenthèse la société paraissait lui être d'autant .plus fatigapte, çie ces dernièj^çs se comportaient fort peu convenablement, elle poussa le plus profond , le plus douloureux soupir cjue j'eusse jamais entendu. Je la regardai; elle 'ét^it assise si , près de moi , que fréquemment les oscillations du canot m'amenaient en coutafit avec son corps nu, ce qui ne m'était nullement agréable, la femme étant fort sale. Elle

i88 l'esclave infortunée.

venait de mâcher long-temps , arec un évident dégoût, un morceau d'igname bouilli, qui paraissait sec et froid , et qu'elle avait laissé tomber à côté d'elle. Elle restait ensevelie dans une profonde méditation ; des larmes tremblaient dans ses yeux , prêtes h couler, tandis qu'elle attachait d'ardens regards sur un petit coin de terre de la rive orientale, qui fuyait rapidement de sa vue. Ses lèvres épaisses, un peu retournées, mais closes , tremblaient d'émotion. C'était une physionomie de douleur déchirante, d'angoisses continues, qui passait en éloquence tout ce que les cris, les lamentations peuvent aVoîr de plus véhément. Je n'ai jamais rien vu qui m'ait touché davantage. J'imaginai que la pauvre créature lamentait sa cruelle destinée, et que les mauvais! traitemeps de ses maîtres^ dont l'un lui avait, peu avant, appliqué un coup de pagaïe sur la tête et les épaules, étaient cause de sa tristesse. Je songeai aussi qu'elle avait peut-être •soif, et ne pouvait atteindre jusqu'à Peau , et je m'enquis du motif de son émotion. Alors elle détourna lentement la tête , et, donnant un violent coup de poing sur le museau d'une chèvre, qui avait dépisté son morceau d'igname et le rongeait à belles dents, elle répliqua , montrant du doigt la petite place qu'elle avait regardée avec

i/êsclave infortunée^ 189

tant d^angoisse : Là^je suis née ! La corde avait . Tibre; elle, ne put plus contenir les sé9ïtime<iA qu'un moment aviint elle ne imprimait que par. uil puissant eflTort , et, de plus en plus agitéfî, elle versa àes tôrrens de larmes en balbudiliut ^ Là^ mon pafs ! Je fus ému^ pé»élré de^ la, douleur de cette femme , et ma compa9$iojp eù( été bien plus vite encore , si jç ne l'ayais vue,^ au» milieu de ses larmes , frapper les pauvres aj;ii-^ maux, ses compagnons de détresse, àv^c âutan^li d'inhumanité qu'on en montrait envers ellç-Le^ chèvres et chevreaux folâtrant, se jetant entrer ses pieds et ses jambes, le& avaient taçhé^ d^ l'eaù sale qui remplissait le fond du ca;K>t(* Jq pensai pour m'endurcir, qu'il devait y aitoir.pcHi de pitié, peu de bonté, dans le sein d'rune femme, qui pouvait traiter. avec cruai^tç le$ animaux qui partageaient son infortune* Mftis il n'y en avait pas moins unevprofonde dartleur^ une douleur comiminîcaitive ^: dans cette psmyr/ç négresse. Les jours de sa prejPÀère ^n£|nce , se? premiers passe^tempa^ les^.. premier jfeux dç cette gaie et douce phase de lujvie, avaî^ptpçifS^ devant ses yeux , au moment ou la barque glj.^sait devant ce petit coin de terre; 0t .^îApt de douces associations d'idées , avaient rendis, plus amer encore le sentiment de . l'esclavage, ac^]; >

IQO I«'£SCLAVfi INFOETUJVÉe.

* ^t<le sa misérable conditi<»3« Peut-être trouverat^ti éipange que jeiu'appèsantîsse 8ur un sesili-* ïtieot et des sensations qui pai^issent si naturels à tous. On qroit communément que le> barbare te f^his dépourvu d'intelligeni>e: éprou1iFe,^elque éitaôtion quand, arraché de soii pays^ il est traîné én^sclaTage. Mais^ loin que c^soit toujours le e^Ss les Africains , en général , mio^rentja plus stapidfe indifférence quài;id ils*. sont privés de leur Kber té, eft enlevés à leurs panens ? Fa.m0ttr dû ^oi semble anssi étranger à leur âine qu6 le$ dispositions sociales et les àâPectioiis domes^ques. Nbtis avoùs vu des milliers d'esclaves ainsi faits, ^elques^uns plus intelïigens que dVutrés ; mais la pauvre petite femme trapue dont je parie, la compagne des chèvres , plohgée dans la Singe,), dont la physionomie semblait n'annôncef* qu'in-^ sbucianee , stupidité , et peu&etre. : idioJtismie^ salis la moindre lueur d'intelligence ^.erlle. seule montra quelques^ regrets «n voyant po^ l4)dei*n niere £)ii? Sa pWtriei « Là , je suis p)ée ! )). ^it^elle, etifôndant^nlarÊiesy pendant -que le t^notfi^ }ait devant sonîpedt 'coin dç terré) :!(( Là^ mon payà!'>>.- -• '-"••:••».;';,,.■: ^-^ • ':...■•:;*

. \Ac ^rize heures du soir notis arrivâmes a Tchrdroit de réndez^vousde tontelaHiioupe:) ehnAx ÇQiotè y dormir ddi)s>lesoano€s; Le fleuve aajoiàrr

ÈRÔUILLARB. igt

d'iiui descendait vers l'Ouest-Sud-Ouest , ne ^'écartant qde peu de sa direction d^hi^r.

Lundi , 8 nos^embre. — Long-temps avant le lever du soleil, et comme il était encore nuit noîre , nos canots se mirent en marcbe ; car, le pays d'Ebde n'étant plus éloigné, les ntiturels dési-f raient y arriver d'aussi bonne heure que possible. La mtitinée se trouvait être brumeuse et triste^ et sur les sept heures ^ le brouillard était dievenul si dense que nul objet, quelque grand qu'il fÙty ne se pouvait distinguer à quelques pièdg de distance. Il en résulta beaucoup de confusion, et nod hommes craignant, comme ils le disaient ^ de se perdre , attachèrent les barques l'une à l'autre, formâtit ainsi de doubles canéts, et «10U9 avançâmes eii rangs serriés. Cependant nous dvions fait peu de chemin , depuis >cet arl^ge-^ nient, quand les rameurs imaginant qu'ils avcnienl dévié de leur route, se déterminèrent à seràp^ jyrocber durjivage^t à attendre làquele^faroùillard fôt levé. Il Êtllut une bonne béui« de tn«« vaiJ avant d^én venir à leur fin^ Nous désirions beaucoup observer de>ptès cette partîe'ibtebe^ santé de notre voyage, mais noup f&m«6>ooct^ tràints de renoncer à toute tentativè>de'cegenre Il cause des idées de superstition d^ naturels ^ qui s'étaient persuadas que , , non^seuleraiant

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